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Deux Buñuel pour le prix d’un…

 

L’ange exterminateur (1962)

« Les employés sont chaque jour plus impertinents. »


C’est l’histoire d’une vingtaine de bourgeois qui, lors d’une réception organisée chez un aristocrate mexicain, se trouvent inexplicablement dans l’impossibilité de quitter les lieux. Les voilà enfermés dans le salon avec le seul majordome encore présent, les autres ayant mystérieusement démissionné juste avant le diner.

Le journal d’une femme de chambre (1964)

« Vous ne trouvez pas que les animaux sont plus beaux vivants que morts ? » - « Mais la chasse, c’est la chasse ! » 


C’est l’histoire de Célestine (Jeanne Moreau), une femme de chambre qui, de Paris, descend en province afin de se mettre au service d’une famille de notables. Elle va y côtoyer un mari sexuellement frustré (Michel Piccoli), son épouse frigide, un patriarche fétichiste des bottines et un palefrenier d’extrême-droite.


Tiens, ça faisait un bail que je ne m’étais pas fait un Buñuel… Alors hop, deux d’un coup pour rattraper la chose. Entre Chabrol, les « ritals » (Pasolini, Ferreri…) et le réalisateur espagnol, on pourra dire que la Bourgeoisie (et le Clergé) a pris cher et le dernier cité ne fût pas le plus tendre du lot. Le Journal d’une femme de chambre est l’une des cinq adaptations cinématographiques en 110 ans (dont une en muet) du roman éponyme d'Octave Mirbeau. On y découvre une femme de chambre embauchée par des notables provinciaux et aux prises avec leurs excès et leur bassesse. Ainsi, elle devra supporter une maitresse de maison terriblement pointilleuse sur la propreté, les avances de son mari, les séances de fétichisme (port de bottines) que lui impose le patriarche des lieux et les idéaux d’extrême-droite du palefrenier, lui aussi épris d’elle. Convaincue de la culpabilité de ce dernier, elle essaiera en vain de le faire condamner pour le meurtre et le viol d’une jeune fille. A l’image de la famille précaire de Parasite, elle va se laisser « contaminer » par le cynisme bourgeois en épousant le riche voisin de ses anciens employeurs et ainsi changer de classe sociale, tandis qu’au dehors, les ligues d’extrême-droite manifestent et avancent vers le pouvoir (le film se déroule à la fin des années 20). « Plutôt Hitler que le Front Populaire ! »… L’Histoire est un éternel recommencement…


Plus étonnant est L’ange exterminateur (en V.O). Lors d’une réception mondaine, tout déraille. Tout d’abord, tous les domestiques, excepté un, quittent de concert les lieux sous divers prétextes. Pis, une force invisible maintient les convives dans le salon pendant des semaines, tout comme elle empêche leurs proches ou les autorités à venir les chercher en pénétrant dans leur propriété. Face à la promiscuité et la fatigue, le vernis des convenances sociales craque et ces respectables bourgeois finissent par succomber aux plus bas instincts de l’humanité. Nous sommes donc dans du pur surréalisme buñuelien. Le film rappelle Le Charme discret de la bourgeoisie, où là aussi un groupe de bourgeois était contraint dans un objectif pourtant banal (la tenue d’un repas), et Le Fantôme de la liberté (la présence inattendue d’animaux - ici des brebis - dans des demeures luxueuses). Passée la surprise initiale du « pitch », le film s’embourbe toutefois un peu par moments, avant un final en « boucle ».

A l’arrivée, deux films aux thématiques à la fois très actuelles (les mécanismes comportementaux et historiques) et « datées » (la critique de la bourgeoisie n’est plus vraiment au goût du jour).       

La notte (1961), de Michelangelo Antonioni

 

« Est-ce que vous pensez que les roses dorment aussi ? » - « Et oui, les roses dorment aussi… l’espace d’une nuit, Madame. »

« Et puis ne l’oubliez pas : il est probable que l’avenir ne commencera jamais. » - « Ah, l’avenir sera quelque chose d’horrible, vous ne croyez pas ? »


C’est l’histoire d’un couple à la dérive, l’écrivain Giovanni Pontano (Marcello Mastroianni, mine grave, une seule expression faciale pendant tout le film) et sa superbe épouse Lidia (Jeanne Moreau), qui n’a plus rien à se dire. Ils se rendent au chevet d’un ami également écrivain, Tommaso (Bernhard Wicki), « au bout d’sa life » dans un hôpital milanais. Bouleversée, Lidia repart la première puis erre dans des quartiers en pleine mutation de Milan. Giovanni la rejoint et ils se rendent à une fête célébrant son nouveau livre, qui est un succès.


Après une petite semaine dans la très touristique Chamonix et son impressionnante « Aiguille du Midi » à 3800 mètres d’altitude (!), me voila de retour pour « boucler » le dossier Antonioni avec le second volet de sa « trilogie de l’incommunicabilité », comprenant également L’avventura (1960) et L’éclipse (1962), tous trois avec sa compagne Monica Vitti à l’affiche. Couples en crise, errance existentielle, élégance en papier glacé, milieu bourgeois, « la ville, le jazz, la nuit », « la vie, l’amour, c’est compliqué, toussa toussa », ça recommence. Ou ça continue, c’est selon. Donc on se fait chier, comme dans les autres films du réal (j’ai néanmoins une affection particulière pour Zabriskie Point et son ambiance « flower power » soixante-huitarde). Mastroianni se fait alpaguer par une jeune nympho qui l’entraine dans sa chambre d’hôpital (on y croit…). Moreau erre comme une âme en peine et Vitti ne nous montre sa (jolie) bobine qu’au bout d’une heure, à la fête donnée par son industriel de père et où se presse toute une « intelligentsia ». Quelques beaux plans et angles de prise de vue toutefois : dans la chambre d’hôpital du mourant (gros plan sur Moreau, avec en arrière-plan la mère du malade ; la fenêtre ouverte avec vue sur la rue), Moreau marchant dans la ville, le final avec elle et Mastroianni sur le terrain de golf. Pour le reste, remplace efficacement un somnifère…   

