Chroniques de films, au fil de mes (re)découvertes. Aucune connaissance technique ou historique sur le cinéma, juste des ressentis. Si cela vous donne envie de (re)voir ces films, c'est déjà ça...
« Jusqu’ici, j’étais
quelqu’un d’autre mais j’ai changé pour du neuf. »
On ne meurt que deux fois…
C’est l’histoire d’un mec (le
grand, l’immense Jack Nicholson), il est reporter (d’où le titre). Alors en
Afrique, il découvre le corps sans vie d’un type avec qui il avait sympathisé
dans la chambre d’hôtel de celui-ci. Constatant sa ressemblance physique avec
lui et déçu par son existence, il décide d’échanger son identité avec celle du
défunt et de commencer une nouvelle vie en se déplaçant au gré des rendez-vous
et voyages notés dans son carnet. Il aurait pas dû…
Encore de sacrés plans au menu de ce nouvel
Antonioni : Nicholson se penchant d’un téléphérique au-dessus du port de
Barcelone (faut pas avoir le vertige…), la Casa Milà construite par Gaudí
(toujours dans la capitale catalane), le désert africain, l’image d’archive de
l’exécution d’un prisonnier politique en Afrique (scène censurée dans plusieurs
pays) ou encore la tristement célèbre Maria Schneider (une actrice qui ne comptait
pas pour du… beurre), les bras en croix à l’arrière d’une décapotable le long
d’une route bordée de platanes. Et un incroyable plan-séquence de sept minutes,
tour de force technique, lors de la scène finale. Mais l’histoire, putain… D’un
mou et d’un chiant… L’échange d’identité avec celle d’une personne décédée, la
soif d’une liberté impossible, l’errance existentielle, l’enfermement dans le
mensonge et le sentiment d’être traqué… J’ai pensé en vrac à Pleinsoleil (et
son remake hollywoodien Le talentueux Mr Ripley), La moustache (Nicholson en
porte une fausse à un moment) et L’adversaire / L’emploi du temps. Ainsi donc,
notre cher Jack va caler ses pas sur ceux d’un défunt (dont il découvrira qu’il
était marchand d’armes) en suivant son carnet de rendez-vous, tout en tentant d’échapper
à sa femme partie à la recherche de ce même défunt, qu’elle pense être la
dernière personne à avoir vu son mari vivant (j’espère que vous suivez…). Son
périple le mènera à Munich, Barcelone et Madrid. Il sera aidé dans sa tâche par
une jeune femme (Maria Schneider), avec qui il aura une idylle. Mais tels les
héros des films sus-cités, il n’échappera pas indéfiniment à son mensonge.
Conclusion imparable : c’est pas parce qu’on a une vie de merde qu’il faut
chercher à l’échanger contre celle du roi du Maroc… Ou « l’herbe n’est pas
forcément plus verte ailleurs ». Ou encore « on sait ce qu’on perd,
on sait pas ce qu’on gagne ». Bref, vous avez compris…
C’est l’histoire de Luis (Sergi
López, qui a bien pris du bide depuis Harry, un ami quivous veut du bien…) et
de son fils de 12 ans Estaban (Bruno Núñez Arjona). Ils sont à la recherche, dans
le désert marocain où se tient une « free party », de leur
respectivement fille et sœur Mar, disparue depuis plusieurs mois. Ils suivent
un groupe de « raveurs » qui se rendent plus au sud, en direction
d’une autre fête où pourrait se trouver la jeune fille. Un chemin semé
d’embuches les attend, qui les poussera au bout d’eux-mêmes…
Alors, la techno (et le rap),
c’était de la merde, finalement ? Ben oui, quand même un p’tit peu. Que
Jack Lang (oui, le gonze qui trouvait le cinéma porno « pauvre » et…
« répétitif », bonjour la cohérence…) en fît, avec pas mal de
démagogie, une intense promotion à l’époque aurait dû nous mettre la puce à…
l’oreille. Enfin, « de la merde »… Disons pour faire court que ce
n’est pas du même ordre qu’un air de Mingus ou un solo de Coltrane (que je
n’aime pas particulièrement mais là n’est pas la question), on est d’accord (du
moins je l’espère). D'ailleurs, ce furent les deux derniers grands courants musicaux apparus, ça prouve bien qu'on ne peut plus faire pire ensuite, non ? Musiques assez pauvres harmoniquement et mélodiquement,
basées essentiellement sur le rythme (la basse, les beats) et construites à
partir de boucles, de samples et de bidouillages d’effets. Auxquelles je
succombai au début du nouveau millénaire (porte d’entrée : Björk et les
remixes de ses singles) avant de progressivement m’en détacher au contact du
jazz, du rock et de la « black music » des années 60-70, n’y trouvant
plus guère d’intérêt en dehors du contexte du dancefloor (que je ne fréquente
pas) ou de la pop (des « poids lourds » du genre Massive Attack ou
Chemical Brothers). Non, ce qui est davantage susceptible de m’intéresser, dans
la musique électronique et qui serait assimilable aux B.O, c’est plutôt un
« son » (on utilise d’ailleurs ce terme plutôt que celui
de « composer de la musique », de nos jours), une atmosphère, comme en produisent
certaines entités (Autechre, Boards Of Canada…) ou qu’on retrouve notamment dans
