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Fahrenheit 451 (1966), de François Truffaut

 

« Pourquoi lisent-ils ? Quelle perversité… »

« Occupez vos gens pour qu’ils ne pensent pas. C’est le point capital. »

Herrmann fait du Herrmann et Truffaut… du Hitchcock

C’est l’histoire d’une société dystopique, dans un pays et une époque indéterminés, au sein de laquelle les livres, vecteurs de connaissances, sont interdits. Guy Montag (Oskar Werner) y exerce la profession de pompier, qui ne consiste pas à éteindre des incendies mais à saisir les livres, les brûler et arrêter leurs propriétaires. Il rencontre une jeune femme, Clarisse (Julie Christie), qui lui avoue son intérêt pour la lecture. Montag se remet dès lors peu à peu en question et enfreint la loi en se mettant à lire, ce qui provoque un conflit avec sa femme Linda (Julie Christie aussi) puis avec sa hiérarchie.

Moi qui n’aime pas Truffaut… enfin, disons surtout la série de films « casse-burnes et touille-cerveau » avec son héros Antoine Doinel (Jean-Pierre Léaud) et le fait qu’après avoir critiqué le cinéma « qualité France » d’avant-guerre (le côté « vous allez voir c’que vous allez voir quand je serai derrière la caméra »), il a fini par en devenir un thuriféraire en tournant des films somme toute classiques. Donc moi qui n’aime pas Truffaut, disais-je, là j’ai adoré. Sans doute parce qu’il ne fait pas du Truffaut mais du Hitchcock. Une scène de filature et des plans entiers, sur la musique de Bernard Herrmann, sont littéralement pompés sur le « maître du suspense ». Il pousse même le vice jusqu’à faire interpréter deux rôles par la même actrice (Julie Christie), comme dans Sueurs froides. La même année (1966), Truffaut publiait ses entretiens Le Cinéma selon Alfred Hitchcock, ce qui n’est sans doute pas un hasard. Voilà pour la forme. Quant au fond, avec un « pitch » si original, cela ne pouvait qu’être intéressant, il restait à bien traiter le sujet. On ne sait et voit presque rien de cette société, ni ses dirigeants, ni son fonctionnement. Seuls la patrouille de « pompiers » que l’on suit dans l’exercice de ses fonctions et les intérieurs / extérieurs nous renseignent quelque peu. Les livres sont donc interdits car ils risquent d’instruire et d’émanciper les citoyens mais aussi d’engendrer des inégalités entre eux. Ils sont donc saisis et brûlés sur le champ. A l’extérieur, des barres d’immeubles, des bornes avec gyrophares, un monorail et des boites aux lettres où les délateurs peuvent déposer une photo (puisque les écrits sont interdits) des « déviants ». Un peu « cheap » et kitsch pour de la SF mais ça suffit et ce n’est en rien gênant. Dans les intérieurs, les écrans TV sont omniprésents. Et en 16/9 avant l’heure, s’il vous plait (dans le roman éponyme de Ray Bradbury, ils occupaient même le mur entier) ! La téléréalité est d’ores et déjà envisagée via un dialogue entre présentateurs sur leur plateau et spectateurs dans leur salon. Beau final dans les bois où se retrouvent les résistants à cette société totalitaire, nommés selon l’ouvrage qu’ils ont appris par cœur en vue de sa transmission aux générations futures. Un film visionnaire (enfin, le roman dont il est l’adaptation, plutôt) et une déclaration d’amour aux livres et à la culture. En dehors de Truffaut, son co-scénariste et sa scripte, l’équipe du film est britannique et le tournage a eu lieu dans les environs de Londres. « Fun fact » (si j’ose dire…) : Oskar Werner, qui joue le héros et que Truffaut avait déjà dirigé dans Jules et Jim (1962), est décédé le 23 octobre 1984, soit… deux jours après le cinéaste.
 

Le topo de Nicolas Mathieu :

Safe (1995), de Todd Haynes

 

C’est l’histoire d’une meuf, Carol White (Julianne Moore), elle a tout pour être heureuse : un mari, un beau-fils, une belle baraque, des amies. Ben pourtant, non. Déjà, elle ne ressent rien quand son bonhomme la tringle (première scène). Puis, elle développe une hypersensibilité à toutes sortes de produits chimiques et est sujette à des crises de plus en plus fréquentes. Sans solution médicale, elle se tourne vers des thérapies holistiques.

L’air qu’on respire, la bouffe qu’on ingurgite, le stress, tout cela influe sur notre santé et la santé, c’est important. Primordial même, il me semble. Pourtant, on n’entend guère nos baltringues d'hommes « politichinelles » en parler, en particulier ceux situés les plus à droite sur l’échiquier, les Bardella, Ciotti, Zemmour, Retailleau et compagnie (par exemple, avez-vous déjà entendu les mots « perturbateur endocrinien » dans la bouche du Fantomas nissard ou du chouan vendéen ?), trop occupés à gloser sur leur obsession des « 4 I » (Insécurité, Immigration, Islam, Impôts). Enfin, à chacun ses priorités…

Safe (vu en V.O, pas de VF) traite donc de notre environnement, du monde moderne, de comment il nous agresse et nous détruit à petit feu. Un film extrêmement contemporain. Il se divise en deux parties. Dans la première, Julianne Moore est soudainement victime de crises à répétition : saignement du nez, quinte de toux suite à l’exposition à la fumée d’un pot d’échappement particulièrement polluant, suffocation... Les différentes consultations médicales ne lui sont hélas d’aucun secours, si ce n’est qu’elle semble être devenue allergique aux substances chimiques. C’est alors qu’elle se laisse convaincre par une sorte de secte New Age, découverte par le biais d’un prospectus trouvé dans son club de gymnastique. La seconde partie se déroulera donc au sein d’un centre basé à l’écart des grandes villes et dirigé par un gourou. On erre dans le film tel un fantôme, à l’image du personnage interprété par Julianne Moore, très juste dans ce rôle. Le rythme est lent, voire léthargique, sans coup d’éclat (en dehors de quelques crises spectaculaires au début). La fin, ouverte, ne nous permet pas de trancher : est-elle en voie de guérison ou sombre-t-elle définitivement ? Allégorie du SIDA ? De la dépression ? Fable écologiste ? Ode à l’introspection et à la bienveillance communautaire ? Un peu tout ça à la fois ? A vous de voir… mais on s’emmerde quand même pas mal.


