Chroniques de films, au fil de mes (re)découvertes. Aucune connaissance technique ou historique sur le cinéma, juste des ressentis. Si cela vous donne envie de (re)voir ces films, c'est déjà ça...
« Si vous n’aimez pas la
mer… Si vous n’aimez pas la montagne… Si vous n’aimez pas la ville… Allez vous
faire foutre ! »
Putain d’intellos…
C’est l’histoire de Michel
Poiccard (Jean-Paul Belmondo), petit voyou insolent, qui monte à Paris dans le
but de récupérer auprès de truands l’argent qu’on lui doit. Il espère aussi convaincre
sa récente conquête Patricia (Jean Seberg), étudiante américaine, de l’accompagner
en Italie.
Bon, moi ça va, j’aime pas la mer mais j’aime la
ville et la montagne, d’ailleurs je vais à Chamonix cet été… J’aurais donc
attendu le 24 mai 2026 pour le voir, « l’emblème
de la Nouvelle Vague » (Libération), « le film révolutionnaire »
(ARTE), « l’incarnation du cinéma moderne » (Le Monde), le film que
même Hollywood nous a envié (clap clap clap)… Les trente premières minutes, ça
va. Belmondo quitte Marseille (premier plan sur le Vieux Port, que j’ai
immédiatement reconnu malgré les 66 ans écoulés depuis) pour la capitale, tue un
policier qui le prenait en chasse pour une infraction routière et entre en
contact avec des types de la pègre locale pour récupérer son blé. Montage
nerveux (Godard avait tourné près de trois heures, il a ensuite coupé dans les
plans pour raccourcir le film), magnifique bande-son jazz du pianiste Martial
Solal (j’ai fait le rapprochement avec Ascenseur pour l’échafaud) et bien sûr, « Bébel »,
quoi, mégot aux lèvres dans tous les plans… Comme le dit l’écrivain et producteur Colin MacCabe en introduction :
« Godard a commencé son film avec une star (Seberg) et l’a terminé avec deux ».
Loin de moi l’idée de jouer la carte du « c’était mieux avant » (y’a
les plateaux de WC News et autres « TV Bolloré » pour ça…) mais force
est de reconnaitre que les « grands boul’vards » avec des mecs en
costard et des nanas élégants sur du jazz, c’est autrement plus classe que tous
ces gugusses avec leur parfait attirail de « l’homme moderne » (smartphone,
cigarette électronique, trottinette, barbe, tatouages) sur fond de rap ou d’électro…
Mais voilà qu’après ce départ prometteur, le film tombe dans les mêmes travers
que le futur Mépris : scène interminable (une bonne vingtaine de minutes !)
de parlotte entre Seberg et Belmondo dans une chambre d'hôtel, comme plus tard entre Piccoli et « B.B ».
Qui ne sert en rien l’histoire (ah, on me dit dans l’oreillette qu’ici l’histoire
importe moins que la forme et le « geste historique », ok…) puisqu’ils
blablatent sur des choses sans importance et lui ne cherche qu’à la convaincre
de se laisser culbuter à nouveau. On bifurque ensuite sur l’interview
à Orly de l’écrivain Parvulesco, joué par le réalisateur Jean-Pierre Melville. Et
qu’on s’écoute parler en se piquant de « bons mots » (« Aimez-vous
Brahms ? » - « Comme tout le monde… pas du tout» - « Chopin ? »
- « Dégueulasse » ; « Quelle est votre plus grande ambition ? »
- « Devenirimmortel. Et puis mourir. »)… Outre Melville, Richard Balducci,
José Bénazéraf, Jacques Rivette, Roger Hanin et Godard himself font une brève
apparition, tandis que Truffaut est crédité au scénario et Chabrol au « conseil
artistique ». Après ce grand intermède de bavardage, la dernière demi-heure
retombe enfin sur « l’intrigue » policière et sentimentale. Un film
qui a failli faire trois heures, aurait pu n’en faire qu’une mais d’une
importance historique indéniable (montage, sortie des studios pour tourner dans
la rue, liberté de ton…).
C’est l’histoire, vraie, de…
Violette Nozière (Isabelle Huppert), adolescente des années 30, en rupture avec
le mode de vie et les mentalités de ses parents (Jean Carmet et Stéphane
Audran). A leur insu, elle fréquente Jean, un « gigolo » et se
prostitue elle-même occasionnellement. Son médecin lui diagnostique la syphilis.
Parvenant à convaincre ses parents que sa maladie était héréditaire, elle les
empoisonne sous prétexte de leur administrer un médicament. Son père meurt mais
sa mère parvient à en réchapper.
De ce premier Chabrol – Huppert,
point de départ d’une longue et fructueuse collaboration, je n’aurai pas grand-chose
à dire, étant bizarrement resté un peu extérieur à son histoire et à sa
narration. Ça fait drôle de voir Isabelle Huppert jeune et à poil (ah, merde,
déjà dit…). Dans Coup de torchon, on avait le « verso », là on a le « recto »…
On reconnait dans le casting, dans de petits rôles, l’incontournable « troisième
couteau » Dominique Zardi (garçon de café), Fabrice Luchini (un étudiant)
mais aussi Jean Pierre « c’est d’la merde ! » Coffe (le médecin) et
Gilbert Servien, qui, à pareille époque, tournait dans des pornos de Kikoïne, Tranbaree
ou Lansac. Je ne sais pas si c’est dû à la reconstitution de l’époque (années
30) ou au fait que Chabrol était plus jeune et avait donc probablement
davantage la « niaque » mais j’ai trouvé la réalisation plus « cinématographique » que dans certaines de ses œuvres ultérieures.
Le film est tiré d’une histoire vraie et la jeune femme vit sa condamnation à
la peine de mort commuée en travaux forcés, avant d’être graciée par De Gaulle
à la Libération puis même réhabilitée quelques années avant sa mort survenue en
1966. Il est vrai qu’elle avait été abusée sexuellement par son père à
plusieurs reprises. Du coup, à contrario de l’éprouvant Une affaire de femmes,
Chabrol nous évite la prise d’otage émotionnelle finale.