la techno dite minimale, dont Kangding Ray alias David Letellier, compositeur
de ce film, est l’un des parangons. Un son ample, enveloppant et hypnotique, « trippant », comme on dit. Mais le rap et la techno, ce sont aussi,
comme le « métal » (qui lui peut au moins se prévaloir d’une
technicité voire virtuosité instrumentale), des cultures. Que certains aiment à
affubler du préfixe « sous » mais des cultures quand même. Et ça, ça
se respecte. Donc, la culture techno, je suis heureux que ça existe. Pour la
diversité et parce que je n’ai jamais eu l’âme d’un censeur. Parce que ce
mouvement libertaire et festif, rappelant fortement celui du « Flower Power »
hippie des sixties, fait peur à un Etat qui se crispe, entêté dans l’empilement
sans fin de ses lois, directives et circulaires répressives, alors que ces
épaves ambulantes (les fameux « raveurs ») n’ont jamais fait de mal à
personne d’autre qu’à elles-mêmes. Et peut-être surtout enfin parce qu’elle rend
hystérique les lecteurs du Figaro, qui réagissent au quart de tour à son
évocation (comme à celle d’autres mots-clés tels, en vrac :
« voile », « Algérie », « police / justice »,
« impôts », « LFI »…). Là, y’a plus qu’à sortir le pop-corn ! 😄
Eh, coco, c’est bien joli ta
digression mais et le film dans tout ça, qu'est-ce que ça donne ? J’y viens. Buzz amplement
mérité. Histoire et univers très originaux. Evidemment, parce qu’il y a des
camions et du danger, on pense à Sorcerer de Friedkin (jamais vu) et au Salairede la peur de Clouzot. Et avec un prétexte aussi mince (un gars et son fils
suivent une poignée de « teufeurs » dans le désert marocain) pour un
film qui dure près de deux heures, faut « broder ». Alors on alterne
péripéties de parcours (la traversée d’une rivière, l’intoxication du clebs qui
a bouffé une crotte humaine bourrée de LSD…), scènes intimistes (Sergi López et
son fils ou bien leur rapprochement progressif avec ces marginaux en apparence
rugueux mais pleins d’humanité) et paysages grandioses. López et le gamin sont les seuls
acteurs « pro ». Les autres principaux protagonistes (trois mecs dont
deux estropiés et deux nanas), criants de vérité, le réalisateur
franco-espagnol Óliver Laxe les a directement recrutés dans le milieu des
« raves ». Le rythme est assez lent, voire contemplatif. Heureusement
(si j’ose dire), le film bascule dans l’horreur au bout d’une heure. Et là, on
n’est pas au bout de nos surprises. Seuls trois rescapés se retrouveront à l’image
des derniers plans (une fin qui n’en est pas une), après une aventure humaine
et intérieure à haute intensité. Bien sûr, ce genre de voyage sensoriel
demandera un minimum de lâcher-prise, en évitant de se poser des questions trop
rationnelles (genre « à sa place, je n’aurai pas réagi pareil »).
Film co-produit par les frères Almodóvar, ce qui n’a rien d’étonnant, la
marginalité étant l’un des thèmes forts de leur cinéma. Vu et approuvé.
C’est l’histoire de trois
chirurgiens (Donald Sutherland, Tom Skerritt et Elliott Gould) qui débarquent
dans un camp militaire de l’US Army lors de la guerre de Corée en 1951. Bien
que compétents, ils sont aussi farceurs, dragueurs et volontiers rebelles. Bien
sûr, cela va faire des étincelles avec leur hiérarchie…
On avait dit « pas de film
de guerre », putain, chier ! Merde, putain… Fait chier. Oui mais, oh :
Robert Altman, l’homme de Shorts Cuts, derrière la caméra, Palme d’or 1970 à
Cannes, conservation à la Bibliothèque du Congrès et inspiration de la série
éponyme, rien que ça. Et alors ? Ben c’est quand même bidon ! Je lis « humour
potache ». Ah ouais, super... Le compagnon de tente (Robert Duvall) de l’échalas
Sutherland et de Skerritt les soule avec ses sermons ? Qu’à cela ne
tienne, ils lui foutent la honte en diffusant via les haut-parleurs du camp ses
ébats avec une infirmière (Sally Kellerman). Et ils exhiberont la même
Kellerman nue aux yeux du camp en soulevant la tente où elle prend sa douche,
dans le but de vérifier « si c’est une vraie blonde ». Qu’est-ce qu’on
s’amuse, hein, arrêtez, j’ai des crampes d’estomac… Y’a aussi un dentiste
suicidaire car il pense avoir des penchants homosexuels et à la fin, un match
de football américain (un sport dont seuls les Zaméricains peuvent comprendre
les règles…) sujet à un pari financier. Nos trois gars et leur équipe remporteront
la mise grâce à un plan savamment orchestré, avant que Sutherland et Skerritt ne
repartent comme ils étaient arrivés, laissant leur compère Gould à son triste
destin (lui n’a pas reçu d’ordre d’évacuation, ben merde alors…). Près de deux
heures d’un ennui mortel, parsemé de scènes parfois sanglantes d’opérations
chirurgicales, où nos héros n’hésitent pas à « mettre les mains dans le
cambouis ».
« A-t-on besoin de se
connaitre pour s’aimer ? Et a-t-on besoin de s’aimer ? »
« Je voudrais ne pas t’aimer.