Le topo d'Alice Winocour :

Michelangelo Antonioni : le yin et le yang…

 

Blow-Up (1966)

C’est l’histoire d’un mec photographe (David Hemmings) dans le Londres des années 60, qui prend notamment des clichés de jolies donzelles (tant qu’à faire…). Un jour, dans un grand parc, il photographie un couple à son insu. La femme (Vanessa Redgrave), s’en apercevant, le chasse puis il revient sur les lieux et prend de nouveaux clichés, alors que la femme s’enfuit en courant et que l’homme a disparu. Une fois revenu dans son laboratoire, en agrandissant (« blow-up » en anglais) plusieurs fois ses photos, il pense reconnaitre les indices d’un assassinat. 

Oui, vous l’avez deviné, je suis dans ma période « macaronis », comme les appellerait le beauf Jugnot des Bronzés, avec aujourd’hui le plus anglo-saxon des réalisateurs transalpins : Michelangelo Antonioni. Deux films, un succès (Blow-Up, Palme d’or à Cannes en 1967) et un échec (Zabriskie Point). Pourtant, j’ai largement préféré « l’échec »… Les deux films ont des points communs : captation de vastes étendues et d’une époque (un parc / le Londres des Swinging Sixties dans Blow-Up, la Vallée de la Mort / contre-culture et libération sexuelle des campus U.S dans Zabriskie Point), considérations esthétiques plus importantes que l’histoire, scène de sexe très découpée, musique dans « l’air du temps »… Blow-Up m’a fait autant d’effet qu’un plat de spaghettis froid. Il faut attendre trente minutes avant l’épisode du parc puis encore trente avant que le gars agrandisse ses photos et découvre la probabilité d’un crime. Quasiment aucun suspense policier, Antonioni préfère filmer un concert des Yardbirds, groupe anglais alors à la mode (Herbie Hancock se charge du reste de la B.O) et une scène de « batifolage » entre le photographe et deux modèles (dont Jane Birkin). Film sans queue ni tête, ou plutôt si puisqu’il s’achève en queue de poisson. Il m’aura au moins permis d’apprendre le coup d’éclat de Vanessa Redgrave lors des Oscars 1978, où elle remporta celui du meilleur second rôle féminin pour sa prestation dans Julia. De la pure science-fiction aujourd’hui, alors que nous en sommes exactement au même point. Chapeau bas, Madame.



Zabriskie Point (1970)

Quand t’es dans le désert…

C’est l’histoire de Mark (Mark Frechette), un étudiant très engagé dans la contestation qui gagne les milieux universitaires de Los Angeles en cette année 1969. Assistant au meurtre d’un étudiant noir suite à un tir d’un policier, il s’apprête à répliquer mais l’agent est abattu par quelqu’un ayant tiré avant lui. Craignant d’être pris pour le coupable, Mark vole un petit avion de tourisme et s’enfuit vers le désert de la Vallée de la Mort. Il croise sur sa route Daria (Daria Halprin), jeune secrétaire idéaliste, qui doit rejoindre son patron (Rod Taylor) à Phoenix.  

Bien plus intéressant par contre est ce « road movie ». Certains films brillent par leur scénario très bien huilé, d’autres par la qualité de leur mise en scène ou la performance de leurs comédiens, d’autres encore par leur esthétique. Zabriskie Point appartient à cette dernière catégorie. Il offre en effet de magnifiques images, sur fond musical parfaitement adapté (Pink Floyd et des titres d’autres groupes de l’époque comme les Rolling Stones ou le Grateful Dead) : le désert de la Vallée de la Mort et ses dunes, visions oniriques de couples faisant l’amour dans le sable et de l’explosion d’une luxueuse villa, filmées au ralenti. Un véritable « trip », comme on dit. Le film est aussi une charge contre l’aliénation consumériste et la société américaine, notamment la violence arbitraire de sa police (« je tire avant, je réfléchis - éventuellement - ensuite »), non sans humour (le prisonnier qui se fait appeler Karl Marx, que le flic orthographie sans moufter « Carl Marx »), ce qui lui attirera les foudres de l’Amérique puritaine sans pour autant récolter les louanges des milieux progressistes, qui trouveront naïve et caricaturale sa représentation de la « contre-culture ». Son duo d’acteurs vedette aura une très brève carrière cinématographique (deux autres films chacun) : Daria Halprin, après un bref mariage avec Dennis Hopper, quittera très vite le showbiz pour se tourner vers l'art-thérapie tandis que Mark Frechette connaitra un destin tragique (mort accidentelle en prison à seulement 27 ans après intégration dans une secte et braquage d’une banque).


Le topo d'Alice Winocour :

Le cuisinier, le voleur, sa femme et son amant (1989), de Peter Greenaway

 

« On s’en fout c’qu’il a mangé. Tout c’que tu manges, ça finit en merde. » (*)

C’est l’histoire d’un mec, Albert Spica (Michael Gambon), apparemment un mafieux, qui se rend chaque soir avec sa femme Georgina (Helen Mirren) et sa bande d’affreux dans le restaurant tenu par le chef Richard Borst (Richard Bohringer) pour y faire bombance. Lassée de la vulgarité de son mari, Georgina s’éprend d’un client lui aussi régulier du restaurant, Michael (Alan Howard).

