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Backrooms : les arrière-salles (2026), de Kane Parsons

 

C’est l’histoire d’un mec (Chiwetel Ejiofor, à vos souhaits...), sa vie c’est d’la merde et il l’échangerait bien contre celle du roi du Maroc (pour ceux qu’ont la réf…) : divorcé de sa femme, alcoolique et gérant d’un magasin de meubles en difficulté. D’ailleurs, il voit une psy (Renate Reinsve, également à l’affiche de Fjord, toute… fraîche Palme d’or cannoise), elle-même victime d’un trauma enfantin. Enquêtant sur des dysfonctionnements électriques dans son magasin, il y découvre, au sous-sol, un passage vers des « backrooms », une sorte de labyrinthe composé de couloirs et d'espaces liminaires garnis d’objets divers épars.

De la fin du printemps au début de l’automne constituant la période de sortie « d’hibernation » de mon unique collègue, c’est donc aussi celle de nos sorties dans les magasins culturels, les médiathèques de quartiers et les salles obscures. Cela tombe relativement bien étant donné que les films d’épouvante, d’horreur et/ou fantastiques sortent souvent à ce moment-là de l’année. Backrooms, donc. Adaptation, par son créateur, un jeunot de tout juste 21 piges nommé Kane Parsons, de la web-série « anthologique » (bâillements…) du même nom. Autant mettre fin d’emblée à tout suspense : c’est, globalement, ce que j’appellerais une « couille ». Vue par ailleurs dans des conditions pas idéales, dans une salle pas très grande, essentiellement remplie d’ados flirtant avec la limite, sans heureusement la franchir, de l’inconvenance sonore : téléphone, canettes, grignotage de pop-corns, cris et rires lors des « jumpscares »... « Il faut bien que jeunesse se passe », comme dit le proverbe, mais je me demande ce qu’on va bien pouvoir tirer de cette génération, si ce n’est des caissières Monoprix, des chauffeurs / livreurs Uber, des caristes Amazon ou, pour les plus doué(e)s (?) ou chanceux/euses, « influenceur/euses ». Pour en revenir au film, s’il tient assez bien la route au début, il bascule à un moment dans le n’importe quoi, avec l’apparition d’un monstre géant à l’effigie du gestionnaire du magasin en tenue promotionnelle. Du coup, j’ai trouvé l’idée de l’exploration de ces « arrière-salles » insuffisamment exploitée, on retombe finalement assez vite sur les mécanismes du film d’horreur lambda, du reste encombré d’un fatras pseudo-philosophique sur le sens de la vie et de comment être véritablement acteur de la sienne. 12,50 € pour ça, ça fait un peu mal au fessier... Si « pièces vides » et « labyrinthe » renvoient inconsciemment, dans le genre fantastique / horreur, à Cube, « l’élève » n’est pas prêt de détrôner le maître…       

Fahrenheit 451 (1966), de François Truffaut

 

« Pourquoi lisent-ils ? Quelle perversité… »

« Occupez vos gens pour qu’ils ne pensent pas. C’est le point capital. »

Herrmann fait du Herrmann et Truffaut… du Hitchcock

C’est l’histoire d’une société dystopique, dans un pays et une époque indéterminés, au sein de laquelle les livres, vecteurs de connaissances, sont interdits. Guy Montag (Oskar Werner) y exerce la profession de pompier, qui ne consiste pas à éteindre des incendies mais à saisir les livres, les brûler et arrêter leurs propriétaires. Il rencontre une jeune femme, Clarisse (Julie Christie), qui lui avoue son intérêt pour la lecture. Montag se remet dès lors peu à peu en question et enfreint la loi en se mettant à lire, ce qui provoque un conflit avec sa femme Linda (Julie Christie aussi) puis avec sa hiérarchie.

