Liza (1972), de Marco Ferreri

 

« Est-ce que c’est possible de vivre seul ? » - « Oui, on s’y habitue très facilement. »

Une femme qui a du chien…

C’est l’histoire de Giorgio (Marcello Mastroianni), un peintre qui a décidé de vivre en ermite avec son chien Melampo sur une île du Sud de la Corse. Sa tranquillité est troublée par l’arrivée sur l’île de Liza (Catherine Deneuve), magnifique femme blonde qui a quitté le bateau de ses amis sur un coup de tête. S’attachant à Giorgio, elle tue Melampo en le faisant nager jusqu’à épuisement puis prend sa place auprès de son maître, en se délestant de son humanité. Une étrange relation s’établit alors entre les deux protagonistes.

Quelle connerie, ce film ! Il ne s’y passe quasiment rien. On ne sait pas de quoi vit ce mec (d’amour et d’eau fraîche ?) car s’il pêche des poissons, il a aussi du pain, des œufs et une petite cuisinière ! Et d’elle, on ne sait strictement rien. Pas bien grave, me direz-vous car l’essentiel est ailleurs. Mais où ? Quoi qu’il en soit, au bout de 30-40 minutes, l’ambiance passe du « glamour » au malsain avec tout d’abord le meurtre du clébard puis la relation sado-maso qui s’instaure entre le couple star (à la ville comme à la scène et dont le fruit de l’union, Chiara, naquit cette même année 1972). Rester à genoux ou à quatre pattes, boire dans une gamelle, avoir un collier, aller chercher le bâton qu’envoie au loin Mastroianni ou lui lécher la joue ou la main, tout ou presque y passe pour notre pauvre Cathy, par ailleurs toujours aussi superbe et qui nous dévoile à nouveau un sein (chose assez rare). Déstabilisant et complètement grotesque. Comme durer une heure trente (la durée typique du projet bâtard) sur une île avec un postulat si mince n’est pas chose aisée, on invente une « intrigue » parallèle et Mastroianni doit se rendre à Paris au chevet de sa femme qui a tenté de se suicider. Deneuve l’y rejoint alors qu’il le lui a interdit (comment l’a-t-elle retrouvé ? On s’en branle…). Et ils repartent sur l’île où, après quelques désagréments, une issue que l’on pressent fatale les attend, leur tentative de s’en échapper étant vouée à l’échec. A des années-lumière de son successeur La grande bouffe : les paysages, le couple vedette et c’est marre !  

JF partagerait appartement (1992), de Barbet Schroeder

 

« T’es trop bonne. C’est ton problème. Les hommes sont des porcs, même ceux qui ont l’air gentil. Tu finis toujours par te faire avoir. »

C’est l’histoire d’une nana, Alison Jones (Bridget Fonda), conceptrice de logiciels, qui rompt avec son mec Sam Rawson (Steven Weber) car il l'a trompée avec son ex-femme. Souhaitant conserver son grand appartement new-yorkais, elle se met en quête d’une colocataire. Son choix se porte sur l’effacée Hedra Carlson (Jennifer Jason Leigh). Problème : celle-ci s’avère envahissante et pour tout dire complètement secouée, alors que Sam refait surface et obtient d’Alison une nouvelle chance.

Ce film me replonge dans les désormais douloureux souvenirs du temps béni de mon adolescence où, avec mon géniteur, nous louions des films en K7 dans les vidéo-clubs lors de ses week-ends de garde de père divorcé. Dont celui-ci, donc. Qui ne vaut hélas pas tripette et peine à résister aux affres du temps. Ce n’est pas qu’il soit mal fait, loin de là mais son déroulé des plus prévisibles et le genre dans lequel il s’inscrit (thriller) le condamnent inévitablement au statut de produit de consommation courante pour soirée TV. Il n’évite pas non plus l’écueil de quelques clichés (l’apprenti violeur de Fonda est tué mais son ami voisin homo survit) ni du final grand-guignolesque. Son relatif succès au box-office reste donc un mystère. On retiendra toutefois l’interprétation des deux jeunes femmes qui, fatalement, n’échappent pas au « passage obligé » de la nudité, en particulier celle de Jennifer Jason Leigh.

Il boom (1963), de Vittorio De Sica

 

« On passe voir les pédés ? »

C’est l’histoire d’un mec, Giovanni Alberti (Alberto Sordi), qui, après avoir chanté tout l’été, se trouva fort dépourvu lorsque la bise fut venue. En gros, il s’est endetté pour financer son train de vie (et celui de sa femme, Gianna Maria Canale) et il galère un max pour trouver des prêteurs, son entourage, pas dupe, refusant de s'engager dans ses soi-disant investissements pouvant rapporter gros. Un jour, l’épouse d’un riche industriel borgne (non, ce n’est pas feu Jean-Marie…) qui a refusé de l’aider lui fait un bien étrange marché : elle est prête à lui donner une très grosse somme d’argent s’il accepte d’échanger son œil gauche, valide, contre celui en verre de son mari !

