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Cycle Leslie Nielsen (1) : Le détonateur (1998), de Pat Proft

 

« Je trouve que ce chien a un museau très surprenant. » - « C’est parce que vous regardez ses fesses… »

C’est l’histoire de Ryan Harrison (Leslie Nielsen), violoniste de renommée mondiale. Il est embarqué dans un complot où une admiratrice (Kelly LeBrock) lui fait porter la responsabilité du meurtre de son mari (Michael York), qui avait découvert qu’elle projetait d’assassiner le secrétaire général de l’ONU. Condamné à mort, Harrison parvient à s’échapper lors d’un transfert de prisonniers. Le lieutenant Fergus Hall (Richard Crenna) se lance à sa poursuite.

Faut wigoler ! Putain, t’as raison, surtout en ce moment où tous les voyants sont au rouge (Recherche bonnes nouvelles désespérément…). Et quoi de mieux pour cela qu’un film avec Leslie Nielsen, acteur canadien qui se révéla sur le tard dans un registre comique grâce à la série de films des Y a-t-il… ? La recette est connue : humour potache, régressif et nonsensique, parodies de films, gags en arrière-plan. Elle est réutilisée ici, avec plus ou moins de bonheur. Durant moins que les 90 minutes réglementaires et mis en boite par le néophyte Pat Proft (qui ne récidivera pas…), ça sent le truc bâclé. « L’intrigue » n’a aucun sens, le scénario ne s’embarrasse d’aucun souci de vraisemblance et n’est qu’un prétexte à l’enchainement de gags et de parodies de grands succès cinématographiques. On se délectera notamment de celles d’Usual Suspects, de Mission Impossible, de La mort aux trousses et du Fugitif, ce dernier fournissant la trame scénaristique du métrage, avec Richard Crenna dans le rôle du flic fûté incarné par Tommy Lee Jones dans l’original. La voix de doublage de Leslie Nielsen n’est malheureusement pas adéquate, son doubleur habituel Jean-Claude Michel n'étant pas disponible pour des raisons médicales (il décèdera d’ailleurs un an plus tard). Au final, un moment sympatoche mais clairement en deçà des Y a-t-il un flic (ou un pilote)     

The Square (2017), de Ruben Östlund

 

C'est l'histoire d'un mec, Christian (Claes Bang), père divorcé et conservateur d'un musée d'art contemporain de Stockholm. Un bon bobo suédois, qui donne des pièces aux mendiants, roule en voiture électrique et tout et tout. Mais un jour, il est piégé : aidant une femme prétendant être attaquée, il se fait voler son portable, son portefeuille et ses boutons de manchette. Heureusement, grâce à la fonction de géolocalisation de son téléphone, il ne tarde pas à retrouver la trace du voleur : un immeuble dans une cité de banlieue. Avec l'aide d'un adjoint, il glisse alors une lettre de menaces anonyme dans chacune de ses boîtes aux lettres. Cette initiative va bouleverser sa vie alors que parallèlement, le vernissage d'une exposition intitulée The Square approche et que sa campagne de promotion est lancée.

Vous savez quoi, les gars ? J'ai l'impression que le cinoche a cessé de (vouloir) nous faire rêver. Entendons-nous bien : je ne suis pas partisan d'un cinéma exclusivement hollywoodien  « d'enter-tainment ». Mais pas davantage de l'évocation systématique de problématiques sociétales contemporaines, portées par des acteurs moyennement charismatiques. On a pourtant l'impression que c'est désormais devenu le critère n°1 pour espérer empocher une Palme d'Or. Celle-ci, obtenue en 2017, est la première du réalisateur suédois Ruben Östlund. Mais si Sans filtre (2022) m'avait séduit par ses moments jubilatoires et un message délivré sur le ton de l'humour (féroce), tout ici est plus pompeux et lourdingue. Déjà, rien ne tient debout. Franchement, le bobo pris de remords pour avoir fait des amalgames basés sur des idées reçues (habitants des cités = voleurs) ensuite prêt à tout pour se racheter une bonne conscience, qu'est-ce que c'est appuyé... Des scènes ridicules et interminables (le happening de « l'homme singe » qui terrifie les bourgeois attablés lors de la soirée de gala avant de se faire lyncher, Claes Bang et Elisabeth Moss qui se disputent la capote remplie de semence après avoir fait « crac-crac »...). Seule celle où un type atteint du syndrome de Gilles de La Tourette perturbe le bon déroulement de la conférence consacrée à un artiste en débitant des insanités m'aura arraché un sourire. Plus anecdotique, on notera qu'Östlund semble apprécier la « french touch » (une des musiques que j'aime le moins au monde) : avant le Lady de Modjo (pouark !) dans Sans filtre, il mettait ici à l'honneur le Genesis de Justice, ce qui est quand même nettement mieux. Une grosse déception.

