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Ma saison préférée (1993), d’André Téchiné

 

« C’est pas la peine de prendre des airs constipés, c’est tout à fait naturel… »

C’est l’histoire d’un frère, Antoine (Daniel Auteuil) et d’une sœur, Emilie (Catherine Deneuve), qui se rapprochent à l’occasion de la maladie de leur mère Berthe (Marthe Villalonga). Une relation complexe.

Après le choc Prisoners, je comptais sur ce Téchiné, qui clôture mon « cycle » consacré à ce réalisateur, pour passer une soirée « pépère ». Ce ne fût pas tout à fait le cas. Ma saison préférée est considéré comme l’un des « highlights » du cinéaste tarn-et-garonnais, avec un duo de stars à l’affiche : Daniel Auteuil (quel pif…) et Catherine Deneuve (une œuvre d’art d’alors un demi-siècle). Enième film français produit et mis en musique par les frères Sarde, il nous narre la relation « amour – haine », faite de tensions et de moments plus tendres, entre un frère et une sœur confrontés à la maladie de leur mère (Marthe Villalonga, qui quitte ici avec bonheur son registre comique habituel pour celui du drame). Le film renvoie donc potentiellement à nos histoires personnelles et à des situations que nous sommes susceptibles de rencontrer au cours de notre existence (la scène, pesante et émouvante, où ils emmènent leur mère souffrante en maison de retraite, ni l’un ni l’autre ne pouvant la garder chez lui et s’en occuper). Bref, ce n’est pas encore ça qui va me rendre gai comme un pinson… A noter la présence au casting de Chiara Mastroianni, qui joue dans le film ce qu’elle est dans la vie (la fille de Catherine - et de Marcello, comme son nom l’indique) et de Carmen Chaplin (oui, la petite-fille de Charlie).    

Les roseaux sauvages (1994), d’André Téchiné

 

« Je suis un pédé… Je suis un pédé… Je suis un pédé ! »

C’est l’histoire… d’un pédé. Mais pas que. Reprenons. C’est l’histoire, en 1962 et dans le Sud-Ouest français, en pleine guerre d’Algérie, de quelques adolescents qui s’apprêtent à passer leur bac. Il y a là Maïté (Elodie Bouchez), communiste et féministe par sa mère, membre du PCF ; son ami François (Gaël Morel), avec qui elle entretient des relations chastes et qui lui avoue son penchant pour les garçons : il hésite entre Serge (Stéphane Rideau) et Henri (Frédéric Gorny), pied-noir qui ne cache pas ses sympathies pour l’OAS.

A y est, j’ai un nouveau lecteur DVD / Blu-ray, un Thomson à 100 balles… Putain, incroyable la baisse de gamme de ces appareils, c’est ultra-léger et ultra-cheap, la télécommande minuscule, l’affichage du minutage est seulement à quatre chiffres (et encore, le mien en a un, ne nous plaignons pas…), ce qui signifie que le minutage, qu’il soit à 56 minutes et 24 secondes ou à 1 heure, 56 minutes et 24 secondes, affichera invariablement « 56 : 24 »… Mais bon, je ne suis pas là pour vous faire chier avec ces problèmes d’Occidental matérialiste pourri gâté mais pour vous parler de ce film de Téchiné que j’ai enfin pu voir, l’ayant acheté à petit prix sur Vinted après des essais infructueux à ma médiathèque municipale. Les roseaux sauvages est la version longue pour le cinéma d’une commande d’ARTE sur le thème de l’adolescence. Un an après Ma saison préférée, Téchiné quitte les prestigieux Deneuve et Auteuil pour une petite équipe d’acteurs débutants (ayant tous entre 18 et 22 ans) ou quasi, Elodie Bouchez (j’aime beaucoup ce genre de meufs, femme-enfant comme Anouk Grinberg notamment) étant la plus « chevronnée » puisqu’il s’agissait alors de sa cinquième apparition sur grand écran. Le réalisateur mêle éléments autobiographiques (dont la réplique introductive) et émois adolescents, sur fond d’évènements historiques (la guerre d’Algérie). Il (François) se découvre homo et « flashe » sur le beau Serge (ah ah !) mais pour celui-ci, ce n’était qu’une passade, une expérience. Elle est communiste et asexuelle (avant que ça existe), lui est pied-noir et pour l’OAS, et pourtant… Une ultime baignade sera l’occasion pour eux de s’avouer leurs sentiments. Et à l’arrivée, ça nous fait un film, un prix Louis-Delluc et quatre Césars (et non des moindres : meilleurs film, réalisateur, scénario et espoir féminin pour Bouchez). Elle est pas belle, la vie ?