Ou t’aimer beaucoup mieux. »
C’est beau, une ville, la nuit…
Le jour aussi…
C’est (encore) l’histoire d’un
gars et d’une fille (heureusement sans Lamy et Dujardin), d’un homme et d’une
femme (heureusement pas par Lelouch), beaux comme des dieux (Alain Delon et
Monica Vitti à leur « prime »). Lui voudrait (évidemment) « ken »
Elle, Elle voudrait bien aussi. Ou pas. Ou pas si vite ou pas comme ça. Bref,
encore une chieuse, quoi…
Une éclipse (solaire), en
astronomie, c’est un phénomène aussi rare qu’un sourire sur la tronche de Bruno
Retailleau, le croquemort d’une France en noir et blanc (enfin, en beaucoup
plus blanc que noir, en l’occurrence…😄). Au cinéma, c’est un film de Michelangelo
Antonioni, un réalisateur qui, pour ce que j’en ai vu (Blow-Up, Zabriskie Point),
semble plus soucieux de filmer de belles images que de raconter des histoires
(c’est en tous cas ce qui en ressort). C’est à nouveau le cas ici : vue
aérienne de Rome, tableaux et photos du Kenya, salle de la Bourse et surtout « sa »
Monica (et à un degré moindre Alain) et la ville. Une ville à l’architecture
moderne et épurée, quasiment sans circulation automobile (le rêve), rappelant les grands
espaces du désert de Zabriskie Point ou le vaste parc de Blow-Up. Tiens, de
noir et blanc (nous sommes en 1962) et de gens qui tirent la gueule, il en est ici
aussi question. En l’occurrence Monica Vitti, le plus souvent comme contrariée,
mais traversée malgré tout par quelques épisodes plus… solaires comme lorsqu’elle
se grime en danseuse africaine au son des tam-tams chez une voisine colonialiste.
Elle quitte Riccardo (Francisco Rabal) et se laisse séduire par l’agent de
change de sa mère (Delon), rencontré lors d’une séance boursière. Jeu classique
du chat et de la souris, sur le thème « je t’aime moi non plus »… Le
film clôt une trilogie sur ces thématiques de l’incommunicabilité et du couple
en crise dans une Italie en plein boom économique, entamée avec L'avventura (1960)
et poursuivie par Lanuit (1961, les trois avec Vitti). De sacrées longueurs tout
de même (le film dure deux heures) : la séquence de la rupture au début,
comme Piccoli et Bardot dans Le mépris mais avec heureusement beaucoup moins de
dialogues ; et une scène de boursicotage (un univers que j’exècre
particulièrement et un fléau de notre temps). On va dire que ça se laisse voir
et qu’Antonioni a indéniablement une « patte », c’est déjà ça. Et
puis les années 60, pour les fringues, c’était la classe : les hommes en
costard-cravate et les dames en robe ou jupe jamais au-dessus des genoux. Une
certaine uniformité, certes, mais tellement mieux (et moins vulgaire) que celle
à laquelle on a fini par aboutir. Vous imaginez, si Delon était né 50 ans plus
tard, il porterait tatouages, barbe ou bouc et maillot du Barça ou tee-shirt de
Nirvana, smartphone dans une main et vapoteuse dans l’autre…
C’est l’histoire d’un mec (Chiwetel
Ejiofor, à vos souhaits...), sa vie c’est d’la merde et il l’échangerait bien
contre celle du roi du Maroc (pour ceux qu’ont la réf…) : divorcé de sa
femme, alcoolique et gérant d’un magasin de meubles en difficulté. D’ailleurs,
il voit une psy (Renate Reinsve, également à l’affiche de Fjord, toute… fraîche
Palme d’or cannoise), elle-même victime d’un trauma enfantin. Enquêtant sur des
dysfonctionnements électriques dans son magasin, il y découvre, au sous-sol, un
passage vers des « backrooms », une sorte de labyrinthe composé de
couloirs et d'espaces liminaires garnis d’objets divers épars.
De la fin du printemps au début
de l’automne constituant la période de sortie « d’hibernation » de
mon unique collègue, c’est donc aussi celle de nos sorties dans les magasins
culturels, les médiathèques de quartiers et les salles obscures. Cela tombe
relativement bien étant donné que les films d’épouvante, d’horreur et/ou
fantastiques sortent souvent à ce moment-là de l’année. Backrooms, donc.
Adaptation, par son créateur, un jeunot de tout juste 21 piges nommé Kane
Parsons, de la web-série « anthologique » (bâillements…) du même nom.
Autant mettre fin d’emblée à tout suspense : c’est, globalement, ce que
j’appellerais une « couille ». Vue par ailleurs dans des conditions
pas idéales, dans une salle pas très grande, essentiellement remplie d’ados
flirtant avec la limite, sans heureusement la franchir, de l’inconvenance
sonore : téléphone, canettes, grignotage de pop-corns, cris et rires lors
des « jumpscares »... « Il faut bien que jeunesse se passe »,
comme dit le proverbe, mais je me demande ce qu’on va bien pouvoir tirer de
cette génération, si ce n’est des caissières Monoprix, des chauffeurs /
livreurs Uber, des caristes Amazon ou, pour les plus doué(e)s (?) ou chanceux/euses,
« influenceur/euses ». Pour en revenir au film, s’il tient assez bien
la route au début, il bascule à un moment dans le n’importe quoi, avec
l’apparition d’un monstre géant à l’effigie du gestionnaire du magasin en tenue
promotionnelle. Du coup, j’ai trouvé l’idée de l’exploration de ces « arrière-salles »
insuffisamment exploitée, on retombe finalement assez vite sur les mécanismes
du film d’horreur lambda, du reste encombré d’un fatras pseudo-philosophique
sur le sens de la vie et de comment être véritablement acteur de la sienne. 12,50 € pour ça, ça fait un peu mal au fessier... Si « pièces
vides » et « labyrinthe » renvoient inconsciemment, dans le
genre fantastique / horreur, à Cube, « l’élève » n’est pas prêt de détrôner
le maître…
« Il faut que tu
choisisses, Nico : ou ton idéal ou ta famille ! » - « Mais
pourquoi ? » - « Parce quele monde est comme
ça ! »
« Nous voulions changer
le monde mais c’est le monde qui nous a changé. »
Le futur, c’était mieux avant…
C’est l’histoire de l’Italie
d’après-guerre et de son cinéma, à travers celle de trois amis maquisards et de
la femme passée entre leurs bras : Antonio (Nino Manfredi), modeste
brancardier, Gianni (Vittorio Gassman), avocat ambitieux, Nicola (Stefano Satta
Flores), passionné de cinéma devenu enseignant et Luciana (Stefania Sandrelli),
qui rêve de devenir actrice.
