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Le bonheur est dans le pré (1995), d’Etienne Chatiliez

 

« Pendant ton absence, j’ai… Ca lui a bien dégagé les écoutilles. »

C’est l’histoire de Francis Bergeade (Michel Serrault), chef d'entreprise à Dole, en proie à de multiples problèmes : les employées de son usine de sièges de toilettes menacent de faire grève, alors qu’un contrôle fiscal se profile et que sa femme Nicole (Sabine Azéma) et sa fille Géraldine (Alexandra London), bourgeoises autocentrées, ne font rien pour l’aider. Il sera même victime d’un malaise vagal. Ses seuls moments de plaisir, il les partage autour d’une bonne table avec son ami concessionnaire automobile Gérard (Eddy Mitchell), un bon vivant et coureur de jupons invétéré. Mais voilà qu’un soir, en regardant l’émission Où es-tu ?, il se reconnait dans le portrait de Michel Thivart, disparu vingt-six ans plus tôt et dont il est le parfait sosie. Poussé par Gérard, il va sauter sur l’occasion pour changer de vie.

Je vais faire mon difficile en disant cela mais finalement, Chatiliez, c’est pas si fou que ça, non ? Certes, à l’instar d’un Francis Veber, son savoir-faire de petit artisan au ton vachard le fait voler bien au-dessus (au moins jusqu’à La confiance règne, ensuite ça se gâte sévère…) de la multitude de panouilles mises en boite par des tâcheron(ne)s qui sortent chaque année sur nos écrans, aux têtes d’affiche immuables (Dany Boon, Didier Bourdon, Gérard Darmon, Christian Clavier, Kad Merad, Michèle Laroque, Valérie Bonneton…). Mais passés la bonne idée de départ (l’inversion des bébés dans La vie est un long fleuve tranquille, la vieille acariâtre de Tatie Danielle, le grand dadais qui s’accroche à ses parents dans Tanguy…) et un art consommé de la caricature (vous me direz, c’est déjà pas mal), qu’y a-t-il d’autre à se mettre sous la dent (ou les yeux et les oreilles, en l’occurrence) ? Ici encore, la galerie de personnages caricaturaux qu’on croirait sortis des Bidochons ou des Deschiens (François Morel en comptable en « Nike », Yolande Moreau en ouvrière), le choc des mondes et des contraires (l’usine de la ville / le marché du village campagnard, Azéma en bourgeoise distinguée / Mitchell en mec bourru et vulgos) mais peu de gags ou situations franchement comiques et de « punchlines » incisives. Les acteurs ne sortent pas de leur registre habituel et de fait, ils excellent (c’est bien le moins), notamment « Schmoll », qui empoche le César du meilleur second rôle masculin. Le film voit débuter au cinéma les deux frères Cantona, tous deux footballeurs, nés à Marseille et ayant joué à l’OM (Eric lors de la grande époque des « années Tapie » et Joël, nettement moins talentueux, pendant les deux saisons du club en Deuxième division entre 1994 et 1996). Finalement, je retiendrai surtout le message du film pour une vie simple et le goût des bonnes choses, en particulier celles de la table. 

La confiance règne (2004), d’Etienne Chatiliez

 

« J’prendrai bien une mousse ! »

C’est l’histoire de Chrystèle et Christophe, deux personnes simples d’origine modeste et aux parcours « cabossés », qui se font engager comme domestiques et ne ratent aucune occasion de détrousser leurs employeurs avant de prendre la fuite.

Y’a qui dedans ? La comédienne belge (contrairement à ce que son patronyme laisse supposer) Cécile de France et Vincent Lindon jouent nos deux tourtereaux. Dans le reste du casting, on reconnait, dans des rôles plus ou moins importants, Eric « Tanguy » Berger, Anne Brochet (Cyrano de Bergerac, Tous les matins du monde), Jacques Boudet (acteur fétiche de Robert Guédiguian) et le fidèle André Wilms, qui apparaît dans quasiment tous les films de Chatiliez jusqu’à celui-ci.

Et c’est comment ? Premier coup de mou pour Chatiliez, ex-publicitaire (Eram, Le trèfle parfumé…) reconverti cinéaste, honnête artisan de comédies « bien de chez nous » au-dessus de la moyenne, genre sinistré une fois les Oury, Zidi, Poiré et autres Veber plus ou moins rangés des voitures. En effet, la chute au box-office est brutale par rapport à ses précédentes productions, devenues classiques voire cultes et c’est à partir de ce film qu’il se fera moins inspiré. « Heureux les simples d’esprit ! », telle pourrait être la devise des aventures de ces deux énergumènes hauts en couleur. Evidemment, fidèle à ses habitudes, Chatiliez prend un malin plaisir à croquer les travers de classes sociales antagonistes et à les caricaturer (les bourgeois BCBG, le fonctionnaire de mairie en RTT…). Prolos ou bourgeois, chacun en prend pour son grade. Il est aussi question d’argent et du rapport à celui-ci, du pouvoir de fascination qu’exerce une vie de luxe. Je préfère ce Vincent Lindon, qui semble utiliser ses tics naturels pour les besoins du rôle (il se gratte mécaniquement la poche avant de commettre un larcin), se prenant moins (et son métier) au sérieux qu’à l’heure actuelle. Mais c’est surtout Cécile de France, dans un contre-emploi de femme volage affublée d’un accent ch’ti et d’un gimmick (« J’prendrai bien une mousse ! »), qui est la véritable attraction du film. Malheureusement, celui-ci accuse quelques chutes de rythme et Chatiliez se laisse même aller à la facilité d’une séance de flatulences presque digne de celle de La soupe aux choux. Il s’achève étonnamment sur une note dramatique. Un savoir-faire éprouvé, quelques gags mais un bilan mitigé.

Débat télévisé avec Jean-François Copé : oui

Pince à sucre : oui

Femme à poil : Cécile sortant du lit, dans l’obscurité et ça dure une seconde... Autant dire qu'on ne voit rien…