Sans filtre (2022), de Ruben Östlund

 

« Et vous, vous travaillez dans quoi ? » - « Je suis dans la merde. » - « Vous… quoi ? » - « Je vends de la merde. »

« L’important, c’est tout c’qu’ils affichent, les riches. » (Regarde les riches, Patricia Kaas, 1990)

C’est l’histoire de Carl (Harris Dickinson) et de sa petite amie Yaya (Charlbi Dean, décédée à 32 ans d’une septicémie peu après ce film, horrible…), tous deux mannequins et « influenceurs ». Ces activités leurs permettent d’être invités à bord d’une croisière de luxe, où ils côtoient des personnes plus riches qu’eux, comme un couple d’anglais ayant fait fortune dans l’armement ou un oligarque russe (Zlatko Burić) s’étant enrichi grâce à la vente d’engrais. Mais lors du repas du capitaine (Woody Harrelson), une tempête fait virer la croisière de rêve au cauchemar…

Ah, ce foutu pognon, il nous en fait faire… Soyons honnêtes, dans notre indépassable (?) monde capitaliste, nous en sommes tous avides, que ce soit pour assurer notre subsistance, se payer un « extra » (restau, sortie, voyage…), mener une vie confortable ou étaler notre « réussite » et notre pseudo-supériorité sur autrui. Après Parasite en 2019, il semble que la « lutte des classes » et la critique de la bourgeoisie (mais aussi des classes plus défavorisées) soient dans l’air du temps et un atout considérable pour l’obtention d’une Palme cannoise (la seconde du cinéaste suédois Ruben Östlund, après The Square en 2017). Le film se divise en trois parties. La seconde est de loin la meilleure et m’aura, chose très rare, occasionné un fou rire. Mais avant cela, il faut se taper le prologue où nos deux tourtereaux se « prennent la tête » (et la notre par la même occasion…) pendant un quart d’heure à propos d’une foutue note de restaurant. En cause : la meuf qui laisse payer son mec alors qu’elle gagne plus que lui et qu’il a déjà payé la fois précédente, reproduisant les « stéréotypes de genre », ce que notre gars a du mal à supporter. Nous entrons ensuite enfin dans le vif du sujet avec leur embarcation à bord d’un yacht rempli de « vieilles peaux » ultra-friquées. Nous assistons alors lors d’une soirée à un jubilatoire jeu de massacre : la tempête fait tanguer le navire, les passagers vomissent leur repas à base de caviar et de poulpe caramélisé, les chiottes débordent et le capitaine (génial Woody Harrelson) se livre à une bataille de citations avec l’oligarque russe, lui citant Marx et le milliardaire répliquant par des sentences du couple infernal Thatcher – Reagan. Les deux hommes, ivres, s’enferment dans la cabine de pilotage et Harrelson harangue les milliardaires, avec des phrases du genre « ne rêvez pas, nous ne nous dirigeons pas vers un paradis fiscal » ou « on sait que vos œuvres de philanthropie, c’est pour défiscaliser et vous donner bonne conscience ». Dans une sorte de catharsis, Östlund nous venge quelque peu de ces individus néfastes à l'environnement et au Bien commun, même si montrés sous un jour pas forcément antipathique. Et boum, Harrelson « pilonne » aussi les Etats-Unis et leurs guerres aux quatre coins du monde pour y placer leurs hommes et en tirer un profit économique. Faire passer un message (très bien senti) dans un contexte comique pour qu’il ne soit pas trop lourd, voilà qui est habile. L’attaque terroriste du yacht, traitée en ellipse, débouche sur la troisième partie, celle de l’île déserte, où se retrouve une poignée de survivants : notre jeune couple, le russe, deux autres passagers et trois membres de l’équipage, dont une préposée aux WC qui va prendre les choses en main, étant la seule à savoir pécher et allumer un feu. L’occasion donc d’un renversement de hiérarchie et d’une inversion des statuts sociaux (et de genre). Après quelques péripéties et tensions au sein du groupe, les derniers plans laissent libre cours à une fin « ouverte ». Très intéressant objet filmique. Mais si Bong Joon-ho, avec Parasite, payait son tribut à La Cérémonie de Chabrol, Östlund revisite ici La grande bouffe Ferrerienne dans ses passages scatologiques, tant et si bien qu’on se demande si les œuvres contemporaines de qualité ne seront pas désormais invariablement le fait de petits malins connaissant leur histoire du cinéma sur le bout des doigts…     