Bon ben, Scola pour le moment, y’a
pas de quoi se taper le cul par terre (hormis Unejournée particulière). Le
« doux amer » désabusé, ça va un moment… Trois gars amis pour la vie
(ou presque…) et une fille (enfin, surtout une), donc. Même idéal (de gauche,
évidemment puisque la droite ne veut aucunement changer la société mais la
perpétuer, le « changement » qu’elle invoque n’étant en réalité que
des retours en arrière sur les avancées sociales ou sociétales, faites le test…)
mais caractères assez différents : il y a l’idéaliste borné hostile à tout
compromis (Stefano Satta Flores), le « bonne poire » mais jusqu’à un
certain point (Nino Manfredi) et le type plus fourbe et « corruptible »
(Vittorio Gassman) qui, par honte, évitera d’étaler sa réussite devant les deux
autres. Ils se retrouvent de nombreuses années après s’être perdus de vue au
lendemain de la libération de l’Italie. Leur parcours de vie et les changements
survenus dans la société rendent leurs rapports plus conflictuels. Surtout
quand Gassman puis Satta Flores s’amourachent de la fiancée de Manfredi (Stefania
Sandrelli) et la lui piquent sans scrupules ou si peu (je ne vous
« spoile » pas avec lequel des trois elle finira). La première heure
est en noir et blanc pour respecter la chronologie historique et bien délimiter
le flashback. Les références au cinéma (italien surtout mais pas que) sont
nombreuses, à travers des séances de cinéma, un jeu télévisé ou des dialogues, deux
des personnages (Satta Flores et Sandrelli) gravitant autour de ce milieu. Cette
déclaration d’amour au 7ème Art culminera avec la reconstitution du
tournage de la fameuse scène de la fontaine de Trevi de La dolce vita, avec Fellini
et Mastroianni themselves dans leur propre rôle. Quelques idées de mise en
scène, comme lorsque les personnages évoquent leurs pensées à voix haute, le
reste de la scène et ses autres protagonistes, qui ne sont pas censés les
entendre, se figeant à l’écran. Et les acteurs sont bons. Mais bon, ces
« comédies à l’italienne » ne font pas rire, ni n’émeuvent
particulièrement, ou alors en revoyant des extraits après coup, par l’efficacité
du montage. Le « message », alors ? D’accord, nous étions plein
d’espoir et envisagions l’avenir avec confiance mais les choses n’ont pas
tourné comme on l’aurait souhaité. Ben les gars, si vous étiez déjà
désenchantés en 1974, heureusement que vous êtes morts en 2026… Nous, c’est
tout comme puisque nous sommes entrés depuis un moment déjà dans ce que j’appellerais l’ère de la « post-humanité »,
mi-robots (hyper « connectés », tâches et rythmes de vie automatisés…)
mi-bêtes (inculture, instincts vils et grégaires…).
« Il faut le
comprendre, quoi… Il tourne deux films en même temps : son premier et son
dernier. »
Bonjour tristesse...
C’est l’histoire de quelques amis,
issus de « l’intelligentsia » de la gauche culturelle, qui se
retrouvent, avec d’autres et pour certains, avec leur compagne, lors d’un
rituel buffet dinatoire sur une terrasse romaine. Il y a là Amedeo (Ugo
Tognazzi), producteur de cinéma ; Enrico (Jean-Louis Trintignant), son scénariste
attitré ; Luigi (Marcello Mastroianni), journaliste ; Sergio (Serge
Reggiani), responsable de la télé publique RAI ; et Mario (Vittorio
Gassman), député communiste. A l’enthousiasme des débuts a succédé l’accablement
face aux échecs professionnels et sentimentaux.
« Vous m’avez vraiment cassé
les couilles ! » lance à un moment donné l’un des convives de
cette Terrasse aux autres invités. Cette sentence résume parfaitement mon
sentiment à la vision de ce film long (2h35 !) et chiant comme la pluie (qui
s’abat d’ailleurs sur ladite terrasse lors du final). Ni rires ni larmes au
programme de cet étalage d’amertume, d’histoires et de personnages
inintéressants au possible. Trois grands acteurs italiens (Tognazzi,
Mastroianni et Gassman) y sont accompagnés des « francesi » (et tout aussi
grands) Trintignant et Reggiani, ayant déjà tourné pour des réalisateurs
transalpins, Reggiani ayant lui-même des origines italiennes. Chacun fait son
petit tour de piste (d’environ 30 minutes chacun, donc), annoncé par la scène liminaire, identique et répétée, d’une femme déclarant le buffet ouvert. On y suit à chaque
fois le personnage en question lors de cette soirée puis dans sa vie. Tous ont
pour point commun, outre leur amitié, d’être en situation d’échec tant sur le plan professionnel qu'amoureux et de se trouver en contradiction avec
leurs rêves et idéaux d’antan (thème proche de celui de Nous nous sommes tant
aimés, du même réalisateur et bientôt chroniqué sur ces pages). Trintignant, en
auteur sans inspiration (ne lui trouvez-vous pas un air de John Malkovich, ce
sourire à la fois charmeur et inquiétant ?) et Gassman, en député ayant une
liaison avec une jeune femme, font leur numéro, les autres (Reggiani en
dépressif anorexique, Mastroianni largué par sa femme et Tognazzi en producteur
raté) sont plus sobres. Mais rien ne passionne dans leurs aventures, tout juste
notera-t-on quelques fulgurances sarcastiques ou de mise en scène (Gassman s’imaginant
évoquer sa liaison adultérine à la tribune du congrès du Parti Communiste – images d’archives
– auquel il participe). La pauvre Marie Trintignant, tout juste 18 ans à l’époque,
fait de furtives apparitions lors de ces buffets et y croise donc son père. Cette
livraison de quatre DVD achetés sur Vinted fût donc très décevante, seul Tendrespassions, mélo porté par un exceptionnel trio d’acteurs, valant le coup d’œil.