Cliché de la nana dont « l’amour » pour son mari est directement indexé sur sa capacité à lui assurer une « sécurité financière » : oui, mais ce n’est pas un cliché.

Cliché du mec « needy » qui met sa nana sur un piédestal : oui, encore, mais ce n’est pas un cliché.

MGTOW : non, du coup.

« Homophobie » latente : oui. Enfin, ce n’est peut-être pas le terme approprié étant donné qu’il n’y a pas d’hostilité, « juste » de la moquerie. Les homos (on ne disait pas encore « gays », à l’époque) sont carrément vus comme des figures folkloriques, des phénomènes de foire, appelés « pédés » (sic). Ainsi, Sordi et sa bande d’amis, une nuit, passent en voiture devant un lieu de drague homosexuel et se foutent ouvertement de leur gueule. Ce qui ne heurte pas les intéressés, qui en rient également (bon, si tout le monde est content…). Plus loin, un mec lâche, toujours sur le ton de la plaisanterie, « des pédés, il y en a dans toute l’Italie, maintenant ». Bon, comme toujours en pareil cas, on dira que « c’était l’époque ». Mais on trouvera toujours des gens pour nous dire que « c’était mieux avant ». Si on n’est pas gay (ou noir, en particulier aux Etats-Unis, ou femme ou ouvrier, voire jeune), oui, peut-être…

Glorification de la besogne laborieuse : oui (l’industriel à Sordi : « Vous voulez gagner en un an ce que nous avons gagné en un demi-siècle »).

Foi en l’humanité : definitely not (« On fait que d’la merde, quoi... », Béatrice Dalle).

Mon avis : pas mal mais des redondances avec d’autres « comédies à l’italienne » de cet « âge d’or » cinématographique, que ce soit la prestation de Sordi (toujours à mendier, qu’il s’agisse d’argent ou l’amour de sa femme) ou dans les thèmes abordés (la superficialité et l’hypocrisie des « nouveaux riches » issus du « miracle économique » italien, la cupidité, l’absence de valeurs morales), avec toutefois un côté plus sombre (le final sans espoir).       

L’agression (1975), de Gérard Pirès

 

« Ce bout de viande est dégueulasse. C’est mal cuit, c’est dur, c’est une semelle. C’est d’la merde ! » - « Ah non, c’est d’la bavette ! » - « Non, c’est d’la merde ! »

Chronique de la violence (et de la connerie) ordinaire…

C’est l’histoire d’un mec, Paul Varlin (Jean-Louis Trintignant), il part en vacances avec sa femme et leur fillette de 10 ans. Après un arrêt buffet, ils sont pourchassés sur l’autoroute par trois motards. S’ensuivent accident et bagarre, Varlin perd connaissance. A son réveil, il découvre les corps sans vie de son épouse et de sa fille. L’enquête patinant, il décide de se faire justice lui-même.

Mais pourquoi diable me suis-je laissé tenter par ce film ? Le casting, probablement, avec l’icône Deneuve, l’ambigu Jean-Louis Trintignant et Claude Brasseur. Car pour le reste, il présente deux « red flag » : l’univers des motards et leurs engins bruyants et polluants (dans mon monde idéal, ça vire direct…) et « la loi du talion ». En nous montrant des crimes horribles (notamment sur une enfant, qui plus est), on nous pousse de fait, instinctivement, à adhérer au comportement vengeur du père de famille, j’ai horreur d’un tel procédé. De Gérard Pirès, on se souvient surtout, si ce n’est exclusivement, qu’il fût « mandaté » par Luc Besson pour mettre en scène le premier volet de sa franchise putassière Taxi (encore des bolides sans respect pour notre audition et nos bronches). Il s’est bien « fait la main » ici, même filmage de virages au ras du bitume. C’est terrible mais y’a rien qui va dans ce film, il défie constamment les lois de la vraisemblance. Premier constat : à part la bagnole de Trintignant et les trois motards, y’a presque dégun sur cette putain d’autoroute. Deuxième constat : un motard parvient à voler les lunettes que Trintignant a sur le nez. Vous croyez que ce dernier remonterait sa vitre pour autant ? Que nenni ! Je continue ? Notre héros n’a pas l’air si bouleversé que ça d’avoir perdu femme et enfant, si ce n’est un peu d’énervement face à quelques questions policières. Vous en voulez encore ? Le must : ivre, il lui vient l'envie de baiser rien de moins que… sa belle-sœur ! D’accord, celle-ci a les traits de Deneuve, mais quand même… Sa belle-sœur quelques jours après un tel drame… Et vous savez quoi ? Après s’être vigoureusement débattue et sur le point de le quitter, finalement… elle accepte (la scène n’est pas montrée). On « dream » total, là… Après ça, on se tape encore une interminable course-poursuite entre nos deux tourtereaux et une palanquée de motards. Et on termine par un beau carambolage (de quoi justifier un budget et des heures d’intermittents pour les cascadeurs…) lors du « twist » final (et non, c’était pas les motards les coupables…), sur une autoroute malgré tout assez peu fréquentée. Mais que sont venus faire ces trois grands acteurs dans cette galère ?       