Le grand saut (1994), de Joel Coen

 

« Pas d’chance, fiston… L’ascension fût rapide, la descente sera longue. »

C’est l’histoire, en 1958, à New York, de la firme Hudsucker, du nom de son créateur et président, prénommé Waring (Charles Durning). Qui, alors que l’entreprise est florissante, se suicide en plein Conseil d’Administration en se jetant par la fenêtre du building. Le Conseil, avec à sa tête Sidney Mussburger (Paul Newman), décide de confier la présidence à un parfait abruti afin de faire baisser temporairement le cours de l'action et de prendre le contrôle de l’entreprise en rachetant les actions à bas prix. Mussburger jette son dévolu sur le naïf Norville Barnes (Tim Robbins), récemment embauché au service du courrier. Mais Amy Archer (Jennifer Jason Leigh), une ambitieuse journaliste, découvre le pot aux roses et dévoile la vérité dans un article de presse.

Dix ans après leurs débuts et après la Palme d’Or pour Barton Fink (1991), les frères Coen ont enfin les moyens de leurs ambitions avec un budget de 40 millions de dollars et un casting de stars. Bon, moi je les mets un peu dans la même case que Tarantino ou d’autres : producteurs déjantés et malins aux références sûres, dont ils parsèment leurs œuvres. Fargo, j’adore (d’ailleurs, je l’ai gardé) mais je n’ai pas compris le culte voué à The Big Lebowski. Pas vu les autres, pas attiré par les scénars ni les bandes-annonces. Quid de ce loufoque Grand saut, qu’ils ont coécrit avec Sam Raimi ? Mitigé, du bon et du moins bon. Tim Robbins (le grand sot ? Ah ah !) enchaine bien après Short Cuts et Les évadés. Jennifer Jason Leigh, également à l’affiche de Short Cuts, est ici assez insupportable, elle en fait des tonnes (c’est exprès, d’accord…) et semble désireuse de remporter la palme du comédien le plus volubile. Une vraie « pile électrique »… La légende Paul Newman complète ce trio « 5 étoiles ». Reconstitution d’époque et B.O hollywoodiennes, inévitable « bluette » entre Robbins et Jason Leigh, réhaussée par des fulgurances ou digressions comiques et une satire bien sentie du « American way of life » (culte de la réussite) et de l’entreprise hyper-hiérarchisée. [P.S : impossible de ne pas penser au drame du « 11/9 » quand le mec se défenestre au début…]    

Paris, Texas (1984), de Wim Wenders

 

C’est l’histoire d’un mec, Travis (Harry Dean Stanton), il marche seul dans le désert. Et quand t’es dans le désert et que tu marche seul, qu’est-ce que tu fais, à part écouter Jean-Jacques Goldman ou Jean-Patrick Capdevielle ? Ben tu t’écroule de fatigue, sous un soleil de plomb et sans rien à te faire couler dans le gosier… Son frère Walt (Dean Stockwell) vient le chercher mais Travis ne lui adresse la parole qu’au bout de vingt-cinq minutes de film. On apprend qu’il a disparu depuis quatre ans et qu’il a un fils, Hunter (Hunter Carson), élevé par Walt et sa femme Anne (Aurore Clément). Arrivé chez eux, il sympathise avec Hunter qui accepte sans sourciller la situation et son statut de « vrai père ». Ils partent tous deux sur les routes à la recherche de la môman, la «vraie » elle aussi. C’est Jane (Nastassja Kinski) et ils la retrouvent à Houston, sur les renseignements donnés par Anne. Elle bosse dans un peep-show. Travis se fait passer pour un client, il lui parle derrière le miroir sans tain, lui raconte leur histoire et lui donne le nom de l’hôtel et le numéro de la chambre où se trouve Hunter pour qu’elle aille le chercher. Constatant que c’est bien ce qu’elle fait, notre homme se barre à nouveau dans la nuit.