J’embrasse pas (1991), d’André Téchiné

 

« Et bien oui, je suis une « folle ». C’est une question d’honneur. Et s’il n’en reste qu’une, je serai celle-là. Là-dessus, je suis très traditionnel : j’adore me travestir et j’adore me faire enculer. »

C’est l’histoire de Pierre (Manuel Blanc), tout juste majeur, qui quitte les Pyrénées pour monter à Paris avec le fol espoir d’y devenir comédien. Las, sa quête initiatique va se solder par une descente aux enfers…

Le thème de l’homosexualité, très présent dans l’œuvre de Téchiné, est à nouveau de la partie. Notre jeune Pierre va d’abord se taper Hélène Vincent (scène de cul : oui, on voit ses nichons), son seul contact à son arrivée dans la capitale. Elle va lui trouver un job de plongeur dans un hôpital, où il fera la connaissance de Roschdy Zem, qui le présentera à un vieux couple d’homosexuels. Le toujours flegmatique Philippe Noiret endossera le rôle de l’un d’eux (mais c’est l’autre, Ivan Desny, qui sera l’auteur de la réplique liminaire). Celui-ci fréquente le Bois de Boulogne, en recherche de garçons prostitués. Et les choses ne tournant pas comme il l’aurait souhaité (échec dans ses cours de théâtre, renvoyé de son travail à l’hôpital, perte de ses affaires lors d’un vol), c’est là, dans ce milieu interlope, que Manuel Blanc (premier film et César du meilleur espoir masculin) va atterrir, prenant goût à ce mode de vie fait d’indépendance et d’argent « facile ». Il va tomber amoureux d’une prostituée comme lui, incarnée par Emmanuelle Béart (scène de cul : non mais nous aurons l’occasion d’apprécier sa plastique avantageuse - ce fessier ! - sous la douche). Mais ce n'est pas du goût de son proxénète qui, en guise de représailles et avec l’aide de deux complices, compostera l’arrière-train de Blanc une nuit, sur un terrain vague proche des voies ferrées, sous le regard d’une Béart effondrée. Après ce « bizutage », il est temps pour Blanc de faire son service militaire puis de retourner dans son Sud-Ouest (région natale de Téchiné). Mais promis, il retournera à Paris et « cette fois, ce sera différent ». Un Téchiné pas trop mal, sombre et parfois glauque mais aussi lumineux par moments.

Le lieu du crime (1986) / Les innocents (1987), d’André Téchiné

 

« Dans la vie, on n’a pas l’choix : ou on est ivre, ou on est triste. » (Jean-Claude Brialy dans Les innocents)

