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Une vie difficile (1961), de Dino Risi

 

« J’aime la politique car quoi qu’en pense ta hyène de mère, la politique est partout dans la vie. »

C’est l’histoire Silvio Magnozzi (Alberto Sordi), membre des Partisans, combattant avec la Résistance italienne contre les forces nazies et fascistes lors de la seconde guerre mondiale. Il se fait surprendre dans un hôtel près du lac de Côme par un soldat allemand. Alors que celui-ci allait l’abattre, il est sauvé in extrémis par Elena (Lea Massari), la fille du propriétaire de l'hôtel, qui tue le soldat à l’aide d’un fer à repasser. Elle fournit à Silvio une cachette sûre, le moulin qui appartenait à ses grands-parents décédés.

On (« est un con » mais en l’occurrence, c’est moi, donc comprendre « je »…) ressent une petite forme de jubilation après avoir vu un bon film, comme lorsqu’on découvre quelque chose de rare et d’agréable. Surtout après plusieurs essais infructueux. Comme quoi, quand le sujet me parle, que l’interprétation est au rendez-vous et que le récit va droit à l’essentiel, sans se perdre en longueurs ou scènes inutiles, ça roule tout seul. Une vie difficile se révèle illico comme mon Dino Risi préféré à cette étape de mon parcours dans sa filmographie, Parfum de femme et Le fanfaron m’ayant déçu. Il retrace environ quinze ans de la vie d’un homme pétri d’idéaux progressistes, interprété par l’excellentissime et protéiforme Alberto Sordi (peut-être le meilleur de ces acteurs du cinéma italien de cette époque), tiraillé entre ses responsabilités de mari et de père de famille et le respect de ses convictions politiques. Sa compagne n’est autre que Lea Massari, encore une belle « plante », elle aussi convaincante dans divers registres, de l’épouse éplorée à la « chipie » hautaine. Le film a de nombreux points communs avec d’autres de cet « âge d’or » du cinéma italien (fin des années 50 – milieu des années 70, en gros) : fort ancrage dans le (riche) contexte historique et social italien (fin de la seconde guerre mondiale, référendum sur la Monarchie, « boom » économique des années 60, plus tard les « années de plomb »…), regard désenchanté sur la société, difficulté de mettre ses idéaux en accord avec la réalité de la vie quotidienne, critique acerbe du triumvirat (souvent lié) politicien corrompu – grand industriel qui l’est tout autant – clergé. À ce titre, l’homme d’affaires à la tête d’un empire qui tente en vain de soudoyer Sordi, journaliste communiste, n’est rien de moins que le portrait craché de Berlusconi avec vingt ans d’avance. Mais le film n’a rien de « militant », Risi, comme d’autres compatriotes réalisateurs, étant réticent à cette démarche. C’est donc en état d’ivresse, pour les faire passer avec plus de légèreté, que Sordi exposera ses vérités (que je fais miennes), allant jusqu’à faire exploser sa frustration en crachant sur les limousines qui passent (superbe scène sur la promenade de Ronchi, à Marina di Massa, bien qu’elle soit censée se dérouler à Viareggio). Une vie difficile repose sur le schéma classique de la femme recherchant la sécurité matérielle (sans toutefois être vénale) auprès d’un époux « solide et responsable » et d’un homme plus fantasque, attaché à ses rêves et ses idées, se rabaissant en « mendiant » l’amour de sa femme (tel Jacques Brel dans son Ne me quitte pas). Là comme dans d’autres domaines (productivisme effréné, esprit moutonnier, soumission à l’autorité mais paradoxalement grande indiscipline personnelle…), les choses n’ont pas beaucoup changé. Désespérants, les gens ! De vrais hamsters dans leur roue (ils doivent penser comme le cycliste, qu’ils vont tomber s’ils s’arrêtent de pédaler…). En particulier en Italie (y'a qu'à voir leurs dirigeants actuels...), comme le déplorait en 2010 Mario Monicelli, quelques mois avant son suicide (cancer de la prostate en phase terminale) : « Ce qu'il n'y a jamais eu en Italie, c'est un grand coup de pied dans la fourmilière, une belle révolution, ce qui ne s'est jamais produit en Italie… Il y en a eu en Angleterre, il y en a eu en France, il y en a eu en Russie, il y en a eu en Allemagne. Partout sauf en Italie. Donc il faut quelque chose pour vraiment racheter ce peuple qui a toujours été soumis, qui a été esclave pendant 300 ans ». Bon, ceci dit, ces révolutions n’ont pas changé grand-chose à l’arrivée, on en est tous plus ou moins au même point. En attendant, délectez-vous donc de ce très bon film (en V.O only) où humour, tendresse et satire se conjuguent à merveille.    

