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37°2 le matin (1986), de Jean-Jacques Beineix


« Dans ces boites d’édition, c’est tous des enculés… Je sais d’quoi j’parle… »

Les histoires d’amour finissent mal… en général…

C’est l’histoire de Zorg (Jean-Hugues Anglade), un mec « normal » et bricoleur, maqué avec Béatrice Dalle (Betty) dans un bungalow sur pilotis à Gruissan. Et là, vous vous dites : eh ben le salaud, il en a de la veine ! Pas si vite, la Betty, c’est pas un cadeau tous les jours. On peut même dire qu’elle est complètement chtarbée. Surtout depuis qu’elle s’est mis bille en tête qu’il était un grand écrivain en découvrant par hasard ses écrits…


De Jean-Jacques Beineix, disparu en 2022 à 75 balais, j’ai l’image d’un cinéaste dans la veine d’un Luc Besson (puis un peu plus tard d’un Jean-Pierre Jeunet) : esthétique marquée par le clip et la pub (ici c’est un festival de « placements de produit » : Nescafé, Kronenbourg, Coca, Nesquik…), personnages et situations marginaux ou « décalés », poésie naïve, style un peu « tape-à-l’œil », avec une bonne dose de « provoc ». Des gens « bien de leur époque » (les artificielles années 80), une sorte de nouvelle Nouvelle Vague, appelée « cinéma du look » (citons aussi Léos Carax). Toujours mieux que le cinéma bourgeois à la Podalydès ou le « film de banlieue » dominant actuellement sur nos écrans. Je garde surtout un souvenir ému de son plutôt bon Roselyne et les lions de 1989, seul film que j’avais vu de lui jusqu’ici, tourné en partie dans l’ex-jardin zoologique Longchamp de la cité phocéenne (tout près de mon quartier de résidence des 5 Avenues) et figurant parmi les films de chevet de mon défunt daron.

De Béatrice « les dents du bonheur » Dalle née Cabarrou, j’ai l’image d’une femme… de caractère (on va dire ça comme ça…), totalement imprévisible et difficilement « cernable », capable de se maquer aussi bien avec JoeyStarr qu’avec un militant… d’extrême-droite (!). Et d’applaudir à l'évasion d’un braqueur (Rédoine Faïd)… On se souvient aussi de son mémorable face-à-face télévisuel avec le prédateur PPDA (on ne connaissait pas sa véritable nature à l’époque), qu’elle n’hésita pas à envoyer bouler bien comme il faut. Cinématographiquement parlant par contre, bien que peu cinéphile, je serais bien en peine de citer ne serait-ce qu’un autre film de sa filmographie en dehors de ce 37°2 le matin, qui fête ses 40 ans cette année. Son premier rôle et un véritable coup de maître. Elle est sans doute formidable dans plein d’autres métrages (elle privilégie désormais le circuit indépendant, fidèle à son esprit « punk ») mais rien n’y fera : elle sera pour toujours Betty. Qui est ici ce que fût (toutes proportions gardées) la Bardot du Mépris (film que j’ai par ailleurs détesté) ou ce que sera un an plus tard Pauline Lafont dans L’été en pente douce : la Femme autour de laquelle la Terre tourne.


Le DVD que j’ai emprunté à ma médiathèque municipale proposant la version « sortie ciné » de deux heures et la version longue de trois heures (!), je me suis tapé cette dernière. Alors ça commence « mal ». Premier plan (large) : Anglade et Dalle nus comme des vers en train de baiser sur un lit, l’absence de pénétration constituant la seule différence notable avec un porno lambda. Au moins, on n’est pas pris en traitre, Beineix annonce d’emblée la couleur. Plus loin, il y aura d’autres scènes un peu / beaucoup « olé-olé » : Dalle embrassant la bite (au repos) d’Anglade, celui-ci lui faisant un cunni ou pétrissant un imposant sein de Clémentine Célarié qui, elle, se touchera. Par ailleurs, nos deux tourtereaux seront à poil dans de nombreuses scènes. Pour le reste, on suit la vie d’aventuriers, éloignée des contingences matérielles, et la lente descente aux enfers de ce joli couple qui aurait eu tout pour être heureux si l’obsession, virant à la folie, de Betty pour l’hypothétique carrière d’écrivain de Zorg et une grossesse avortée n’en avaient décidé autrement. Un parcours nous permettant de croiser des visages bien connus du cinéma français comme Gérard Darmon, Clémentine Célarié, Vincent Lindon dans le rôle d’un gendarme ou Dominique Pinon dans celui d’un dealer. Et de voyager à travers les paysages et villages de la France mitterrandienne (allez hop, encore une petite pièce dans le juke-box de la mélancolie nostalgique…) : la Plage des Chalets de Gruissan (Aude), Marvejols (Lozère) ou encore Narbonne. L’ensemble est accompagné d’un très joli thème pianistique de Gabriel Yared et se conclut par un final assez peu crédible (mais c’est du cinéma…) au cours duquel Beineix nous refait le coup de Vol au-dessus d’un nid de coucou. Gros succès public (plus de 3,6 millions d’entrées), beaucoup moins chez les critiques, qui ont toujours boudé Beineix (un seul César, pour l’affiche). Un film pas exceptionnel mais assez marquant, qui « laisse des traces » même quelques heures voire jours après son visionnage et qui mérite donc son statut. Du coup, je vais me choper La lune dans le caniveau et peut-être Diva.      

