Affichage des articles dont le libellé est Ferreri Marco. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ferreri Marco. Afficher tous les articles

Touche pas à la femme blanche ! (1974), de Marco Ferreri

 

«Ces gens-là refusent d’admettre la valeur de la propriété privée et des avantages qui en découlent.»

C’est l’histoire… de la bataille de Little Bighorn mais transposée… au « trou » des Halles, lors de leur destruction au début des années 70. Les « tenants de l’Economie » mandatent les généraux Terry (Philippe Noiret) et Custer (Marcello Mastroianni) pour exterminer les Indiens qui leur résistent.



Ce film, qui fait suite au succès de La grande bouffe et bénéficiant donc d’un budget conséquent, démarre sur les chapeaux de roue : quatre hommes ternes, en costard et nœud papillon, se proclamant « tenants de l’Economie donc du Progrès et de la Civilisation » (sic), dissertent et ambitionnent d’anéantir la résistance des Indiens en les exterminant, malgré la réprobation de l’un d’eux, trouvant la méthode trop « barbare ». Ils se rendent donc au chevet de leur « bras armé », un général incarné par Philippe Noiret, en pyjama rouge une pièce, pour lui exposer leur projet. Jubilatoire. Inévitablement, derrière, ça se casse un peu la gueule. On reprend les quatre mêmes du Ferreri précédent (Noiret, donc mais aussi Mastroianni, Piccoli et Tognazzi) et on leur adjoint Serge Reggiani (méconnaissable en Indien, rasé et seulement « vêtu » d’un pagne), Darry Cowl et notre Catherine Deneuve nationale (en rousse). Passée l’idée géniale de départ et en attendant la bataille finale (les vingt dernières minutes), on fait face à un ensemble poussif où l’on se « contente » de la partition des acteurs. De toute manière, tous ces mecs (et cette nana) ont une telle aura que, pour peu qu’ils aient des personnages truculents à jouer, ils peuvent te sauver un film à eux seuls. Mastroianni et surtout Piccoli (en Buffalo Bill) en font des tonnes, Tognazzi (en Indien « passé à l’ennemi » mais malgré tout toujours stigmatisé) n’hésite jamais à se mettre minable pour un rôle (une scène à poil et réception de tomates écrasées dans la figure) et même Cathy, en dame patronnesse, casse son image en proposant un jeu plus outré qu’à l’accoutumée, comme lorsqu’elle simule un orgasme (sans rapport sexuel) devant son Marcello d’amour. Quant à Noiret, il conserve son habituel flegme débonnaire. Projet fou, pastiche de western, « couronné » d’insuccès (dix fois moins d’entrées que La grande bouffe), Touche pas à la femme blanche ! s’autorise même des incartades… gore (décapitations…), notamment lors de la bataille finale qui verra la victoire écrasante de la résistance indienne. Le film est avant tout une charge politique anticoloniale, témoin de la lutte homérique que se mènent à travers les âges le Progrès et la Tradition, l’Occident (et ses guerres « préventives »…) et pays « non alignés », le Nord et le Sud, les riches et les pauvres, les « démocraties libérales » et les régimes autoritaires (le parallèle entre le génocide des Indiens et la gentrification de Paris déjà à l’œuvre est évident).  

Liza (1972), de Marco Ferreri

 

« Est-ce que c’est possible de vivre seul ? » - « Oui, on s’y habitue très facilement. »

Une femme qui a du chien…

C’est l’histoire de Giorgio (Marcello Mastroianni), un peintre qui a décidé de vivre en ermite avec son chien Melampo sur une île du Sud de la Corse. Sa tranquillité est troublée par l’arrivée sur l’île de Liza (Catherine Deneuve), magnifique femme blonde qui a quitté le bateau de ses amis sur un coup de tête. S’attachant à Giorgio, elle tue Melampo en le faisant nager jusqu’à épuisement puis prend sa place auprès de son maître, en se délestant de son humanité. Une étrange relation s’établit alors entre les deux protagonistes.