MASH (1970), de Robert Altman

 

Encéphalogramme plat…

C’est l’histoire de trois chirurgiens (Donald Sutherland, Tom Skerritt et Elliott Gould) qui débarquent dans un camp militaire de l’US Army lors de la guerre de Corée en 1951. Bien que compétents, ils sont aussi farceurs, dragueurs et volontiers rebelles. Bien sûr, cela va faire des étincelles avec leur hiérarchie…


On avait dit « pas de film de guerre », putain, chier ! Merde, putain… Fait chier. Oui mais, oh : Robert Altman, l’homme de Shorts Cuts, derrière la caméra, Palme d’or 1970 à Cannes, conservation à la Bibliothèque du Congrès et inspiration de la série éponyme, rien que ça. Et alors ? Ben c’est quand même bidon ! Je lis « humour potache ». Ah ouais, super... Le compagnon de tente (Robert Duvall) de l’échalas Sutherland et de Skerritt les soule avec ses sermons ? Qu’à cela ne tienne, ils lui foutent la honte en diffusant via les haut-parleurs du camp ses ébats avec une infirmière (Sally Kellerman). Et ils exhiberont la même Kellerman nue aux yeux du camp en soulevant la tente où elle prend sa douche, dans le but de vérifier « si c’est une vraie blonde ». Qu’est-ce qu’on s’amuse, hein, arrêtez, j’ai des crampes d’estomac… Y’a aussi un dentiste suicidaire car il pense avoir des penchants homosexuels et à la fin, un match de football américain (un sport dont seuls les Zaméricains peuvent comprendre les règles…) sujet à un pari financier. Nos trois gars et leur équipe remporteront la mise grâce à un plan savamment orchestré, avant que Sutherland et Skerritt ne repartent comme ils étaient arrivés, laissant leur compère Gould à son triste destin (lui n’a pas reçu d’ordre d’évacuation, ben merde alors…). Près de deux heures d’un ennui mortel, parsemé de scènes parfois sanglantes d’opérations chirurgicales, où nos héros n’hésitent pas à « mettre les mains dans le cambouis ».  

La terrasse (1980), d’Ettore Scola

 

« Il faut le comprendre, quoi… Il tourne deux films en même temps : son premier et son dernier. »

Bonjour tristesse...

C’est l’histoire de quelques amis, issus de « l’intelligentsia » de la gauche culturelle, qui se retrouvent, avec d’autres et pour certains, avec leur compagne, lors d’un rituel buffet dinatoire sur une terrasse romaine. Il y a là Amedeo (Ugo Tognazzi), producteur de cinéma ; Enrico (Jean-Louis Trintignant), son scénariste attitré ; Luigi (Marcello Mastroianni), journaliste ; Sergio (Serge Reggiani), responsable de la télé publique RAI ; et Mario (Vittorio Gassman), député communiste. A l’enthousiasme des débuts a succédé l’accablement face aux échecs professionnels et sentimentaux.