Ma (relative) frénésie cinématographique, destinée à rattraper un peu de mon retard en la matière, s’étant émoussée, mes interventions sur ce blog se feront désormais plus épisodiques, ayant par ailleurs « d’autres chats à fouetter ». Je me suis laissé tenter par ce film dont j’avais eu vent (sic) du caractère sulfureux. Il vous faudra en effet avoir le cœur bien accroché pour vous atteler à son visionnage. Et ce, dès sa première scène. Un malabar (look Bud Spencer), aidé de quelques acolytes, immobilisent un pauvre gars sur le capot d’une bagnole, le dénudent et lui tapissent corps et visage de… matières fécales canines, avant que l’un d’eux ne lui urine dessus. Le décor est planté. S’ensuit une série de repas dans un restaurant (chaque jour de la semaine, annoncé par sa carte de menu), où nous suivons le colosse Michael Gambon, ses hommes de main (parmi lesquels Tim Roth, avec la voix du doubleur de Bruce Willis) et sa femme Helen Mirren, selon un immuable rituel : Gambon éructe des insanités, les autres parlent peu et Mirren a repéré un homme seul lisant à sa table (Alan Howard). Echange de regards, coup de foudre quasi instantané. Ils se retrouvent aux toilettes pour faire leur petite affaire et les jours suivants, dans l’arrière-cuisine, avec la complicité du chef campé par Richard Bohringer. Plus les jours passent, plus la passion sexuelle (Helen Mirren passe le plus clair de son temps dans son plus simple appareil, nous dévoilant sa cellulite) et la dégradation de la relation conjugale vont crescendo. Jusqu’au final où vous devrez endurer deux autres scènes atroces : gavage par pages de livres et cannibalisme. Picturalement, c’est très beau (costumes de Jean-Paul Gaultier, décors), de même que le thème musical de Michael Nyman. Bonnes idées de mise en scène également (quelqu’un ouvre une porte, écran noir symbolisant le mur puis passage dans la pièce attenante). Reste à savoir ce qu’a voulu nous dire le réalisateur Peter Greenaway. La morale (?) est sauve mais pour le reste ? Enième critique de la société de (sur)consommation, dans la lignée de La grande bouffe (qui, à côté, fait figure de « petit lait ») ? Possible mais certainement pas que. Des indices littéraires, que mon inculture crasse ne me permet pas d’identifier, ont sans doute été disséminés pour nous mettre sur la voie et nous donner des clés de lecture. Au final, passées les malaisantes (euphémisme…) séquences scatologiques ou violentes, un film intéressant, à défaut d’être captivant.

(*) Imparable, en effet…😄

Sans filtre (2022), de Ruben Östlund

 

« Et vous, vous travaillez dans quoi ? » - « Je suis dans la merde. » - « Vous… quoi ? » - « Je vends de la merde. »

« L’important, c’est tout c’qu’ils affichent, les riches. » (Regarde les riches, Patricia Kaas, 1990)

C’est l’histoire de Carl (Harris Dickinson) et de sa petite amie Yaya (Charlbi Dean, décédée à 32 ans d’une septicémie peu après ce film, horrible…), tous deux mannequins et « influenceurs ». Ces activités leurs permettent d’être invités à bord d’une croisière de luxe, où ils côtoient des personnes plus riches qu’eux, comme un couple d’anglais ayant fait fortune dans l’armement ou un oligarque russe (Zlatko Burić) s’étant enrichi grâce à la vente d’engrais. Mais lors du repas du capitaine (Woody Harrelson), une tempête fait virer la croisière de rêve au cauchemar…

Ah, ce foutu pognon, il nous en fait faire… Soyons honnêtes, dans notre indépassable (?) monde capitaliste, nous en sommes tous avides, que ce soit pour assurer notre subsistance, se payer un « extra » (restau, sortie, voyage…), mener une vie confortable ou étaler notre « réussite » et notre pseudo-supériorité sur autrui. Après Parasite en 2019, il semble que la « lutte des classes » et la critique de la bourgeoisie (mais aussi des classes plus défavorisées) soient dans l’air du temps et un atout considérable pour l’obtention d’une Palme cannoise (la seconde du cinéaste suédois Ruben Östlund, après The Square en 2017). Le film se divise en trois parties. La seconde est de loin la meilleure et m’aura, chose très rare, occasionné un fou rire. Mais avant cela, il faut se taper le prologue où nos deux tourtereaux se « prennent la tête » (et la notre par la même occasion…) pendant un quart d’heure à propos d’une foutue note de restaurant. En cause : la meuf qui laisse payer son mec alors qu’elle gagne plus que lui et qu’il a déjà payé la fois précédente, reproduisant les « stéréotypes de genre », ce que notre gars a du mal à supporter. Nous entrons ensuite enfin dans le vif du sujet avec leur embarcation à bord d’un yacht rempli de « vieilles peaux » ultra-friquées. Nous assistons alors lors d’une soirée à un jubilatoire jeu de massacre : la tempête fait tanguer le navire, les passagers vomissent leur repas à base de caviar et de poulpe caramélisé, les chiottes débordent et le capitaine (génial Woody Harrelson) se livre à une bataille de citations avec l’oligarque russe, lui citant Marx et le milliardaire répliquant par des sentences du couple infernal Thatcher – Reagan. Les deux hommes, ivres, s’enferment dans la cabine de pilotage et Harrelson harangue les milliardaires, avec des phrases du genre « ne rêvez pas, nous ne nous dirigeons pas vers un paradis fiscal » ou « on sait que vos œuvres de philanthropie, c’est pour défiscaliser et vous donner bonne conscience ». Dans une sorte de catharsis, Östlund nous venge quelque peu de ces individus néfastes à l'environnement et au Bien commun, même si montrés sous un jour pas forcément antipathique. Et boum, Harrelson « pilonne » aussi les Etats-Unis et leurs guerres aux quatre coins du monde pour y placer leurs hommes et en tirer un profit économique. Faire passer un message (très bien senti) dans un contexte comique pour qu’il ne soit pas trop lourd, voilà qui est habile. L’attaque terroriste du yacht, traitée en ellipse, débouche sur la troisième partie, celle de l’île déserte, où se retrouve une poignée de survivants : notre jeune couple, le russe, deux autres passagers et trois membres de l’équipage, dont une préposée aux WC qui va prendre les choses en main, étant la seule à savoir pécher et allumer un feu. L’occasion donc d’un renversement de hiérarchie et d’une inversion des statuts sociaux (et de genre). Après quelques péripéties et tensions au sein du groupe, les derniers plans laissent libre cours à une fin « ouverte ». Très intéressant objet filmique. Mais si Bong Joon-ho, avec Parasite, payait son tribut à La Cérémonie de Chabrol, Östlund revisite ici La grande bouffe Ferrerienne dans ses passages scatologiques, tant et si bien qu’on se demande si les œuvres contemporaines de qualité ne seront pas désormais invariablement le fait de petits malins connaissant leur histoire du cinéma sur le bout des doigts…     

Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance (2017), de Martin McDonagh


C’est l’histoire d’une nana (Frances McDormand), elle a perdu sa fille, violée et assassinée (violons…). Mais sept mois après, l’enquête est toujours au point mort. Comme elle a remarqué trois panneaux publicitaires vierges dans son patelin, elle les loue et y fait inscrire : « VIOLÉE ENCORE AGONISANTE », « ET TOUJOURS PAS D'ARRESTATION ? » et « POURQUOI, CHEF WILLOUGHBY ? ». Willoughby (Woody Harrelson), c’est le chef de la police locale, papa de deux chérubines et atteint d’un cancer en phase terminale (violons…). Il a sous ses ordres Dixon (Sam Rockwell), un policier raciste et brutal (bingo, j’en étais sûr !).