Deux Téchiné pour le « prix » d’un. Mais quelle mouche m’a donc piqué pour que je m’inflige la filmographie de ce cinéaste, à priori à mille lieues de mes préoccupations ? C’est que ce gars-là est considéré par ses pairs comme un « géant du cinéma français »… Et de fait, la liste des comédiennes et comédiens qu’il a eu sous ses ordres a de quoi donner le tournis : Moreau (Jeanne), Pisier, Depardieu, Adjani, Brialy, Huppert, Dewaere, Trintignant (Jean-Louis), Binoche, Wilson (Lambert), Lanoux, Darrieux (Danielle), Bonnaire, Noiret, Béart (Emmanuelle), Vincent (Hélène), Auteuil, Magimel, Amalric, Blanc (Michel), Dussollier, Bouquet (Carole), Canet and, last but not least, l’un des derniers mythes français, Catherine Deneuve, qu’il dirigera à pas moins de huit reprises. Soit une bonne partie du « gratin » du cinéma hexagonal. Il révéla aussi Elodie Bouchez, Wadeck Stanczak, Pascal Greggory, Gaël Morel, Manuel Blanc, Stéphane Rideau ou encore Gaspard Ulliel. Nous nous trouvons là dans du cinéma d’auteur qui construit une « œuvre », ayant pour principaux thèmes les amours impossibles (ou contrariés), les rapports familiaux, l’homosexualité (Téchiné l’est lui-même), le tout parsemé (conjointement ou au choix) de faits divers, de considérations politico-sociales, de fragments autobiographiques et de scènes de nu ou de sexe gratuites faussement « provoc ». Ceci posé, ces deux films, mineurs et aux scénarios abracadabrantesques, ne valent pas tripette. Dans Le lieu du crime, Catherine Deneuve, mère d’un garçon au caractère difficile, s’éprend d’un fugitif évadé de prison (Wadeck Stanczak) qui avait racketté mais aussi sauvé celui-ci en tuant son complice. Quant à Les innocents, il voit la surdouée précoce Sandrine Bonnaire (alternant toujours regard ombrageux et sourire éclatant), pourtant à la base pas attirée par les hommes, tomber amoureuse simultanément de deux jeunes hommes, un « beur » (le futur cinéaste Abdellatif Kechiche, qui nous montre ses « attributs ») et un militant d’extrême-droite repenti (Simon de La Brosse) qu’il a tabassé pour se venger d’un incendie raciste auquel ce dernier avait participé et qui avait occasionné des brûlures au visage d’un membre de sa communauté. Bref, deux histoires hautement improbables. Ah, l’amûûûûr, toujours l’amûûûûr…

Rendez-vous (1985), d’André Téchiné

 

« Avec Paulot ? Il est gentil mais ça suffit pas. »

C’est l’histoire de la jeune Nina (Juliette Binoche), qui quitte la province pour s’installer à Paris en vue d’une carrière de comédienne. Elle trouve refuge chez Paulot (Wadeck Stanczak), modeste agent immobilier qui l’héberge avant de lui trouver un appartement. Ce dernier vit en colocation avec le ténébreux Quentin (Lambert Wilson), acteur dans des théâtres érotiques. Paulot aime Nina mais celle-ci est plus sensible au charme de Quentin, qui décède brutalement un soir en sortant de chez elle, écrasé par une voiture.

Vous l’aurez compris en jetant un simple coup d’œil sur la jaquette : il va beaucoup être question de cul, ici. La belle Juliette y lance quasiment sa (brillante) carrière, en cette féconde année 1985 (pas moins de six films où elle est à l’affiche sortis cette année-là !). Et elle le fait « corps et âme »… Le premier est inspecté sous toutes les coutures : deux scènes où elle montre ses seins, une où Wilson pose sa tête sur son ventre, avec sa chatte sous le nez et deux autres où elle est allongée sur le ventre, les fesses à l’air (dont une où Wilson lui glissera la main dans sa fente). Avec le recul de l’ère #MeToo, y’a comme qui dirait de l’abus... Autant se mater un bon boulard, au moins y’aurait pas d’ambiguïté. Pour ce qui est de l'« âme », elle sera amenée à chialer en deux ou trois occasions. Bon, donc en gros, l’histoire, c’est le gentil petit agent immobilier qui reste confiné dans la « friend zone ». Ben oui, mon Paulot, t’es trop lisse, il en faut plus pour les faire mouiller, ces grognasses. Elles préfèrent les « chads » ou les mecs « mystérieux », même s’ils sont suicidaires comme ici. Elles veulent « ressentir des émotions », quoi… Même mort, Wilson continue d’obséder Binoche mais le Paulot parviendra tout de même à ses fins en la baisant bien comme il faut (pauvre Juliette, elle se fait cracher deux fois au visage par Stanczak avant qu'il ne le lui léchouille...) dans l’arrière-boutique de son agence, à l’heure de la fermeture. Tout en prenant soin de la larguer juste après, comprenant qu’elle n’est pas pour lui. T’as bien fait, mon Paulot, elle t’en aurait fait voir de toutes les couleurs, cette nana-là et comme Patriiiiiiiiiick, t’en aurais eu marre…

Les voleurs (1996), d'André Téchiné

 