« Vous m’avez vraiment cassé les couilles ! » lance à un moment donné l’un des convives de cette Terrasse aux autres invités. Cette sentence résume parfaitement mon sentiment à la vision de ce film long (2h35 !) et chiant comme la pluie (qui s’abat d’ailleurs sur ladite terrasse lors du final). Ni rires ni larmes au programme de cet étalage d’amertume, d’histoires et de personnages inintéressants au possible. Trois grands acteurs italiens (Tognazzi, Mastroianni et Gassman) y sont accompagnés des « francesi » (et tout aussi grands) Trintignant et Reggiani, ayant déjà tourné pour des réalisateurs transalpins, Reggiani ayant lui-même des origines italiennes. Chacun fait son petit tour de piste (d’environ 30 minutes chacun, donc), annoncé par la scène liminaire, identique et répétée, d’une femme déclarant le buffet ouvert. On y suit à chaque fois le personnage en question lors de cette soirée puis dans sa vie. Tous ont pour point commun, outre leur amitié, d’être en situation d’échec tant sur le plan professionnel qu'amoureux et de se trouver en contradiction avec leurs rêves et idéaux d’antan (thème proche de celui de Nous nous sommes tant aimés, du même réalisateur et bientôt chroniqué sur ces pages). Trintignant, en auteur sans inspiration (ne lui trouvez-vous pas un air de John Malkovich, ce sourire à la fois charmeur et inquiétant ?) et Gassman, en député ayant une liaison avec une jeune femme, font leur numéro, les autres (Reggiani en dépressif anorexique, Mastroianni largué par sa femme et Tognazzi en producteur raté) sont plus sobres. Mais rien ne passionne dans leurs aventures, tout juste notera-t-on quelques fulgurances sarcastiques ou de mise en scène (Gassman s’imaginant évoquer sa liaison adultérine à la tribune du congrès du Parti Communiste – images d’archives – auquel il participe). La pauvre Marie Trintignant, tout juste 18 ans à l’époque, fait de furtives apparitions lors de ces buffets et y croise donc son père. Cette livraison de quatre DVD achetés sur Vinted fût donc très décevante, seul Tendres passions, mélo porté par un exceptionnel trio d’acteurs, valant le coup d’œil. Heureusement qu’ils ne m’ont en réalité rien couté, puisque payés par les fruits de la vente d’une visionneuse de diapositives antédiluvienne…   

Au nom du peuple italien (1971), de Dino Risi

 

« Aucune pitié ni remord dans ton regard. Pitié et pouvoir sont incompatibles. Jolie formule, je la r’placerai. »

« Nous sommes malheureusement indispensables à la société. » - « Actuelle. »

C’est l’histoire de Mariano Bonifazi (Ugo Tognazzi), petit juge italien sans illusion sur la nature humaine mais obstiné, qui enquête sur la mort suspecte d’une jeune call-girl. Des indices le mettent sur la piste de Lorenzo Santenocito (Vittorio Gassman), riche industriel sans scrupule, typiquement le genre de personnages qu’il déteste. Mais est-il vraiment le coupable ?

La Droite, au moins dans sa version la plus autoritaire, s’attaque TOUJOURS à l’Education, la Justice, la Culture et aux syndicats de salariés. C’est même à ça qu’on la reconnait. Elle ne devrait donc pas s’étonner qu’ils le lui rendent bien. Secteurs considérés comme « improductifs » et « coûteux » (el famoso « c'est avec nos impôts ! »), donc foncièrement incompatibles avec son obsession de la rentabilité, milieux « politisés » (comprendre par là : « pas de son bord », sinon ça ne la dérangerait pas…), peuplés de « privilégiés déconnectés de la réalité » empêcheurs de s’enrichir (et polluer, précariser…) en rond, censés comploter contre le bon-petit-peuple-qui-travaille-dur-sans-rien-dire et propager des idées « subversives » dangereuses pour la société (l’ordre établi). A ce sujet, lire les propos hallucinants de Sébastien Chenu, notre potentiel prochain ministre de la Culture (que le bon Dieu, s’il existe, nous en préserve) : « Aimez-vous la Culture ? » - « Ça dépend laquelle » (sic) ; « Ce n’est pas à l’Etat de dire ce qui est beau et ce qui est laid » (inversion accusatoire typique, lui qui laisse clairement entendre que rap et techno ne seraient pas à la fête s’il arrivait aux responsabilités) ; « La vocation de l’audiovisuel public, c’est d’être privatisé » (TF1 fût en effet un magnifique exemple du très haut niveau culturel promu par une chaine privée…) and, last but not least, « Un bon film, c’est un film qui fait des millions d’entrées » (re-sic), exposant ses goûts en la matière, certes respectables mais sentant un peu le renfermé (Le Comte de Monte-Cristo, La môme, ce genre…).