Heureusement qu’ils ne m’ont en réalité rien couté, puisque payés par les
fruits de la vente d’une visionneuse de diapositives antédiluvienne…
« Ce Steele va bientôt
regretter que sa maman ait rencontré son papa… »
La corde est usée…
C’est l’histoire… euh, là,
vraiment aucune importance, c’est juste celle de Leslie Nielsen (très mauvaise
voix de doublage, pas l’habituelle) qui rempile pour une série de gags
parodiques « à la mitraillette »… Enfin, si vous y tenez… Il est Dick
Steele, un agent secret qui doit sauver le monde (et accessoirement la fille de
son ancienne partenaire, décédée dans l’une de leurs opérations) en faisant
face au dangereux Général Rancor (Andy Griffith). Veronique Ukrinsky (Nicollette
Sheridan), fille du professeur concepteur du circuit électronique nécessaire à
Rancor pour lancer son missile, l’accompagne dans sa mission.
Ouh que c’est mauvais… Souhaitant
conclure la semaine sur une note humoristique après avoir été terrassé par non pas… La terrasse (à venir) mais Tendres passions (suivez, bon sang…), cet
Agent zéro zéro aura peiné à me faire décrocher ne serait-ce qu’un sourire… On
repart pour un tour de gags éculés voire recyclés et de parodies de succès
hollywoodiens. On s’amusera à reconnaitre parmi ceux-ci Sister Act, Dans la
ligne demire, Speed, Jurassic Park, Pulp Fiction (la mythique scène de danse
Travolta – Thurman), E.T, Maman, j'ai raté l'avion !, True Lies et sans doute
un film de guerre dans la jungle (Rambo, Predator ou assimilé). Franchement
aucun intérêt, le film ne dure d’ailleurs qu’une heure et quart, il ne fait
même pas semblant de n’avoir rien à raconter. De plus, il faut encore se taper
l’idéologie sous-jacente (« on est les meilleurs et les maîtres du monde,
nous les zaméricains »), présente aussi dans certains volets de la série
des Y a-t-il…, où l’homme du Moyen-Orient (en dehors de l’allié israélien, évidemment)
est toujours renvoyé soit au terrorisme soit à une forme de sous-développement
(le chauffeur de taxi Tamul qui fait équipe avec Nielsen). Finalement, c’est le
Directeur des Services Secrets (Charles Durning), se camouflant en fauteuil en
cuir, en store ou même en sol, qui m’aura fait le plus sourire. Parmi les
caméos figurent Mister T. de l’Agence tous risques, le catcheur Hulk Hogan et
le grand Ray Charles en… chauffeur du bus piégé. L’échec critique et commercial
du film n’a pourtant pas découragé notre cher Leslie à poursuivre dans cette
voie et il remettra le couvert avec Le détonateur (à peine meilleur, 1998) et Y
a-t-il un flic pour sauver l'humanité ? (2000, avec Ophélie Winter,
probablement le pire de tous).
« Comment veux-tu avoir
la vie plus facile si ce type continue à te faire pondre des gosses ? Quel
miracle va-t-il tomber du ciel qui puisse te sauver ? »
C’est l’histoire de la relation
« amour – haine » entre une mère, Aurora (Shirley MacLaine) et sa
fille Emma (Debra Winger). La première, veuve un peu guindée, voit d’un mauvais
œil le mariage de la seconde, un peu « fofolle ». Les deux femmes restent
malgré tout attachées et se téléphonent fréquemment. Emma enchaine les
naissances (trois au total) tandis qu’Aurora finit par se laisser séduire par
son voisin Garrett (Jack Nicholson), astronaute.