Moi qui n’aime pas Truffaut… enfin, disons surtout la série de films « casse-burnes et touille-cerveau » avec son héros Antoine Doinel (Jean-Pierre Léaud) et le fait qu’après avoir critiqué le cinéma « qualité France » d’avant-guerre (le côté « vous allez voir c’que vous allez voir quand je serai derrière la caméra »), il a fini par en devenir un thuriféraire en tournant des films somme toute classiques. Donc moi qui n’aime pas Truffaut, disais-je, là j’ai adoré. Sans doute parce qu’il ne fait pas du Truffaut mais du Hitchcock. Une scène de filature et des plans entiers, sur la musique de Bernard Herrmann, sont littéralement pompés sur le « maître du suspense ». Il pousse même le vice jusqu’à faire interpréter deux rôles par la même actrice (Julie Christie), comme dans Sueurs froides. La même année (1966), Truffaut publiait ses entretiens Le Cinéma selon Alfred Hitchcock, ce qui n’est sans doute pas un hasard. Voilà pour la forme. Quant au fond, avec un « pitch » si original, cela ne pouvait qu’être intéressant, il restait à bien traiter le sujet. On ne sait et voit presque rien de cette société, ni ses dirigeants, ni son fonctionnement. Seuls la patrouille de « pompiers » que l’on suit dans l’exercice de ses fonctions et les intérieurs / extérieurs nous renseignent quelque peu. Les livres sont donc interdits car ils risquent d’instruire et d’émanciper les citoyens mais aussi d’engendrer des inégalités entre eux. Ils sont donc saisis et brûlés sur le champ. A l’extérieur, des barres d’immeubles, des bornes avec gyrophares, un monorail et des boites aux lettres où les délateurs peuvent déposer une photo (puisque les écrits sont interdits) des « déviants ». Un peu « cheap » et kitsch pour de la SF mais ça suffit et ce n’est en rien gênant. Dans les intérieurs, les écrans TV sont omniprésents. Et en 16/9 avant l’heure, s’il vous plait (dans le roman éponyme de Ray Bradbury, ils occupaient même le mur entier) ! La téléréalité est d’ores et déjà envisagée via un dialogue entre présentateurs sur leur plateau et spectateurs dans leur salon. Beau final dans les bois où se retrouvent les résistants à cette société totalitaire, nommés selon l’ouvrage qu’ils ont appris par cœur en vue de sa transmission aux générations futures. Un film visionnaire (enfin, le roman dont il est l’adaptation, plutôt) et une déclaration d’amour aux livres et à la culture. En dehors de Truffaut, son co-scénariste et sa scripte, l’équipe du film est britannique et le tournage a eu lieu dans les environs de Londres. « Fun fact » (si j’ose dire…) : Oskar Werner, qui joue le héros et que Truffaut avait déjà dirigé dans Jules et Jim (1962), est décédé le 23 octobre 1984, soit… deux jours après le cinéaste.
 

Le topo de Nicolas Mathieu :

Total Recall (1990), de Paul Verhoeven

 

« Enfin, chéri, sois raisonnable. Après tout, nous sommes mariés. » - « Considère ça comme un divorce ! »

Réalisation : Paul Verhoeven

Scénario : Ronald Shusett, Dan O'Bannon et Gary Goldman sur l'histoire adaptée par Ronald Shusett, Dan O'Bannon et Jon Povill, d'après la nouvelle Souvenirs à vendre de Philip K. Dick

Pays : Etats-Unis

Année : 1990

Genre : Science-fiction, action

Avec : Arnold Schwarzenegger, Rachel Ticotin, Sharon Stone, Michael Ironside, Ronny Cox.

Synopsis : En 2084, Douglas Quaid mène une vie tranquille, entre son job d’ouvrier de chantier et Lori, sa superbe épouse. Obsédé par la planète Mars, dont il rêve fréquemment, il fait appel à la société Rekall qui propose à ses clients l'implant de souvenirs factices. Mais l’opération se passe mal et le voilà poursuivi par des individus qui cherchent à l’éliminer…

Pourquoi ? Autant j’ai trouvé que Terminator 2 n’avait pas vieilli, autant ce Total Recall, sorti pourtant seulement un an auparavant, me semble avoir pris un bon petit coup derrière la tête (certains décors en carton-pâte, la mutante aux trois seins…). Comme quoi, la technologie avance vite. Pas de quoi cependant nous gâcher le plaisir car pour le reste, c’est du classique : de l’action et une histoire où l’on ne comprend pas forcément tout mais on s’en fout puisque c’est de la science-fiction. Et surtout, nous avons là le premier rôle d’envergure d’une certaine Sharon Stone, dont la divine beauté du visage fût responsable de mes premiers émois adolescents (mais son corps tout entier ne me laissait pas indifférent non plus…). Cette prestation réussie convainquit Paul Verhoeven de l’engager pour le premier rôle de son film suivant, Basic Instinct (1992), qui la propulsera superstar d’Hollywood. Sa route était désormais pavée d’or.