Il boom (1963), de Vittorio De Sica

 

« On passe voir les pédés ? »

C’est l’histoire d’un mec, Giovanni Alberti (Alberto Sordi), qui, après avoir chanté tout l’été, se trouva fort dépourvu lorsque la bise fut venue. En gros, il s’est endetté pour financer son train de vie (et celui de sa femme, Gianna Maria Canale) et il galère un max pour trouver des prêteurs, son entourage, pas dupe, refusant de s'engager dans ses soi-disant investissements pouvant rapporter gros. Un jour, l’épouse d’un riche industriel borgne (non, ce n’est pas feu Jean-Marie…) qui a refusé de l’aider lui fait un bien étrange marché : elle est prête à lui donner une très grosse somme d’argent s’il accepte d’échanger son œil gauche, valide, contre celui en verre de son mari !

Cliché de la nana dont « l’amour » pour son mari est directement indexé sur sa capacité à lui assurer une « sécurité financière » : oui, mais ce n’est pas un cliché.

Cliché du mec « needy » qui met sa nana sur un piédestal : oui, encore, mais ce n’est pas un cliché.

MGTOW : non, du coup.

« Homophobie » latente : oui. Enfin, ce n’est peut-être pas le terme approprié étant donné qu’il n’y a pas d’hostilité, « juste » de la moquerie. Les homos (on ne disait pas encore « gays », à l’époque) sont carrément vus comme des figures folkloriques, des phénomènes de foire, appelés « pédés » (sic). Ainsi, Sordi et sa bande d’amis, une nuit, passent en voiture devant un lieu de drague homosexuel et se foutent ouvertement de leur gueule. Ce qui ne heurte pas les intéressés, qui en rient également (bon, si tout le monde est content…). Plus loin, un mec lâche, toujours sur le ton de la plaisanterie, « des pédés, il y en a dans toute l’Italie, maintenant ». Bon, comme toujours en pareil cas, on dira que « c’était l’époque ». Mais on trouvera toujours des gens pour nous dire que « c’était mieux avant ». Si on n’est pas gay (ou noir, en particulier aux Etats-Unis, ou femme ou ouvrier, voire jeune), oui, peut-être…

Glorification de la besogne laborieuse : oui (l’industriel à Sordi : « Vous voulez gagner en un an ce que nous avons gagné en un demi-siècle »).

Foi en l’humanité : definitely not (« On fait que d’la merde, quoi... », Béatrice Dalle).

Mon avis : pas mal mais des redondances avec d’autres « comédies à l’italienne » de cet « âge d’or » cinématographique, que ce soit la prestation de Sordi (toujours à mendier, qu’il s’agisse d’argent ou l’amour de sa femme) ou dans les thèmes abordés (la superficialité et l’hypocrisie des « nouveaux riches » issus du « miracle économique » italien, la cupidité, l’absence de valeurs morales), avec toutefois un côté plus sombre (le final sans espoir).       

La mariée était en noir (1968), de François Truffaut

 

« Le nez est formidable. Et la bouche… Si j’étais écrivain, j’en ferai un roman. »

Une femme en Kohler…

C’est l’histoire d’une meuf, Julie Kohler (Jeanne Moreau), qui n’a qu’une idée en tête : se venger des cinq types (Claude Rich, Michel Bouquet, Michael Lonsdale, Charles Denner et Daniel Boulanger) qui, accidentellement, ont tué d’un coup de carabine son mari le jour même de son mariage. Ils vont passer un sale quart d’heure…

Très bon film « qualité France », efficace, par le parangon d’une « vague » dont on se demande ce qu’elle a ici de « nouveau ». Sorti en avril 1968, un mois avant le joli mois de mai qui bouleversa l’Histoire. Comme dans Fahrenheit 451 deux ans auparavant, Bernard Herrmann, compositeur attitré d’Alfred Hitchcock, signe la musique. La figure tutélaire du « maitre du suspense » y est ici cependant moins prégnante. Le casting est royal, chacun des cinq coupables ou complices de l’assassinat initial du marié, montré en flashbacks, venant faire son tour de piste, à l’exception du moins célèbre Daniel Boulanger. Les meurtres de Bouquet et Lonsdale, précédés d’une agonie, sont particulièrement atroces et démontrent la volonté sans faille ainsi que l’absence de la moindre émotion de Jeanne Moreau. Celui de Rich, par contre, est totalement lunaire : il prend le risque d’enjamber la rambarde du balcon pour aller récupérer l’écharpe de Moreau sur l’auvent alors que n’importe qui de sensé aurait utilisé un long bâton tel un balai, par exemple. Les deux derniers crimes ne sont quant à eux pas montrés. Truffaut, dans le déroulé comme dans le dénouement, a pris quelques libertés avec le roman de William Irish dont le film s’inspire, écrivain déjà adapté au cinéma par… Hitchcock (Fenêtre sur cour) et… Truffaut lui-même (La Sirène du Mississipi, l’année suivante). Comme quoi, tout se tient. Bon, voila un film français simple, sans prise de tête, pour une fois. De la belle ouvrage.

L’Avventura (1960), de Michelangelo Antonioni

 

« Mais pourquoi n’y a-t-il que des femmes ? » - « Aucun paysage n’est aussi beau qu’un corps de femme. » (*)

C’est l’histoire d’un mec, architecte (Gabriele Ferzetti) et de deux nanas à « donner la trique » (Lea Massari et Monica Vitti). Le mari, la femme, l’amante, épisode 638 ? Pas tout à fait. Ferzetti est maqué avec Massari mais lors d’une excursion en yacht avec des amis qui les mène sur les îles Éoliennes (Sicile), celle-ci disparait mystérieusement. Lors des recherches pour la retrouver, il s’éprend de Vitti, confidente de Massari et présente au moment des faits.

