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Tandem (1987), de Patrice Leconte (rework)


« Ne vous excusez pas. Vous ne pouviez pas savoir que vous étiez invité au club des cons. »

« Alors, il s’ennuie, « l’homme au chronomètre », il a besoin d’une épaule ? »

« J’aime l’hiver parce qu’il m’épargne votre spectacle ! »

Réalisation : Patrice Leconte

Scénario : Patrick Dewolf et Patrice Leconte

Pays : France

Année : 1987

Genre : Comédie dramatique

Avec : Jean Rochefort, Gérard Jugnot, Sylvie Granotier, Julie Jézéquel, Jean-Claude Dreyfus, Ged Marlon.

Synopsis : Miguel… euh, Michel Mortez, « vieux beau » un peu pathétique et animateur de radio sur le retour, sillonne les routes de la « France profonde » en compagnie de Rivetot, son fidèle assistant et homme à tout faire, pour y présenter leur jeu radiophonique itinérant La langue au chat. Les petites villes de province, les candidats, les hôtels miteux, les repas chez les notables locaux… Tous les jours c’est pareil et tous les jours c’est différent. Un jour, Rivetot apprend que leur émission va être supprimée. Conscient qu’elle est pour ainsi dire la seule raison de vivre de Mortez, il décide de ne pas lui faire part de cette terrible nouvelle.

Pourquoi ? Dantesque. Le scénario, entre « road » et « buddy movie », est des plus originaux. Le casting est idéal : Jean Rochefort trouve en Mortez un rôle à sa (dé)mesure tandis que Gérard Jugnot, sans moustache mais avec moumoute, change de registre et apparait pour une fois plutôt sympathique. Une belle galerie de seconds rôles (Jean-Claude Dreyfus en notable, Julie Jézéquel en soubrette libérée ou encore Ged Marlon en candidat-surprise à très faible culture générale) les accompagne. Le film oscille avec bonheur entre moments comiques et d’autres plus émouvants. Des scènes mémorables, on en trouve à foison : Rochefort ivre au casino ou pris d’une crise d’angoisse dans sa chambre d’hôtel (« Les deux lits, la table de nuit au milieu, les appliques dorées, le cagibi – salle de bain, les couvre-lits synthétiques… ») ; le barman de l’hôtel, homo sous ses attraits bourrus (« J’te fais une petite pipe, Michel ? ») ; le repas chez les notables, où Rochefort est assailli par les questions incongrues d’un Jean-Claude Dreyfus exalté ; Julie Jézéquel glaçant Jugnot avec ses allusions salaces (« T’as déjà imaginé ton père en plein orgasme ? ») ; Ged Marlon, grignotant des chips et incapable de répondre à la moindre question (pourtant faciles : bacille de Koch, Statue de la Liberté…) lors du jeu improvisé, après s’être fait houspiller par un Rochefort excédé pour avoir pique-niqué trop près du bord de la route (« On devrait créer des brigades esthétiques et interdire le port du survêtement en dehors des enceintes des stades ! ») ; la scène intimiste entre Sylvie Granotier et Rochefort (« Excusez-moi, je ne voulais pas vous faire de mal » - « Et bien, c’est fait. Bonsoir »)… Ne reste plus qu’à ajouter Il mio rifugio, un poignant piano-voix chanté de sa voix rauque par le franco-italien Richard Cocciante, qui parcourt tout le film et le tour est joué. Cette première incursion de Patrice Leconte, jusque-là spécialiste de la comédie (un film d’action aussi, Les spécialistes), dans un registre plus grave (même si toujours drôle) est un coup de maître. Il récidivera deux ans plus tard avec Monsieur Hire. De façon plus personnelle, ce film a aussi une résonnance particulière pour moi dans la mesure où je l’ai vu de nombreuses fois dans mon adolescence en compagnie de mon défunt père, lui-même animateur d’une radio locale (bénévolement, dans le domaine culturel puis politique), un peu fantasque et portant le même prénom que le personnage principal.