Terminator 2 : Le jugement dernier (1991), de James Cameron

 

« C’est dans votre nature de vous détruire vous-mêmes. »

« Dire qu’il n’est pas encore né… Quel bordel, dans nos têtes ! »

« Hasta la vista, baby ! »

Réalisation : James Cameron

Scénario : James Cameron et William Wisher Jr.

Pays : Etats-Unis

Année : 1991

Genre : Science-fiction, action

Avec : Arnold Schwarzenegger, Edward Furlong, Linda Hamilton, Robert Patrick, Joe Morton.

Synopsis : 2029 : les humains remportent la guerre contre les « machines » (robots doués d’intelligence), engagée après l’holocauste nucléaire du 29 août 1997. Afin de modifier cette issue, Skynet, l'ordinateur qui contrôle les machines, envoie un nouveau Terminator en 1995 pour éliminer John Connor, alors enfant et futur chef de la résistance humaine, après avoir échoué une première fois en 1984 sur sa mère Sarah Connor. Mais les humains envoient eux aussi leur propre cyborg à la même époque pour protéger John.

Pourquoi ? Six ans avant Titanic et ses 200 millions de dollars de budget, James Cameron affolait déjà les compteurs avec ce formidable Terminator 2 en ayant coûté « seulement » la moitié, ce qui en faisait déjà à l’époque le film le plus cher de l’histoire. C’est donc tout naturellement qu’on en aura « pour notre argent ». Nous y verrons comme il se doit des cascades, des bagarres, des courses-poursuites, des fusillades mais aussi et surtout des effets spéciaux révolutionnaires à l’époque (morphing, images de synthèse). Voilà pour la forme mais il y a même aussi un peu de « fond ». Au-delà de l’ancestrale lutte du Bien contre le Mal, la crainte visionnaire de voir la technologie « indomptée » et s’avérer néfaste pour nous autres pauvres « humains » (mais le sommes-nous encore… et d’ailleurs, l’avons-nous déjà véritablement été ?) résonne étrangement en ces temps « d’intelligence artificielle ». Le film nous tirera également quelques chaudes larmes, via des ressorts certes mièvres et bateau (les rapports mère-fils, l’ado qui sympathise avec « son » Terminator, l’adieu final). Contrairement (à mon sens) au premier volet de 1984, Terminator 2 n’a pas pris une ride. A noter la présence dans la B.O du titre You could be mine des Guns N’Roses, issu du deuxième volume de leur monumental diptyque Use Your Illusion sorti la même année que le film. Epoque bénie…


The Host (2006), de Bong Joon-Ho

 

C’est l’histoire de la famille de « losers » Park, de Séoul : Gang-du (Song Kang-ho), du genre immature et père de la petite Hyun-seo (Go Ah-seong), tient un petit snack au bord du fleuve Han avec son père Hee-bong (Byun Hee-bong), tandis que sa sœur Nam-joo (Bae Doo-na) est une tireuse à l'arc de seconde zone et son frère Nam-il (Park Hae-il), un diplômé au chômage. Un jour, une immense créature monstrueuse surgit du fleuve, dévaste tout sur son passage et enlève la petite Hyun-seo. Celle-ci donnant signe de vie à son père Gang-du par un appel téléphonique, la famille va se mettre à sa recherche, malgré la pression des autorités locales qui pensent le monstre porteur d’un virus.