C'est l'histoire de deux frères, que tout oppose et qui se détestent. Et pour cause : l'un, Alex (Daniel Auteuil), est flic tandis que l'autre, Ivan (Didier Bezace), est à la tête d'un gang de voleurs de voitures. Ils ont une liaison avec la même femme, Juliette (Laurence Côte), une jeune délinquante, qui entretient aussi une relation avec Marie (Catherine Deneuve), une prof de philo divorcée. Un soir, un vol organisé par la bande et auquel participe Juliette, contre l'avis de son frère et complice Jimmy (Benoît Magimel), tourne mal et Ivan est abattu. Alex, très mal vu dans sa famille, va mener l'enquête.

Boudiou, les Sarde (Alain à la production, quelques ennuis avec la Justice et Philippe à la musique), ils en ont fait une chiée, de films... Alors là, nous sommes dans la série des films « à quoi ça sert ? ». Pas vraiment de « message », juste une histoire pas trop mal troussée mais sans grand éclat. Laurence Côte baise avec tout le monde et nous montre sa touffe, à la pilosité fournie, ce n'est pourtant pas un sex-symbol... Auteuil, lui, nous montre son fessier (Magimel un peu aussi), après sa partie de jambes en l'air avec la susnommée (ils font ça dans une chambre d'hôtel fenêtres grandes ouvertes. Quand bien même les bâtiments alentours sont relativement lointains, cela se fait-il ?). Par contre, vous ne verrez évidemment pas la paire de loches de Miss Catherine, cachée par Côte lors de leur scène dans une baignoire. Bon, les chattes, les fesses, les seins, t'as rien d'autre à nous causer, ducon ? Ben, pas grand-chose, non. Le film comporte des flashbacks et adopte tantôt le point de vue (voix off) d'Auteuil, tantôt celui de Justin (un jeune d'une dizaine d'années et qui a la tronche de Mark Hollis, feu leader de Talk Talk : coupe au bol, air triste et oreilles décollées), le fils du trafiquant et frère d'Auteuil. Il y a un court passage dans ma ville de Marseille et c'est là où Téchiné voulait faire son film. Mais n'y ayant pas eu ce qu'il souhaitait, il s'est rabattu sur Lyon. C'est ce qu'on apprend, entre autres, dans la laborieuse interview « deux de tension » du réalisateur (des « euh » tous les trois mots...) en bonus du DVD. Bref, Téchiné, pour l'instant, c'est pas glorieux. J'espère avoir plus de chance avec Les Sœurs Brontë, Rendez-vous, J'embrasse pas, Ma saison préférée (Auteuil et Deneuve, encore) et Les roseaux sauvages...

Hôtel des Amériques (1981), d’André Téchiné

 

« J’aimerais qu’on s’perde et que personne ne nous r’trouve… »

C’est l’histoire d’Hélène (Catherine Deneuve), anesthésiste, qui, un soir, fatiguée au volant, renverse accidentellement Gilles (Patrick Dewaere) dans une rue de Biarritz. A l’occasion de cette rencontre, Gilles va très vite être séduit par le charme fou d’Hélène et être troublé par son comportement. Celle-ci cache en effet un profond traumatisme suite à une précédente histoire d’amour.

Allez, on commence un petit cycle Téchiné, sans forcément... s’échiner (hi hi). Alors dans les séries « ça n’arrive jamais dans la vie mais au cinoche, oui » (le mec qui s’accroche à la nana qui l’a renversé) et « suis-moi j’te fuis, fuis-moi j’te suis », ce film se pose un peu là. On passe de l’appartement à l’hôtel, de la gare au café-restaurant, de l’hôpital à la maison de campagne. Et comme souvent, on ne comprend clairement qu’à peu près deux tiers des dialogues. Du coup, ça devient emmerdant à partir d’environ soixante-dix minutes et il en reste encore vingt derrière. Mais y’a Cathy et Patrick, même s’ils récitaient l’annuaire, ce serait immanquable. Et Biarritz qui, à l’instar de Toulon ou Nice, offre une remarquable constance de ville de droite (et on comprend pourquoi : putain de vue sur la plage et la mer, pour les bâtiments attenants… Le prix du mètre carré, ça doit « douiller »).