Atlantic City (1980), de Louis Malle

 

« Ah, vous voulez que je vous dise le surnom qu’on lui donnait dans l’temps ? « Couille molle » ! »

C’est l’histoire de Lou (Burt Lancaster), vieux truand minable d’Atlantic City. Au sein de son immeuble, il veille sur sa compagne, l'acariâtre Grace (Kate Reid) et observe de sa fenêtre sa voisine Sally (Susan Sarandon), employée au restaurant d'un casino rêvant de devenir croupière en France. Celle-ci voit débarquer son mari Dave (Robert Joy) et sa sœur Chrissie (Hollis McLaren), enceinte de ce dernier et accepte de les héberger. Dave, qui a récupéré de la drogue à Philadelphie, cherche à écouler sa marchandise et se met en contact avec Lou. Mais les hommes à qui il l’avait volé le retrouvent et l’abattent.

Alors que Roman Polanski quittait les Etats-Unis pour la France suite à l’affaire de viol sur mineure qui défraya la chronique (il est toujours à ce jour considéré comme un « fugitif »), Louis Malle fit à peu près au même moment (seconde moitié des années 70) le chemin inverse. Son Lacombe Lucien n’a en effet pas plu aux Résistants. Il se fera pardonner en 1987 avec Au revoir les enfants, énième film sur l’Occupation (au cas où on aurait oublié ou qu’on ne savait pas déjà tout). Mais avant cela, il signera donc une poignée de films au pays de l’Oncle Sam, dont cet Atlantic City. Film franco-canadien mais réalisé aux Etats-Unis avec des acteurs venus des trois pays, dont notre Michel Piccoli national dans le rôle du professeur des croupiers. La légende Burt Lancaster incarne donc un petit malfrat à la retraite un peu pathétique, tandis que Susan Sarandon interprète une employée de casino qui voit son rêve de devenir croupière brisé par l’arrivée puis l’assassinat de son mari dealer. Relativement original par son casting disparate, son scénario et l’équilibre qu’il cherche (et parvient) à instaurer entre plusieurs genres (drame, policier, romance, avec quelques touches de comédie), le film se laisse suivre sans déplaisir. Lion d'or à la Mostra de Venise et sélectionné en 2003 par le National Film Registry pour conservation à la bibliothèque du Congrès des États-Unis. Pas mal pour un « Frenchy » ! 

La mariée était en noir (1968), de François Truffaut

 

« Le nez est formidable. Et la bouche… Si j’étais écrivain, j’en ferai un roman. »

Une femme en Kohler…

C’est l’histoire d’une meuf, Julie Kohler (Jeanne Moreau), qui n’a qu’une idée en tête : se venger des cinq types (Claude Rich, Michel Bouquet, Michael Lonsdale, Charles Denner et Daniel Boulanger) qui, accidentellement, ont tué d’un coup de carabine son mari le jour même de son mariage. Ils vont passer un sale quart d’heure…

Très bon film « qualité France », efficace, par le parangon d’une « vague » dont on se demande ce qu’elle a ici de « nouveau ». Sorti en avril 1968, un mois avant le joli mois de mai qui bouleversa l’Histoire. Comme dans Fahrenheit 451 deux ans auparavant, Bernard Herrmann, compositeur attitré d’Alfred Hitchcock, signe la musique. La figure tutélaire du « maitre du suspense » y est ici cependant moins prégnante. Le casting est royal, chacun des cinq coupables ou complices de l’assassinat initial du marié, montré en flashbacks, venant faire son tour de piste, à l’exception du moins célèbre Daniel Boulanger. Les meurtres de Bouquet et Lonsdale, précédés d’une agonie, sont particulièrement atroces et démontrent la volonté sans faille ainsi que l’absence de la moindre émotion de Jeanne Moreau. Celui de Rich, par contre, est totalement lunaire : il prend le risque d’enjamber la rambarde du balcon pour aller récupérer l’écharpe de Moreau sur l’auvent alors que n’importe qui de sensé aurait utilisé un long bâton tel un balai, par exemple. Les deux derniers crimes ne sont quant à eux pas montrés. Truffaut, dans le déroulé comme dans le dénouement, a pris quelques libertés avec le roman de William Irish dont le film s’inspire, écrivain déjà adapté au cinéma par… Hitchcock (Fenêtre sur cour) et… Truffaut lui-même (La Sirène du Mississipi, l’année suivante). Comme quoi, tout se tient. Bon, voila un film français simple, sans prise de tête, pour une fois. De la belle ouvrage.