Alléluia, il aura fallu attendre mon 193ème article pour que je quitte momentanément mon ethnocentrisme cinématographique en m’attaquant à un cinéaste asiatique, plus précisément sud-coréen. Pourtant, ce continent se pose un peu là, question 7ème Art mais contrairement à beaucoup de mes « coreligionnaires » blogueurs, je n’ai pas leur âme chercheuse, leurs connaissances ou leur ouverture d’esprit. Pas assez ou trop de pistes de découverte, aussi et ce qui me vient à l’esprit (les films hyper-violents de John Woo, Epouses et concubines, In the mood for love…) ne me branche pas des masses. Pourquoi ce The Host, alors ? Parce que « film de genre » et ayant obtenu la note maximale de 5 sur 5 sur Chronicart (comme, dans des genres voisins, The Descent et Le Village), donc éveil de ma curiosité. Conclusion : bonne pioche. Le film brasse une multitude de thèmes, qui s’imbriquent parfaitement. Enfin, au moins trois : la comédie familiale et la satire / critique sociale à message politique (inégalités, écologie...) avec cette famille de « bras cassés » confrontée à une société obnubilée par la réussite sociale et au pouvoir coercitif des autorités (Bong Joon-ho s’est inspiré du mensonge des « armes de destruction massive » de l’Irak pour celui du virus, en réalité inexistant mais prétexte à imposer la répression) ; et le fantastique avec cette créature mi-numérique (ça se voit) mi-marionnette animée pour les plans de contact resserrés, sorte de mix entre Godzilla, Alien et Jurassic Park. Par contre, pour ce qui est de l’héroïsme, du caractère sacré de la cellule familiale (le père minable qui « soulève des montagnes » pour sauver sa fille) et de la « loi du talion » (le monstre qui doit périr, de préférence dans les pires souffrances), il semble que ce soient des sentiments universels. En même temps, difficile d’imaginer d’autre issue, même si elle n’est pas si heureuse que ça (je n’en dis pas plus pour pas gâcher).       

Waterworld (1995), de Kevin Reynolds

 

C’est l’histoire d’un mec, mi-homme mi-poisson (enfin, à vue d’œil, plutôt grosso merdo 85% homme et 15% poisson…), en 2500, quand notre inaction climatique aura fait que tous les continents seront désormais engloutis sous les eaux, l’humanité rescapée survivant sur des atolls (sortes d’îles flottantes). Il a inventé un mécanisme purificateur d’urine, lui permettant ainsi de reboire sa propre pisse. En somme, il a inventé le recyclage perpétuel. Vous imaginez, si on pouvait faire pareil avec les selles (aussi appelées « matières fécales », « excréments » ou plus trivialement, « merde ») ? Bon, c’est vrai, on serait condamné à bouffer éternellement le même plat… Mais rien n'empêcherait d’échanger avec son voisin (« bonjour, c’était quoi, ça, à la base ? Un hachis parmentier ? Miam, je prends ! »). Et dès lors, finito l’aliénation consumériste, l’oppression capitaliste, le « travailler plus pour gagner plus » (et vivre moins bien) et la perte de temps à cuisiner, ce serait le bonheur pour les siècles des siècles. Amen. Et bon appétit, bien sûr ! Bon, sinon, Jeanne Tripplehorn (Basic Instinct) a un beau cul mais ça, on le savait déjà.   

Deep Impact (1998), de Mimi Leder

 

« Faut voir le bon côté des choses : on aura tous un collège à notre nom… »

C’est l’histoire d’une comète qui se dirige droit vers les USA et menace de détruire la vie sur Terre (sûrement un coup des communistes ou des islamistes…). Qu’à cela ne tienne, le président du Monde Libre Beck (Morgan Freeman) annonce qu'un gigantesque refuge souterrain a été créé dans le Missouri et qu'un million de personnes soigneusement sélectionnées (sic) pourront s'y abriter pendant deux ans, le temps que le nuage de poussière s'estompe (ouais ben, c’est odieux pour les autres, comme dirait Jean-Claude Dusse…). Parallèlement, la mission spatiale Messie (re-sic), avec à sa tête Spurgeon Tanner (Robert Duvall), va tenter de détruire la comète à l’aide d’armes nucléaires.