Et c’est bien ? Faut croire, il a eu la Palme d’Or du Festival de Cannes en 1984, l’un des plus grands festivals de cinéma avec la Mostra de Venise et la Berlinale de… gagné, Berlin (comme il y a Roland-Garros, Wimbledon et l’US Open au tennis). Et ça, ce n’est pas donné au premier venu. C’est aussi le film préféré de Kurt Cobain et celui qui a inspiré à Sharleen Spiteri le nom de son groupe pop-rock. Moi, je me suis prodigieusement emmerdé, je dois être un inculte... Y’a quand même de beaux paysages et la musique du bluesman Ry Cooder avec son thème très connu à la « slide guitar ». Du coup, tu te passes le disque en regardant des photos du désert texan, c’est kif-kif et tu t’économise presque deux heures et demie…

Cruising (La chasse) (1980), de William Friedkin

 

« C’est toutes des sacs à foutre ! » - « Qui ça ? » - « Ben, les bonnes femmes… »

C’est l’histoire de Steve Burns (Al Pacino), jeune policier new-yorkais qui accepte, en vue d’une promotion, la proposition du capitaine Edelson (Paul Sorvino) : infiltrer le milieu gay sado-maso, d’où sont issus deux homosexuels sauvagement assassinés par probablement un tueur en série, afin de l'arrêter.

De Friedkin, membre éminent du « Nouvel Hollywood » (la « Nouvelle vague » U.S), j’avais bien aimé French Connection, beaucoup moins L’exorciste, qui en profitait une fois de plus pour humilier l’Eglise (je n’ai rien contre, bien au contraire, à condition que les deux autres grandes religions monothéistes « prennent » elles aussi de temps en temps, ce qui n’arrive pour ainsi dire jamais). Quant à Jade, c’était juste une efficace série B surfant sur la mode du thriller érotique lancée par l’indépassable en la matière Basic Instinct. Ici encore, le scandale et la controverse sont de rigueur puisque le film nous plonge dans les bas-fonds du milieu gay SM new-yorkais. Fruit d’une documentation studieuse, on peut dire que Friedkin n’y va pas de main morte (sic) dans la description de cet univers où règnent luxure et perversité décadente (il a dû couper pas moins de 40 minutes pour éviter le classement X). Qui n’est pas sans rappeler le clip, lui aussi sulfureux, du méga-tube Relax des Frankie Goes to Hollywood. Bref, de quoi donner des sueurs froides aux Alain Bonnet de Soral, Dieudonné M’Bala M’Bala, Eric Zemmourroïdes et autres Christine Boutin 😄… En dehors de ce cadre esthétique, il s’agit d’un thriller basique, qui aurait mérité un peu plus de suspense. Très mauvais souvenir pour le réalisateur ainsi que pour Pacino, irrité par les protestations des associations homosexuelles et le montage final effectué à son insu, qui laisse entrevoir un épilogue ouvert à diverses interprétations.

A history of violence (2005), de David Cronenberg

 

C’est l’histoire… de la violence. Plus précisément celle dont use Tom Stall (Viggo Mortensen), paisible citoyen de la petite ville de Millbrook dans l'Indiana, pour mettre hors d’état de nuire deux tueurs qui s’apprêtaient à braquer son petit restaurant et y commettre un carnage. Devenu une célébrité locale pour cet acte de bravoure, il reçoit la visite dans son établissement de Fogarty (Ed Harris), un mafieux partiellement défiguré à l’œil gauche, qui croit reconnaître en lui Joey, un ancien adversaire. Tom va devoir se replonger dans son passé sans éveiller les soupçons de sa famille.