Sorti chez nous le jour de mon 9ème
anniversaire (4 avril 1984), multi-Oscarisé (5 au total, dont la plupart des
principales statuettes), massacré par la critique française à l’époque puis
bénéficiant d’un « retour de hype » depuis deux décennies, je me suis
donc laissé tenter par ce Tendres passions, acheté lui aussi sur Vinted (de
même que prochainement, La Terrasse et Agent zérozéro). Un film aussi touchant,
beau, moche et déprimant que peut l’être la vie (c’est-à-dire quelques pépites
de bonheur dans un océan de merde…). Il mêle habilement comédie et (mélo)drame et
établit un étonnant parallèle entre la vie des deux femmes. En effet, tandis
que la mère (Shirley MacLaine) retrouve une seconde jeunesse en tombant amoureuse
telle une midinette, le couple de sa fille (Debra Winger, mariée à Jeff Daniels, même voix française que Bruce Willis) est vite rattrapé
par l’usure du quotidien, avec son lot de contraintes professionnelles, de
disputes et de tromperies réciproques. Les deux femmes sont formidables mais il
n’y avait qu’un Oscar à prendre, il sera finalement pour MacLaine. Nicholson,
fidèle à lui-même (c’est-à-dire un brin cabotin), empochera celui du meilleur
second rôle masculin. Cette histoire s’achèvera [SPOILER ALERT] de façon
sordide, dans l’anonymat d’une chambre d’hôpital. La ficelle « tire-larmes »
est facile mais le film, assez pudique, a la bonne idée de ne pas en faire des caisses
dans le pathos. Chienne de vie et putain de crabe… En somme, même si « la
vie continue » (les derniers plans), ne comptez pas sur Tendres passions
pour vous remonter le moral…
C’est l’histoire d’un mec, Gene
Watson, comptable (Johnny Depp), il est pas dans la merde… A peine débarqué à
Los Angeles avec sa petite fille, deux faux policiers (Christopher Walken et Roma
Maffia) enlèvent cette dernière et menacent de la tuer si lui-même ne flingue
pas rien de moins que la Gouverneur de Californie dans les 90 minutes qui
viennent. Ils lui remettent une arme à feu, la photo de ladite Gouverneur et le
programme du meeting qu’elle donne dans un luxueux hôtel. Tout en l’ayant à l’œil…
Allez, après quelques films un
peu plus exigeants, retour vers le pur divertissement sans message (ah, quand
même un plan sur la fillette qui, du train arrivant en gare, regarde les miséreux des bas-fonds de
la « Cité des anges », quelle audace…), mis en boite par un tâcheron hollywoodien,
à savoir John Badham, dont les principaux « faits d’armes » se
nomment Dracula (1979) et La fièvre du samedi soir (1977). Film acheté à petit
prix sur Vinted (et qui sera revendu dès que possible par ce biais ou un autre)
car indisponible à ma médiathèque. Jamais été fan du bellâtre Johnny Depp mais je
n’avais jamais vu ce film, alors, pour tuer 90 minutes d’un venteux après-midi…
Après avoir dansé dans un clip de Madonna (Bad Girl, 1993) et avant de le faire
dans un autre de Fatboy Slim (Weapon ofChoice, 2000), Christopher Walken, qui
sortait de Pulp Fiction (mémorable séquence du récit de « la montre dans l’cul »),
endosse le rôle du méchant bien méchant. Enfin, l’un des méchants car il se
trouve que [SPOILER ALERT] la plupart des agents de sécurité sont dans le
complot ourdi par le mari même de la Gouverneur. Bigre ! Bon, vous l’aurez
compris, Meurtre en suspens tient bien en haleine (filmé quasiment en temps
réel et caméra à l'épaule) mais rien ne tient debout et aucun enjeu ne subsiste puisqu’on sait à l’avance
que l’issue débouchera sur le sempiternel « happy end » du papounet
qui retrouvera sa p’tite fifille (un enfant, ça émeut toujours dans les
chaumières…). Johnny Depp pourra au moins compter sur un allié de poids (c’est
le cas de le dire…) en la personne d’un cireur de chaussures noir, petit et
rondouillet (comme Bruce Willis dans Piège de cristal, sauf que là le type
était flic mais sinon, même physique). Et sur les habituels atermoiements d’affreux
qui rateraient un éléphant dans un corridor…
« Occupez vos gens pour
qu’ils ne pensent pas. C’est le point capital. »
Herrmann fait du Herrmann et
Truffaut… du Hitchcock
C’est l’histoire d’une société dystopique,
dans un pays et une époque indéterminés, au sein de laquelle les livres,
vecteurs de connaissances, sont interdits. Guy Montag (Oskar Werner) y exerce
la profession de pompier, qui ne consiste pas à éteindre des incendies mais à
saisir les livres, les brûler et arrêter leurs propriétaires. Il rencontre une
jeune femme, Clarisse (Julie Christie), qui lui avoue son intérêt pour la
lecture. Montag se remet dès lors peu à peu en question et enfreint la loi en
se mettant à lire, ce qui provoque un conflit avec sa femme Linda (Julie
Christie aussi) puis avec sa hiérarchie.
Moi qui n’aime pas Truffaut… enfin, disons surtout la
série de films « casse-burnes et touille-cerveau » avec son héros
Antoine Doinel (Jean-Pierre Léaud) et le fait qu’après avoir critiqué le cinéma
« qualité France » d’avant-guerre (le côté « vous allez voir
c’que vous allez voir quand je serai derrière la caméra »), il a fini par
en devenir un thuriféraire en tournant des films somme toute classiques. Donc
moi qui n’aime pas Truffaut, disais-je, là j’ai adoré. Sans doute parce qu’il
ne fait pas du Truffaut mais du Hitchcock. Une scène de filature et des plans
entiers, sur la musique de Bernard Herrmann, sont littéralement pompés sur le «
maître du suspense ». Il pousse même le vice jusqu’à faire interpréter
deux rôles par la même actrice (Julie Christie), comme dans Sueurs froides. La
même année (1966), Truffaut publiait ses entretiens Le Cinéma selon Alfred
Hitchcock, ce qui n’est sans doute pas un hasard. Voilà pour la forme. Quant au
fond, avec un « pitch » si original, cela ne pouvait qu’être
intéressant, il restait à bien traiter le sujet. On ne sait et voit presque
rien de cette société, ni ses dirigeants, ni son fonctionnement. Seuls la
patrouille de « pompiers » que l’on suit dans l’exercice de ses
fonctions et les intérieurs / extérieurs nous renseignent quelque peu. Les
livres sont donc interdits car ils risquent d’instruire et d’émanciper les
citoyens mais aussi d’engendrer des inégalités entre eux. Ils sont donc saisis
et brûlés sur le champ. A l’extérieur, des barres d’immeubles, des bornes avec
gyrophares, un monorail et des boites aux lettres où les délateurs peuvent déposer
une photo (puisque les écrits sont interdits) des « déviants ». Un
peu « cheap » et kitsch pour de la SF mais ça suffit et ce n’est en
rien gênant. Dans les intérieurs, les écrans TV sont omniprésents. Et en 16/9
avant l’heure, s’il vous plait (dans le roman éponyme de Ray Bradbury, ils
occupaient même le mur entier) ! La téléréalité est d’ores et déjà envisagée via
un dialogue entre présentateurs sur leur plateau et spectateurs dans leur salon.