Et mon vier, Madame Olivier, encore un, de « grand film précurseur » chiant à mourir… Et longuet (2 heures 20), en plus de ça. D’ailleurs hué (surtout par les Italiens) lors du Festival de Cannes 1960, où il remporta malgré tout le Prix du jury, puis réhabilité au fil des années (surtout par les Français). Mais la première impression est souvent la bonne. Donc voilà. Ah, pour ça, les images sont belles, pas de souci là-dessus. Bruit du vent et des clapotis, paysages, plans en plongée, c’est magnifique et ça l’aurait été encore plus en couleurs, assurément. Et la musique est bonne, bonne-bonne-bonne, comme dirait l’autre. Mais assez vite, acteurs comme spectateurs finissent par se ficher comme d’une guigne du sort de Massari (dont on ne saura rien) et on bifurque vers une énième variation sur les thèmes « fuis-moi j’te suis, suis-moi j’te fuis » et « la vie, l’amour, c’est compliqué » entre le mec « needy », comme on dit aujourd’hui (y’a que de ça dans ces films, c’est ça le patriarcat ?) et la nana qui minaude et ne sait pas ce qu’elle veut (Vitti, dans le même registre que dans L’éclipse, dernier volet de la trilogie dite de « l'incommunicabilité » de son compagnon de réalisateur). Las. Allez, tant pis si je passe (encore) pour une « buse » mais pour moi, c’est « no way »…

(*) On est bien d’accord. Enfin, ça dépend quand même de la femme en question, en particulier son poids, ses mensurations et son âge…     


Le topo de Monica Bellucci :

La sirène du Mississipi (1969), de François Truffaut

 

« Quel jour est-on, aujourd’hui ? » - « Vendredi » - « Dommage que ce soit pas dimanche. Avant de vous connaitre, j’aimais pas les jours fériés. Maintenant, je commence à détester les jours ouvrables… »

C’est l’histoire d’un mec, Louis Mahé (Jean-Paul Belmondo), riche héritier de La Réunion, qui se fait livrer Catherine Deneuve (Julie Roussel) pour la marier, comme ils l’ont convenu lors de leur correspondance via les petites annonces matrimoniales. Et ben, ça va, la vie, oui ? Mais patatras : elle se révèle ne pas être celle qu’il attendait et après leur mariage, elle s’enfuit avec quasiment tout son argent, ayant mis ses comptes en commun avec elle. Dès lors, avec la sœur de la véritable Julie Roussel, disparue, il engage un détective privé (Michel Bouquet) pour retrouver la voleuse en fuite.

Et là, à la lecture de ce synopsis, vous vous dites « super, un polar avec du suspense, des poursuites, des rebondissements, on va se régaler ». Pas si vite. Un film qui débute comme une comédie romantique, qui se poursuit (en effet mais pas longtemps) comme un polar et qui se termine… en eau de boudin (fun fact : dans le même chalet où Depardieu, Carmet et Blier père se cailleront les miches dix ans plus tard dans Buffet froid). SPOILER ALERT : Belmondo retrouve Deneuve avant le privé (Bouquet), par hasard, en la voyant dans un reportage télévisé. Et après, on tourne en rond, y’a évidemment du verbiage auteurisant (on ne se refait pas)… Histoire d’amour, encore et encore, « tu m’as trahi mais je t’aime quand même » Vs. « on n’a plus un rond, vais pas pouvoir rester (*) mais tu m’attendris alors finalement… ». Mais « Bébel » (né à Neuilly) et Cathy (qui nous montre furtivement sa poitrine dénudée en deux occasions, j’aurais jamais cru…) sur la même affiche, ça ne se refuse décemment pas. Les voir est une joie et une souffrance (Truffaut est tellement fier de cette formule qu’il la réutilisera dans Le dernier métro). Le premier nous a quitté en 2021, on souhaite à la seconde de durer aussi longtemps que sa maman, Renée Simonot, décédée en 2021 à l’âge canonique de… 109 ans. Quant à vous, M. Truffaut, il ne vous reste plus que Tirez sur le pianiste et La mariée était en noir pour me prouver votre « génie » (bâillements…), seuls La femme d’à côté et surtout Fahrenheit 451 (où vous singez votre maître Hitchcock) ayant retenu mon attention pour le moment.

(*) Super, le cliché de la femme vénale… Ah, on me dit dans l’oreillette que ce n’est pas un cliché mais la réalité. Dont acte.

Une vie difficile (1961), de Dino Risi

 

« J’aime la politique car quoi qu’en pense ta hyène de mère, la politique est partout dans la vie. »

C’est l’histoire Silvio Magnozzi (Alberto Sordi), membre des Partisans, combattant avec la Résistance italienne contre les forces nazies et fascistes lors de la seconde guerre mondiale. Il se fait surprendre dans un hôtel près du lac de Côme par un soldat allemand. Alors que celui-ci allait l’abattre, il est sauvé in extrémis par Elena (Lea Massari), la fille du propriétaire de l'hôtel, qui tue le soldat à l’aide d’un fer à repasser. Elle fournit à Silvio une cachette sûre, le moulin qui appartenait à ses grands-parents décédés.