L’argent de la vieille (1972), de Luigi Comencini


« Hé, Jolanda ! Regarde-moi ça, si maman te voyait dans cette tenue… Avec le cul à l’air devant tout le monde… »

C’est l’histoire d’une milliardaire américaine, dite « La vieille » (Bette Davis, morte à Neuilly), qui parcourt le monde au gré de ses envies. Passionnée par un jeu de cartes appelé la « scopa », qui nécessite mémoire et réflexion, elle profite de ces escales pour y jouer avec des personnes peu fortunées, voire nécessiteuses, afin de leur prouver sa supériorité. Elle leur prête une mise de départ pour qu’ils puissent participer et la récupère sans coup férir par ses victoires successives. A Rome, elle s’est entichée du couple formé de Peppino (Alberto Sordi) et Antonia (Silvana Mangano), soutenus par tout le bidonville dans lequel ils résident, qui espère leur victoire pour en partager les gains. Les parties s’enchainent dans la somptueuse villa de la milliardaire.
 

Ah, tiens, c’est bon, ça. Ces « Ritals » ont visiblement tout compris. Faire passer des messages, poser un regard lucide sur leurs contemporains, livrer une analyse de la société, dans le contexte historique et social de l’époque, le tout en évitant le manichéisme et le sentencieux plombant (Bong Joon-ho a dû prendre des notes). Cet Argent de la vieille bénéficie d’un pitch original et nous plonge dans l’univers des jeux de cartes, plus précisément cette « scopa », une sorte de belote mettant aux prises deux équipes de deux joueurs. Ces parties sont une allégorie de la lutte des classes et du combat entre le capitalisme impérialiste américain, incarné par « La vieille », et le (lumpen)prolétariat italien, qui prend les traits du couple Sordi – Mangano. Ce dernier est soutenu, y compris financièrement pour les mises de départ, par tout un bidonville, filmé sans misérabilisme ni démagogie, avec tendresse et moquerie mais aussi par les domestiques de la milliardaire. Il n’y a pas les gentils pauvres d’un côté et la méchante « vieille peau » friquée de l’autre. Enfin, si mais c’est plus compliqué que ça. Si les premiers veulent gagner par cupidité, la motivation de la seconde, bouffie d’orgueil, est de démontrer sa supériorité. A l’arrivée, cette course effrénée pour le profit et cet argent qui fait décidément tourner les têtes ne fait aucun vainqueur mais que des vaincus, symbolisée par un « twist » final inattendu (que les plus attentifs et astucieux auront peut-être deviné), où le personnage de la fille ainée du couple de prolos, qu’on pensait secondaire, révèle toute son importance. En dépit de quelques facilités (la villa qui surplombe le bidonville, le contraste entre la Rolls-Royce de la milliardaire et la mini-camionnette toute pourrie de Sordi, OK, on a compris les images…) et d’une séquence un peu lourde et longuette où Sordi fait (à nouveau) le « clebs » en suppliant Mangano de le pardonner d’avoir foiré les parties de cartes, ce film est un très bon moment et un bel exemple de « comédie à l’italienne » réussie.

L’Avventura (1960), de Michelangelo Antonioni

 

« Mais pourquoi n’y a-t-il que des femmes ? » - « Aucun paysage n’est aussi beau qu’un corps de femme. » (*)

C’est l’histoire d’un mec, architecte (Gabriele Ferzetti) et de deux nanas à « donner la trique » (Lea Massari et Monica Vitti). Le mari, la femme, l’amante, épisode 638 ? Pas tout à fait. Ferzetti est maqué avec Massari mais lors d’une excursion en yacht avec des amis qui les mène sur les îles Éoliennes (Sicile), celle-ci disparait mystérieusement. Lors des recherches pour la retrouver, il s’éprend de Vitti, confidente de Massari et présente au moment des faits.

Et mon vier, Madame Olivier, encore un, de « grand film précurseur » chiant à mourir… Et longuet (2 heures 20), en plus de ça. D’ailleurs hué (surtout par les Italiens) lors du Festival de Cannes 1960, où il remporta malgré tout le Prix du jury, puis réhabilité au fil des années (surtout par les Français). Mais la première impression est souvent la bonne. Donc voilà. Ah, pour ça, les images sont belles, pas de souci là-dessus. Bruit du vent et des clapotis, paysages, plans en plongée, c’est magnifique et ça l’aurait été encore plus en couleurs, assurément. Et la musique est bonne, bonne-bonne-bonne, comme dirait l’autre. Mais assez vite, acteurs comme spectateurs finissent par se ficher comme d’une guigne du sort de Massari (dont on ne saura rien) et on bifurque vers une énième variation sur les thèmes « fuis-moi j’te suis, suis-moi j’te fuis » et « la vie, l’amour, c’est compliqué » entre le mec « needy », comme on dit aujourd’hui (y’a que de ça dans ces films, c’est ça le patriarcat ?) et la nana qui minaude et ne sait pas ce qu’elle veut (Vitti, dans le même registre que dans L’éclipse, dernier volet de la trilogie dite de « l'incommunicabilité » de son compagnon de réalisateur). Las. Allez, tant pis si je passe (encore) pour une « buse » mais pour moi, c’est « no way »…

(*) On est bien d’accord. Enfin, ça dépend quand même de la femme en question, en particulier son poids, ses mensurations et son âge…     


Le topo de Monica Bellucci :

La sirène du Mississipi (1969), de François Truffaut

 