Acteur est un drôle de métier qui pourra vous amener à simuler une scène d’amour (de sexe, quoi) dans des escaliers. Comme ici Viggo Mortensen (qui nous montre pour l’occasion son fessier dénudé) et Maria Bello (j’espère qu’ils s’en sont sortis sans bleu…). Une scène censée montrer que bien que se sentant trahie par Mortensen, Bello l’a toujours « dans la peau » et lui aussi (attention message : sexe et violence font souvent bon ménage). A history of violence porte bien son titre et se permet même le « luxe » de briser un tabou lors des premières minutes : un meurtre d’enfant (heureusement seulement suggéré). Cronenberg délaisse l’horreur et le fantastique pour un thriller de facture assez classique. Flingues, hémoglobine, mensonge, rédemption et valeurs familiales traditionnelles au menu de ce métrage. Il y a même la petite choupinette aux cheveux blonds comme les blés qui met un couvert pour son pôpa quand celui-ci revient à la maison (comme c’est mimi…), espérant être pardonné, lors de la scène de repas finale, certes émouvante et bien interprétée. 

Nelly et Mr. Arnaud (1995), de Claude Sautet

 

C’est l’histoire de Nelly (Emmanuelle Béart), une jeune femme coincée entre problèmes financiers et un mari « tire-au-flanc » (Charles Berling). Par l’intermédiaire d’une amie (Claire Nadeau), elle fait la connaissance d’un retraité aisé, Pierre Arnaud (Michel Serrault). Celui-ci est en train d’écrire ses mémoires mais peu à l’aise avec l’informatique, il propose à Nelly de l’engager pour les dactylographier et lui fait même un gros chèque afin qu’elle puisse régler ses dettes. Une nouvelle vie commence pour la jeune femme, elle divorce de son mari et rencontre Vincent (Jean-Hugues Anglade), l’éditeur de M. Arnaud.

Suite et fin de la trilogie Sautet « dernière manière », après Quelques jours avec moi et Un cœur en hiver, avec deux Césars à la clé (meilleur réalisateur et meilleur acteur pour Serrault). Il n’y a pourtant pas de quoi grimper aux rideaux… Tout est téléphoné, on s’attend à tout avant que ça n’arrive. Les ingrédients d’un film de Claude Sautet ? Tout d’abord, une brasserie ou un café, élément indispensable, que le film se déroule à Paris (le plus souvent), à Limoges ou à Trifouilly-les-Oies. Mettez de bons ou grands acteurs (deux, parfois trois) autour d’une table, faites-les parler de tout, de rien et surtout d’amour. A un moment dans le film, il faudra qu’il y ait une dispute, ne serait-ce que pour réveiller les spectateurs qui se seraient assoupis. Mais n’ayez crainte, tout finira par un « happy end » ou bien sur une note « douce-amère ». Bon, et à la fin, il l’a « ken » ? Ben non, vu la différence d’âge, ça reste une relation purement platonique. Bertrand Blier aurait osé mais pas le sage Claude Sautet…

P.S : pour info, « Mr. », ça veut dire « Mister ». L’abréviation française de « Monsieur » est « M. ».

La cérémonie (1995), de Claude Chabrol

 

« Il est à Mélinda, c’est Jérémie qui lui a offert pour son anniversaire. » - « Ben justement, elle n’en aura plus besoin. »

C’est l’histoire de Sophie (Sandrine Bonnaire), qui est engagée comme domestique (oui, « encore » en ce 20ème siècle finissant… Ils voudraient pas qu’on les aide aussi à se torcher, non ?) dans la demeure bretonne de la famille Lelièvre (Jean-Pierre Cassel, Jacqueline Bisset, Virginie Ledoyen et Valentin Merlet). Elle se lie d’amitié avec Jeanne (Isabelle Huppert), la postière du village, qui voue une détestation forcenée à cette famille (sentiment réciproque pour ce qui est du père de famille, qui a constaté son insolence et son incompétence) et plus généralement aux bourgeois. Peu à peu, cette dernière monte Sophie contre ses employeurs. On apprend aussi que les deux femmes ont un passé trouble.