Bravo et merci à Mimi Leder d’exalter ici de bien « saines » valeurs (le courage, le sacrifice, la Patrie, la Famille hétérosexuelle procréatrice, la soumission à l’autorité et à Dieu Tout-Puissant), loin du nihilisme et de la dépravation gauchistes. Et visionnaire, avec ça : dix ans avant l’arrivée au pouvoir de Barack Obama, le président des « States » est un nèg… euh, pardon, un Noir (seule concession au « wokisme » alors inexistant, en tous cas sous cette appellation). Bon, pour les scènes de tsunami, Mimi a filmé des Lego et des Playmobil dans sa baignoire. Si caricatural que ça en devient involontairement comique… 

Scanners (1981) / Videodrome (1983) / Faux semblants (1988), de David Cronenberg


Trois Cronenberg pour le prix d’un. Passons assez vite sur Scanners et Videodrome, qui baignent dans leur jus au look de séries B cheap et kitsch des années 80 (en même temps, ce n’est pas de leur faute et c’est probablement voulu, vu les faibles budgets). Le premier est une histoire d’affrontement entre deux « scanners » (des médiums), l’un gentil (Stephen Lack) et l’autre méchant (Michael Ironside, vu dans Total Recall et dont le faciès évoque parfois celui de Jack Nicholson). Dans le second, le désormais bien peu fréquentable James Woods incarne un cynique dirigeant d’une chaine de télé spécialisée dans la pornographie et la violence, qui découvre l’existence d’une émission malaisienne nommée Videodrome mettant en scène des meurtres. Je m’arrête là car je n’ai pas compris grand-chose à cette histoire, où apparait la superbe Deborah Harry (chanteuse du groupe de rock Blondie), si ce n’est l’occasion d’une critique du sensationnalisme télévisuel. Et oui, dans les années 80, on était déjà dans l’effondrement mais comme c’était le début (et qu’on était jeune), on ne voyait rien (comme pour un cancer) et en comparaison avec la merde actuelle, cela paraîtra idyllique. Les deux permettent surtout de renseigner sur les avancées effectuées par les effets spéciaux en termes de « body horror », une spécialité de Cronenberg. Je ne dis pas que c’est pas bien, juste que ça ne correspond pas aux attentes du spectateur à l’esprit cartésien que je suis, parfois désarçonné par l’irruption du gore ou du fantastique dans un contexte qui n’est pas d’emblée considéré comme tel. Il y a plus à dire sur Faux semblants, qui n’est pas du tout dans le même registre et qui m’a beaucoup plus intéressé. L’histoire de deux frères jumeaux, Beverly et Elliot Mantle (magnifiquement interprétés par Jeremy Irons), qui partagent tout : appartement, clinique de gynécologie et même conquêtes féminines. Jusqu’à l’arrivée dans leur cabinet de l’actrice Claire Niveau (Geneviève Bujold), dont Beverly, le plus fragile des deux frangins, tombe amoureux et refuse de la « partager ». Avec un synopsis pareil, on s’attend à une terrible confrontation entre les deux frères. Et bien non, fausse route. Ma frustration vient de là, du coup nous assistons à une lente et brutale dépression de Beverly suite au départ de Claire pour un tournage, entrainant son frère Elliot dans sa chute. Celui-ci, loin d’éprouver de l’hostilité vis-à-vis de Beverly, fera au contraire preuve de compassion à son égard. La fin m’a aussi un peu laissé sur ma… faim, dommage. Si voir le même acteur interprétant deux rôles dans le même plan est aujourd’hui considéré comme un jeu d’enfant, il semble qu’à l’époque (fin des années 80), c’était totalement novateur. Bon, pour les scènes où l’un est de dos, il suffit de trouver une doublure avec la même morphologie et lui faire une coiffure identique. 



Cube (1997), de Vincenzo Natali

 

Réalisation : Vincenzo Natali

Scénario : Graeme Manson, Vincenzo Natali et André Bijelic

Pays :  Canada

Année : 1997

Genre : horreur, science-fiction

Avec : David Hewlett, Maurice Dean Wint, Nicole de Boer, Nicky Guadagni, Andrew Miller, Wayne Robson, Julian Richings.

Synopsis : Une poignée d’individus, vêtus de façon identique et ne sachant pas comment ils ont atterri ici, se retrouvent emprisonnés dans une pièce cubique possédant des issues sous forme de trappes à chacune de ses faces. Commence alors une course contre la montre pour tenter de sortir de ce piège.

