C’est l’histoire de Max Dembo
(Dustin Hoffman, moustache et rouflaquettes), petit délinquant, qui pour la
troisième fois sort de la vraie prison pour intégrer celle « à ciel ouvert »,
c’est-à-dire la vie. Il est en liberté surveillée (comme nous tous, en somme)
et conditionnelle. Son souhait est de se « réinsérer dans la société »
et de faire « comme tout le monde », c’est-à-dire trouver du travail et
fonder un foyer. Comme dit Agnès Jaoui dans Cuisine et dépendances, « il
vaut mieux un épanouissement classique que pas d’épanouissement du tout »…
Etant donné ses « hard skills » et ses « soft skills », il
ne sera pas trop regardant sur l’emploi, tant pis s’il n’a pas le « pack »
tickets resto / prise en charge de la mutuelle et du transport à 50% / prime « partage
de la valeur »… Et de fait, une jeunette (Theresa Russell) lui dégote un
job (aujourd’hui on appelle ça une « chasseuse de têtes » ou un « agent
de placement »… Et oui, on nous « place », comme des objets…)
tout en bas de l’échelle sociale (ramassage de canettes dans une usine). Comme
il tombe sous son charme, il l’invite à diner pour fêter son recrutement. Tout
semble donc aller pour le mieux mais patatras : un de ses vieux potes (Gary
Busey) se drogue dans sa chambre d’hôtel et le policier chargé de la surveillance
de Dembo, y décelant un indice, pense qu’il a « replongé » et le
remet illico en taule. Désabusé, notre héros reprend, une fois libéré, sa vie
de malfaiteur, en compagnie d’un autre ami (Harry Dean Stanton) qui s’était lui
aussi « rangé ». Et oui, la vie lui fait des misères mais comme il
est Dustin Hoffman (ce qui n’est pas donné à tout le monde), il fait des pieds
et des mains pour s’en sortir et y parvient à peu près. Petit polar « à l’ancienne »
plaisant, avec fatalement des incohérences (le mec, il se met une cagoule pour
braquer une supérette de nuit mais reste à visage découvert pour une banque et
une bijouterie…) mais qui vaut surtout pour la présence de Dustin car
n'oublions pas que « quand il rentre dans un plan, il ne rentre pas dans
un plan, il rentre dans la vie, quoi, il rentre dans notre salon » (Pierre
Arditi, qui d’ailleurs lui prête sa voix française au doublage).
Chroniques de films, au fil de mes (re)découvertes. Aucune connaissance technique ou historique sur le cinéma, juste des ressentis. Si cela vous donne envie de (re)voir ces films, c'est déjà ça...
Le récidiviste (1978), d’Ulu Grosbard
Paris, Texas (1984), de Wim Wenders
C’est l’histoire d’un mec, Travis
(Harry Dean Stanton), il marche seul dans le désert. Et quand t’es dans le
désert et que tu marche seul, qu’est-ce que tu fais, à part écouter Jean-Jacques
Goldman ou Jean-Patrick Capdevielle ? Ben tu t’écroule de fatigue, sous un
soleil de plomb et sans rien à te faire couler dans le gosier… Son frère Walt (Dean
Stockwell) vient le chercher mais Travis ne lui adresse la parole qu’au bout de vingt-cinq minutes de film. On apprend qu’il a disparu depuis quatre ans et qu’il a un
fils, Hunter (Hunter Carson), élevé par Walt et sa femme Anne (Aurore Clément).
Arrivé chez eux, il sympathise avec Hunter qui accepte sans sourciller la
situation et son statut de « vrai père ». Ils partent tous deux sur
les routes à la recherche de la môman, la «vraie » elle aussi. C’est Jane
(Nastassja Kinski) et ils la retrouvent à Houston, sur les renseignements donnés
par Anne. Elle bosse dans un peep-show. Travis se fait passer pour un client,
il lui parle derrière le miroir sans tain, lui raconte leur histoire et lui
donne le nom de l’hôtel et le numéro de la chambre où se trouve Hunter pour qu’elle
aille le chercher. Constatant que c’est bien ce qu’elle fait, notre homme se
barre à nouveau dans la nuit.
Et c’est bien ? Faut croire,
il a eu la Palme d’Or du Festival de Cannes en 1984, l’un des plus grands
festivals de cinéma avec la Mostra de Venise et la Berlinale de… gagné, Berlin
(comme il y a Roland-Garros, Wimbledon et l’US Open au tennis). Et ça, ce n’est
pas donné au premier venu. C’est aussi le film préféré de Kurt Cobain et celui
qui a inspiré à Sharleen Spiteri le nom de son groupe pop-rock. Moi, je me suis prodigieusement emmerdé, je dois être un inculte... Y’a quand même de
beaux paysages et la musique du bluesman Ry Cooder avec son thème très connu à
la « slide guitar ». Du coup, tu te passes le disque en regardant des
photos du désert texan, c’est kif-kif et tu t’économise presque deux heures et
demie…
Sailor & Lula (1990), de David Lynch
C’est l’histoire de… Sailor
(Nicolas Cage) et Lula (Laura Dern. Non, pas le président du Brésil, hein,
grosses taches…) qui s’aiment à la folie. Mais cette union contrarie Marietta (Diane
Ladd), la mère de Lula. Sailor sera condamné à deux ans de prison pour avoir
tué son agresseur, embauché par Marietta. A sa sortie, Lula vient le chercher
et ils prennent la route pour la Californie. Marietta demande à ses deux
amants, un détective privé et un gangster, de se lancer à leur poursuite et d’éliminer
Sailor.
Bon ben, Lynch c’est comme Le silence de agneaux ou Kubrick (à part Shining, son plus « facile »), j’ai décidément du mal à percevoir le « génie ». J’avais rien pigé à Mulholland Drive et Blue Velvet m’était sympathique (quelques scènes de suspense à l’appartement et Isabella Rossellini à oilpé), sans plus. Rien à reprocher sur la forme, c’est sur le « fond » (les histoires) que ça coince. Cela débutait fort mal avec une scène très violente où Cage écrase littéralement l’arrière du crâne de son agresseur à grands coups contre le sol. Il y aura une autre scène sanglante vers la fin mais moins réaliste, limite quasi-comique (un coup de fusil qui arrache la tête de Willem Dafoe). On s’attend à un « road movie » avec notre couple d’amoureux pourchassé par les sbires lancés à leurs trousses par la marâtre de Dern mais pas du tout, on bifurque vers un holp-up qui tourne mal, initié par Willem Dafoe et dans lequel s’est laissé embarquer Cage. Surtout, je n’ai ressenti aucune empathie pour ce couple de jouisseurs superficiels qui passent leur temps à baiser et à pogoter dans des concerts de hard-rock. Sans oublier le gimmick « cucul » du Love Me d'Elvis Presley chanté par Cage. Bref, une déception, surtout pour une Palme d’Or à Cannes...