On (« est un con » mais en l’occurrence, c’est moi, donc comprendre « je »…) ressent une petite forme de jubilation après avoir vu un bon film, comme lorsqu’on découvre quelque chose de rare et d’agréable. Surtout après plusieurs essais infructueux. Comme quoi, quand le sujet me parle, que l’interprétation est au rendez-vous et que le récit va droit à l’essentiel, sans se perdre en longueurs ou scènes inutiles, ça roule tout seul. Une vie difficile se révèle illico comme mon Dino Risi préféré à cette étape de mon parcours dans sa filmographie, Parfum de femme et Le fanfaron m’ayant déçu. Il retrace environ quinze ans de la vie d’un homme pétri d’idéaux progressistes, interprété par l’excellentissime et protéiforme Alberto Sordi (peut-être le meilleur de ces acteurs du cinéma italien de cette époque), tiraillé entre ses responsabilités de mari et de père de famille et le respect de ses convictions politiques. Sa compagne n’est autre que Lea Massari, encore une belle « plante », elle aussi convaincante dans divers registres, de l’épouse éplorée à la « chipie » hautaine. Le film a de nombreux points communs avec d’autres de cet « âge d’or » du cinéma italien (fin des années 50 – milieu des années 70, en gros) : fort ancrage dans le (riche) contexte historique et social italien (fin de la seconde guerre mondiale, référendum sur la Monarchie, « boom » économique des années 60, plus tard les « années de plomb »…), regard désenchanté sur la société, difficulté de mettre ses idéaux en accord avec la réalité de la vie quotidienne, critique acerbe du triumvirat (souvent lié) politicien corrompu – grand industriel qui l’est tout autant – clergé. À ce titre, l’homme d’affaires à la tête d’un empire qui tente en vain de soudoyer Sordi, journaliste communiste, n’est rien de moins que le portrait craché de Berlusconi avec vingt ans d’avance. Mais le film n’a rien de « militant », Risi, comme d’autres compatriotes réalisateurs, étant réticent à cette démarche. C’est donc en état d’ivresse, pour les faire passer avec plus de légèreté, que Sordi exposera ses vérités (que je fais miennes), allant jusqu’à faire exploser sa frustration en crachant sur les limousines qui passent (superbe scène sur la promenade de Ronchi, à Marina di Massa, bien qu’elle soit censée se dérouler à Viareggio). Une vie difficile repose sur le schéma classique de la femme recherchant la sécurité matérielle (sans toutefois être vénale) auprès d’un époux « solide et responsable » et d’un homme plus fantasque, attaché à ses rêves et ses idées, se rabaissant en « mendiant » l’amour de sa femme (tel Jacques Brel dans son Ne me quitte pas). Là comme dans d’autres domaines (productivisme effréné, esprit moutonnier, soumission à l’autorité mais paradoxalement grande indiscipline personnelle…), les choses n’ont pas beaucoup changé. Désespérants, les gens ! De vrais hamsters dans leur roue (ils doivent penser comme le cycliste, qu’ils vont tomber s’ils s’arrêtent de pédaler…). En particulier en Italie (y'a qu'à voir leurs dirigeants actuels...), comme le déplorait en 2010 Mario Monicelli, quelques mois avant son suicide (cancer de la prostate en phase terminale) : « Ce qu'il n'y a jamais eu en Italie, c'est un grand coup de pied dans la fourmilière, une belle révolution, ce qui ne s'est jamais produit en Italie… Il y en a eu en Angleterre, il y en a eu en France, il y en a eu en Russie, il y en a eu en Allemagne. Partout sauf en Italie. Donc il faut quelque chose pour vraiment racheter ce peuple qui a toujours été soumis, qui a été esclave pendant 300 ans ». Bon, ceci dit, ces révolutions n’ont pas changé grand-chose à l’arrivée, on en est tous plus ou moins au même point. En attendant, délectez-vous donc de ce très bon film (en V.O only) où humour, tendresse et satire se conjuguent à merveille.    

Huit et demi (1963), de Federico Fellini

 

C’est l’histoire de Guido Anselmi (Marcello Mastroianni), un cinéaste de renom qui travaille sur un nouveau projet. Problème : son imagination se tarit. Le calme dont il a besoin pour créer est perturbé par son entourage professionnel (producteur, acteurs, techniciens) qui le harcèle constamment. A cela viennent se greffer ses déboires sentimentaux, sa maitresse Carla (Sandra Milo) puis son épouse Luisa (Anouk Aimée) le rejoignant à la station thermale où il a trouvé refuge. Sombrant dans la dépression, il se réfugie dans ses rêves et souvenirs (sa jeunesse, ses parents…), qui vont se mêler à la réalité.

Avec ce film « autobiographique » (Guido Anselmi, c’est bien évidemment lui) de Federico Fellini, l’une des plus grandes sommités du 7ème Art, on touche aux limites de ce blog et de ses « ambitions » : à savoir retranscrire la découverte de films reconnus et exigeants par un amateur (votre serviteur) biberonné au cinéma « d’entertainment » (comédies françaises, blockbusters U.S voire, ô sacrilège,… films pornos !), qui ne possède pas toutes les clés pour en appréhender les tenants et les aboutissants et donc pour apprécier pleinement ce cinéma dont toute l’importance, au-delà de la mise en scène et de l’interprétation (la base), réside principalement dans son propos, ses thèmes, sa vision. C’est un peu comme donner un concerto de classique à un amateur de rap (ou vice et versa…) ou du lard au cochon. A partir de ce postulat, que dire ? Déjà que Huit et demi débute comme… le Chute libre de Joel Schumacher sorti trente ans plus tard ! A savoir un homme (probablement Mastroianni) qui suffoque à bord de son véhicule immobilisé dans un immense embouteillage et s’en échappe (cette fois par le toit). L’une des nombreuses scènes oniriques du film et celles que j’ai trouvé les plus ingénieuses et les plus intéressantes visuellement (comme ce plan incroyable d’un homme sur une plage tenant une corde reliée au pied d’un autre – ledit réalisateur en panne d’inspiration ? – flottant dans les airs puis chutant dans la mer). Qu’ensuite, au risque de me répéter, cette époque reculée des années 60 avait un « cachet » et ne portait pas encore les stigmates de la vulgarité moderniste. Un point de vue uniquement esthétique, sorte « d’image d’Epinal », car la peine de mort, l’ORTF, la pénalisation de l’homosexualité, le patriarcat (à cette époque, oui, quand même), les droits sociaux faméliques, tout ça, à moins de s’appeler Eric Zemmour, ne fait pas franchement rêver… Contrairement aux stars (terme ici non galvaudé) de cette même époque (Mastroianni, Cardinale, Aimée… la classe). Qu’enfin, ce qui tient lieu « d’histoire » (ces incessants allers-retours entre rêve et réalité), elle, m’a gentiment ennuyé et ne m’a procuré aucune émotion, ou alors en sa toute fin, à la rigueur (une farandole de tous les protagonistes). Il ne m’en reste donc que de belles images, sur une bande-son grandiose (signée Nino Rota, Rossini, Wagner, Tchaïkovski…). 