Pourquoi ? Parce que Vincenzo Natali a prouvé qu’on pouvait faire un très bon film, prenant et original, avec trois fois rien, malgré un panel de personnages un poil caricaturaux, dont on devine assez vite les intentions et les destins (le flic brutal, la surdouée, l’autiste, le frustré cynique…) : quelques acteurs inconnus (car canadiens) lâchés dans un décor minimaliste.

eXistenZ (1999), de David Cronenberg

 

C’est l’histoire d’Allegra Geller (Jennifer Jason Leigh), conceptrice de jeux vidéo, qui présente sa dernière création à un groupe de joueurs. Ceux-ci sont reliés à un monde virtuel grâce à une console appelée « pod » directement connectée à leur système nerveux via un « bioport », un trou percé à la base de leur dos. La démonstration tourne au cauchemar.

David Cronenberg a réalisé avec eXistenZ le premier film porno d’un nouveau genre. En effet, Jennifer Jason Leigh et Jude Law se sont fait greffer un second trou du cul, un peu plus haut que le premier. Jude Law lui fait un anulingus tandis qu’elle introduit un connecteur de forme oblongue dans celui de son partenaire. Trêve de plaisanterie, je n’ai pas du tout aimé ce film. Déjà, il ressemble à une série B. Vous me direz, il en existe de bonnes, d’accord. Mais « l’intrigue » m’est passée au-dessus de la tête dès les premières minutes. Il est vrai que l’univers des jeux vidéo m’est étranger. On assiste donc à des va-et-vient (merde, je recommence, quel obsédé…) entre réalité et virtualité, avec du grand n’importe quoi (Jude Law qui fabrique un révolver avec la carcasse de ce qui semble être un lapin, les mains pleines de gras) et le (double) « twist » final qui va bien. Cela m’a un peu fait penser, mais en beaucoup moins bien, à Inception, qui joue lui aussi sur la confusion entre mondes réel et virtuel. Je me demande ce que Jennifer Jason Leigh est venue faire dans cette galère, si ce n’est pour pouvoir dire « j’ai tourné avec Cronenberg »... J’ai quelques autres films sur ma liste mais comme pour Lynch, ça sent le réalisateur pas fait pour moi…

La mouche (1986), de David Cronenberg

 

C’est l’histoire de Seth Brundle (Jeff Goldblum), scientifique excentrique et solitaire, qui a mis au point un système de téléportation d’une cabine à une autre. Il fait part de cette découverte à la journaliste Veronica Quaife (Geena Davis) mais lui demande dans un premier temps de garder ce secret. Le système ne fonctionne que sur les objets inanimés, jusqu’à ce que Seth parvienne, après un premier essai infructueux, à téléporter un babouin. Un soir d’ivresse et de déprime, jaloux de Stathis Borans (John Getz), rédacteur en chef et ancien amant de Veronica, Seth décide de se téléporter lui-même, sans s’apercevoir qu’une mouche s’est glissée avec lui dans la cabine.

Merci à Cinéphile Schizophrène qui a fait naitre en moi le désir (non, ce n’est pas ce que vous croyez…) de revoir ce film, vu dans mon adolescence, en le mettant à l’honneur sur son blog. Alors qu’en dire ? Avec une durée d’une heure trente, il ne s’encombre pas de longueurs inutiles. Forcément, au niveau de l’esthétique, il a terriblement vieilli. Les effets spéciaux, typiques des années 80 (donc risibles), rappellent ceux d’Alien et du clip Thriller de MJ. Tous les clichés sont au rendez-vous : « l’amour est plus fort que les différences » (Davis qui prend dans ses bras un Goldblum de plus en plus monstrueux, façon La Belle et la Bête. P.S : ils étaient ensemble à l’époque et se marieront un an plus tard), « j’ai un pied et une main en moins mais j’ai encore de la force pour tirer » et « achève-moi, je souffre trop » (snif snif). Pas de quoi cependant m’en faire regretter le visionnage car l'idée de départ est bien trouvée et le récit sans temps mort.   