Gauche Vs. Droite, Justice Vs. Economie, Dino Risi nous refait donc le match à travers la confrontation de ces deux personnages que tout oppose. Des rôles « cousus main » pour ces deux géants du cinéma italien (du cinéma tout court) que furent Ugo Tognazzi et le protéiforme Vittorio Gassman. Ce dernier, capable de passer du charme à la menace en un battement de cil, est particulièrement à l’aise dans la peau de ce riche homme d’affaires véreux. Risi pose un regard désabusé sur le monde qui l’entoure : corruption et collusion entre mondes politique et économique, services publics laissés à l’abandon (le Tribunal de Justice qui s’effondre partiellement et transféré dans une caserne militaire), prédominance des intérêts financiers et commerciaux sur les considérations environnementales et de santé publique (la mouette et les poissons morts après les rejets industriels toxiques dans la mer), poids de l’inertie, « religion » footballistique (les rues sont pourries mais qu’importe puisque la Squadra Azzura a gagné…)… C’est fou de se dire que plus d’un demi-siècle plus tard, absolument rien n’a changé. Et situation transposable à peu près partout ailleurs qu’en Italie, à des degrés divers. On ne rit pas à gorge déployée, ce n’est pas du comique visuel (mis à part, dans une certaine mesure, lors du final), le ton est plutôt acerbe et l’ensemble est finement observé. Le film évite le piège du manichéisme et la fin ouverte donne des gages aux pourfendeurs du « gouvernement des juges (« rouges ») » (?), sur le mode « finalement, personne n’est totalement vertueux ». Tognazzi semble en effet sombrer dans l’obsession de la vengeance personnelle et voit des Gassman partout (successivement grimé en ecclésiastique, en militaire, en indigent et même en bimbo) dans la foule en liesse fêtant la victoire de l’équipe nationale de football. Le cinéma italien regorge immanquablement de trésors et si ce Au nom du peuple italien n’est (quand même) pas un diamant 25 carats, il n’en demeure pas moins une belle petite pépite.    


Le topo d'Albert Dupontel :

Affreux, sales et méchants (1976), d’Ettore Scola

 

« La famille, c’est comme les godasses : plus elles vous serrent, plus elles vous font mal, voilà ! »

Les Groseille en Italie…

C’est l’histoire de Giacinto (Nino Manfredi), un patriarche borgne et acariâtre, et de sa nombreuse famille (trois générations), vivant tant bien que mal dans un taudis des bidonvilles de Rome, dans les années 1970. Détenteur d’un million de lires, obtenu en guise d’indemnisation pour la perte de son œil au travail, il vit dans la paranoïa que celui-ci puisse lui être volé par sa famille. Un jour, il s’éprend d’une prostituée obèse et l’emmène vivre avec lui. Pour son épouse Matilde (Linda Moretti) et le reste de sa famille, c’est l’affront de trop…

Film vu sur Youtube, le DVD, malgré sa quasi-absence de rayure, faisant un bruit assourdissant pendant la lecture… Avec un tel sujet, il y aurait eu de quoi faire… Et bien à mon avis, Scola n’en a pas fait assez. Cela reste en effet relativement « sage ». Ce rôle de père de famille frustre est taillé sur mesure pour ce genre d’acteurs italiens de l’époque, gageons qu’un Gassman ou un Tognazzi s’en serait également tiré à merveille. Les autres membres de la famille (possiblement pas tous professionnels) sont aussi très bien campés (mention pour la grand-mère en fauteuil toujours plantée devant la télé). Il y a bien quelques saillies salaces et/ou comiques, ce qui introduit (sic) un peu de « légèreté » dans un quotidien par ailleurs sordide (misère et insalubrité dignes du Tiers-Monde) mais ça manque globalement de rythme et d'approfondissement (personnages, situations). Heureusement, la dernière partie du film, où la famille, sous l’impulsion de la mère, tente de se débarrasser de Manfredi, booste un peu l’ensemble. « Sales », y’a aucun doute mais « affreux » et « méchants », finalement pas tant que ça…  