« Quel jour est-on, aujourd’hui ? » - « Vendredi » - « Dommage que ce soit pas dimanche. Avant de vous connaitre, j’aimais pas les jours fériés. Maintenant, je commence à détester les jours ouvrables… »

C’est l’histoire d’un mec, Louis Mahé (Jean-Paul Belmondo), riche héritier de La Réunion, qui se fait livrer Catherine Deneuve (Julie Roussel) pour la marier, comme ils l’ont convenu lors de leur correspondance via les petites annonces matrimoniales. Et ben, ça va, la vie, oui ? Mais patatras : elle se révèle ne pas être celle qu’il attendait et après leur mariage, elle s’enfuit avec quasiment tout son argent, ayant mis ses comptes en commun avec elle. Dès lors, avec la sœur de la véritable Julie Roussel, disparue, il engage un détective privé (Michel Bouquet) pour retrouver la voleuse en fuite.

Et là, à la lecture de ce synopsis, vous vous dites « super, un polar avec du suspense, des poursuites, des rebondissements, on va se régaler ». Pas si vite. Un film qui débute comme une comédie romantique, qui se poursuit (en effet mais pas longtemps) comme un polar et qui se termine… en eau de boudin (fun fact : dans le même chalet où Depardieu, Carmet et Blier père se cailleront les miches dix ans plus tard dans Buffet froid). SPOILER ALERT : Belmondo retrouve Deneuve avant le privé (Bouquet), par hasard, en la voyant dans un reportage télévisé. Et après, on tourne en rond, y’a évidemment du verbiage auteurisant (on ne se refait pas)… Histoire d’amour, encore et encore, « tu m’as trahi mais je t’aime quand même » Vs. « on n’a plus un rond, vais pas pouvoir rester (*) mais tu m’attendris alors finalement… ». Mais « Bébel » (né à Neuilly) et Cathy (qui nous montre furtivement sa poitrine dénudée en deux occasions, j’aurais jamais cru…) sur la même affiche, ça ne se refuse décemment pas. Les voir est une joie et une souffrance (Truffaut est tellement fier de cette formule qu’il la réutilisera dans Le dernier métro). Le premier nous a quitté en 2021, on souhaite à la seconde de durer aussi longtemps que sa maman, Renée Simonot, décédée en 2021 à l’âge canonique de… 109 ans. Quant à vous, M. Truffaut, il ne vous reste plus que Tirez sur le pianiste et La mariée était en noir pour me prouver votre « génie » (bâillements…), seuls La femme d’à côté et surtout Fahrenheit 451 (où vous singez votre maître Hitchcock) ayant retenu mon attention pour le moment.

(*) Super, le cliché de la femme vénale… Ah, on me dit dans l’oreillette que ce n’est pas un cliché mais la réalité. Dont acte.

Une vie difficile (1961), de Dino Risi

 

« J’aime la politique car quoi qu’en pense ta hyène de mère, la politique est partout dans la vie. »

C’est l’histoire Silvio Magnozzi (Alberto Sordi), membre des Partisans, combattant avec la Résistance italienne contre les forces nazies et fascistes lors de la seconde guerre mondiale. Il se fait surprendre dans un hôtel près du lac de Côme par un soldat allemand. Alors que celui-ci allait l’abattre, il est sauvé in extrémis par Elena (Lea Massari), la fille du propriétaire de l'hôtel, qui tue le soldat à l’aide d’un fer à repasser. Elle fournit à Silvio une cachette sûre, le moulin qui appartenait à ses grands-parents décédés.