Le topo de Christian Boltanski :

L’éclipse (1962), de Michelangelo Antonioni

 

« A-t-on besoin de se connaitre pour s’aimer ? Et a-t-on besoin de s’aimer ? »

« Je voudrais ne pas t’aimer. Ou t’aimer beaucoup mieux. »

C’est beau, une ville, la nuit… Le jour aussi…

C’est (encore) l’histoire d’un gars et d’une fille (heureusement sans Lamy et Dujardin), d’un homme et d’une femme (heureusement pas par Lelouch), beaux comme des dieux (Alain Delon et Monica Vitti à leur « prime »). Lui voudrait (évidemment) « ken » Elle, Elle voudrait bien aussi. Ou pas. Ou pas si vite ou pas comme ça. Bref, encore une chieuse, quoi…

Une éclipse (solaire), en astronomie, c’est un phénomène aussi rare qu’un sourire sur la tronche de Bruno Retailleau, le croquemort d’une France en noir et blanc (enfin, en beaucoup plus blanc que noir, en l’occurrence…😄). Au cinéma, c’est un film de Michelangelo Antonioni, un réalisateur qui, pour ce que j’en ai vu (Blow-Up, Zabriskie Point), semble plus soucieux de filmer de belles images que de raconter des histoires (c’est en tous cas ce qui en ressort). C’est à nouveau le cas ici : vue aérienne de Rome, tableaux et photos du Kenya, salle de la Bourse et surtout « sa » Monica (et à un degré moindre Alain) et la ville. Une ville à l’architecture moderne et épurée, quasiment sans circulation automobile (le rêve), rappelant les grands espaces du désert de Zabriskie Point ou le vaste parc de Blow-Up. Tiens, de noir et blanc (nous sommes en 1962) et de gens qui tirent la gueule, il en est ici aussi question. En l’occurrence Monica Vitti, le plus souvent comme contrariée, mais traversée malgré tout par quelques épisodes plus… solaires comme lorsqu’elle se grime en danseuse africaine au son des tam-tams chez une voisine colonialiste. Elle quitte Riccardo (Francisco Rabal) et se laisse séduire par l’agent de change de sa mère (Delon), rencontré lors d’une séance boursière. Jeu classique du chat et de la souris, sur le thème « je t’aime moi non plus »… Le film clôt une trilogie sur ces thématiques de l’incommunicabilité et du couple en crise dans une Italie en plein boom économique, entamée avec L'avventura (1960) et poursuivie par La nuit (1961, les trois avec Vitti). De sacrées longueurs tout de même (le film dure deux heures) : la séquence de la rupture au début, comme Piccoli et Bardot dans Le mépris mais avec heureusement beaucoup moins de dialogues ; et une scène de boursicotage (un univers que j’exècre particulièrement et un fléau de notre temps). On va dire que ça se laisse voir et qu’Antonioni a indéniablement une « patte », c’est déjà ça. Et puis les années 60, pour les fringues, c’était la classe : les hommes en costard-cravate et les dames en robe ou jupe jamais au-dessus des genoux. Une certaine uniformité, certes, mais tellement mieux (et moins vulgaire) que celle à laquelle on a fini par aboutir. Vous imaginez, si Delon était né 50 ans plus tard, il porterait tatouages, barbe ou bouc et maillot du Barça ou tee-shirt de Nirvana, smartphone dans une main et vapoteuse dans l’autre…  


Le topo de Christoph Hochhäusler :

Fahrenheit 451 (1966), de François Truffaut

 

« Pourquoi lisent-ils ? Quelle perversité… »

« Occupez vos gens pour qu’ils ne pensent pas. C’est le point capital. »

Herrmann fait du Herrmann et Truffaut… du Hitchcock

C’est l’histoire d’une société dystopique, dans un pays et une époque indéterminés, au sein de laquelle les livres, vecteurs de connaissances, sont interdits. Guy Montag (Oskar Werner) y exerce la profession de pompier, qui ne consiste pas à éteindre des incendies mais à saisir les livres, les brûler et arrêter leurs propriétaires. Il rencontre une jeune femme, Clarisse (Julie Christie), qui lui avoue son intérêt pour la lecture. Montag se remet dès lors peu à peu en question et enfreint la loi en se mettant à lire, ce qui provoque un conflit avec sa femme Linda (Julie Christie aussi) puis avec sa hiérarchie.

