C’est l’histoire de Max Dembo
(Dustin Hoffman, moustache et rouflaquettes), petit délinquant, qui pour la
troisième fois sort de la vraie prison pour intégrer celle « à ciel ouvert »,
c’est-à-dire la vie. Il est en liberté surveillée (comme nous tous, en somme)
et conditionnelle. Son souhait est de se « réinsérer dans la société »
et de faire « comme tout le monde », c’est-à-dire trouver du travail et
fonder un foyer. Comme dit Agnès Jaoui dans Cuisine et dépendances, « il
vaut mieux un épanouissement classique que pas d’épanouissement du tout »…
Etant donné ses « hard skills » et ses « soft skills », il
ne sera pas trop regardant sur l’emploi, tant pis s’il n’a pas le « pack »
tickets resto / prise en charge de la mutuelle et du transport à 50% / prime « partage
de la valeur »… Et de fait, une jeunette (Theresa Russell) lui dégote un
job (aujourd’hui on appelle ça une « chasseuse de têtes » ou un « agent
de placement »… Et oui, on nous « place », comme des objets…)
tout en bas de l’échelle sociale (ramassage de canettes dans une usine). Comme
il tombe sous son charme, il l’invite à diner pour fêter son recrutement. Tout
semble donc aller pour le mieux mais patatras : un de ses vieux potes (Gary
Busey) se drogue dans sa chambre d’hôtel et le policier chargé de la surveillance
de Dembo, y décelant un indice, pense qu’il a « replongé » et le
remet illico en taule. Désabusé, notre héros reprend, une fois libéré, sa vie
de malfaiteur, en compagnie d’un autre ami (Harry Dean Stanton) qui s’était lui
aussi « rangé ». Et oui, la vie lui fait des misères mais comme il
est Dustin Hoffman (ce qui n’est pas donné à tout le monde), il fait des pieds
et des mains pour s’en sortir et y parvient à peu près. Petit polar « à l’ancienne »
plaisant, avec fatalement des incohérences (le mec, il se met une cagoule pour
braquer une supérette de nuit mais reste à visage découvert pour une banque et
une bijouterie…) mais qui vaut surtout pour la présence de Dustin car
n'oublions pas que « quand il rentre dans un plan, il ne rentre pas dans
un plan, il rentre dans la vie, quoi, il rentre dans notre salon » (Pierre
Arditi, qui d’ailleurs lui prête sa voix française au doublage).
Chroniques de films, au fil de mes (re)découvertes. Aucune connaissance technique ou historique sur le cinéma, juste des ressentis. Si cela vous donne envie de (re)voir ces films, c'est déjà ça...
Le récidiviste (1978), d’Ulu Grosbard
Les noces rebelles (2008), de Sam Mendes
« Je n’ai qu’une
certitude : je veux ressentir les choses. Les vivre, vraiment… tu
vois ? La voilà, mon ambition. »
C’est l’histoire d’April et Frank Wheeler (Kate Winslet et Leonardo DiCaprio), un jeune couple du milieu des années 50 qui a en apparence tout pour être heureux : une belle maison spacieuse dans une banlieue pavillonnaire de New York, deux enfants et pour lui, un travail de commercial qui paie convenablement. Mais le hiatus entre cette vie conformiste et celle qu’ils s’étaient imaginés, leur rêve de s’installer à Paris qui s’est fracassé contre les récifs de la réalité, vont inexorablement faire craqueler leur couple.
C’est l’histoire du couple star
de Titanic, les ravissants Kate Winslet et Leonardo DiCaprio, qui « remet
le couvert » une décennie plus tard. Kathy Bates, déjà présente sur le
célèbre paquebot, est elle aussi du voyage, dans le rôle de l’agente immobilière
qui leur propose leur futur lieu de vie.
Près d’une décennie après l’excellentissime American Beauty, Sam Mendes reprend le thème universel de la quête du bonheur absolu pour ces Noces rebelles, adaptation du roman Revolutionary Road de Richard Yates. Le premier rôle féminin est confié à son épouse du moment, Kate Winslet, qui n’eût alors plus qu’à convaincre son ami Leonardo DiCaprio de l’accompagner dans ce projet. Cette fois, il est moins question d’une satire de la société américaine (les années 50, parfaitement reconstituées, ne sont qu’un cadre) que de l’autopsie d’un couple se désagrégeant face à l’inertie et au conformisme ambiants. Doit-on faire sagement ce que la société attend de nous (travailler dur, consommer, enfanter… pour perpétuer ce système pourtant délétère) ou vivre ses rêves ? Sommes-nous des « êtres exceptionnels » qui valons mieux que ça ou devons-nous nous résigner bon gré mal gré à mener cette vie aliénante toute tracée ? Leur projet, irréaliste, de s’installer à Paris, ville que DiCaprio avait visité et apprécié, va susciter chez leurs voisins et collègues de bureau étonnement, enthousiasme de façade mais aussi moqueries et frustration personnelle d’être eux aussi enfermés dans ce carcan, dans ces vies déprimantes (qui concernent 90 à 95% de la population, selon Mendes dans les bonus). Alors on continue de faire semblant d’être heureux, c’est moins douloureux. Interprétation topissime, jusque dans les rôles secondaires (en particulier le couple d’amis voisins et le fils « dérangé » de Bates). Jolie partition mélancolique de Thomas Newman et remarquable plan final sur le visage impassible du mari de Bates, qui préfère couper le son de son sonotone plutôt qu’écouter les propos fort hypocrites de son épouse. Au final, cette « vie rêvée des anges » (travail, famille) ne fait pas du tout envie, ça me « console » un petit peu (ou plutôt me conforte dans mes choix), moi qui n’aie rien de tout ça, par manque d’envie justement et aussi, avouons-le, de courage. Je trouve en effet que les aspects négatifs (contraintes, responsabilités, compromis, usure…) l’emportent largement sur les positifs (avoir une femme et un bébé ou enfant en bas âge dans les bras mais combien ça dure ?). Comme disait un intervenant du documentaire subversif Attention danger travail (2003) : « Moi, c’est pas des pépites de bonheur que je veux, c’est le rocher, la montagne entière. Et surtout, j’ai pas envie de chercher les pépites sous trois tonnes de merde »…
Misery (1990), de Rob Reiner
C’est l’histoire d’un écrivain
(James Caan), auteur de romans « à l’eau-de-rose » avec sa saga Misery,
qui désire réorienter sa carrière vers des histoires plus sérieuses en faisant
mourir l’héroïne de cette série à succès. Victime d’un grave accident de
voiture lors d’une tempête de neige, il est recueilli par une infirmière (Kathy
Bates) se déclarant sa plus grande admiratrice dans sa maison isolée. Mais lui
faisant part de ses nouveaux desseins, celle-ci ne l’entend pas de cette
oreille…
Adaptation du roman éponyme de Stephen King, le succès était quasi-assuré avec un tel script. Sans surprise, la prestation très « Actors Studio » de Kathy Bates dans le rôle de cette infirmière complètement chtarbée lui valut l’Oscar de la meilleure actrice. La grande Lauren Bacall interprète la productrice de l’écrivain. Il a bien fallu faire quelques concessions avec le réalisme : la convalescence de l’écrivain paraît bien longue (certes, il n’était pas à l'hôpital…) et on ne peut pas dire que ciel et terre soient remués pour le retrouver, malgré sa célébrité (seul un couple de shérifs âgé part à sa recherche). Mais le véritable point noir du film reste son final, qui verse malheureusement dans le « grand-guignol » avec son « jump scare » attendu. Dommage, nous n’étions pas loin de l’éclatante réussite.