Beau final dans les bois où se retrouvent les résistants à cette société
totalitaire, nommés selon l’ouvrage qu’ils ont appris par cœur en vue de sa
transmission aux générations futures. Un film visionnaire (enfin, le roman dont
il est l’adaptation, plutôt) et une déclaration d’amour aux livres et à la
culture. En dehors de Truffaut, son co-scénariste et sa scripte, l’équipe du
film est britannique et le tournage a eu lieu dans les environs de Londres. « Fun
fact » (si j’ose dire…) : Oskar Werner, qui joue le héros et que
Truffaut avait déjà dirigé dans Jules et Jim (1962), est décédé le 23 octobre
1984, soit… deux jours après le cinéaste.
« Je vous lis la
politique ? » - « Qu’est-ce que tu veux que j’en fasse,
de la politique ? Elle me garantit le grand chamboulement ?
Non ? Alors… »
Là où il y a Gênes, il n’y a
pas d’plaisir ?
C’est l’histoire de Fausto
Consolo (Vittorio Gassman), militaire en retraite devenu aveugle et amputé d’une
main suite à une explosion. Souhaitant se rendre à Naples pour y retrouver son
ami Vincenzo, lui aussi aveugle, il se fait accompagner par Giovanni Bertazzi
dit « Ciccio » (Alessandro Momo), jeune soldat. Ils feront des haltes à Gênes
et Rome.
Nos amis ritals ne sont pas tant
que ça les joyeux drilles espérés… Pour le moment, on ne peut pas dire que
leurs films m’ont fait rire aux éclats… Nonobstant (ça va, j’ai perdu personne
avec ce mot que plus personne n’emploie ?) le fait que, étant donné mon
caractère, les larmes me viennent plus facilement que l’activation de mes
zygomatiques. Que ce soit dans Le fanfaron, Au nom du peuple italien (tous deux
de Risi) ou Affreux, sales et méchants de Scola, les gags ou les situations
comiques ne sont pas légions. Les deux volets des Monstres sont inégaux et Le
pigeon (Monicelli) n’est sauvé in extremis que par son incroyable chute. On est
davantage dans la satire, le caustique voire le cynique que dans le potache (à
part certains sketches des Nouveaux monstres). Ici, c’est carrément une comédie
dramatique. L’histoire d’un ancien capitaine que son handicap visuel a plongé
dans une profonde amertume. Pour contrebalancer la perte de sa vue, il a
développé l’acuité de son odorat, qui lui permet de reconnaitre les femmes à leur
odeur. Un rôle digne de l’Actors Studio qui garantit presque à coup sûr une récompense
au comédien qui s’y colle. Ainsi, Gassman raflera le prix d’interprétation
masculine au Festival de Cannes en 1975 et Al Pacino l’Oscar du meilleur acteur
pour sa performance dans le remake U.S de 1992 (Le temps d’un week-end). En
contrepoint du jeu exalté de Gassman, le tout jeune (17 printemps) Alessandro
Momo, qui décèdera quelques semaines après le tournage dans un accident de
moto, joue la carte de la sobriété dans le rôle d’un soldat sérieux et réservé.
Notre duo improbable s’arrêtera à Gênes, où Gassman se paiera une prostituée (mais
pas celle qu’il avait « commandé » à Momo) et à Rome, où il retrouvera
son cousin prêtre. Si le rire n’est franchement pas au rendez-vous, l’émotion
ne m’a hélas pas davantage atteint lors de la partie napolitaine, où Gassman
repousse obstinément les attentions que lui porte la jeune Sara (Agostina
Belli), amoureuse de lui depuis plusieurs années. Un film « à acteurs »,
à « one man show », quelques beaux paysages et c’est à peu près tout…
C’est l’histoire d’une meuf, Carol
White (Julianne Moore), elle a tout pour être heureuse : un mari, un
beau-fils, une belle baraque, des amies. Ben pourtant, non. Déjà, elle ne
ressent rien quand son bonhomme la tringle (première scène). Puis, elle
développe une hypersensibilité à toutes sortes de produits chimiques et est
sujette à des crises de plus en plus fréquentes. Sans solution médicale, elle
se tourne vers des thérapies holistiques.
L’air qu’on respire, la bouffe
qu’on ingurgite, le stress, tout cela influe sur notre santé et la santé, c’est
important. Primordial même, il me semble. Pourtant, on n’entend guère nos baltringues d'hommes « politichinelles » en parler, en particulier ceux situés les
plus à droite sur l’échiquier, les Bardella, Ciotti, Zemmour, Retailleau et
compagnie (par exemple, avez-vous déjà entendu les mots « perturbateur
endocrinien » dans la bouche du Fantomas nissard ou du chouan vendéen ?),
trop occupés à gloser sur leur obsession des « 4 I » (Insécurité, Immigration,
Islam, Impôts). Enfin, à chacun ses priorités…
Safe (vu en V.O, pas de VF) traite donc de notre environnement, du monde
moderne, de comment il nous agresse et nous détruit à petit feu. Un film extrêmement contemporain. Il se
divise en deux parties. Dans la première, Julianne Moore est soudainement victime
de crises à répétition : saignement du nez, quinte de toux suite à l’exposition
à la fumée d’un pot d’échappement particulièrement polluant, suffocation... Les
différentes consultations médicales ne lui sont hélas d’aucun secours, si ce
n’est qu’elle semble être devenue allergique aux substances chimiques. C’est
alors qu’elle se laisse convaincre par une sorte de secte New Age, découverte par
le biais d’un prospectus trouvé dans son club de gymnastique. La seconde partie
se déroulera donc au sein d’un centre basé à l’écart des grandes villes et
dirigé par un gourou. On erre dans le film tel un fantôme, à l’image du personnage
interprété par Julianne Moore, très juste dans ce rôle. Le rythme est lent,
voire léthargique, sans coup d’éclat (en dehors de quelques crises
spectaculaires au début). La fin, ouverte, ne nous permet pas de trancher :
est-elle en voie de guérison ou sombre-t-elle définitivement ? Allégorie
du SIDA ? De la dépression ? Fable écologiste ? Ode à l’introspection et à la
bienveillance communautaire ? Un peu tout ça à la fois ? A vous de voir… mais
on s’emmerde quand même pas mal.
