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Atlantic City (1980), de Louis Malle

 

« Ah, vous voulez que je vous dise le surnom qu’on lui donnait dans l’temps ? « Couille molle » ! »

C’est l’histoire de Lou (Burt Lancaster), vieux truand minable d’Atlantic City. Au sein de son immeuble, il veille sur sa compagne, l'acariâtre Grace (Kate Reid) et observe de sa fenêtre sa voisine Sally (Susan Sarandon), employée au restaurant d'un casino rêvant de devenir croupière en France. Celle-ci voit débarquer son mari Dave (Robert Joy) et sa sœur Chrissie (Hollis McLaren), enceinte de ce dernier et accepte de les héberger. Dave, qui a récupéré de la drogue à Philadelphie, cherche à écouler sa marchandise et se met en contact avec Lou. Mais les hommes à qui il l’avait volé le retrouvent et l’abattent.

Alors que Roman Polanski quittait les Etats-Unis pour la France suite à l’affaire de viol sur mineure qui défraya la chronique (il est toujours à ce jour considéré comme un « fugitif »), Louis Malle fit à peu près au même moment (seconde moitié des années 70) le chemin inverse. Son Lacombe Lucien n’a en effet pas plu aux Résistants. Il se fera pardonner en 1987 avec Au revoir les enfants, énième film sur l’Occupation (au cas où on aurait oublié ou qu’on ne savait pas déjà tout). Mais avant cela, il signera donc une poignée de films au pays de l’Oncle Sam, dont cet Atlantic City. Film franco-canadien mais réalisé aux Etats-Unis avec des acteurs venus des trois pays, dont notre Michel Piccoli national dans le rôle du professeur des croupiers. La légende Burt Lancaster incarne donc un petit malfrat à la retraite un peu pathétique, tandis que Susan Sarandon interprète une employée de casino qui voit son rêve de devenir croupière brisé par l’arrivée puis l’assassinat de son mari dealer. Relativement original par son casting disparate, son scénario et l’équilibre qu’il cherche (et parvient) à instaurer entre plusieurs genres (drame, policier, romance, avec quelques touches de comédie), le film se laisse suivre sans déplaisir. Lion d'or à la Mostra de Venise et sélectionné en 2003 par le National Film Registry pour conservation à la bibliothèque du Congrès des États-Unis. Pas mal pour un « Frenchy » ! 

Ascenseur pour l’échafaud (1958), de Louis Malle

 

« Je suis affreuse, je suis folle… »

C’est l’histoire d’un couple d’amants : Florence (Jeanne Moreau, qui fait plus âgée que ses trente ans), épouse du riche industriel Simon Carala (Jean Wall) et Julien Tavernier (Maurice Ronet qui, à quelques jours près, n’aura pas vécu le « tournant de la rigueur » du funeste 25 mars 1983), employé de ce même Carala. Ils décident de se débarrasser du mari. Un vendredi, peu avant de quitter le bureau, Tavernier l’abat et maquille le crime en suicide. S’apercevant qu’il a laissé un indice compromettant derrière lui (un grappin), il reprend l’ascenseur pour le faire disparaitre. Mais le gardien coupe le courant et ferme le bâtiment jusqu’au lundi. Voilà Tavernier enfermé pour le week-end…