Je l’avoue sans honte : La cérémonie, ou plus précisément son atroce et gerbant épilogue, m’a bien plus traumatisé, ou du moins hanté durablement après visionnage, que nombre de films d’horreur ou même Seven, Shining, Psychose ou Les dents de la mer, classiques de ma DVDthèque depuis « digérés ». Sans doute car l’horreur se déploie ici dans un cadre plus réaliste et qu’elle y est glaçante. Il est vrai aussi que je suis d’un naturel (très) sensible et ça ne s’arrange pas avec l’âge, bien au contraire. Quoi qu’il en soit, qui aurait cru que ce sentiment d’effroi puisse surgir d’une œuvre du jovial Claude Chabrol, figure de proue de la fameuse (et fumeuse ?) « Nouvelle Vague » dont il disait qu’« il n’y a pas de Nouvelle Vague, il n’y a que la mer » et fin observateur (et peintre) de l’univers feutré de la petite bourgeoisie de province ? Quoique, en jetant un coup d’œil à sa foisonnante filmographie, on ne s’en étonnera finalement pas tant que ça (Que la bête meure, Le boucher, Violette Nozière, Les fantômes du chapelier, L’enfer…Du déjà bien « flippant »).

Mais pour tout dire, je n’y crois pas tellement, à cette histoire. Ce n’est pas moi le psy, c’est Caroline Eliacheff, coscénariste, mais je trouve qu’il manque une gradation dans la tension, une ou deux scènes supplémentaires pouvant « expliquer » le passage à l’acte. A aucun moment dans le film, on ne s’attend à voir les deux femmes sombrer dans la folie meurtrière, même quelques instants avant le drame. Les Lelièvre ne sont pas particulièrement odieux, notamment Virginie Ledoyen, très prévenante et s’ils se laissent parfois aller à quelques remarques blessantes en privé, c’est davantage par réflexe de classe que par réelle méchanceté. Et puis j’aurais vu l’explosion de cette rage contenue s’accompagner d’une intensité vocale et sonore ad hoc. Or, pas du tout, les deux femmes sont d’une froideur, d’un détachement, d’un cynisme inouïs, comme si elles accomplissaient un acte tout à fait banal et anodin. Là est d'ailleurs peut-être le plus choquant. Les seules émotions qui transparaissent chez Bonnaire sont la peur panique lorsqu’elle est directement confrontée à son handicap (elle est analphabète, c’est justement cette découverte par Ledoyen qui sera le déclencheur de l’engrenage meurtrier) et quelquefois la joie avec Huppert. Sinon, elle donne du « je sais pas », « j’ai compris » ou du « bien Monsieur / Madame / Mademoiselle » à tire-larigot. Huppert (César de la Meilleure actrice, son premier, elle en obtiendra un autre en 2017 pour le Elle de Verhoeven), elle, est plus expressive et dévergondée, plus sournoise (et toxique !) aussi.

Le film, librement inspiré de la célèbre « affaire des sœurs Papin » de 1933 (j’invite ceux qui pensent que la violence est l’apanage de notre société contemporaine à y jeter un… œil, c’est le cas de le dire…), a beaucoup été « vendu » comme le « dernier film marxiste ». Soit. Les différences de classes sociales sont ici exprimées, voire surlignées, par le prisme des goûts culturels : aux bourges l’opéra et la littérature, aux prolos les films commerciaux (« avec Paul Newman ») et la « télé-poubelle ». Mais il y a d’autres thématiques, comme l’effet d’entrainement avec l’attitude « pousse-au-crime » insidieusement instillée par le personnage d’Huppert. J’ajouterais aussi le lesbianisme entre les deux héroïnes, qui m’apparait sinon évident, au moins envisageable en filigrane (rires sur la couette, baisers sur la joue appuyés).

J’ai bien fait de revoir le film et surtout de lire sa fiche Wikipedia car un élément du final m’avait complètement échappé lors de mon premier visionnage. En effet, je n’avais pas saisi que le radio-cassette qu’emporte Huppert après le carnage avait enregistré son aparté avec Bonnaire à l’issue de celui-ci (les Lelièvre ayant souhaité enregistrer l’opéra de Mozart qui passait à la télé à ce moment-là). Ainsi, je pensais que la police, retrouvant l’appareil dans sa voiture accidentée, lui ferait porter l’entière responsabilité du crime à titre posthume, Bonnaire s’en tirant à bon compte. Mais avec l’enregistrement de la discussion des deux femmes, signant leur complicité, c’est différent. Une fin morale, donc, l’une mourant dans un accident de voiture, l’autre n’échappant vraisemblablement pas à une future interpellation mais bien trouvée grâce à l’astuce du radio-cassette et suffisamment implicite.

