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Trois femmes (1977), de Robert Altman

 


« Tu connais le vieux dicton ? « Le cœur d’un homme passe par son estomac ». C’est vrai, très souvent. »

Qu’est-ce que c’est, de quoi ça parle ?

Sorti en 1977, Trois femmes (3 women) de Robert Altman (l’un des quelques cinéastes, avec Clouzot, Godard, Antonioni et Panahi, à avoir réalisé le « grand chelem » des festivals – Cannes, Berlin et Venise) est un drame psychologique et un thriller onirique inspiré d'un rêve du réalisateur. Il suit la fusion progressive des identités de trois femmes dans une ville thermale aride du désert californien.

Le scénar

C’est l’histoire de Pinky Rose (Sissy Spacek), une jeune aide-soignante timide, maladroite et fraîchement débarquée du Texas, qui commence à travailler dans un centre de rééducation gériatrique en Californie. Elle développe une fascination et une obsession maladive pour Millie Lammoreaux (Shelley Duvall), sa collègue superficielle, vaniteuse et obsédée par les apparences et la vie sociale. Elles finissent par s’installer en colocation. Leur trajectoire croise celle de Willie (Janice Rule), une artiste muette et énigmatique, enceinte, qui peint des fresques murales menaçantes de reptiles au fond des piscines (peintures réalisées par l'artiste Bodhi Wind). Après des débuts harmonieux, la relation entre Pinky et Millie se détériore.

Les principaux thèmes

  • La crise et le dédoublement de l'identité : Les frontières entre les personnalités s'effacent ; les personnages s'approprient les traits, les noms et les rôles des autres dans une sorte de vampirisme psychologique.
  • Les stades de la féminité : Le film explore les différentes étapes de la vie des femmes - la jeunesse (Pinky), l'âge adulte (Millie) et la maternité (Willie).
  • La fissure du Rêve américain : Tourné dans une ambiance de chaleur étouffante et d'isolement dans le désert, le film expose la solitude ordinaire et le vernis fragile de la vie sociale des années 1970.
  • L'onirisme et le surréalisme : Construit à la manière d'un conte flottant entre rêve éveillé et psychanalyse, le récit se dérobe aux logiques narratives classiques pour privilégier l'atmosphère et les visions.

Et c’est comment ?

Trois femmes est largement considéré comme l'un des chefs-d'œuvre les plus audacieux et expérimentaux de Robert Altman. Le film se distingue par une atmosphère hypnotique et des performances d’actrices exceptionnelles.

1. La réalisation : Une esthétique du rêve et du flou

Robert Altman délaisse ici ses fresques chorales habituelles (comme MASH ou Nashville) pour une mise en scène intime, sensorielle et profondément ancrée dans l'onirisme.

  • L’image et la lumière : Le directeur de la photographie Charles Rosher Jr. utilise une esthétique ouatée, baignée d’une lumière blanchâtre et de reflets constants (à travers l'eau des piscines ou les miroirs). Les fondus enchaînés et les effets visuels de vagues renforcent l’impression que les personnages évoluent dans un rêve éveillé ou un bocal.
  • L’ambiance sonore : La bande originale atonale et avant-gardiste de Gerald Busby accentue le sentiment d’inconfort et d’angoisse sous le soleil écrasant du désert californien.
  • L'absence de rationalisation : Fidèle à l'origine du projet (un rêve qu'il a fait), Altman refuse d’expliquer logiquement les glissements d'identité. Il privilégie les indices freudiens et l'ambiguïté, ce qui rapproche son style de celui d'Ingmar Bergman dans Persona.

2. L'interprétation : Un face-à-face magistral

Le film repose entièrement sur la dynamique fascinante de son trio d'actrices.

  • Shelley Duvall : Éblouissante. Elle incarne avec une immense subtilité la solitude pathétique d'une femme persuadée d'être un modèle de modernité alors que tout son entourage l'ignore. Sa performance lui a valu le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes en 1977.

  • Sissy Spacek : Saisissante. Tout juste sortie du succès de Carrie (1976), elle passe magistralement de l'adolescente naïve et presque simplette à une version troublante, vénéneuse et transfigurée de sa colocataire.

  • Janice Rule : Mystérieuse. Dans un rôle presque totalement muet, sa présence physique et son regard sévère ancrent le film dans une dimension mythologique.

3. La réception critique

  • À sa sortie (1977) : Le film reçoit un accueil globalement très enthousiaste de la critique, en particulier pour la performance de Shelley Duvall. Le célèbre critique américain Roger Ebert en fait même son film préféré de l'année 1977. Cependant, sa narration non traditionnelle et sa fin cryptique déroutent une partie du public et des critiques de l'époque. Au box-office, le film est un échec commercial.
  • La postérité : Trois femmes a souffert d'une longue invisibilité (le film est resté introuvable en vidéo pendant près de trente ans) avant sa redécouverte majeure grâce à l'édition de The Criterion Collection en 2004. Aujourd’hui, il est reconnu comme une œuvre culte de l'âge d'or du Nouvel Hollywood, célébré pour sa liberté formelle et sa tendresse inhabituelle envers ses personnages féminins.


Ouep, j’avoue qu’il est pas mal. J’aime bien Altman, c’est un provocateur (pas forcément ici), comme Blier chez nous (dans un autre genre). J’ai essentiellement apprécié l’interprétation (surtout celle de la décidément très bonne Shelley Duvall), l’aspect formel et esthétique (les couleurs, les miroirs, l’eau, les peintures…), le crescendo dans la tension entre les deux principales protagonistes (Duvall et Spacek) et la musique, plutôt originale, qui distille un suspense dramatique. Bon, après, le final échappe à la rationalité, ce qui pourra heurter les esprits cartésiens tel que le mien. Mais dans l’ensemble, Trois femmes est un succès, pas besoin d’en rajouter cinq autres...