Moi qui n’aime pas Truffaut… enfin, disons surtout la série de films « casse-burnes et touille-cerveau » avec son héros Antoine Doinel (Jean-Pierre Léaud) et le fait qu’après avoir critiqué le cinéma « qualité France » d’avant-guerre (le côté « vous allez voir c’que vous allez voir quand je serai derrière la caméra »), il a fini par en devenir un thuriféraire en tournant des films somme toute classiques. Donc moi qui n’aime pas Truffaut, disais-je, là j’ai adoré. Sans doute parce qu’il ne fait pas du Truffaut mais du Hitchcock. Une scène de filature et des plans entiers, sur la musique de Bernard Herrmann, sont littéralement pompés sur le « maître du suspense ». Il pousse même le vice jusqu’à faire interpréter deux rôles par la même actrice (Julie Christie), comme dans Sueurs froides. La même année (1966), Truffaut publiait ses entretiens Le Cinéma selon Alfred Hitchcock, ce qui n’est sans doute pas un hasard. Voilà pour la forme. Quant au fond, avec un « pitch » si original, cela ne pouvait qu’être intéressant, il restait à bien traiter le sujet. On ne sait et voit presque rien de cette société, ni ses dirigeants, ni son fonctionnement. Seuls la patrouille de « pompiers » que l’on suit dans l’exercice de ses fonctions et les intérieurs / extérieurs nous renseignent quelque peu. Les livres sont donc interdits car ils risquent d’instruire et d’émanciper les citoyens mais aussi d’engendrer des inégalités entre eux. Ils sont donc saisis et brûlés sur le champ. A l’extérieur, des barres d’immeubles, des bornes avec gyrophares, un monorail et des boites aux lettres où les délateurs peuvent déposer une photo (puisque les écrits sont interdits) des « déviants ». Un peu « cheap » et kitsch pour de la SF mais ça suffit et ce n’est en rien gênant. Dans les intérieurs, les écrans TV sont omniprésents. Et en 16/9 avant l’heure, s’il vous plait (dans le roman éponyme de Ray Bradbury, ils occupaient même le mur entier) ! La téléréalité est d’ores et déjà envisagée via un dialogue entre présentateurs sur leur plateau et spectateurs dans leur salon. Beau final dans les bois où se retrouvent les résistants à cette société totalitaire, nommés selon l’ouvrage qu’ils ont appris par cœur en vue de sa transmission aux générations futures. Un film visionnaire (enfin, le roman dont il est l’adaptation, plutôt) et une déclaration d’amour aux livres et à la culture. En dehors de Truffaut, son co-scénariste et sa scripte, l’équipe du film est britannique et le tournage a eu lieu dans les environs de Londres. « Fun fact » (si j’ose dire…) : Oskar Werner, qui joue le héros et que Truffaut avait déjà dirigé dans Jules et Jim (1962), est décédé le 23 octobre 1984, soit… deux jours après le cinéaste.
 

Le topo de Nicolas Mathieu :

Michelangelo Antonioni : le yin et le yang…

 

Blow-Up (1966)

C’est l’histoire d’un mec photographe (David Hemmings) dans le Londres des années 60, qui prend notamment des clichés de jolies donzelles (tant qu’à faire…). Un jour, dans un grand parc, il photographie un couple à son insu. La femme (Vanessa Redgrave), s’en apercevant, le chasse puis il revient sur les lieux et prend de nouveaux clichés, alors que la femme s’enfuit en courant et que l’homme a disparu. Une fois revenu dans son laboratoire, en agrandissant (« blow-up » en anglais) plusieurs fois ses photos, il pense reconnaitre les indices d’un assassinat. 

Oui, vous l’avez deviné, je suis dans ma période « macaronis », comme les appellerait le beauf Jugnot des Bronzés, avec aujourd’hui le plus anglo-saxon des réalisateurs transalpins : Michelangelo Antonioni. Deux films, un succès (Blow-Up, Palme d’or à Cannes en 1967) et un échec (Zabriskie Point). Pourtant, j’ai largement préféré « l’échec »… Les deux films ont des points communs : captation de vastes étendues et d’une époque (un parc / le Londres des Swinging Sixties dans Blow-Up, la Vallée de la Mort / contre-culture et libération sexuelle des campus U.S dans Zabriskie Point), considérations esthétiques plus importantes que l’histoire, scène de sexe très découpée, musique dans « l’air du temps »… Blow-Up m’a fait autant d’effet qu’un plat de spaghettis froid. Il faut attendre trente minutes avant l’épisode du parc puis encore trente avant que le gars agrandisse ses photos et découvre la probabilité d’un crime. Quasiment aucun suspense policier, Antonioni préfère filmer un concert des Yardbirds, groupe anglais alors à la mode (Herbie Hancock se charge du reste de la B.O) et une scène de « batifolage » entre le photographe et deux modèles (dont Jane Birkin). Film sans queue ni tête, ou plutôt si puisqu’il s’achève en queue de poisson. Il m’aura au moins permis d’apprendre le coup d’éclat de Vanessa Redgrave lors des Oscars 1978, où elle remporta celui du meilleur second rôle féminin pour sa prestation dans Julia. De la pure science-fiction aujourd’hui, alors que nous en sommes exactement au même point. Chapeau bas, Madame.



Zabriskie Point (1970)

Quand t’es dans le désert…

C’est l’histoire de Mark (Mark Frechette), un étudiant très engagé dans la contestation qui gagne les milieux universitaires de Los Angeles en cette année 1969. Assistant au meurtre d’un étudiant noir suite à un tir d’un policier, il s’apprête à répliquer mais l’agent est abattu par quelqu’un ayant tiré avant lui. Craignant d’être pris pour le coupable, Mark vole un petit avion de tourisme et s’enfuit vers le désert de la Vallée de la Mort. Il croise sur sa route Daria (Daria Halprin), jeune secrétaire idéaliste, qui doit rejoindre son patron (Rod Taylor) à Phoenix.  

Bien plus intéressant par contre est ce « road movie ». Certains films brillent par leur scénario très bien huilé, d’autres par la qualité de leur mise en scène ou la performance de leurs comédiens, d’autres encore par leur esthétique. Zabriskie Point appartient à cette dernière catégorie. Il offre en effet de magnifiques images, sur fond musical parfaitement adapté (Pink Floyd et des titres d’autres groupes de l’époque comme les Rolling Stones ou le Grateful Dead) : le désert de la Vallée de la Mort et ses dunes, visions oniriques de couples faisant l’amour dans le sable et de l’explosion d’une luxueuse villa, filmées au ralenti. Un véritable « trip », comme on dit. Le film est aussi une charge contre l’aliénation consumériste et la société américaine, notamment la violence arbitraire de sa police (« je tire avant, je réfléchis - éventuellement - ensuite »), non sans humour (le prisonnier qui se fait appeler Karl Marx, que le flic orthographie sans moufter « Carl Marx »), ce qui lui attirera les foudres de l’Amérique puritaine sans pour autant récolter les louanges des milieux progressistes, qui trouveront naïve et caricaturale sa représentation de la « contre-culture ». Son duo d’acteurs vedette aura une très brève carrière cinématographique (deux autres films chacun) : Daria Halprin, après un bref mariage avec Dennis Hopper, quittera très vite le showbiz pour se tourner vers l'art-thérapie tandis que Mark Frechette connaitra un destin tragique (mort accidentelle en prison à seulement 27 ans après intégration dans une secte et braquage d’une banque).