Allez, petite plongée dans la France gaulliste, en pleine guerre d’Algérie après celle d’Indochine. Si j’étais Alain Delon, j’aurais dit « une époque où les hommes ressemblaient à des hommes et les femmes à des femmes »… Une société certes un peu uniforme mais où les personnes étaient élégantes, loin de la souvent vulgaire modernité. Voilà qu’en cette fin des années 50 déboulent de jeunes et ambitieux cinéastes répondant aux noms de Godard, Truffaut, Chabrol, Rohmer, Rivette ou encore Resnais, bien décidés à dépoussiérer le « cinéma de papa », lançant par là même le mouvement dit de la « Nouvelle Vague ». Louis Malle est de ceux-là et après quelques courts-métrages et un doc avec le commandant Cousteau, il signe son premier film en adaptant le roman éponyme de Noël Calef. Qui est culte, de même que sa B.O, composée par le (plus que) grand Miles Davis. Le jazz, j’ai fini par m’y mettre, sur le tard. Parcours classique, après m’être « gavé » de métal, d’électro et de pop, j’ai eu envie de plus, d’autre chose. C’est pas facile au début (une nouvelle musique, c’est comme une langue étrangère), j’ai commencé par le plus accessible, le jazz bien mâtiné de rock, de funk, de pop (bref, le « jazz pas jazz » selon les puristes, que j’emmerde allègrement) et c’est encore aujourd’hui celui que je préfère, même si j’ai aussi quelques disques de « vrai » jazz (ce qu’on appelle le « bop »). En tous cas, c’est une musique qui m’intéresse et qui me plait davantage, dans l’ensemble, sur le plan esthétique (les somptueuses pochettes du label Blue Note) et sonore, que le rock et sa « mythologie » un peu surfaite (notamment le côté faussement rebelle, « on est des méchants, on casse tout sur scène »… mais on consulte les cours de la Bourse le lendemain). De Miles, on porte aux nues le plus souvent Kind Of Blue et Bitches Brew mais c’est au très rock A Tribute to Jack Johnson et au plus « ambient » In a silent way que vont mes préférences. Bon, ici, accompagné par des musiciens essentiellement français, c’est quand même très grand. Musique de nuit, évidemment, et avec ce son de trompette reconnaissable entre mille. Et le film alors ? Bien bien. Une intrigue et des rebondissements bien trouvés mais un récit un poil déséquilibré. Pourquoi s’attarder sur Ronet dans son ascenseur alors qu’il y reste bloqué ? Et à l’inverse, le dénouement est rapidement expédié. On ne peut pas dire non plus que le rôle de Ventura en commissaire soit très étoffé, on ne le voit pas mener l’enquête en dehors de brefs interrogatoires de Moreau et Ronet. L’attitude de la jeune fleuriste suite aux meurtres commis par son petit ami voyou ne me semble pas non plus très crédible (comme s’il s’agissait d’un acte relativement anodin, de tuer quelqu’un, même s’ils se sentaient menacés). Bon, mais tout ça, c’est pour chipoter, hein, je conseille quand même…          

Milou en mai (1990), de Louis Malle

 

« Papy, c’est quoi, la pilule ? » - « C’est l’progrès ! »

« La Gauche essaie de prendre le train en marche, sans bien savoir où il va, ce train… »

« Le problème, maintenant, c’est que toutes les femmes veulent jouir. Autrefois, elles savaient même pas que ça existait, ça allait tout seul… »

« Le mariage, c’est le tombeau de l’amour. »

C’est l’histoire de Milou (Michel Piccoli), un vieil épicurien qui vit à la campagne, dans le Gers, avec sa mère (Paulette Dubost). Mais celle-ci décède brutalement d’une crise cardiaque. Arrivent alors dans la demeure familiale le frère (Michel Duchaussoy), la fille (Miou-Miou) et la nièce (Dominique Blanc) de Milou. Les appétits autour de l’héritage s’aiguisent tandis que l’enterrement est compromis par les grèves de mai 68.