Bardé de récompenses (meilleur scénario à la Mostra de Venise, 4 Golden Globes, 2 Oscars, dont meilleure actrice pour Frances McDormand, que je préférais malgré tout en flic enceinte dans Fargo ou se grattant les fesses dans Short Cuts…), Three Billboards… est pourtant un empilement de clichés et de caricatures. Plus on avance dans le film, plus on « coche de cases » et on en arrive à un « strike » : le flic raciste, l’allusion aux prêtres pédophiles, la « mère courage » battante qui s’est forgée une carapace et qui du coup manque d’empathie et se montre rude envers autrui… Sans oublier la rédemption (z’adorent ça, les Ricains…) : il a suffi de deux lettres posthumes de Willoughby pour que le « mec bien, ‘achement humain » qui sommeillait dans le beauf brutal se réveille enfin et pour que la revêche endurcie (re)devienne plus humaine. Le film a subi les foudres des « droitardés mentaux », qui y ont vu un énième film de propagande « woke » ourdi par les « illuminatis mondialistes maçonniques Démoncrates » (sic), ce qui aurait dû contribuer à me le rendre sympathique. Mais le fait est qu’il utilise de trop grosses ficelles pour susciter l’émotion et s’avère assez prévisible dans son déroulé.    

Shining (1980), de Stanley Kubrick

 

« Redrum ! Redrum ! »

« All work and no play makes Jack a dull boy All work and no play makes Jack a dull boy All work and no play makes Jack a dull boy All work and no play makes Jack a dull boy… »

Réalisation : Stanley Kubrick, assisté de Brian W. Cook

Scénario : Stanley Kubrick et Diane Johnson, d'après le roman Shining, l'enfant lumière de Stephen King

Pays : Etats-Unis, Royaume-Uni

Année : 1980

Genre : Horreur, thriller

Avec : Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd, Scatman Crothers, Barry Nelson, Philip Stone, Joe Turkel.

Synopsis : Jack Torrance, ancien professeur, est engagé comme gardien de l'hôtel Overlook dans le Colorado le temps d’un hiver, non sans que son directeur l’ait averti que l’ancien titulaire du poste, rendu fou par la solitude et l’isolation extrême du lieu, a sauvagement assassiné sa femme et leurs deux filles jumelles à coups de hache avant de se suicider. Accompagné de son épouse Wendy et de leur jeune fils Danny, Jack espère trouver à cette occasion le temps et le cadre idéal pour y écrire un livre. Mais très vite, Danny est sujet à des hallucinations sanglantes annonciatrices d’un danger.  

Pourquoi ? Bien sûr, j’aurais pu écrire partout la fameuse phrase copiée des centaines de fois par Nicholson pour le livre qu’il est censé écrire, c’est-à-dire « All work and no play makes Jack a dull boy » (« Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » ?)… Mais cela a déjà été fait par Cinéphile Schizophrène et je lui ai déjà emprunté par le passé la structure narrative de ses chroniques (fait chier, lui, à toujours avoir des idées de génie avant les autres…). Et faut bien que je développe un peu, même si je ne vais pas être très original. Pour l’histoire, les décors (magnifiques labyrinthe et générique d’ouverture dans les montagnes Rocheuses…), la musique (Wendy Carlos inspiré par la Symphonie fantastique d'Hector Berlioz ; Rachel Elkind, Ligeti, Bartók et Penderecki, excusez du peu…) et bien sûr l’interprétation de Jack Nicholson (doublé par Jean-Louis Trintignant en VF), dans une veine très « Actors Studio » mais aussi celle de Shelley Duvall. Si le porno fût, de son propre aveu, le « service militaire » de Catherine Ringer, Shining fût celui de la pauvre Shelley, contrainte de répéter 40 à 50 fois ses scènes, ce qui questionne sur l’adage « la fin justifie les moyens ». Sinon, pour moi, Kubrick c’est « couci-couça ». Eyes wide shut, c’est bien mais pas au point de le conserver, Orange Mécanique idem, Full Metal Jacket et Barry Lyndon aussi mais manque de bol, j’ai horreur des films de guerre ou à costumes. Quant au fameux 2001, l'Odyssée de l'espace, je me suis rarement autant emmerdé devant un film. Deux cosmonautes aux prises pendant des plombes avec un ordinateur récalcitrant, désolé mais ça me fait pas mon « quatre heures » en termes d’émotions cinématographiques (sinon l’ennui). Le reste, c’est trop vieux mais je tenterai peut-être Lolita. Je vois déjà ronchonner les « Kubrickophiles », me rétorquant que Shining serait son « moins personnel » (puisque de Stephen King mais à voir), son « plus facile ». Fort possible, et alors ? C’est comme ça (la la la la la), je ne vais pas me forcer pour leur faire plaisir… Après tout, aux chiottes, les snobinards !

Un poisson nommé Wanda (1988), de Charles Crichton

 

« A partir de demain, nous n’aurons plus à chercher du travail. Et le travail n’aura plus à nous chercher. Oscar Wilde. »

Réalisation : Charles Crichton

Scénario : John Cleese et Charles Crichton

Pays : Royaume-Uni, Etats-Unis

Année : 1988

Genre : comédie

Avec : John Cleese, Jamie Lee Curtis, Kevin Kline, Michael Palin, Maria Aitken, Tom Georgeson.

Synopsis : Quatre malfrats de petite envergure font une attaque à main armée et dérobent des diamants : le meneur de la bande George, sa compagne Wanda, Ken, bègue et ami des animaux et Otto, limité intellectuellement et amant de Wanda mais se faisant passer pour son frère. Le vol se déroule sans accroc mais ils manquent d’écraser une vieille femme, qui voit alors le visage de George. Une fois le butin planqué, Wanda et Otto dénoncent George à la police, qui l’incarcère. Allant récupérer les diamants, les deux amants constatent que George, avec la complicité de Ken, les a déplacés et cachés en lieu sûr.