C’est l’histoire d’un mec
photographe (David Hemmings) dans le Londres des années 60, qui prend notamment
des clichés de jolies donzelles (tant qu’à faire…). Un jour, dans un grand parc,
il photographie un couple à son insu. La femme (Vanessa Redgrave), s’en
apercevant, le chasse puis il revient sur les lieux et prend de nouveaux
clichés, alors que la femme s’enfuit en courant et que l’homme a disparu. Une fois
revenu dans son laboratoire, en agrandissant (« blow-up » en anglais)
plusieurs fois ses photos, il pense reconnaitre les indices d’un assassinat.
Oui, vous l’avez deviné, je suis dans ma période « macaronis »,
comme les appellerait le beauf Jugnot des Bronzés, avec aujourd’hui le plus
anglo-saxon des réalisateurs transalpins : Michelangelo Antonioni. Deux
films, un succès (Blow-Up, Palme d’or à Cannes en 1967) et un échec (ZabriskiePoint). Pourtant, j’ai largement préféré « l’échec »… Les deux films
ont des points communs : captation de vastes étendues et d’une époque (un
parc / le Londres des Swinging Sixties dans Blow-Up, la Vallée de la Mort / contre-culture
et libération sexuelle des campus U.S dans Zabriskie Point), considérations
esthétiques plus importantes que l’histoire, scène de sexe très découpée,
musique dans « l’air du temps »… Blow-Up m’a fait autant d’effet qu’un
plat de spaghettis froid. Il faut attendre trente minutes avant l’épisode du
parc puis encore trente avant que le gars agrandisse ses photos et découvre la
probabilité d’un crime. Quasiment aucun suspense policier, Antonioni préfère
filmer un concert des Yardbirds, groupe anglais alors à la mode (Herbie Hancock
se charge du reste de la B.O) et une scène de « batifolage » entre le
photographe et deux modèles (dont Jane Birkin). Film sans queue ni tête, ou
plutôt si puisqu’il s’achève en queue de poisson. Il m’aura au moins permis d’apprendre
le coup d’éclat de Vanessa Redgrave lors des Oscars 1978, où elle remporta
celui du meilleur second rôle féminin pour sa prestation dans Julia. De la pure
science-fiction aujourd’hui, alors que nous en sommes exactement au même point.
Chapeau bas, Madame.
Zabriskie Point (1970)
Quand t’es dans le désert…
C’est l’histoire de Mark (Mark
Frechette), un étudiant très engagé dans la contestation qui gagne les milieux
universitaires de Los Angeles en cette année 1969. Assistant au meurtre d’un
étudiant noir suite à un tir d’un policier, il s’apprête à répliquer mais l’agent
est abattu par quelqu’un ayant tiré avant lui. Craignant d’être pris pour le
coupable, Mark vole un petit avion de tourisme et s’enfuit vers le désert de la
Vallée de la Mort. Il croise sur sa route Daria (Daria Halprin), jeune secrétaire
idéaliste, qui doit rejoindre son patron (Rod Taylor) à Phoenix.
Bien plus intéressant par contre est
ce « road movie ». Certains films brillent par leur scénario très
bien huilé, d’autres par la qualité de leur mise en scène ou la performance de
leurs comédiens, d’autres encore par leur esthétique. Zabriskie Point
appartient à cette dernière catégorie. Il offre en effet de magnifiques images,
sur fond musical parfaitement adapté (Pink Floyd et des titres d’autres groupes
de l’époque comme les Rolling Stones ou le Grateful Dead) : le désert de
la Vallée de la Mort et ses dunes, visions oniriques de couples faisant l’amour
dans le sable et de l’explosion d’une luxueuse villa, filmées au ralenti. Un véritable
« trip », comme on dit. Le film est aussi une charge contre l’aliénation
consumériste et la société américaine, notamment la violence arbitraire de sa
police (« je tire avant, je réfléchis - éventuellement - ensuite »),
non sans humour (le prisonnier qui se fait appeler Karl Marx, que le flic
orthographie sans moufter « Carl Marx »), ce qui lui attirera les
foudres de l’Amérique puritaine sans pour autant récolter les louanges des milieux
progressistes, qui trouveront naïve et caricaturale sa représentation de la « contre-culture ».
Son duo d’acteurs vedette aura une très brève carrière cinématographique (deux
autres films chacun) : Daria Halprin, après un bref mariage avec Dennis Hopper,
quittera très vite le showbiz pour se tourner vers l'art-thérapie tandis que Mark
Frechette connaitra un destin tragique (mort accidentelle en prison à seulement
27 ans après intégration dans une secte et braquage d’une banque).