Delicatessen (1991), de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet

 

C’est l’histoire de Louison, joueur de scie musicale et ancien clown, qui se fait embaucher comme « homme à tout faire » au sein de l’enseigne Delicatessen, dans une France post-apocalyptique. Le lieu abrite notamment un boucher peu commode et des fabricants de « boîtes à meuh ». Notre homme va tomber amoureux de la fille violoncelliste du boucher. Pendant ce temps, les « Troglodistes » (des rebelles ne mangeant pas de viande) s’activent dans les égouts.

Y’a qui dedans ? Des acteurs fétiches de Jeunet : Dominique Pinon (Louison), Jean-Claude Dreyfus (le boucher), Rufus, Ticky Holgado. Et Marie-Laure Dougnac (la violoncelliste) et Karin Viard.

Et c’est bien ? Belle surprise. Pas grand fan de Jeunet, dont j’ai vu Alien, la résurrection, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain et Un long dimanche de fiançailles et que je trouve un poil surcoté, à l’image d’un Luc Besson, avec qui il partage velléités internationales et univers « poétique » versant parfois dans la naïveté. Mais cette première (co)réalisation (avec son compère Caro) est plaisante. La grande affaire du film, novateur pour l’époque, ce sont bien évidemment son esthétique et ses décors, entre rétro (on pense à une France des années 40 et ses restrictions) et univers de science-fiction (les rebelles dans les souterrains). Mais aussi ses personnages, à tout le moins loufoques : un ancien clown joueur de scie musicale, des fabricants de « boîtes à meuh », un boucher qui vend de la chair… humaine, un éleveur de grenouilles… Vivant tous tant bien que mal dans un immeuble insalubre et dans de biens modestes conditions. Malgré ce cadre plutôt sombre, l’humour perce plus d’une fois. Comme quand une locataire dépressive cherche désespérément à organiser son suicide à l’aide d’ingénieux procédés mais échoue à chaque fois du fait d’interventions humaines ou d’évènements inopinés. Ou lorsque le coït de Dreyfus (montré sous forme d’un lit qui grince sous ses « coups de boutoir ») est cadencé à d’autres mouvements cycliques (une femme qui bat son tapis pour le dépoussiérer, un homme qui regonfle la roue de son vélo, Pinon qui peint le plafond avec un rouleau…) jusqu’à l’orgasme. Quant au final, il s’avère spectaculaire et particulièrement… humide.

Coutelas-boomerang : oui

Hachoir : oui

Femme à poil : non

Brazil (1985), de Terry Gilliam

 

C’est l’histoire d’un type sans ambition, coincé entre une mère interventionniste et son emploi au sein du Ministère de l’Information d’un Etat totalitaire dirigé par les machines. Ses rêves, dans lesquels il se transforme en super-héros au secours d’une fée en danger, lui permettent de s’échapper de ce morne quotidien. Mais un jour, dans le cadre de la résolution d’une erreur administrative, il tombe sur la femme de ses rêves.

C’est avec qui ? Des pas ou peu connus : Jonathan Pryce dans le rôle du héros, Katherine Helmond dans celui de sa mère et Kim Greist dans celui de l’élue de son cœur. Mais aussi Bob Hoskins, Michael Palin (oui, le Monty Python bègue d’Un poisson nommé Wanda) et Robert De Niro (toujours bizarre de le voir ailleurs que dans un polar mafieux).

Et c’est bien ? La critique, visionnaire, de ce monde dystopique, déshumanisé, standardisé et mercantile et de l’absurdité de la complexité bureaucratique qui l’accompagne donne lieu à quelques scènes réjouissantes de drôlerie. Viennent s’y greffer une banale amourette et une tentative de rébellion « terroriste ». Par contre, les effets spéciaux et les décors en carton-pâte ont pris un sacré coup de vieux derrière les oreilles (un peu comme dans Total Recall). C’est vrai que les années 80, comme pour la musique, ça vieillit souvent mal. Et ces ailes ridicules du héros dans les rêves…

Mouche : oui

Centrale nucléaire : oui

Femme à poil : presque (Kim Greist, assise de dos)

Up 👍: description visionnaire du monde moderne ; scènes comiques, souvent liées aux excès bureaucratiques et consuméristes

Down 👎: extrêmement daté au niveau des décors et effets spéciaux