Caché (2005), de Michael Haneke

 

C’est l’histoire de Georges (Daniel Auteuil), journaliste littéraire à la télé et de sa femme Anne (Juliette Binoche), qui reçoivent à leur domicile de curieux dessins sanguinolents et cassettes vidéo anonymes, montrant leur maison filmée en plan fixe depuis la rue d’en face, une maison de campagne où Georges a passé son enfance et le couloir d’un immeuble de Romainville. La police ne pouvant leur venir en aide face à l’absence d’agression et de revendication, Georges va mener sa propre enquête.

Monsieur Haneke me semble être quelqu’un de torturé, voire de dérangé. Il reconnait lui-même dans le « making-of » que faire des films lui fait économiser des séances de psy. Dans La pianiste, Isabelle Huppert regardait des films pornos en humant les kleenex maculés de sperme des spectateurs précédents et soulageait sa vessie en matant des couples faisant l’amour dans leur bagnole. Ici, il n’est pas question de cul, il nous prend littéralement « en traitre » avec deux scènes soudaines d’une extrême violence (l’affiche donne un léger indice). Comme dans la plupart des films français, le couple incarné par Auteuil et Binoche évolue dans un milieu bourgeois « bobo » (il n’y a guère que Lindon pour jouer les prolos, c’est même devenu un filon). Et comme toujours ou presque, les dialogues sont parfois difficilement audibles, même sans musique, entre celles et ceux qui ont la voix sourde ou qui parlent entre leurs lèvres. Mais comme ils sont souvent d’une banalité reflétant celle du quotidien (du type « tu veux du parmesan sur tes pâtes ? »), ce n’est pas excessivement gênant. Concernant l’histoire, on jongle entre différentes thématiques (mensonges au sein du couple, secrets d’enfance, mauvaise conscience post-coloniale qui tombe comme un cheveu sur la soupe…) et l’on ne voit pas très bien où veut nous mener le cinéaste, la fin nous laissant également dans l’expectative. Je n’ai rien contre les œuvres qui questionnent et vont à rebours du « prémâché », au contraire, mais qu’on me donne au moins quelques pistes de réflexion crédibles et des branches auxquelles me raccrocher… Là, c’est vraiment trop flou.

P.S : pour les adeptes de pèlerinage sur les lieux de tournage, la baraque du couple Auteuil – Binoche se trouve au 49 de la rue Brillat-Savarin dans le 13ème arrondissement de Paris.

Le vieux fusil (1975), de Robert Enrico

 

C’est l’histoire d’un chirurgien de province, sous l’Occupation allemande, qui soigne à ses risques et périls des Résistants. Se sentant menacé par la milice, il décide de mettre à l’abri sa femme et sa fille dans son château situé à la campagne. Un jour, allant les retrouver, il y découvre l’horreur…

Y’a qui dedans ? L’un des plus grands acteurs français, Philippe Noiret et l’une des plus belles actrices de l’histoire du cinéma (même s’il y en a quelques-unes), Romy Schneider, qui nous a quitté il y a 43 ans jour pour jour à… 43 ans, sans que son corps sans vie ne soit autopsié (« pour ne pas casser le mythe », dixit le magistrat chargé de l’enquête à l’époque). Jean Bouise joue quant à lui l’ami de ce couple mythique.

