Safe (1995), de Todd Haynes

 

C’est l’histoire d’une meuf, Carol White (Julianne Moore), elle a tout pour être heureuse : un mari, un beau-fils, une belle baraque, des amies. Ben pourtant, non. Déjà, elle ne ressent rien quand son bonhomme la tringle (première scène). Puis, elle développe une hypersensibilité à toutes sortes de produits chimiques et est sujette à des crises de plus en plus fréquentes. Sans solution médicale, elle se tourne vers des thérapies holistiques.

L’air qu’on respire, la bouffe qu’on ingurgite, le stress, tout cela influe sur notre santé et la santé, c’est important. Primordial même, il me semble. Pourtant, on n’entend guère nos baltringues d'hommes « politichinelles » en parler, en particulier ceux situés les plus à droite sur l’échiquier, les Bardella, Ciotti, Zemmour, Retailleau et compagnie (par exemple, avez-vous déjà entendu les mots « perturbateur endocrinien » dans la bouche du Fantomas nissard ou du chouan vendéen ?), trop occupés à gloser sur leur obsession des « 4 I » (Insécurité, Immigration, Islam, Impôts). Enfin, à chacun ses priorités…

Safe (vu en V.O, pas de VF) traite donc de notre environnement, du monde moderne, de comment il nous agresse et nous détruit à petit feu. Un film extrêmement contemporain. Il se divise en deux parties. Dans la première, Julianne Moore est soudainement victime de crises à répétition : sang coulant du nez, quinte de toux suite à l’exposition à la fumée d’un pot d’échappement particulièrement polluant, suffocation... Les différentes consultations médicales ne lui sont hélas d’aucun secours, si ce n’est qu’elle semble être devenue allergique aux substances chimiques. C’est alors qu’elle se laisse convaincre par une sorte de secte New Age, découverte par le biais d’un prospectus trouvé dans son club de gymnastique. La seconde partie se déroulera donc au sein d’un centre basé à l’écart des grandes villes et dirigé par un gourou. On erre dans le film tel un fantôme, à l’image du personnage interprété par Julianne Moore, très juste dans ce rôle. Le rythme est lent, voire léthargique, sans coup d’éclat (en dehors de quelques crises spectaculaires au début). La fin, ouverte, ne nous permet pas de trancher : est-elle en voie de guérison ou sombre-t-elle définitivement ? Allégorie du SIDA ? De la dépression ? Fable écologiste ? Ode à l’introspection et à la bienveillance communautaire ? Un peu tout ça à la fois ? A vous de voir… mais on s’emmerde quand même pas mal.


Le topo d'Alice Winocour :

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