 

Sans filtre (2022), de Ruben Östlund

 

« Et vous, vous travaillez dans quoi ? » - « Je suis dans la merde. » - « Vous… quoi ? » - « Je vends de la merde. »

« L’important, c’est tout c’qu’ils affichent, les riches. » (Regarde les riches, Patricia Kaas, 1990)

C’est l’histoire de Carl (Harris Dickinson) et de sa petite amie Yaya (Charlbi Dean, décédée à 32 ans d’une septicémie peu après ce film, horrible…), tous deux mannequins et « influenceurs ». Ces activités leurs permettent d’être invités à bord d’une croisière de luxe, où ils côtoient des personnes plus riches qu’eux, comme un couple d’anglais ayant fait fortune dans l’armement ou un oligarque russe (Zlatko Burić) s’étant enrichi grâce à la vente d’engrais. Mais lors du repas du capitaine (Woody Harrelson), une tempête fait virer la croisière de rêve au cauchemar…

Ah, ce foutu pognon, il nous en fait faire… Soyons honnêtes, dans notre indépassable (?) monde capitaliste, nous en sommes tous avides, que ce soit pour assurer notre subsistance, se payer un « extra » (restau, sortie, voyage…), mener une vie confortable ou étaler notre « réussite » et notre pseudo-supériorité sur autrui. Après Parasite en 2019, il semble que la « lutte des classes » et la critique de la bourgeoisie (mais aussi des classes plus défavorisées) soient dans l’air du temps et un atout considérable pour l’obtention d’une Palme cannoise (la seconde du cinéaste suédois Ruben Östlund, après The Square en 2017). Le film se divise en trois parties. La seconde est de loin la meilleure et m’aura, chose très rare, occasionné un fou rire. Mais avant cela, il faut se taper le prologue où nos deux tourtereaux se « prennent la tête » (et la notre par la même occasion…) pendant un quart d’heure à propos d’une foutue note de restaurant. En cause : la meuf qui laisse payer son mec alors qu’elle gagne plus que lui et qu’il a déjà payé la fois précédente, reproduisant les « stéréotypes de genre », ce que notre gars a du mal à supporter. Nous entrons ensuite enfin dans le vif du sujet avec leur embarcation à bord d’un yacht rempli de « vieilles peaux » ultra-friquées. Nous assistons alors lors d’une soirée à un jubilatoire jeu de massacre : la tempête fait tanguer le navire, les passagers vomissent leur repas à base de caviar et de poulpe caramélisé, les chiottes débordent et le capitaine (génial Woody Harrelson) se livre à une bataille de citations avec l’oligarque russe, lui citant Marx et le milliardaire répliquant par des sentences du couple infernal Thatcher – Reagan. Les deux hommes, ivres, s’enferment dans la cabine de pilotage et Harrelson harangue les milliardaires, avec des phrases du genre « ne rêvez pas, nous ne nous dirigeons pas vers un paradis fiscal » ou « on sait que vos œuvres de philanthropie, c’est pour défiscaliser et vous donner bonne conscience ». Dans une sorte de catharsis, Östlund nous venge quelque peu de ces individus néfastes à l'environnement et au Bien commun, même si montrés sous un jour pas forcément antipathique. Et boum, Harrelson « pilonne » aussi les Etats-Unis et leurs guerres aux quatre coins du monde pour y placer leurs hommes et en tirer un profit économique. Faire passer un message (très bien senti) dans un contexte comique pour qu’il ne soit pas trop lourd, voilà qui est habile. L’attaque terroriste du yacht, traitée en ellipse, débouche sur la troisième partie, celle de l’île déserte, où se retrouve une poignée de survivants : notre jeune couple, le russe, deux autres passagers et trois membres de l’équipage, dont une préposée aux WC qui va prendre les choses en main, étant la seule à savoir pécher et allumer un feu. L’occasion donc d’un renversement de hiérarchie et d’une inversion des statuts sociaux (et de genre). Après quelques péripéties et tensions au sein du groupe, les derniers plans laissent libre cours à une fin « ouverte ». Très intéressant objet filmique. Mais si Bong Joon-ho, avec Parasite, payait son tribut à La Cérémonie de Chabrol, Östlund revisite ici La grande bouffe Ferrerienne dans ses passages scatologiques, tant et si bien qu’on se demande si les œuvres contemporaines de qualité ne seront pas désormais invariablement le fait de petits malins connaissant leur histoire du cinéma sur le bout des doigts…     