Pourquoi ? Alors certes, il a peut-être un peu vieilli mais on rigole toujours autant devant les aventures de ces « pieds nickelés » hauts en couleur : les Monty Python John Cleese en avocat guindé se dévergondant et Michael Palin en bègue ami des animaux, Jamie Lee Curtis, usant de ses charmes et semblant n’atteindre le « septième ciel » que lorsque son amant s’exprime en langue étrangère et enfin Kevin Kline, ne supportant pas qu’on le traite de « débile » bien qu’il le soit. Il y a quelques scènes qu’on pourrait qualifier de « dures » si tout ceci n’était pas que pour rire : lorsque Palin échoue à maintes reprises dans sa tentative d’éliminer la vieille femme, tuant à chaque fois accidentellement l’un de ses chiens, avant de finalement parvenir à ses fins par crise cardiaque ; et lorsque Kline interroge ce même Palin, ligoté et en pleurs, pour lui soutirer l’endroit où George a caché les diamants et mange ses petits poissons d’aquarium quand il n’obtient pas satisfaction. A mourir de rire (au sens propre pour un certain Ole Bentzen, orthophoniste danois, en 1989).

Je finis l’année sur cette comédie culte, avant les fêtes que je vous souhaite bonnes et un petit séjour à Genève. A 2026 !

Le grand saut (1994), de Joel Coen

 

« Pas d’chance, fiston… L’ascension fût rapide, la descente sera longue. »

C’est l’histoire, en 1958, à New York, de la firme Hudsucker, du nom de son créateur et président, prénommé Waring (Charles Durning). Qui, alors que l’entreprise est florissante, se suicide en plein Conseil d’Administration en se jetant par la fenêtre du building. Le Conseil, avec à sa tête Sidney Mussburger (Paul Newman), décide de confier la présidence à un parfait abruti afin de faire baisser temporairement le cours de l'action et de prendre le contrôle de l’entreprise en rachetant les actions à bas prix. Mussburger jette son dévolu sur le naïf Norville Barnes (Tim Robbins), récemment embauché au service du courrier. Mais Amy Archer (Jennifer Jason Leigh), une ambitieuse journaliste, découvre le pot aux roses et dévoile la vérité dans un article de presse.

Dix ans après leurs débuts et après la Palme d’Or pour Barton Fink (1991), les frères Coen ont enfin les moyens de leurs ambitions avec un budget de 40 millions de dollars et un casting de stars. Bon, moi je les mets un peu dans la même case que Tarantino ou d’autres : producteurs déjantés et malins aux références sûres, dont ils parsèment leurs œuvres. Fargo, j’adore (d’ailleurs, je l’ai gardé) mais je n’ai pas compris le culte voué à The Big Lebowski. Pas vu les autres, pas attiré par les scénars ni les bandes-annonces. Quid de ce loufoque Grand saut, qu’ils ont coécrit avec Sam Raimi ? Mitigé, du bon et du moins bon. Tim Robbins (le grand sot ? Ah ah !) enchaine bien après Short Cuts et Les évadés. Jennifer Jason Leigh, également à l’affiche de Short Cuts, est ici assez insupportable, elle en fait des tonnes (c’est exprès, d’accord…) et semble désireuse de remporter la palme du comédien le plus volubile. Une vraie « pile électrique »… La légende Paul Newman complète ce trio « 5 étoiles ». Reconstitution d’époque et B.O hollywoodiennes, inévitable « bluette » entre Robbins et Jason Leigh, réhaussée par des fulgurances ou digressions comiques et une satire bien sentie du « American way of life » (culte de la réussite) et de l’entreprise hyper-hiérarchisée. [P.S : impossible de ne pas penser au drame du « 11/9 » quand le mec se défenestre au début…]    

On connait la chanson (1997), d’Alain Resnais

 

« Les chevaliers paysans de l’an mil au lac de Paladru » - « Au lac de… ? » - « Paladru ! »

Réalisation : Alain Resnais

Scénario : Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri

Pays : France, Royaume-Uni, Suisse

Année : 1997

Genre : musical, comédie dramatique, film choral

Avec : André Dussollier, Sabine Azéma, Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Lambert Wilson, Pierre Arditi.

Synopsis : Simon, qui fait son métier d’agent immobilier sans conviction, en pince secrètement pour Camille, guide touristique et passionnée d’histoire comme lui. Mais elle s’éprend de Marc, le prétentieux et tyrannique patron de Simon. Parallèlement, la sœur de Camille, Odile et son mari Claude, un couple usé par les années, font appel à Marc pour leur projet immobilier tandis que Simon fait visiter des appartements à Nicolas, un ancien amant d’Odile particulièrement indécis.

Pourquoi ? Parce qu’encore et toujours (et pour la dernière fois sur ces pages) le duo Bacri - Jaoui au scénario et à l’interprétation et c’est à nouveau un succès critique (7 Césars, dont meilleurs film et scénario) et public (2,6 millions d’entrées en France) ; pour le concept audacieux d’intégrer dans les dialogues des extraits de chansons populaires interprétés en playback. Mention spéciale à Bashung (Vertige de l’amour, par Dussollier), France Gall (Résiste par Azéma, même si je conçois qu’au bout de trois fois, ça puisse gaver…), Eddy Mitchell (trois titres), Léo Ferré (l’immense Avec le temps, par Bacri) et Téléphone (Ca (c’est vraiment toi)… mais y’a que des « tubes », de toutes façons. Le cinéma « populaire et de qualité » tel qu’il devrait toujours être.

La Malédiction (1976), de Richard Donner

 

C’est l’histoire d’un mec, Robert Thorn (Gregory Peck), ambassadeur des Etats-Unis au Royaume-Uni, il est incapable d’annoncer à sa meuf Katherine (Lee Remick) que leur enfant est mort-né après l’accouchement. Alors il adopte un orphelin et le fait passer pour leur fils. Mais y’a un blème : celui-ci est né à 6 heures, le 6ème jour du 6ème mois (un 6 juin, donc) et des phénomènes étranges et tragiques se produisent…

