Chroniques de films, au fil de mes (re)découvertes. Aucune connaissance technique ou historique sur le cinéma, juste des ressentis. Si cela vous donne envie de (re)voir ces films, c'est déjà ça...
« Mais pourquoi n’y
a-t-il que des femmes ? » - « Aucun paysage n’est aussi beau
qu’un corps de femme. » (*)
C’est l’histoire d’un mec,
architecte (Gabriele Ferzetti) et de deux nanas à « donner la
trique » (Lea Massari et Monica Vitti). Le mari, la femme, l’amante,
épisode 638 ? Pas tout à fait. Ferzetti est maqué avec Massari mais lors d’une
excursion en yacht avec des amis qui les mène sur les îles Éoliennes (Sicile),
celle-ci disparait mystérieusement. Lors des recherches pour la retrouver, il
s’éprend de Vitti, confidente de Massari et présente au moment des faits.
Et mon vier, Madame Olivier,
encore un, de « grand film précurseur » chiant à mourir… Et longuet
(2 heures 20), en plus de ça. D’ailleurs hué (surtout par les Italiens) lors du
Festival de Cannes 1960, où il remporta malgré tout le Prix du jury, puis
réhabilité au fil des années (surtout par les Français). Mais la première
impression est souvent la bonne. Donc voilà. Ah, pour ça, les images sont
belles, pas de souci là-dessus. Bruit du vent et des clapotis, paysages, plans
en plongée, c’est magnifique et ça l’aurait été encore plus en couleurs,
assurément. Et la musique est bonne, bonne-bonne-bonne, comme dirait l’autre. Mais
assez vite, acteurs comme spectateurs finissent par se ficher comme d’une
guigne du sort de Massari (dont on ne saura rien) et on bifurque vers une
énième variation sur les thèmes « fuis-moi j’te suis, suis-moi j’te
fuis » et « la vie, l’amour, c’est compliqué » entre le mec
« needy », comme on dit aujourd’hui (y’a que de ça dans ces films,
c’est ça le patriarcat ?) et la nana qui minaude et ne sait pas ce qu’elle
veut (Vitti, dans le même registre que dans L’éclipse, dernier volet de la
trilogie dite de « l'incommunicabilité » de son compagnon de
réalisateur). Las. Allez, tant pis si je passe (encore) pour une « buse » mais pour moi, c’est « no way »…
(*) On est bien d’accord. Enfin,
ça dépend quand même de la femme en question, en particulier son poids, ses
mensurations et son âge…
« J’aime la politique car
quoi qu’en pense ta hyène de mère, la politique est partout dans la vie. »
C’est l’histoire Silvio Magnozzi (Alberto
Sordi), membre des Partisans, combattant avec la Résistance italienne contre
les forces nazies et fascistes lors de la seconde guerre mondiale. Il se fait
surprendre dans un hôtel près du lac de Côme par un soldat allemand. Alors que
celui-ci allait l’abattre, il est sauvé in extrémis par Elena (Lea Massari), la
fille du propriétaire de l'hôtel, qui tue le soldat à l’aide d’un fer à
repasser. Elle fournit à Silvio une cachette sûre, le moulin qui appartenait à
ses grands-parents décédés.
On (« est un con » mais
en l’occurrence, c’est moi, donc comprendre « je »…) ressent une
petite forme de jubilation après avoir vu un bon film, comme lorsqu’on découvre
quelque chose de rare et d’agréable. Surtout après plusieurs essais
infructueux. Comme quoi, quand le sujet me parle, que l’interprétation est au
rendez-vous et que le récit va droit à l’essentiel, sans se perdre en longueurs
ou scènes inutiles, ça roule tout seul. Une vie difficile se révèle illico
comme mon Dino Risi préféré à cette étape de mon parcours dans sa filmographie,
Parfum de femme et Le fanfaron m’ayant déçu. Il retrace environ quinze ans de
la vie d’un homme pétri d’idéaux progressistes, interprété par
l’excellentissime et protéiforme Alberto Sordi (peut-être le meilleur de ces
acteurs du cinéma italien de cette époque), tiraillé entre ses responsabilités
de mari et de père de famille et le respect de ses convictions politiques. Sa
compagne n’est autre que Lea Massari, encore une belle « plante »,
elle aussi convaincante dans divers registres, de l’épouse éplorée à la « chipie »
hautaine. Le film a de nombreux points communs avec d’autres de cet « âge
d’or » du cinéma italien (fin des années 50 – milieu des années 70, en
gros) : fort ancrage dans le (riche) contexte historique et social italien (fin de la
seconde guerre mondiale, référendum sur la Monarchie, « boom »
économique des années 60, plus tard les « années de plomb »…), regard
désenchanté sur la société, difficulté de mettre ses idéaux en accord avec la
réalité de la vie quotidienne, critique acerbe du triumvirat (souvent lié) politicien
corrompu – grand industriel qui l’est tout autant – clergé. À ce titre, l’homme
d’affaires à la tête d’un empire qui tente en vain de soudoyer Sordi, journaliste
communiste, n’est rien de moins que le portrait craché de Berlusconi avec vingt
ans d’avance. Mais le film n’a rien de « militant », Risi, comme d’autres
compatriotes réalisateurs, étant réticent à cette démarche. C’est donc en état
d’ivresse, pour les faire passer avec plus de légèreté, que Sordi exposera ses vérités
(que je fais miennes), allant jusqu’à faire exploser sa frustration en crachant
sur les limousines qui passent (superbe scène sur la promenade de Ronchi, à
Marina di Massa, bien qu’elle soit censée se dérouler à Viareggio). Une vie
difficile repose sur le schéma classique de la femme recherchant la sécurité
matérielle (sans toutefois être vénale) auprès d’un époux « solide et responsable »
et d’un homme plus fantasque, attaché à ses rêves et ses idées, se rabaissant
en « mendiant » l’amour de sa femme (tel Jacques Brel dans son Ne me quitte
pas). Là comme dans d’autres domaines (productivisme effréné, esprit moutonnier,
soumission à l’autorité mais paradoxalement grande indiscipline personnelle…),
les choses n’ont pas beaucoup changé. Désespérants, les gens ! De vrais hamsters
dans leur roue (ils doivent penser comme le cycliste, qu’ils vont tomber s’ils
s’arrêtent de pédaler…). En particulier en Italie (y'a qu'à voir leurs dirigeants actuels...), comme le déplorait en 2010 Mario
Monicelli, quelques mois avant son
suicide (cancer de la prostate en phase terminale) : « Ce qu'il n'y a
jamais eu en Italie, c'est un grand coup de pied dans la fourmilière, une belle
révolution, ce qui ne s'est jamais produit en Italie… Il y en a eu en
Angleterre, il y en a eu en France, il y en a eu en Russie, il y en a eu en
Allemagne. Partout sauf en Italie. Donc il faut quelque chose pour vraiment
racheter ce peuple qui a toujours été soumis, qui a été esclave pendant 300 ans ».
Bon, ceci dit, ces révolutions n’ont pas changé grand-chose à l’arrivée, on en est
tous plus ou moins au même point. En attendant, délectez-vous donc de ce très
bon film (en V.O only) où humour, tendresse et satire se conjuguent à
merveille.