Le topo d'Alice Winocour :

A bout de souffle (1960), de Jean-Luc Godard

 

« Si vous n’aimez pas la mer… Si vous n’aimez pas la montagne… Si vous n’aimez pas la ville… Allez vous faire foutre ! »

Putain d’intellos…

C’est l’histoire de Michel Poiccard (Jean-Paul Belmondo), petit voyou insolent, qui monte à Paris dans le but de récupérer auprès de truands l’argent qu’on lui doit. Il espère aussi convaincre sa récente conquête Patricia (Jean Seberg), étudiante américaine, de l’accompagner en Italie.



Bon, moi ça va, j’aime pas la mer mais j’aime la ville et la montagne, d’ailleurs je vais à Chamonix cet été… J’aurais donc attendu le 24 mai 2026 pour le voir, « l’emblème de la Nouvelle Vague » (Libération), « le film révolutionnaire » (ARTE), « l’incarnation du cinéma moderne » (Le Monde), le film que même Hollywood nous a envié (clap clap clap)… Les trente premières minutes, ça va. Belmondo quitte Marseille (premier plan sur le Vieux Port, que j’ai immédiatement reconnu malgré les 66 ans écoulés depuis) pour la capitale, tue un policier qui le prenait en chasse pour une infraction routière et entre en contact avec des types de la pègre locale pour récupérer son blé. Montage nerveux (Godard avait tourné près de trois heures, il a ensuite coupé dans les plans pour raccourcir le film), magnifique bande-son jazz du pianiste Martial Solal (j’ai fait le rapprochement avec Ascenseur pour l’échafaud) et bien sûr, « Bébel », quoi, mégot aux lèvres dans tous les plans… Comme le dit l’écrivain et producteur Colin MacCabe en introduction : « Godard a commencé son film avec une star (Seberg) et l’a terminé avec deux ». Loin de moi l’idée de jouer la carte du « c’était mieux avant » (y’a les plateaux de WC News et autres « TV Bolloré » pour ça…) mais force est de reconnaitre que les « grands boul’vards » avec des mecs en costard et des nanas élégants sur du jazz, c’est autrement plus classe que tous ces gugusses avec leur parfait attirail de « l’homme moderne » (smartphone, cigarette électronique, trottinette, barbe, tatouages) sur fond de rap ou d’électro… Mais voilà qu’après ce départ prometteur, le film tombe dans les mêmes travers que le futur Mépris : scène interminable (une bonne vingtaine de minutes !) de parlotte entre Seberg et Belmondo dans une chambre d'hôtel, comme plus tard entre Piccoli et « B.B ». Qui ne sert en rien l’histoire (ah, on me dit dans l’oreillette qu’ici l’histoire importe moins que la forme et le « geste historique », ok…) puisqu’ils blablatent sur des choses sans importance et lui ne cherche qu’à la convaincre de se laisser culbuter à nouveau. On bifurque ensuite sur l’interview à Orly de l’écrivain Parvulesco, joué par le réalisateur Jean-Pierre Melville. Et qu’on s’écoute parler en se piquant de « bons mots » (« Aimez-vous Brahms ? » - « Comme tout le monde… pas du tout » - « Chopin ? » - « Dégueulasse » ; « Quelle est votre plus grande ambition ? » - « Devenir immortel. Et puis mourir. »)… Outre Melville, Richard Balducci, José Bénazéraf, Jacques Rivette, Roger Hanin et Godard himself font une brève apparition, tandis que Truffaut est crédité au scénario et Chabrol au « conseil artistique ». Après ce grand intermède de bavardage, la dernière demi-heure retombe enfin sur « l’intrigue » policière et sentimentale. Un film qui a failli faire trois heures, aurait pu n’en faire qu’une mais d’une importance historique indéniable (montage, sortie des studios pour tourner dans la rue, liberté de ton…).


Le topo de Michel Hazanavicius :

Théorème (1968), de Pier Paolo Pasolini

 

C’est l’histoire d’un mec, le « Visiteur » (Terence Stamp, rien à voir avec Clavier et Reno…), qui débarque dans une famille bourgeoise de Milan. Il va susciter chez tous les membres de cette famille (le fils sensible, la mère sexuellement refoulée, la fille timide et le père, un industriel tourmenté) mais aussi sur leur bonne (Laura Betti) une forte attraction sexuelle et aura des rapports avec chacun(e). Mais un jour, il doit les quitter aussi précipitamment et mystérieusement qu’il est apparu, les laissant dans un profond désarroi.

Allez, encore un film indissociable du contexte soci(ét)al dans lequel il a vu le jour (1968, on ne peut pas se tromper…) et plus important (selon moi) d’un point de vue historique qu’à proprement parler artistique. Enfin, non, disons plus justement que je n’ai pas les codes et la « formation » pour apprécier pleinement ce genre d’œuvres. Celle-ci est signée Pier Paolo Pasolini, grand cinéaste italien, communiste, homosexuel et chrétien, disparu à seulement 53 ans dans des circonstances aussi troubles que dramatiques (roué de coups puis écrasé par sa propre voiture en 1975, très probablement un « contrat » de la Mafia car notre homme savait visiblement beaucoup de choses). Bon, à vrai dire, j’ai somnolé vers la moitié du film. Rien ne tient debout, il y a très peu de dialogues (tant mieux, le DVD ne propose que la VOST) et comme souvent à cette époque, il s’agissait de « titiller » l’Eglise et la bourgeoisie par le cul. Aucune scène scabreuse ou véritablement osée mais à l’époque, faut croire que de simples suggestions suffisaient à offusquer la « bonne morale ». Après le départ de Stamp, toute la smala « part en couille » sévère, la mère (Silvana Mangano) « s’envoie » des jeunes mais reste insatisfaite, le père (Massimo Girotti) cède son usine à ses ouvriers, se fout à poil et se retrouve dans un désert (?). Quant à la bonne (Laura Betti), elle se fait enterrer vivante (!), seuls ses yeux restant à découvert. Complètement chtarbés…  

Psychose (1960), d’Alfred Hitchcock

 

« D’ailleurs, on ne peut pas échapper à quoi que ce soit… »

Réalisation : Alfred Hitchcock

Scénario : Joseph Stefano, adapté du roman éponyme de Robert Bloch, inspiré de faits réels liés au tueur en série Ed Gein

Pays : Etats-Unis

Année : 1960

Genre : thriller, horreur

Avec : Anthony Perkins, Janet Leigh, Vera Miles, John Gavin, Martin Balsam.

