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Mon homme (1996), de Bertrand Blier

 

« Bon ben pour commencer, moi, j’vais faire un gros pipi, hein… »

C’est l’histoire de Marie (Anouk Grinberg), une prostituée indépendante, qui découvre un SDF (Gérard Lanvin) dormant dans le hall de son immeuble. Elle lui offre l’hospitalité puis en tombe amoureuse et lui propose de devenir son proxénète.

Voilà donc le film qu’Anouk Grinberg aurait tourné sous la contrainte et « l’emprise » de Bertrand Blier, son compagnon d’alors, malgré son refus initial. Il est regrettable - pour tout le monde - que ce genre d’affaires ne sortent que des décennies plus tard, parfois même, comme dans le cas présent, quand la personne incriminée est décédée. De là à dire que le réalisateur a fait « de l’humiliation des femmes un divertissement », je trouve ça un peu exagéré. Certes, jusqu’en ces années 90, il y a eu quelques mains un peu lestes sur les corps féminins mais derrière l’apparente misogynie, on sent aussi un grand amour, peut-être maladroit, pour les femmes. Quoi qu’il en soit, j’ai enfin trouvé ce film, l’un des derniers Blier que je n’avais pas vu (reste son premier, Si j'étais un espion, tandis que Beau-père, de par sa thématique assez… particulière, ne me branche pas du tout), à un prix « raisonnable » sur Vinted (30 euros tout de même mais ça monte jusqu’au double ou au triple). Et je ne regrette pas. Comme j’ai dû le dire précédemment, chez Blier, il y a toujours quelque chose à « picorer ». Des « bons mots » poético-comiques, des situations loufoques, provocantes et dérangeantes, le jeu des comédiens… Il y a tout ça ici aussi. Formellement, on est dans la continuité de sa « trilogie Grinberg », après Merci la vie et Un, deux, trois, soleil mais il livre là son film le plus noir, âpre et rugueux. Ce qui ne passe pas auprès du public et de la critique… « à moins d’être un réalisateur iranien ou polonais », explique-t-il malicieusement dans l’interview bonus. Le plus érotique aussi (un choix délibéré) même si au final, il n’y a qu’une scène de sexe, un peu longuette il est vrai, entre Grinberg et Lanvin (et une autre, plus rapide et comique, avec Jacques Gamblin). Quelques années avant Les acteurs (2000), Blier fait défiler une belle galerie de brèves apparitions, dans des rôles de clients : Gamblin donc mais aussi Darroussin, Galabru, Kassovitz, Jacques François ou encore Jean-Pierre Léaud. J’ai surtout apprécié la prestation de Sabine Azéma, le temps de deux scènes et celle au bar de la boite de nuit entre Grinberg et Valeria Bruni Tedeschi, sur fond de Barry White, malgré quelques répliques incompréhensibles (un mal français, qu’on retrouve d’ailleurs épisodiquement tout au long du film). Quant à Lanvin, il est dans son registre habituel de mec bourru à grande gueule, pas mauvais fond mais avec toujours une violence sous-jacente et cette incapacité chronique à sourire. En conclusion, ce film vient confirmer que je suis assez friand de ce qui est le plus controversé chez le cinéaste (ses années 90 ou Les côtelettes) et je ne le remercierai jamais assez pour avoir su tracer cette voie si originale, malgré ses imperfections et ses redites, dans un cinéma français trop souvent sclérosé. 

Un, deux, trois, soleil (1993), de Bertrand Blier

 

« Vous êtes en train de parler d’enculés ? Ça tombe bien, j’ai mis le survêtement… »

C’est l’histoire de Victorine, de son enfance dans une cité de Marseille entre une mère possessive et un père alcoolique à son destin de femme mariée et mère de deux enfants.

C’est l’histoire d’un type qui ne demande pas mieux que de se faire voler car « ça fait de la compagnie » et d’un autre qui n’hésite pas à tirer en pareil cas.

Y’a qui dedans ? Anouk Grinberg (compagne du réalisateur à l’époque), qui joue encore admirablement la « femme enfant » (les personnages jouent leur rôle à tous les âges), Myriam Boyer, Olivier Martinez et une poignée de grands acteurs : Marcello Mastroianni (quelques années avant sa mort), Jean-Pierre Marielle et Claude Brasseur.