On (« est un con » mais en l’occurrence, c’est moi, donc comprendre « je »…) ressent une petite forme de jubilation après avoir vu un bon film, comme lorsqu’on découvre quelque chose de rare et d’agréable. Surtout après plusieurs essais infructueux. Comme quoi, quand le sujet me parle, que l’interprétation est au rendez-vous et que le récit va droit à l’essentiel, sans se perdre en longueurs ou scènes inutiles, ça roule tout seul. Une vie difficile se révèle illico comme mon Dino Risi préféré à cette étape de mon parcours dans sa filmographie, Parfum de femme et Le fanfaron m’ayant déçu. Il retrace environ quinze ans de la vie d’un homme pétri d’idéaux progressistes, interprété par l’excellentissime et protéiforme Alberto Sordi (peut-être le meilleur de ces acteurs du cinéma italien de cette époque), tiraillé entre ses responsabilités de mari et de père de famille et le respect de ses convictions politiques. Sa compagne n’est autre que Lea Massari, encore une belle « plante », elle aussi convaincante dans divers registres, de l’épouse éplorée à la « chipie » hautaine. Le film a de nombreux points communs avec d’autres de cet « âge d’or » du cinéma italien (fin des années 50 – milieu des années 70, en gros) : fort ancrage dans le (riche) contexte historique et social italien (fin de la seconde guerre mondiale, référendum sur la Monarchie, « boom » économique des années 60, plus tard les « années de plomb »…), regard désenchanté sur la société, difficulté de mettre ses idéaux en accord avec la réalité de la vie quotidienne, critique acerbe du triumvirat (souvent lié) politicien corrompu – grand industriel qui l’est tout autant – clergé. À ce titre, l’homme d’affaires à la tête d’un empire qui tente en vain de soudoyer Sordi, journaliste communiste, n’est rien de moins que le portrait craché de Berlusconi avec vingt ans d’avance. Mais le film n’a rien de « militant », Risi, comme d’autres compatriotes réalisateurs, étant réticent à cette démarche. C’est donc en état d’ivresse, pour les faire passer avec plus de légèreté, que Sordi exposera ses vérités (que je fais miennes), allant jusqu’à faire exploser sa frustration en crachant sur les limousines qui passent (superbe scène sur la promenade de Ronchi, à Marina di Massa, bien qu’elle soit censée se dérouler à Viareggio). Une vie difficile repose sur le schéma classique de la femme recherchant la sécurité matérielle (sans toutefois être vénale) auprès d’un époux « solide et responsable » et d’un homme plus fantasque, attaché à ses rêves et ses idées, se rabaissant en « mendiant » l’amour de sa femme (tel Jacques Brel dans son Ne me quitte pas). Là comme dans d’autres domaines (productivisme effréné, esprit moutonnier, soumission à l’autorité mais paradoxalement grande indiscipline personnelle…), les choses n’ont pas beaucoup changé. Désespérants, les gens ! De vrais hamsters dans leur roue (ils doivent penser comme le cycliste, qu’ils vont tomber s’ils s’arrêtent de pédaler…). En particulier en Italie (y'a qu'à voir leurs dirigeants actuels...), comme le déplorait en 2010 Mario Monicelli, quelques mois avant son suicide (cancer de la prostate en phase terminale) : « Ce qu'il n'y a jamais eu en Italie, c'est un grand coup de pied dans la fourmilière, une belle révolution, ce qui ne s'est jamais produit en Italie… Il y en a eu en Angleterre, il y en a eu en France, il y en a eu en Russie, il y en a eu en Allemagne. Partout sauf en Italie. Donc il faut quelque chose pour vraiment racheter ce peuple qui a toujours été soumis, qui a été esclave pendant 300 ans ». Bon, ceci dit, ces révolutions n’ont pas changé grand-chose à l’arrivée, on en est tous plus ou moins au même point. En attendant, délectez-vous donc de ce très bon film (en V.O only) où humour, tendresse et satire se conjuguent à merveille.    

Vivement dimanche ! (1983), de François Truffaut

 

« Mais je n’ai aucun remord car je ne fais pas partie de la société des hommes. Tout ce que j’ai fait, c’était pour les femmes. »

Clap de fin…

C’est l’histoire de Julien Vercel (Jean-Louis Trintignant), agent immobilier à Hyères. Massoulier, amant de sa femme Marie-Christine (Caroline Silhol), est assassiné lors d’une partie de chasse au canard près d'un lac et tout semble l’accuser : il chassait également à ce moment-là et on retrouve ses empreintes sur la voiture de la victime. Quelques jours après, Marie-Christine, revenue de Nice où elle travaillait, est également assassinée au domicile conjugal. Barbara Becker (Fanny Ardant), secrétaire de Vercel et secrètement amoureuse de lui, décide de mener l’enquête afin de l’innocenter.

Dernier film (par la force des choses) de « l’enfant terrible » de la Nouvelle Vague, qui décèdera l’année suivante d’une tumeur cérébrale. Avec, comme pour son pénultième (La femme d’à côté), la dernière femme de sa vie à l’affiche, la très belle Fanny Ardant, au charme fou. Parti pris de le tourner en noir et blanc pour coller à une atmosphère de « film noir ». Mais est-ce une bonne idée en cette décennie « flashy » des années 80 débutante, surtout venant d’un auto-proclamé apôtre de la modernité ? C’est toujours marrant de (re)voir des pandores à képi ou des postiers à casquette, dont le port a aujourd’hui disparu. « L’entertainment », on sait moyennement faire, au pays des mille fromages… Y’a bien eu les Belmondo, plus tard les Besson et autres Jeunet mais bon, ça n’égalera jamais les « amerloques ». Non, nous, on est plutôt des intellos, on se pique plus volontiers de littérature, de théâtre, des grandes œuvres du répertoire classique, c’est comme ça. Et dans le triptyque le mari – la femme – l’amant, on a beaucoup donné. L’enquête n’est pas inintéressante mais bourrée d’invraisemblances, de facilités et un poil confuse. Et puis question suspense et action (quand il y en a), c’est franchement pas ça… Encore un clin d’œil à Hitchcock, décidément (Fanny qui roule de nuit sous la pluie et qui s’arrête à un hôtel, comme Kim Novak dans Les Oiseaux ***). On a par contre la chance d’avoir de bons et grands acteurs, y compris chez les « seconds couteaux », ce qui nous sauve la mise. Là où j’ai pas compris, c’est que la fiche du film indique « comédie » (???) et Truffaut lui-même revendique cet aspect (on ne doit pas avoir la même définition du mot). M’en fiche, je vais mettre « drame ». Bref, à voir mais pas de quoi se relever la nuit (d’ailleurs, pourquoi se relever la nuit, si ce n’est pour soulager sa vessie ?).