Synopsis : Marion Crane, amante d’un homme divorcé en difficulté financière et secrétaire, est chargée par son patron de déposer à la banque 40 000 dollars. Au lieu de cela, elle fait ses valises et part rejoindre son compagnon avec la somme dérobée. Le soir du deuxième jour de route, alors que s’abat un puissant orage, elle est contrainte de s’arrêter à un motel isolé pour y passer la nuit.

Pourquoi ? Ouah hé, l’autre, « pourquoi ? », il est marrant, lui… Parce que c’est l’un des Hitchcock les plus « évidents ». Parce que la mythique scène de la douche est la matrice des « slashers » et leurs « jump scare » à venir. Pour la musique de Bernard Herrmann. Et parce que classique absolu.

Easy Rider (1969), de Dennis Hopper

 

« Tu sais, c’était vraiment un merveilleux pays, autrefois. Je comprends pas du tout ce qui a pu se passer… »

L’Amérique, l’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai…

C’est l’histoire de deux mecs (Peter Fonda et Dennis Hopper), marginaux, qui partent sur les routes de l’Amérique à bord de leurs choppers après avoir vendu une grosse quantité de drogue, tout ça dans le but d’assister au carnaval de La Nouvelle-Orléans. Dans leur périple, ils vont faire quelques plus ou moins bonnes rencontres. Enfin, surtout moins… Et ils meurent, à la fin ? Vous verrez…


Et allez, encore un… Un quoi ? Ben, un film « important » (à la bibliothèque du Congrès américain depuis 1998) qui n’aura provoqué chez moi que bâillements… Il est assez reconnu que cette importance est plus d’ordre culturel que purement cinématographique. En effet, il ne se passe pas grand-chose : deux mecs qui roulent (et donc polluent avec leurs bécanes !), fument des « oinjs » et allument des feux de camp la nuit, tout en palabrant sur des questions existentielles. L’Amérique suinte de partout. Les paysages, bien sûr, peut-être le plus grand intérêt du film (bien qu’un peu désertiques) avec la prestation du grand Jack (Nicholson), qui lui ouvrira les portes de la célébrité, mais aussi les choppers, blousons et casques aux couleurs de la bannière étoilée. Et évidemment, la B.O (Steppenwolf, The Byrds, Jimi Hendrix… Mouais, tout ça commence quand même à sentir un peu la naphtaline). Je n’ai jamais compris la fascination pour ce pays et son « rêve » (sic), berceau du capitalisme le plus carnassier, aussi intrinsèquement violent, où la peine de mort existe encore dans certains Etats et où les armes circulent librement, auto-proclamé « maîtres du Monde » (soi-disant « libre »), dont les dirigeants s’arrogent le droit d’envahir ou de déstabiliser un pays (comme par hasard souvent riche en pétrole…), au motif qu’il serait dirigé par un dictateur. Ce qui est certes exact mais aussi un jugement à géométrie variable puisqu’ils fermèrent par contre les yeux sur les crimes du tout aussi (sinon plus) sanguinaire Général Pinochet au Chili pendant plus d’une décennie. Ne reste alors plus qu’à sauver son âme par une pirouette et un timide et bien tardif « Ce n’est pas la page de l’histoire des Etats-Unis dont nous sommes le plus fiers ». Et je pourrais ajouter le racisme, la malbouffe, le puritanisme et la bigoterie, même s’il y a deux Amérique (comme il y a deux France… et même trois). Alors oui, le rock, le jazz, la « black music », Hollywood, c’est souvent grand et ça fait rêver, c’est certain. De toutes façons, hégémonie oblige, on ne connait que ça, on a baigné là-dedans dès le berceau. Mais s’il fallait comparer, je dirais que dans l’ensemble, nous autres Européens sommes plus « profonds » et raffinés, plus « littéraires », là où l’Oncle Sam joue davantage sur l’efficacité de « l’entertainment » (business is business… Je ne suis pas sûr, par exemple, qu’il existe un équivalent ricain à Léo Ferré… Dylan ?). Et quitte à prendre un modèle pour « guider le monde », j’opterai pour les pays scandinaves ou notre bel Hexagone, son patrimoine culturel, historique et géographique, sa cuisine, son système social tant mis à mal par la mondialisation libérale. Pourquoi les « States », alors ? Ah, j’y suis, la fameuse « Liberté » dont ce pays est l’emblème et ce film un manifeste. Un concept très flou et fluctuant, chacun en ayant sa propre définition (j’ai comme l’impression qu’on veut beaucoup de liberté pour soi et ceux de sa catégorie et moins pour les autres, c’est humain), entre les libéraux « classiques », les libertaires d’extrême-gauche et, à l’autre bout du spectre, les libertariens à la Musk ou Bezos.


Mais revenons à nos moutons, en l’occurrence à nos deux gugusses errant dans « l’Amérique profonde »… Film générationnel, symbole du « flower power » hippie et l’un des premiers jalons du « Nouvel Hollywood » (leur « Nouvelle Vague » à eux, dont ils se sont d’ailleurs largement inspirés). Mais dur de se sentir concerné quand cette culture (le rock originel, les bikers…) nous est étrangère. Alors M. Hopper, bravo et merci pour votre contribution au combat des « forces de Progrès » contre le camp de la Réaction mais je me suis copieusement emmerdé (faut attendre la fin pour que ça bouge un peu)…