Fatale (1992), de Louis Malle

 

« Je n’vois plus qu’toi » - « Je crois que tu n’as jamais vu grand-chose… »

C’est l’histoire de Strauss-Kahn avant Strauss-Kahn. Soit un politique en pleine ascension (Jeremy Irons), nommé Secrétaire d’Etat (ministre, quoi), qui se fait tournebouler dès le premier regard (y’a de quoi, remarquez…) par la petite amie de son fils (Judith Brioche… Ah non, pardon, je voulais dire Juliette Godemiche). A partir de là, il la verra en cachette et la trombinera pas moins de quatre fois, dans des positions parfois acrobatiques (oui mais « c’était l’époque qui voulait ça » et puis on était sous l’emprise de réalisateurs libidineux et d’une société patriarcale oppressive mais maintenant c’est fini, tout ça, ceinture et puis de toutes façons, on n’a plus l’âge pour ces galipettes…). Je ne sais pas si les « coordinatrices d’intimité » existaient déjà à l’époque mais si c’est le cas, elle a dû avoir une belle prime parce qu’y'a eu du taf… Bref, c’est le genre d’histoires qu’on ne voit qu’au cinéma et pas dans la « vraie vie ». Ben ouais, coco, c’est un peu le principe du cinéma, il permet de nous évader de la réalité. Ou alors c’est un Dardenne, un Loach ou un film d’auteur lambda et on est prévenu à l’avance. Pour en revenir à cette histoire, ce petit jeu de cache-cache prend fin dans le dernier quart d’heure, lors d’un tragique épilogue où le fils surprend son père (Irons, donc) et sa future épouse (Juju Bibi) en train de forniquer allègrement, nus comme des vers. La Passion a ses raisons que la Raison ignore…    

Sexcrimes (1998), de John McNaughton

C'est l'histoire d'un mec, Sam Lombardo (Matt Dillon), conseiller d'orientation d'un lycée dans la région de Miami, il est accusé de viol par deux jeunes pouffes du campus : l'une issue d'une famille riche (Denise Richards), l'autre d'un milieu populaire, en marge de la société (Neve Campbell). Pour sa défense, il engage un avocat (Bill Murray). Mais en fait, c'était pas vrai, elles ont menti, les garces. En guise de dédommagement, il touche un beau pactole de la famille de l'étudiante friquée. Mais en fait, il était complice avec cette dernière... et aussi avec la plouque. Le détective Ray Duquette (Kevin Bacon) sent l'entourloupe et les soupçonne. Mais en fait...

Encore une pièce dans le juke-box de la nostalgie « Gen X »... Trop de « twist » tue-t-il le « twist » ? J'en ai dénombré pas moins de six ou sept. Le film surfe très... vaguement (surf, vague, humour...) sur la mode du thriller sexuel et des films d'ados (les jeunettes Neve Campbell et Denise Richards, révélées respectivement dans Scream et Starship Troopers) alors en vogue. A l'instar d'un Usual Suspects et des Shyamalan (mais davantage encore que ceux-ci, car tout de même moins bon), il perd fatalement de son attrait dès le second visionnage puisque son principal atout, les surprises, est alors éventé. Kevin Bacon nous montre sa saucisse et ses œufs (joli !) au détour d'une scène sous la douche. Il faut rester pendant le générique de fin car quelques détails (secondaires, toutefois) de l'intrigue y sont révélés. 

Crash (1996), de David Cronenberg

 

« Je pense à toutes les filles qu’il a baisé dans sa grosse voiture… C’est comme un lit avec des roues… Ca doit sentir le sperme… »

C’est l’histoire sans queue ni tête de gens qui conduisent et qui baisent, adeptes de « tête-à-queue » (dans tous les sens du terme) : le couple libertin James et Catherine (James Spader et Deborah Kara Unger), le docteur Helen Remington (Holly Hunter) et un groupe de fétichistes des accidents automobiles (Elias Koteas, Rosanna Arquette…).