Le contexte : lendemain de victoire (aux forceps) en Ligue des Champions contre Newcastle (fait assez rare pour être souligné) et arrivée en fin de crève ca-ra-bi-née (Covid ? Pourtant, à part ma mère le week-end, je vois dégun… Ou alors dans les magasins ou les transports de cette ville de bras cassés et traîne-savate comme moi ?). Quoi de mieux, dès lors, en cet après-midi ensoleillé mais frisquet, que de s’installer devant son petit écran et insérer dans son lecteur un DVD emprunté à l’une de ses médiathèques municipales, dans l’espoir de vivre l’agréable sensation de la découverte d’un bon film ? Bingo, c’est bien le cas. De Richard Donner, je ne connaissais que sa collaboration avec Mel Gibson (la franchise L’arme fatale et son trio Gibson – Glover – Pesci insupportable de cabotinage, Maverick et Complots). Au cinéma comme en musique, on ne fait que refaire ce qui a déjà été fait les décennies précédentes, alors autant aller directement « à la source ». Tous ces films d’horreur ou fantastiques des 70’s et des 80’s, de tueurs en série ou de maisons hantées, sont les ancêtres des productions qui pullulent chaque année sur nos écrans depuis le nouveau millénaire (et même un peu avant). Celui-ci est si emblématique qu’il a donné suite à… des suites, remake et autres « préquelle ». Clairement, sa réputation n’est pas usurpée, c’est du tout bon. Le genre qui sait maintenir la tension d’un bout à l’autre, sans scènes inutiles, on va… droit au but (pour rester dans le registre footballistique et fidèle à la devise de mon club). Alors d’accord, des fois, on devine très vite ce qui va arriver (la meuf qui monte sur une chaise pour décrocher un truc alors qu’elle est à l’étage, risqué…). Et encore une occase pour chier sur l’Eglise ? Un peu, mais quand même moins que L’exorciste où, de mémoire, la possédée dégueulait un liquide verdâtre sur le prêtre et sa Bible. Et faut quand même se taper l’eschatologie de ces putains de religions qui nous ont toujours pourri l’existence à travers les siècles. Mais sinon, rien à redire, réalisation, interprétation, musique, c’est au poil. Y’a même le petit « twist » final qui va bien. Tiens, tout ça m’a donné envie de réécouter l’hymne de ces satanistes de supermarché de la « Vierge de fer » (je déconne mais je ne peux pas m’empêcher de les aimer, c’est on ne peut plus Madeleine de Proust, ça)...     

Midnight Express (1978), d’Alan Parker

 

« Pour une nation de porcs, c’est drôle que personne chez vous n’en consomme… »

C’est l’histoire d’un ancien président de la « Raie publique » qui, en son temps, fustigeait les « juges rouges », qu’il trouvait notamment trop « laxistes » (c’est sans doute pour ça que nos prisons sont pleines à craquer…). Ce qui, venant d'un avocat de profession, ne manque pas de sel. Ceux-ci, pour se venger et lui prouver le contraire à ses dépens, allèrent jusqu’à inventer de toutes pièces pas moins de sept affaires différentes (dans lesquelles il n’est bien évidemment pour rien…) et lui firent subir moultes humiliations : commande de pizzas (comme le commun des mortels…) lors d’une garde à vue, port d’un bracelet électronique et même emprisonnement de quelques semaines dans un quartier « V.I.P » ! L’histoire ne dit pas s’il parvint à échapper à l’épreuve dite de « la savonnette sous la douche »… Comme notre homme est vénal, cela lui donne l’occasion « d’écrire » un de ces livres dont les vieilles rombières de l’ex-UMP sont si friandes : Le journal d’un prisonnier (sic). Hé, coco, mais on est tous « prisonniers »... Et c’est la Mort qui nous libère.

Ah non, merde, c’est pas ça… N’empêche, ça ferait un bon scénar’… Mais reprenons.

C’est l’histoire d’un mec, William Hayes (Brad Davis), Américain de son état en vacances en Turquie avec sa petite amie Susan (Irene Miracle), qui se fait « pincer » en 1970 par la douane locale avec deux kilos de haschich dissimulés sous ses vêtements. Il comptait se faire un peu d’argent en les revendant aux Etats-Unis (on n’a pas idée…). Pensant écoper d’une peine légère, il va finalement vivre l’enfer…

Encore un classique que je n’avais pas vu. Un film « choc », basé sur le récit autobiographique de William Hayes et dont, selon la formule consacrée, on ne « ressort pas indemne ». Petit budget, pas de grandes stars à l’affiche (Richard Gere fût un temps pressenti pour le premier rôle) mais une équipe solide à la conception : Oliver Stone (quasi inconnu à l’époque) au scénario, qu’il a surdramatisé, Alan Parker à la réalisation, tandis que Giorgio Moroder se chargea de la B.O (dont est issu son célèbre thème Chase). Difficile de ne pas être révolté et de ne pas avoir un haut-le-cœur devant ce qu'endurent ces hommes dans cet enfer carcéral qui les broie, aussi bien physiquement que mentalement et où leur humanité même est niée, face à la cruauté d’un gardien en chef sadique (le colosse Paul L. Smith, qui prendra la relève de Bud Spencer). Alors qu’il arrivait au bout de ses quatre ans de prison, notre « héros » (bon, faut quand même être con pour essayer de faire passer deux kilos de drogue d’un pays autoritaire comme la Turquie aux Etats-Unis…), lors d’un second procès, se verra condamné à rempiler pour… trente ans supplémentaires ! Heureusement, il parviendra à s’évader. Très bonne interprétation d’ensemble (Brad Davis – même voix de doublage que De Niro dans Taxi Driver – et ses compagnons d’infortune Randy Quaid et John Hurt). Il y a deux scènes à connotation sexuelle qui au premier abord me semblaient hors de propos et tombant comme un cheveu sur la soupe (prémices d’une relation homosexuelle entre Brad Davis et Norbert Weisser sous la douche ; au parloir lorsque Davis demande à Miracle de lui montrer ses seins, avant qu’ils ne fassent quasiment l’amour malgré la vitre les séparant) mais au final, ça se tient et peut se comprendre dans un univers où toute tendresse est bannie. Bon, après ça, ne restera plus qu’à chasser de son esprit ces images fort perturbantes. Pas une mince affaire… 

The Descent (2005), de Neil Marshall

 

C’est l’histoire de six nanas, dont une sortant d’un drame personnel (perte de son mari et de sa fille dans un accident de la route auquel elle a survécu), qui se retrouvent pour faire de la spéléologie dans les Appalaches. Mais les voilà bloquées dans les grottes suite à un éboulement. Cet incident va mettre à rude épreuve leur amitié, d’autant plus qu’elles ne sont pas seules dans cet environnement souterrain…

Gros succès critique pour ce film d’horreur britannique et c’est globalement justifié. On va au cinéma pour ressentir des émotions et là, elles sont fortes. L’idée de départ est plutôt originale (six femmes dans une grotte, sous la menace de dangereuses créatures humanoïdes), la tension et le suspense ne faiblissent pas. Bien sûr, l’instinct de survie et les querelles d’égo font ressortir le pire de l’être humain et c’eût été six hommes que c’eût été pareil de ce point de vue-là. Des clins d’œil plus ou moins appuyés à Alien, Shining et Délivrance (y’a pire comme références). Le « twist » final ne manque pas non plus à l’appel. Je regrette simplement des explosions gore un peu complaisantes et le traditionnel recours à la morale, celui (ou ici, en l’occurrence, celle) qui a péché devant automatiquement être puni(e) et, de préférence, en souffrant le plus possible (le « œil pour œil, dent pour dent »).    