(***) c’est pour voir si vous suivez…  

Officier et gentleman (1982), de Taylor Hackford


« La meilleure suceuse des 52 États... Qu’est-ce que je peux faire ? »

C’est l’histoire de Zack Mayo (Richard Gere), fils d'un sous-officier de marine alcoolique et amateur de prostituées (Robert Loggia), qui s’engage dans l'armée pour devenir aviateur. A son arrivée, le Sergent instructeur Foley (Louis Gossett Jr.) le met en garde, ainsi que les autres recrues, contre les femmes du coin qui ne manqueront pas de se faire mettre enceinte afin qu’ils les épousent. Zack tombe amoureux de l’une d’elles, Paula (Debra Winger).

Creusons (au sens figuré…) cette Debra Winger dont j’ignorais l’existence jusqu’au visionnage de Tendres passions, qui lui valut l’une de ses trois nominations aux Oscars (toutes infructueuses), avant de « disparaître des radars » pendant quelques années (1995-2001), ce qui inspira à Rosanna Arquette son documentaire À la recherche de Debra Winger (2002), traitant de la difficulté pour les actrices de trouver des rôles passé un certain âge (le revers de la médaille de la beauté, qui ne dure qu’un temps). Son rôle dans Officier et gentleman fut l’objet d’une autre de ses nominations. Quant au bellâtre Gere, après avoir fait la pute dans American Gigolo (1980) et avant de s’en payer une dans Pretty Woman (1990), il se raffermit pour passer avec succès ces épreuves militaires. Bilan :

Achat 1 euro sur Vinted : oui

Exaltation du sentiment patriotique, de l’effort, de la discipline, de la soumission à la hiérarchie, de l’amour hétérosexuel et de Dieu : oui (on est aux States et à l’armée…)

Homophobie latente : oui mais c’est le milieu (et l’époque) qui voulait ça…

Scène de cul : oui (cul et seins de Debra, quelques secondes)

Traumas familiaux : oui

Sergent instructeur « dur sur l’homme » mais-je-n’en-suis-pas-moins-homme-avec-un-petit-cœur-qui-bat : oui

Femme vénale, calculatrice et injuste : oui

Femme sensible sincèrement amoureuse : oui, aussi

Mec naïf qui se fait promener par la connasse citée plus haut : oui

Mec méfiant qui ne veut pas se faire promener par une connasse mais qui se rend compte que finalement, c’est pas une connasse (la sincère citée plus haut) : oui, aussi (bref, les meufs gagnent dans tous les cas de figure…)

Stimulateurs lacrymaux : oui (un drame et un « happy end »)

Revente sur Rakuten : oui, ça vient de partir pour 1,50 €

Le maître du jeu (2003), de Gary Fleder

 

« Rah, j’aime pas les baptistes, pas plus que les Démocrates… »

And justice for all…

C’est l’histoire d’un procès. Il oppose l’épouse d’un homme abattu deux ans plus tôt dans une tuerie de masse par un ancien salarié de sa société de courtage qui l’avait renvoyé, à l'entreprise d'armes Vicksburg Firearms, chez qui le tueur s’était fourni. Tandis que la veuve est défendue par Wendell Rohr (Dustin Hoffman), avocat moralement irréprochable, la firme d’armement et ses actionnaires ont fait appel à Rankin Fitch (Gene Hackman). Celui-ci, fin psychologue et sans scrupules, bénéficiant d’un budget conséquent et à la tête d’une équipe de redoutables professionnels, est passé maître dans l’art de contrôler un jury, sélectionnant les profils dont il pense qu’ils seront favorables à sa cause, les manipulant et exerçant au besoin des pressions sur eux pour faire pencher la balance en sa faveur. Seul l’un des jurés sélectionnés, le mystérieux Nicholas Easter (John Cusack), semble échapper à son emprise. Par ailleurs, Marlee (Rachel Weisz), la compagne d’Easter, contacte Rohr et Fitch en leur proposant d’influencer le jury en leur faveur contre 10 millions de dollars.