Dans la série, « on nous fait faire de drôles de trucs, à nous les acteurs et actrices », celui-ci est quasiment un porno simulé : ça n’arrête pas de baiser (y compris entre hommes et entre femmes). Et de conduire. Et d’avoir des accidents. C’est le postulat : avoir des accidents de la route libèrerait l’énergie sexuelle. Mouais, je préfère quand même ne pas prendre le risque… Bon, ceci dit, entre la violence des Promesses de l’ombre et ça, je préfère celui-là sans hésiter. Même si ça ne tient pas debout, contrairement à Popaul qui se raffermira à la vue de ces images faisant bien fonctionner le cérébral (mention spéciale à Deborah Kara Unger qui nous dévoile tout, notamment sa belle toison). A l’instar de Taxi, un film qui n’a pas dû plaire aux associations de prévention routière. A regarder avec un paquet de kleenex à proximité… Ah, j’oubliais, excellente B.O à base de guitare slide (je crois).

Basic Instinct (1992), de Paul Verhoeven

 

« C’est l’histoire d’un flic, amoureux de la femme qu’il lui faut pas. »

« Je trouve que Catherine, c’est vraiment l’coup du siècle. »

Réalisation : Paul Verhoeven

Scénario : Joe Eszterhas

Pays :  Etats-Unis, France, Royaume-Uni

Année : 1992

Genre : thriller, érotique

Avec : Michael Douglas, Sharon Stone, George Dzundza, Jeanne Tripplehorn.

Synopsis : À San Francisco, Johnny Boz, un ancien rocker, est sauvagement assassiné à coups de pic à glace au cours d'un rapport sexuel. La police soupçonne la riche écrivaine Catherine Tramell, petite amie de la victime et dernière personne à avoir été vue avec lui. D’autant qu’elle décrit dans l’un de ses romans le meurtre tel qu’il s’est produit.

Pourquoi ? Parce qu’il y a tout : une intrigue policière bien ficelée, avec ce qu’il faut d’action (en l’occurrence, de poursuites automobiles), de meurtres sanglants et de rebondissements, dont le « twist » final ; les scènes de cul, très poussées (et un peu risibles et/ou gratuites, OK) pour la « provoc » ; la scène culte de l’interrogatoire avec le décroisement de jambes sans culotte de l’héroïne ; les somptueuses images de San Francisco (sa côte maritime notamment) ; l’envoutante musique de Jerry Goldsmith ; les clins d’œil à Hitchcock, plus précisément à Sueurs froides (San Francisco, la musique, le look Kim Novak de Sharon Stone) ; et, est-il besoin de le souligner, Sharon Stone, propulsée illico superstar mondiale et dont la carrière pourrait se résumer à ce rôle et à celui du Casino de Scorsese. J’y mets évidemment aussi des trucs persos (une « Madeleine de Proust », qu’on appelle ça) : l’ado que j’étais (et que je suis resté), subjugué par la beauté du minois de Sharon en couverture d’un Télé Loisirs découvert chez mes grands-parents paternels. Et parce que ce début de décennie 90, c’est vraiment l’acmé de ma « pop culture », y’avait tout : le cinoche (aussi Pretty Woman, Thelma & Louise, JFK, Terminator 2, Total Recall…), la zique avec le hard au firmament (je n’écoutais que ça à l’époque : Metallica, Nirvana, les Guns N’Roses, Megadeth…), la téloche (Nulle Part Ailleurs sur Canal avec le trio Gildas – De Caunes – Garcia et les Guignols, la Télé des Inconnus…), le foot avec l’OM au sommet en France et en Europe (avec les matchs sur Canal commentés par Biétry et Denisot. Aujourd’hui, c’est par des « épaules de serpent » en Paul Smith et Weston interchangeables et une armée de « consultants »…). Si je ne devais en garder qu’un…


Jade (1995), de William Friedkin

 

Certains fantasmes vont trop loin

C’est l’histoire d’un film, on dirait un téléfilm, bien que réalisé par un grand cinéaste (L’exorciste, French Connection). Sans doute un arriéré d’impôts à payer… D’ailleurs, on ne peut pas dire que le trio d’acteurs principaux (Caruso / Fiorentino / Palminteri) ait eu une carrière des plus fracassantes.

C’est l’histoire d’un film qui surfe sur la mode du « thriller érotique » alors en vogue, lancée par Basic Instinct (1992) et poursuivie par Sliver (1993). D’ailleurs, il a le même scénariste que ces deux-là (Joe Eszterhas).

C’est l’histoire d’un millionnaire collectionneur d’art sauvagement assassiné. Celui-ci possédait des photos compromettantes d’un gouverneur en compagnie d’une prostituée (bâillements…). Un assistant du procureur (David Caruso) mène l’enquête, qui va le mener jusqu’à son ancienne petite amie (Linda Fiorentino), désormais maquée avec son meilleur pote, un brillant avocat (Chazz Palminteri).

Hache : oui

Chinatown : oui

Femme et homme à poil : oui, évidemment (Linda Fiorentino et un type)

Up 👍: une longue et spectaculaire course poursuite en voiture ; le « twist » final, à la rigueur

Down 👎: une scène de cul risible avec Fiorentino tout habillée et cagoulée ; un thriller calibré et sans enjeu, comme Hollywood sait en produire à la chaine