Alors, Malle, c’est bien ? Ben, que ce soit Fatale ou celui-là, c’est… pas mal(le)… Qu’y a-t-il à glaner ici ? En vrac : la musique du violoniste Stéphane Grappelli, dans une veine jazz manouche, quelques répliques qui font mouche et une belle brochette de comédiens. Une charge contre la bourgeoisie ? Oh, juste quelques égratignures, ainsi qu’au « Grand Charles ». Piccoli incarne un personnage qui ne doit pas être très éloigné de ce qu’il fût dans la vie. Au contraire, très probablement, de Miou-Miou qui campe une bourgeoise bien de droite. Nous avons aussi Paulette Dubost (l’une de ces actrices françaises qui atteindra les 100 ans), Dominique Blanc en lesbienne rigide (César du meilleur second rôle féminin), les premiers rôles de Jeanne Herry (douze ans, adorable, fille de Julien Clerc et… Miou-Miou) et de Valérie Lemercier et hélas, le dernier de l’ex-Nul Bruno Carette, qui appartient à cette longue liste des victimes du Sida (ça, c’est pour ceux, moi le premier, qui idéalisent les années 80. Une bien sinistre période, en réalité...). Y’a aussi des trucs complètement lunaires : Piccoli qui se tape sa bonne, fait de l’œil à sa belle-sœur et a même des vues… sur sa propre petite fille de douze ans (Jeanne Herry, donc) ; tout ce petit monde qui boit, chante et fait la « chenille » devant même la défunte dont la dépouille est exposée dans le salon ; la gamine qui parle à cette même défunte et lui touche le visage ; ou encore Bruno Carette en camionneur qui ramène en stop le fils de Duchaussoy à la demeure familiale et en profite pour s’inviter (et draguer la gente féminine) sans que personne ne s’en offusque (sympas, ces bourgeois, finalement). Les querelles attendues, autour de l’héritage et de la politique, sont bien au rendez-vous. Cette histoire prend corps en mai 1968, alors qu’à Paris, et bientôt dans toute la France, manifestations et grèves se multiplient lors de ce très court instant, véritable cauchemar (encore aujourd’hui) pour la bourgeoisie, le Capital et la Réaction, où tout semblait possible, avant que le secrétaire général de la CGT Georges Séguy ne vienne s’assoir à la « table des négociations » pour y marchander le poids et la longueur des chaines (« Quand la CGT est allée négocier les accords de Grenelle, j’ai compris que la révolution était terminée », Jean-Claude Carrière, co-scénariste). Cinéaste à creuser, incontestablement, mais pas son acclamé Au revoir les enfants parce que les drames « tire-larmes » sur l’Occupation et la Seconde guerre mondiale, on en a soupé…  

Fatale (1992), de Louis Malle

 

« Je n’vois plus qu’toi » - « Je crois que tu n’as jamais vu grand-chose… »

C’est l’histoire de Strauss-Kahn avant Strauss-Kahn. Soit un politique en pleine ascension (Jeremy Irons), nommé Secrétaire d’Etat (ministre, quoi), qui se fait tournebouler dès le premier regard (y’a de quoi, remarquez…) par la petite amie de son fils (Judith Brioche… Ah non, pardon, je voulais dire Juliette Godemiche). A partir de là, il la verra en cachette et la trombinera pas moins de quatre fois, dans des positions parfois acrobatiques (oui mais « c’était l’époque qui voulait ça » et puis on était sous l’emprise de réalisateurs libidineux et d’une société patriarcale oppressive mais maintenant c’est fini, tout ça, ceinture et puis de toutes façons, on n’a plus l’âge pour ces galipettes…). Je ne sais pas si les « coordinatrices d’intimité » existaient déjà à l’époque mais si c’est le cas, elle a dû avoir une belle prime parce qu’y'a eu du taf… Bref, c’est le genre d’histoires qu’on ne voit qu’au cinéma et pas dans la « vraie vie ». Ben ouais, coco, c’est un peu le principe du cinéma, il permet de nous évader de la réalité. Ou alors c’est un Dardenne, un Loach ou un film d’auteur lambda et on est prévenu à l’avance. Pour en revenir à cette histoire, ce petit jeu de cache-cache prend fin dans le dernier quart d’heure, lors d’un tragique épilogue où le fils surprend son père (Irons, donc) et sa future épouse (Juju Bibi) en train de forniquer allègrement, nus comme des vers. La Passion a ses raisons que la Raison ignore…