Parasite (2019), de Bong Joon-ho

 

« S’il y avait un Oxford des faussaires, ta sœur serait major de promo. »

Groseille Vs. Le Quesnoy, on refait le match… en Corée…

C’est l’histoire des Kim, une famille sud-coréenne en galère (les parents, leur fille et leur fils), vivant dans un petit appartement insalubre en sous-sol et réduite, pour subsister, à plier des boites cartonnées pour une société de livraison de pizzas. Un jour, un ami étudiant du fils Ki-woo lui confie une mission : étant donné qu’il doit s’absenter pour un an, il lui propose de le remplacer comme prof d’anglais pour la petite fille d’une riche famille, les Park. Rapidement accepté, il profite de cette confiance pour progressivement faire embaucher par les Park toute sa famille, sa sœur devenant professeur de dessin pour leur jeune fils, son père chauffeur et sa mère gouvernante de maison, ce qui leur assure de bons revenus. Mais un grain de sable inattendu va venir perturber cette belle mécanique…

Ayant récemment vu une petite vidéo fustigeant le « bourgeois gaze » (« regard bourgeois ») du cinéma, notamment français (y’a aussi celle-là sur le sujet, pas mal du tout), et regrettant que les classes populaires, les rares fois où elles y étaient à l’honneur, l’étaient de façon misérabiliste ou caricaturale, celle-ci donnait cependant quelques contre-exemples comme le Rosetta des frères Dardenne, Ressources humaines de Laurent Cantet et deux récentes Palmes d’Or : Sans filtre (2022) et ce Parasite de 2019, par ailleurs récipiendaire de 4 Oscars (dont les principaux). ‘Tain, non contents de nous massacrer économiquement avec leur dumping social et environnemental, si en plus les « Chinetoques » (ouais, enfin, les « Asiats », quoi…) raflent aussi nos statuettes, que va-t-il nous rester ? J’ai donc sauté le pas, ayant déjà plutôt apprécié The Host, l’un des précédents films de ce décidément talentueux Bong Joon-ho. Et bien m’en a pris. On y retrouve les mêmes ingrédients, pour un résultat encore plus abouti : ingéniosité du scénario, maestria de la mise en scène, qualité de l’interprétation, mélange des genres (comédie, satire sociale, suspense) et message engagé. Ce qui frappe, entre autres, est cette capacité de nous faire passer de l’amusement au malaise ou à l’effroi en quelques plans. Cette famille de « losers » (dans un contexte capitaliste) suscite d’abord l’empathie, avant de voir son image écornée par son comportement vis-à-vis d’aussi miséreux qu’eux. Réaction classique d’absence de solidarité entre membres des classes défavorisées de la société dans un univers concurrentiel, que vient ainsi pointer du doigt Bong. Quant à la famille riche, elle ne m’inspire ni adhésion ni rejet viscéral, mais plutôt un sentiment neutre. A vrai dire, elle est quelque peu naïve (l’épouse) et ridicule (séquence surréaliste où le couple se masturbe mutuellement sur le canapé du salon. Et oui, le cul, c’est comme les chiottes et le capitalisme, c’est universel…). Difficile de ne rien « spoiler », sachez simplement qu’après une première partie plutôt légère et humoristique, on va de surprises en surprises et le film bascule dans une ambiance bien plus sombre. Pour déboucher sur un final aux relents de La cérémonie flirtant avec le grand-guignol sans s’y vautrer complètement. Et oui : on a beau maintenir le couvercle sur une cocotte-minute, à un moment donné, elle finit par exploser. Dernier point, quid de ce titre de « Parasite » (au singulier, notez) ? Si l’on considère que le « parasitage » induit le profit sans effort (« l’assistanat » donc, pour reprendre un terme cher à certains de nos politichiens, flattant les bas instincts pour en tirer un profit électoral à moindre frais…), alors j’appliquerai ce qualificatif au personnage central qui n’apparait qu’à la moitié environ du métrage plutôt qu’aux membres de la famille Kim, qui certes magouillent un petit peu mais néanmoins travaillent. Voire à la famille Park, incapable d’assurer les tâches ménagères et qui vit donc sur le labeur de leur personnel. Vu et approuvé. 