Lunes de fiel (1992), de Roman Polanski

 

« Mais j' l'adore, ton cul... J'en suis fou, d'ton cul... »

C'est l'histoire d'un couple britannique pudique et guindé, Nigel (Hugh Grant) et Fiona (Kristin Scott Thomas), qui fait la connaissance, sur un paquebot menant en Inde, d'un autre, beaucoup plus atypique, composé d'Oscar (Peter Coyote), écrivain américain en fauteuil roulant et de Micheline dite « Mimi » (Emmanuelle Seigner), danseuse française très sensuelle. Voyant Nigel très troublé par Mimi, Oscar fait de lui son confident et lui raconte son étrange histoire avec sa jeune épouse et leurs rapports très particuliers.
Comme tant d'autres, pour moi, Polanski, ça passe (Chinatown, Répulsion) ou ça casse (Frantic, à un degré moindre Le locataire). Pour ce Lunes de fiel, adapté du roman éponyme (encore plus dur que le film, d'après Emmanuelle Seigner dans l'interview-bonus), c'est plutôt une bonne surprise, je m'attendais à pire (ou autre chose). Alors certes, le film a des longueurs (140 minutes) et la B.O sent son  époque (I will survive, Sweet dreams, Stop !...). Y'a quelques « conneries », aussi : faire de Coyote un « tombeur », le voir en slip, à quatre pattes avec un masque de cochon ou encore Emmanuelle Seigner buvant du lait, le recrachant sur ses seins nus et Coyote la léchant (z'avez saisi la symbolique ?). Mais on se laisse prendre par le récit. Par contre, faut un peu s'accrocher car c'est par moments duraille et dérangeant, le couple Coyote / Seigner se faisant subir (lui d'abord et elle ensuite, par vengeance) moultes humiliations. Ici, le sadisme est plus psychologique que sexuel (la très belle scène dans le parc où elle, amoureuse folle, et lui la repoussant d'un cinglant « J'en n'ai rien à foutre de ta vie, c'est ma vie à moi qui compte. (...) Rien, tu n'as rien fait. Tu existes, c'est tout »). Un bon film. Et Emmanuelle Seigner, quel... morceau ! Miam, y'a à manger...

Fatale (1992), de Louis Malle

 

« Je n’vois plus qu’toi » - « Je crois que tu n’as jamais vu grand-chose… »

C’est l’histoire de Strauss-Kahn avant Strauss-Kahn. Soit un politique en pleine ascension (Jeremy Irons), nommé Secrétaire d’Etat (ministre, quoi), qui se fait tournebouler dès le premier regard (y’a de quoi, remarquez…) par la petite amie de son fils (Judith Brioche… Ah non, pardon, je voulais dire Juliette Godemiche). A partir de là, il la verra en cachette et la trombinera pas moins de quatre fois, dans des positions parfois acrobatiques (oui mais « c’était l’époque qui voulait ça » et puis on était sous l’emprise de réalisateurs libidineux et d’une société patriarcale oppressive mais maintenant c’est fini, tout ça, ceinture et puis de toutes façons, on n’a plus l’âge pour ces galipettes…). Je ne sais pas si les « coordinatrices d’intimité » existaient déjà à l’époque mais si c’est le cas, elle a dû avoir une belle prime parce qu’y'a eu du taf… Bref, c’est le genre d’histoires qu’on ne voit qu’au cinéma et pas dans la « vraie vie ». Ben ouais, coco, c’est un peu le principe du cinéma, il permet de nous évader de la réalité. Ou alors c’est un Dardenne, un Loach ou un film d’auteur lambda et on est prévenu à l’avance. Pour en revenir à cette histoire, ce petit jeu de cache-cache prend fin dans le dernier quart d’heure, lors d’un tragique épilogue où le fils surprend son père (Irons, donc) et sa future épouse (Juju Bibi) en train de forniquer allègrement, nus comme des vers. La Passion a ses raisons que la Raison ignore…    

Fargo (1996), de Joel et Ethan Coen

 

« En tous cas, il était pas circoncis… »

Réalisation : Joel et Ethan Coen

Scénario : Joel et Ethan Coen

Pays : Etats-Unis, Royaume-Uni

Année : 1996

Genre : comédie dramatique, policier

Avec : Frances McDormand, William H. Macy, Steve Buscemi, Peter Stormare, Harve Presnell, John Carroll Lynch, Kristin Rudrüd.

Synopsis : Un directeur commercial d'une concession automobile du Minnesota, en butte à des difficultés financières, engage deux malfrats pour l'enlèvement de sa femme, dans le but de demander une forte rançon à son richissime beau-père. Mais les choses tournent mal et une chef locale de la police, enceinte jusqu’aux yeux, va mener l’enquête.

Pourquoi ? Alors les frères Coen, j’aime pas. Enfin, j’aime pas… Mis à part ce Fargo, je n’ai vu que The Big Lebowski, qui ne m’a pas emballé outre mesure. Pour les autres, les scénarios et les bandes-annonces me rebutent un peu par leur côté hystérique ou ne m’inspirent pas. Bon, ici, l’histoire, l’interprétation (tous excellents, mentions pour l’extra William H. Macy et le duo cocasse formé par Buscemi et le peu loquace Stormare), l’ambiance (les paysages enneigés), c’est parfait. Toujours loufoque mais parfaitement maitrisé. Un peu de violence, pas mal d’humour (à… froid), de la tendresse… C’est comme chez Casto, y’a tout c’qu'il faut ! 