Tango (1993), de Patrice Leconte

« Tu vas voir comme on va être bien. On mangera le gras de la viande, la peau du poulet, les pommes de terre au beurre. Alors bien sûr, on grossira. Mais quelle importance, puisqu’on n’aura plus personne à séduire ? On s’ra entre nous. On se racontera des histoires de cul, on autorisera les gros mots au Scrabble, on fera des concours de bites… Il nous arrivera d’péter. »

« Regarde ceux-là, il lui a fait trois enfants, c’est foutu. Il pourra plus jamais prendre le large, s’amuser, s’aérer… »

C’est l’histoire de Paul (Thierry Lhermitte), trompé par sa femme Marie (Miou-Miou), qui le quitte. Ne pouvant vivre ni avec ni sans elle, il souhaiterait sa mort, ça le soulagerait. C’est là qu’entre en jeu son oncle dit « l’Elégant » (Philippe Noiret), un juge d’instruction qui, par compassion, avait fait acquitter il y a quelques années Vincent (Richard Bohringer), pourtant coupable du meurtre de sa femme (Michèle Laroque) et de son amant. Usant d’un chantage, il force Vincent à tuer Marie. Voici les trois hommes partis sur les routes à la recherche de l’épouse à éliminer.

Pouvoir flatuler (ce tue-l’amour rédhibitoire…) en toute sérénité n’est pas le moindre des avantages du célibat (et je sais de quoi je parle, j’ai un demi-siècle d’expérience en la matière...), comme nous le montre par l’exemple Noiret dans ce film qui aurait pu s’intituler « Bienvenue chez les MGTOW ». Déception toute relative pour ce Tango dont j’attendais beaucoup, sans doute trop. La faute à un manque d’idées évident, la durée du métrage, d’un peu moins que les 90 minutes réglementaires, étant déjà un (mauvais) signe. Film sous très haute influence Bertrand Blier, parfaitement revendiquée par Leconte dans les bonus mais que Lhermitte vient nuancer : « On peut pas confondre. Blier, c’est acide, souvent cynique, mordant. Ici, c’est charmant, toujours et c’est joli ». Rien que le postulat de départ, absurde… Un homme ne peut pas vivre sans ni avec sa femme, alors y’a qu’à la zigouiller. Du Blier pur jus. Mais le scénar, ou plutôt sa « mise en musique », ça coince un peu : près de vingt minutes d’introduction, pour raconter le double meurtre de Bohringer (un peu rude, d’ailleurs, pas très drôle comme entrée en matière pour une comédie…), c’est autant qui manqueront pour l’intrigue principale. Et ensuite, au gré de l’inspiration, on s’attarde ou on accélère, on filme des scènes d’aviation à rallonge pour meubler... En revanche, pas grand-chose à reprocher au casting, ni aux dialogues. Miou-Miou fait des apparitions sporadiques (une scène sans utilité narrative où Lhermitte la rêve, comme si son contrat prévoyait un quota de minutes à l’écran à respecter). « L’Elégant », typiquement le genre de rôles truculents qui va à ravir à Noiret. Evidemment, c’est lui qui a les meilleures répliques (je vous en ai livré deux en préambule) et l’écouter les dire de son ton pédant et précieux, c’est jouissif, du petit lait. Du coup, Lhermitte (avec qui il avait tourné les deux premiers Ripoux), un acteur que je n’ai jamais trouvé extraordinaire, sans doute le moins bon de la troupe du Splendid et, à un degré moindre, Bohringer et sa voix rauque (qui s’est senti un peu à l’écart face à cette complicité) peinent à se hisser à sa hauteur. Dans le reste de la distribution, on remarque Carole Bouquet (toujours en femme fatale inaccessible), la nouvelle passionaria du féminisme 2.0, l’alors toute jeune Judith Godrèche, Michèle Laroque à ses débuts et dans de petites apparitions, Jean Benguigui, Ticky Holgado, Élodie Bouchez et surtout Jean Rochefort, à qui il suffit d’une courte scène pour nous éclabousser de son immense talent. Film en apparence misogyne et évidemment critiqué comme tel à sa sortie mais tout le contraire en réalité, plutôt un réquisitoire ou du moins une moquerie de la lâcheté des hommes (enfin, de certains). Mais tout n’est pas perdu, Leconte racontant que lors d’une diffusion en plein air dans un festival il y a quelques années, les gens avaient beaucoup rigolé et pris le film pour ce qu’il est vraiment. Quant à la possibilité de sortir un tel film de nos jours, Lhermitte avancera des propos bateaux mais pleins de bon sens, du style « pour faire des blagues sur les femmes, il ne faut pas être misogyne, des blagues sur les Juifs, il ne faut pas être antisémite et des blagues sur les Noirs, il ne faut pas être raciste » ou « parmi tous les gens qui sont conscients des discriminations et des stigmatisations – et il faut l’être –, il y en a une partie qui n’a aucun humour, c’est comme ça ». Oui, et c'est bien triste...              