Vous me dites ce qui me pousse à continuer d’acheter ces merdes à 1 euro (le triple ou plus avec le port, heureusement compensés par mes « porte-monnaies » virtuels) sur Vinted ou Rakuten ? Le désœuvrement et le manque d’idée ? Parce qu’elles ne sont pas disponibles dans mes médiathèques municipales ? Oui, un peu tout ça sans doute. Et puis, tiens, Gene Hackman et Dustin Hoffman, pas mal quand même, non ? Oui mais attention, sur la jaquette je lis aussi « 2003 » et « Gary Fleder » (Le collectionneur avec Freeman, Pas un mot avec Douglas fils… L’un de ces multiples tâcherons qui peuplent les studios hollywoodiens…). Ben ouais, on fait partie d’une « industrie » (horrible terme totalement antinomique avec l’art et la culture), on ne nous propose pas des French Connection ou des Macadam Cowboy tous les jours et pendant ce temps, faut bien payer ses factures et ses arriérés d’impôt… Alors allons-y, gaiement ou pas, pour cet énième thriller cousu de fil blanc (le pot de terre contre le pot de fer, qui va gagner, oh la la, terrible « suspense »…) aux improbables rebondissements, inspiré du roman éponyme de John Grisham, écrivain multi-adapté au cinéma (La firme, Le client, L’affaire Pélican ou Le droit de tuer ?, c’était déjà de lui). Ah, là c’est sûr, pas de « thèmes », de « propos » ou de « vision »... Enfin si, toujours les mêmes : le pognon, la Patrie, la famille traditionnelle, les donuts et Dieu pour tous… Et donc pour ou contre le fameux « second amendement » de la Constitution de la « plus grande démocratie du monde » (sic)… Bien sûr, c’est Hackman qui campe le manipulateur froid et cynique et bien sûr, c’est Hoffman qui incarne l’avocat honnête « droit dans ses bottes » et idéaliste (vous avez déjà vu Hoffman avoir le mauvais rôle ? Moi jamais. Ce qui en dit peut-être long sur l’égo du bonhomme…). Bien sûr, ils ont une scène de confrontation, dans les toilettes du tribunal (ben tiens, manquerait plus qu’on y échappe…). Et bien sûr, parce qu’on a affaire à des professionnels, on aura droit à quelques scènes d’action et à l’incontournable « twist » final. Allez hop, aussitôt consommé, aussitôt chié (et oublié) et retour « à l’envoyeur », c’est-à-dire sur les « marketplaces »…

Huit et demi (1963), de Federico Fellini

 

C’est l’histoire de Guido Anselmi (Marcello Mastroianni), un cinéaste de renom qui travaille sur un nouveau projet. Problème : son imagination se tarit. Le calme dont il a besoin pour créer est perturbé par son entourage professionnel (producteur, acteurs, techniciens) qui le harcèle constamment. A cela viennent se greffer ses déboires sentimentaux, sa maitresse Carla (Sandra Milo) puis son épouse Luisa (Anouk Aimée) le rejoignant à la station thermale où il a trouvé refuge. Sombrant dans la dépression, il se réfugie dans ses rêves et souvenirs (sa jeunesse, ses parents…), qui vont se mêler à la réalité.

Avec ce film « autobiographique » (Guido Anselmi, c’est bien évidemment lui) de Federico Fellini, l’une des plus grandes sommités du 7ème Art, on touche aux limites de ce blog et de ses « ambitions » : à savoir retranscrire la découverte de films reconnus et exigeants par un amateur (votre serviteur) biberonné au cinéma « d’entertainment » (comédies françaises, blockbusters U.S voire, ô sacrilège,… films pornos !), qui ne possède pas toutes les clés pour en appréhender les tenants et les aboutissants et donc pour apprécier pleinement ce cinéma dont toute l’importance, au-delà de la mise en scène et de l’interprétation (la base), réside principalement dans son propos, ses thèmes, sa vision. C’est un peu comme donner un concerto de classique à un amateur de rap (ou vice et versa…) ou du lard au cochon. A partir de ce postulat, que dire ? Déjà que Huit et demi débute comme… le Chute libre de Joel Schumacher sorti trente ans plus tard ! A savoir un homme (probablement Mastroianni) qui suffoque à bord de son véhicule immobilisé dans un immense embouteillage et s’en échappe (cette fois par le toit). L’une des nombreuses scènes oniriques du film et celles que j’ai trouvé les plus ingénieuses et les plus intéressantes visuellement (comme ce plan incroyable d’un homme sur une plage tenant une corde reliée au pied d’un autre – ledit réalisateur en panne d’inspiration ? – flottant dans les airs puis chutant dans la mer). Qu’ensuite, au risque de me répéter, cette époque reculée des années 60 avait un « cachet » et ne portait pas encore les stigmates de la vulgarité moderniste. Un point de vue uniquement esthétique, sorte « d’image d’Epinal », car la peine de mort, l’ORTF, la pénalisation de l’homosexualité, le patriarcat (à cette époque, oui, quand même), les droits sociaux faméliques, tout ça, à moins de s’appeler Eric Zemmour, ne fait pas franchement rêver… Contrairement aux stars (terme ici non galvaudé) de cette même époque (Mastroianni, Cardinale, Aimée… la classe). Qu’enfin, ce qui tient lieu « d’histoire » (ces incessants allers-retours entre rêve et réalité), elle, m’a gentiment ennuyé et ne m’a procuré aucune émotion, ou alors en sa toute fin, à la rigueur (une farandole de tous les protagonistes). Il ne m’en reste donc que de belles images, sur une bande-son grandiose (signée Nino Rota, Rossini, Wagner, Tchaïkovski…). 


Le topo de Christian Boltanski :