Spider (2002), de David Cronenberg

 

« C’est l’habit qui fait l’homme. Et moins il y a d’homme, plus il faut d’habits… »

C’est l’histoire d’un mec complètement secoué, Dennis Cleg dit « Spider » (Ralph Fiennes), qui intègre un foyer de réinsertion à Londres, non loin de là où il passa une enfance difficile, marquée par le décès de sa mère. Convaincu que son père (Gabriel Byrne) est le meurtrier, afin qu’il puisse vivre avec une prostituée (Miranda Richardson) dont il est tombé amoureux, Cleg va mener sa propre enquête et se replonger dans cette partie de sa vie.

Encore un film où il faut être dans le « mood » pour espérer se laisser porter et convaincre... Pour tout dire, au début, il m'a fait rire… Fiennes joue parfaitement le mec schizo, passant son temps à griffonner son petit carnet de notes ou à marmonner dans la barbe qu’il n’a pas (son texte pour l’ensemble du film doit tenir sur un post-it). Nous le suivons dans ses méandres existentiels, plongeant dans ses souvenirs et tentant de reconstituer son passé et le drame qui s’y joua (le meurtre de sa mère), à l’aide de quelques indices (un petit jardin, une odeur de gaz…). Pas de cul ou de violence pour cette fois, c’est un Cronenberg « sage », qui joue essentiellement sur l’ambiance et ce n’est pas plus mal ainsi. Il faudra donc accepter les partis pris esthétiques : décors minimalistes, couleurs ternes, rythme (très) lent. C’est ce qui en fait le charme et l’originalité. On sent venir un « twist » final à la Sixième sens, façon « bon sang, mais c’est bien sûr ! » et c’est effectivement ce qui advient. Intéressant, sans plus pour ma part.    

Crash (1996), de David Cronenberg

 

« Je pense à toutes les filles qu’il a baisé dans sa grosse voiture… C’est comme un lit avec des roues… Ca doit sentir le sperme… »

C’est l’histoire sans queue ni tête de gens qui conduisent et qui baisent, adeptes de « tête-à-queue » (dans tous les sens du terme) : le couple libertin James et Catherine (James Spader et Deborah Kara Unger), le docteur Helen Remington (Holly Hunter) et un groupe de fétichistes des accidents automobiles (Elias Koteas, Rosanna Arquette…).

Dans la série, « on nous fait faire de drôles de trucs, à nous les acteurs et actrices », celui-ci est quasiment un porno simulé : ça n’arrête pas de baiser (y compris entre hommes et entre femmes). Et de conduire. Et d’avoir des accidents. C’est le postulat : avoir des accidents de la route libèrerait l’énergie sexuelle. Mouais, je préfère quand même ne pas prendre le risque… Bon, ceci dit, entre la violence des Promesses de l’ombre et ça, je préfère celui-là sans hésiter. Même si ça ne tient pas debout, contrairement à Popaul qui se raffermira à la vue de ces images faisant bien fonctionner le cérébral (mention spéciale à Deborah Kara Unger qui nous dévoile tout, notamment sa belle toison). A l’instar de Taxi, un film qui n’a pas dû plaire aux associations de prévention routière. A regarder avec un paquet de kleenex à proximité… Ah, j’oubliais, excellente B.O à base de guitare slide (je crois).

Les promesses de l’ombre (2007), de David Cronenberg

 

« Londres est la ville des putains et des pédales. »

C’est l’histoire d’Anna (Naomi Watts), sage-femme à l'hôpital Trafalgar de Londres, qui récupère le journal intime de Tatiana, une adolescente russe décédée au service des urgences en donnant naissance à une petite fille. Ce journal étant écrit en russe, elle en demande la traduction à sa mère et son oncle, espérant y trouver des informations sur la famille de la défunte. Une carte trouvée à l’intérieur du carnet la mène parallèlement sur la piste d’un luxueux restaurant, le Trans-Siberian. Cet établissement est en réalité dirigé par le chef de la mafia russe.

Thriller sombre, malsain (viol, prostitution…) et (inutilement) hyper-violent, d’entrée de jeu (gorge tranchée, accouchement sanglant). Pas grand-chose à redire sur l’interprétation, avec un Vincent Cassel toujours à l’aise dans les univers glauques et déjantés (La haine, Irréversible…) ni même sur l’histoire mais plutôt sur le déferlement d’hémoglobine et les invraisemblances (le combat dans un hammam entre un Viggo Mortensen nu comme un ver et deux malabars armés de couteaux ; le baiser sur la bouche qu’il échange à la fin avec Naomi Watts sans qu’elle le repousse, quand bien même elle ait compris qu’il avait « bon fond »...).

Petits meurtres entre amis (1994), de Danny Boyle

 

C’est l’histoire d’Alex (Ewan McGregor), Juliet (Kerry Fox) et David (Christopher Eccleston), trois amis qui se partagent un appartement à Glasgow. Ils recherchent un quatrième colocataire et portent leur choix sur Hugo (Keith Allen). Mais quelques jours après son emménagement, ils découvrent Hugo mort dans sa chambre, dans laquelle ils trouvent également une valise pleine de billets de banque. Leur amitié résistera-t-elle à cette découverte ?

Encore un souvenir du temps béni de mon adolescence où avec mon père, nous louions des films dans des vidéo-clubs pour nos soirées de week-ends ou de vacances scolaires. Celui aussi des « raves party » (rêves partis ?), dont le générique de début rend compte ainsi que le goût de Danny Boyle pour cette musique (comme le confirmera la B.O de son film suivant, l’acclamé Trainspotting). Finalement, c’est pas si compliqué de faire un bon petit thriller. Trois amis, un macchabée, une valise pleine de fric, quelques trouvailles et rebondissements. Et de la violence aussi, notamment lors du final qui menace à tout moment de tomber dans le « grand guignol ». C’est finalement cette grande gueule d’Ewan McGregor (de loin le plus insupportable des trois) qui s’en sortira le « mieux » (si j’ose dire). Grand succès public et critique inattendu, un peu partout dans le monde. Pour l’anecdote, une scène a été tournée le 7 avril 1993 au soir. J’ai en effet reconnu le match que zieute McGregor dans le salon (et pour cause) : le OM – Glasgow Rangers (score de 1 à 1) de la glorieuse épopée européenne du club phocéen lors de cette saison-là, jusqu’à la victoire finale.