Ma femme s’appelle reviens (1982), de Patrice Leconte

 

« Mais arrête tes conneries, j’en ai vu des plus grosses que toi. » - « Où ça, au cirque ? »

C’est l’histoire de Bernard (Michel Blanc), médecin qui se fait subitement plaquer par sa femme, en partance pour Lausanne. Vivant mal cet épisode, il emménage dans une résidence habitée par des célibataires. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de sa voisine de palier Nadine (Anémone), jeune photographe de mode, celle-ci faisant un malaise dans l’ascenseur de l’immeuble. Elle aussi traverse une mauvaise passe sentimentale avec son compagnon Terry (Christophe Malavoy).

Allez, un peu de légèreté pour oublier le monde ignominieux dans lequel nous évoluons (ou tentons de le faire, pour les moins doués d’entre nous). Bon ben là, « légèreté » est à prendre dans tous les sens du terme… C’est effectivement très « léger », le film ne fait même pas les quatre-vingt-dix minutes réglementaires, c’est dire combien les scénaristes (Leconte, Blanc et un certain Joseph Morhaim) ont été assez peu inspirés. A la lecture du synopsis, on comprend assez vite ce qu’il va advenir, non ? Petit suspense toutefois, que je ne dévoilerai pas : alors, nos deux célibataires largués finiront-ils ensemble ? Pauvre en gags, accusant le poids des ans (horrible chanson du générique de début, bien dans une veine variét’ 80), Ma femme s’appelle reviens est tout juste sauvé par quelques répliques et son duo d’acteurs principaux, les deux plus sympathiques de la troupe du Splendid (ou assimilés), qui en sont aussi à ce jour les deux seuls disparus (ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers…).     

Les Bronzés font du ski (1979), de Patrice Leconte

 

« J’t’expliquerai, va… » - « Te casse pas, on a compris. »

« Tu m’aides pas, là ? » - « Non, pas là, non. »

Réalisation : Patrice Leconte

Scénario : les membres de la troupe du Splendid

Pays :  France

Année : 1979

Genre : comédie

Avec : Josiane Balasko, Michel Blanc, Marie-Anne Chazel, Christian Clavier, Gérard Jugnot, Dominique Lavanant, Thierry Lhermitte, Bruno Moynot.

Synopsis : Des amis, s’étant connus l’année précédente lors de vacances estivales au Club Med en Côte d’Ivoire, se retrouvent dans une station de sports d'hiver de Val-d'Isère.

Pourquoi ? Euh, sérieux, faut vraiment que je vous dise pourquoi cette comédie dont quasiment tous les gags et répliques (la « crêpe au suc’ », le « planté de bâton », la « liqueur d'échalote relevée au jus d'ail », le fil dentaire dans la fondue, le télésiège qui tombe en panne, les chaussures de ski trop serrées, le « lâché de gourmette », les effusions sexuelles du trio d’Italiens lors de la nuit au refuge…), essentiellement centrés sur le connement disparu Michel « wanabee auteur » Blanc et son incapacité à « conclure », sont culte et entrés dans l’inconscient collectif ?