Et c’est comment ? Effectivement, un choc. Voilà donc l’un des deux récipiendaires du « César des Césars » en 1985 (Cyrano de Bergerac sera le second dix ans plus tard) et premier lauréat de l’illustre cérémonie en 1976. En s’inspirant du massacre d'Oradour-sur-Glane du 10 juin 1944, Robert Enrico nous emmène dans les tréfonds de la barbarie « humaine » (sic). A ce propos, il serait intéressant de répertorier, dans l’histoire du cinéma, le nombre de films ayant pour cadre et/ou intrigue (principale ou connexe) la Seconde guerre mondiale, ce doit être impressionnant, surtout par rapport au premier conflit mondial, beaucoup moins traité en comparaison (arrêtez-moi si je me trompe)… On en viendrait à se demander de quoi ces films auraient parlé si elle n’avait pas eu lieu (fin de la parenthèse). Pour en revenir au film, de mémoire et en exceptant les films d’horreur (et encore), le supplice enduré par Romy est sans doute parmi ce à quoi de plus immonde, atroce et révoltant j’ai pu assister en tant que spectateur, avec Irréversible et le final de Casino. Le procédé est désormais connu : faire commettre les pires saloperies par les « méchants » (un pur euphémisme, ici) pour pouvoir « justifier » de leur faire subir pareil sort en guise de punition. Un peu facile et faisant appel aux instincts humains les plus bas (« loi du talion »). Le film entremêle scènes de grande violence (la vengeance de Noiret, qui exécute un à un les SS auteurs du massacre) et flashbacks sur ses moments forts passés avec sa femme et sa fille, contraste revendiqué par le réalisateur.

Vieux fusil : ben oui

Lance-flammes : oui

Femme à poil : non

Fight Club (1999), de David Fincher

 

« J’ai voulu détruire quelque chose de beau. »

C’est l’histoire d’un salarié dépressif et insomniaque, englué dans la société de consommation, qui soulage ce mal-être en participant à des groupes de parole fréquentés par des personnes en plus grande souffrance que lui. Ces réunions sont « parasitées » par la présence d’une fille paumée, ce qui l’importune. Il lui propose alors de se répartir les jours de la semaine afin de ne plus se croiser. Un jour, après que son appartement ait accidentellement pris feu, il rencontre l’énigmatique Tyler Durden, qui lui parle d’un club de combats clandestins dont il est l’initiateur. Mais Tyler est-il réel ou n’est-il qu’une création, un double fantasmé de notre héros ?

Y’a qui dedans ? Brad Pitt, après Seven, retrouve Fincher pour ce rôle de Tyler Durden. Edward Norton, révélé dans Peur primale (1996) et American History X (1998), confirme son talent pour les rôles ambigus dans celui de ce salarié déprimé. Helena Bonham Carter (qui ressemble à Anouk Grinberg dans Merci la vie, genre « femme-enfant ») vient apporter la touche féminine dans cet univers très « pour nous, les hommes ».

Et c’est bien ? Fincher, j’aime bien. Mis à part The Social Network (2010), j’ai vu tous ses films jusqu’à Gone Girl (2014) inclus. Même si je n’en ai qu’un seul dans ma DVDthèque (l’incontournable Seven), ses scénarios m’intéressaient suffisamment pour que j’y jette un œil à chaque fois. Paradoxalement, si ce Fight Club controversé, emblématique de la « Génération X » (la mienne, NDLR) et désormais culte m’avait impressionné à l’époque, je ne suis aujourd’hui pas loin de le placer plutôt en bas de classement parmi les réalisations du cinéaste. Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, des effets de mise en scène un peu « tape-à-l’œil ». Fincher vient du clip (Madonna, Billy Idol, Aerosmith, Michael Jackson, les Stones…) et ça se ressent particulièrement ici. Heureusement, il adoptera par la suite un style bien plus classique et mature. D’autre part, le « twist » final, invraisemblable et somme toute plutôt moral (mis en musique par le Where Is My Mind ? des Pixies), de ce que j’en ai compris (un homme, une femme et on repart de zéro sur des bases plus saines). Cette adaptation cinématographique du roman éponyme de Chuck Palahniuk a fini par devenir un film de chevet dans les cercles « virilistes » et MGTOW (de droite et son extrême, donc). Le refrain est connu : « le salariat et le confort consumériste, ça ramollit. Après, ça fait des pédés et on perd les guerres ». Ce qui est paradoxal sachant qu’ils sont par ailleurs extrêmement favorables au capitalisme, système entièrement basé sur… la consommation. Mais on n’est pas là pour philosophailler et chacun y verra bien ce qu’il veut. Qu’il soit « facho » ou libertaire, Fight Club est certes spectaculaire, parfois (légèrement) drôle et bien fait mais aussi un peu toc, versant dans la provoc facile et la violence gratuite.

Savon : oui

Pingouin : oui

Femme à poil : oui mais acte sexuel stylisé (Helena Bonham Carter)