Et c’est bien ? Bon, Bertand, je ne veux pas qu’on te « cancelle », j’ai horreur de ça et je sais bien que « ce n’est que du cinéma » mais tu pousse le bouchon un peu loin sur le viol (non montré mais suggéré ou évoqué à plusieurs reprises et toujours une femme seule face à plusieurs ados) et les attouchements, ça en devient embarrassant. L’interview d’Anouk après l’affaire « Depardieu / Moix », dans laquelle elle te charge un peu (en général, pas sur ce film en particulier), ajoute au malaise. Heureusement, il y a comme toujours des scènes et des dialogues, drôles (Myriam Boyer en écolière, hilarant) ou émouvants et bien sentis, qui viennent un peu le désamorcer. L’autre grief concerne le propos sur l’immigration et la délinquance, qui verse dans l’angélisme, la leçon de morale et la grosse provoc (la scène où Marielle dit à son jeune, noir et non armé – voleur : « tu es la chance de mon pays », l’encourageant à se marier avec une Française blanche « avec des gros nichons » et à lui faire des enfants). Une vision et un discours qui pouvaient faire illusion en 1993 mais qui ne sont hélas plus audibles dans la France de 2025. En somme, un film plus subversif en 2025 qu’il ne l’était il y a 32 ans et qui donnera de l’urticaire aussi bien à Eric Z. et Jordan B. qu’à Judith G. et Alice C.

Casanis : oui

Femme à poil : oui (l’actrice noire Irène Tassembédo, les seins)

Up 👍: Anouk Grinberg, excellente ; Myriam Boyer en écolière ; tournage dans ma bonne (?) ville de Marseille, oh putaing cong (j’ai reconnu quelques endroits)

Down 👎: la complaisance vis-à-vis du viol ; la provoc facile et moralisatrice

Merci la vie (1991), de Bertrand Blier

 

« Ben oui mais j’suis encore dans tes couilles, je commence à m’emmerder ! »

C’est l’histoire de Camille (Charlotte Gainsbourg), une étudiante proche de passer son Bac, qui rencontre Joëlle (Anouk Grinberg), une fille paumée en robe de mariée qui vient de se faire passer à tabac par un type. Les voila parties pour de rocambolesques aventures…

C’est l’histoire de deux des plus grandes tragédies du 20ème siècle (la Seconde guerre mondiale et le SIDA) et de thèmes universels (et habituels : la Vie, l’Amour, la Mort) mais traités de façon originale, par le procédé d’un « film dans le film ».

C’est l’histoire des Valseuses au féminin.

Y’a qui dedans ? La fille Gainsbourg (j’aime pas mais à tout juste vingt balais, ça passe), Anouk Grinberg (formidable), qui sera la compagne et muse de Blier tout au long des années 90 (Farida Rahouadj prendra le relai de la décennie suivante jusqu’à la fin), accompagnées d’une ribambelle de « tueurs » : Depardieu, Michel Blanc, Carmet (César du meilleur second rôle), Girardot, Trintignant, jusqu’aux seconds (ou troisièmes) rôles (Catherine Jacob, François Perrot, Didier Bénureau).

Et c’est bien ? C’est pas que bien, c’est plus que bien. Cette fois, Blier, toujours aussi en verve, a eu des moyens et il s’en donne à cœur joie. Difficile de résister à ce maelstrom d’émotions (tendresse, drôlerie, mélancolie, sensibilité à fleur de peau, effroi…), de teintes (ocre, vert, noir et blanc) et d’époques (de la seconde guerre mondiale jusqu’aux « années SIDA »). Incontestablement l’un de ses meilleurs films et celui dont il est le plus fier (notamment car difficile à faire). Au cas où certains ne seraient pas au courant et comme dans quelques autres de ses films (1,2,3 soleil, Les côtelettes…), il nous rappelle que son cœur penche très nettement à « gauche » (comme 95% du « showbiz », ce qui est au demeurant logique), au détour d’une tirade, bien trouvée, de Depardieu pointant une arme sur les officiers allemands qui l’entourent :

« Je suis dans la Résistance ! Après la guerre, je me ferai élire aux Municipales sous l’étiquette « gaulliste » et je serai à nouveau une ordure, une grosse ordure de droite. Mais en attendant, je suis un héros ! »

Caddie : oui

Œil arraché : oui

Homme et femme à poil : oui (Grinberg, plutôt deux fois qu’une, Michel Blanc et des figurants)

Up 👍: le casting, démoniaque ; la folie du projet ; le très touchant générique de fin avec le plan sur Carmet dans son fauteuil, « oublié » par Gainsbourg et Girardot

Down 👎: pour trouver à redire, la scène « science-fictionesque » de Grinberg lévitant dans les airs ; la même Grinberg se faisant peloter (comme dans 1,2,3 soleil), de même que Catherine Jacob (les seins par Trintignant, les fesses par Blanc). On se demande si c’est à chaque fois nécessaire et c’est vrai que la femme est souvent sexualisée (on ne voit jamais une femme palper les burnes d’un homme, par exemple… et si c’était le cas, elle passerait pour une s**ope…)