Quelle connerie, ce film ! Il ne s’y passe quasiment rien. On ne sait pas de quoi vit ce mec (d’amour et d’eau fraîche ?) car s’il pêche des poissons, il a aussi du pain, des œufs et une petite cuisinière ! Et d’elle, on ne sait strictement rien. Pas bien grave, me direz-vous car l’essentiel est ailleurs. Mais où ? Quoi qu’il en soit, au bout de 30-40 minutes, l’ambiance passe du « glamour » au malsain avec tout d’abord le meurtre du clébard puis la relation sado-maso qui s’instaure entre le couple star (à la ville comme à la scène et dont le fruit de l’union, Chiara, naquit cette même année 1972). Rester à genoux ou à quatre pattes, boire dans une gamelle, avoir un collier, aller chercher le bâton qu’envoie au loin Mastroianni ou lui lécher la joue ou la main, tout ou presque y passe pour notre pauvre Cathy, par ailleurs toujours aussi superbe et qui nous dévoile à nouveau un sein (chose assez rare). Déstabilisant et complètement grotesque. Comme durer une heure trente (la durée typique du projet bâtard) sur une île avec un postulat si mince n’est pas chose aisée, on invente une « intrigue » parallèle et Mastroianni doit se rendre à Paris au chevet de sa femme qui a tenté de se suicider. Deneuve l’y rejoint alors qu’il le lui a interdit (comment l’a-t-elle retrouvé ? On s’en branle…). Et ils repartent sur l’île où, après quelques désagréments, une issue que l’on pressent fatale les attend, leur tentative de s’en échapper étant vouée à l’échec. A des années-lumière de son successeur La grande bouffe : les paysages, le couple vedette et c’est marre !  

La grande bouffe (1973), de Marco Ferreri

 

« Je ne sais pas si les féculents sont recommandés pour mon aérophagie… »

C’est l’histoire de quatre bonhommes, de bon niveau social (un pilote d’avion, un juge, un restaurateur et un présentateur télé), qui se retrouvent dans la villa de l’un d’eux pour un « séminaire gastronomique ». En réalité, ils y organisent leur suicide en mangeant jusqu’à ce que mort s’ensuive, tout en se livrant à une sexualité débridée avec quelques invitées (une institutrice et trois prostituées).

C’est l’histoire d’un des plus gros scandales (compréhensible) du Festival de Cannes, en 1973.

C’est l’histoire du film dont s’inspirèrent Michel Barny et Frédéric Lansac pour leur Mes nuits avec… Alice, Pénélope, Arnold, Maude et Richard (1976), possiblement le meilleur porno français de l’histoire.

C’est avec qui ? Deux Français (Philippe Noiret et Michel Piccoli) et deux Italiens (Ugo Tognazzi et Marcello Mastroianni). Et Andréa Ferréol.

Et c’est bien ? Le film va loin, pour 1973 et peut-être même encore aujourd’hui : festival de mets et de pets, inondation d’excréments, scènes de sexe... C’est l’un de ceux, avec entre autres Le dernier tango à Paris de Bertolucci, à avoir enfoncé les derniers coins dans la censure (il était interdit aux moins de 18 ans), avant son abolition en France avec l’arrivée au pouvoir de VGE en 1974. Andréa Ferréol, qui a dû grossir de 25 kilos pour le rôle de l’institutrice invitée par nos quatre larrons, donne de sa personne, s’asseyant fesses à l’air sur un gâteau ou se faisant toucher la chatte (nue) par Mastroianni. Les rôles semblent bien définis : à Piccoli les flatulences, à Noiret les fellations (suggérées, je vous rassure…) et aux « ritals » de montrer leur cul. Avis à ceux qui ne craignent pas les… indigestions…

Bugatti type 37 : oui

Tête de cochon : oui

Homme et femme à poil : oui (Ferréol, tout ; Tognazzi et Mastroianni, le cul)

Up 👍: satire drolatique de la bourgeoisie et des excès du consumérisme, où l’homme est réduit à ses instincts les plus primaires : bouffer et baiser

Down 👎: faut tout de même parfois un peu « s’accrocher »…