Le grand saut (1994), de Joel Coen

 

« Pas d’chance, fiston… L’ascension fût rapide, la descente sera longue. »

C’est l’histoire, en 1958, à New York, de la firme Hudsucker, du nom de son créateur et président, prénommé Waring (Charles Durning). Qui, alors que l’entreprise est florissante, se suicide en plein Conseil d’Administration en se jetant par la fenêtre du building. Le Conseil, avec à sa tête Sidney Mussburger (Paul Newman), décide de confier la présidence à un parfait abruti afin de faire baisser temporairement le cours de l'action et de prendre le contrôle de l’entreprise en rachetant les actions à bas prix. Mussburger jette son dévolu sur le naïf Norville Barnes (Tim Robbins), récemment embauché au service du courrier. Mais Amy Archer (Jennifer Jason Leigh), une ambitieuse journaliste, découvre le pot aux roses et dévoile la vérité dans un article de presse.

Dix ans après leurs débuts et après la Palme d’Or pour Barton Fink (1991), les frères Coen ont enfin les moyens de leurs ambitions avec un budget de 40 millions de dollars et un casting de stars. Bon, moi je les mets un peu dans la même case que Tarantino ou d’autres : producteurs déjantés et malins aux références sûres, dont ils parsèment leurs œuvres. Fargo, j’adore (d’ailleurs, je l’ai gardé) mais je n’ai pas compris le culte voué à The Big Lebowski. Pas vu les autres, pas attiré par les scénars ni les bandes-annonces. Quid de ce loufoque Grand saut, qu’ils ont coécrit avec Sam Raimi ? Mitigé, du bon et du moins bon. Tim Robbins (le grand sot ? Ah ah !) enchaine bien après Short Cuts et Les évadés. Jennifer Jason Leigh, également à l’affiche de Short Cuts, est ici assez insupportable, elle en fait des tonnes (c’est exprès, d’accord…) et semble désireuse de remporter la palme du comédien le plus volubile. Une vraie « pile électrique »… La légende Paul Newman complète ce trio « 5 étoiles ». Reconstitution d’époque et B.O hollywoodiennes, inévitable « bluette » entre Robbins et Jason Leigh, réhaussée par des fulgurances ou digressions comiques et une satire bien sentie du « American way of life » (culte de la réussite) et de l’entreprise hyper-hiérarchisée. [P.S : impossible de ne pas penser au drame du « 11/9 » quand le mec se défenestre au début…]    

Twist again à Moscou (1986), de Jean-Marie Poiré

 

« Dis donc, tu n’aurais pas dans tes réserves un très grand Cognac pourri capitaliste ? »

C’est l’histoire de Iouri (Christian Clavier), dissident soviétique et de sa fiancée, la célèbre chanteuse rock Tatiana Fédorova (Agnès Soral). Lors d’un concert à Kiev en 1984, ils reçoivent la visite des parents de Tatiana, qui sont poursuivis par le KGB. Iouri fait alors appel à son beau-frère, Igor Tataïev (Philippe Noiret), directeur de l'hôtel Tolstoï à Moscou, pour leur venir en aide, celui-ci jouissant de relations haut placées avec des membres du Parti Communiste.

Trois ans après Papy fait de la résistance, trois ans avant la chute du Mur de Berlin et cinq avant la dislocation de l’URSS, sort ce Twist again à Moscou qui reprend le concept du film à (très) gros budget avec casting mêlant « vieille garde » (Philippe Noiret, Bernard Blier, Jacques François…) et « jeunes loups » (Christian Clavier, Martin Lamotte, tous deux coscénaristes, Agnès Soral). Mais avec beaucoup moins de bonheur. Et sachant que Papy… était déjà en deçà du Père Noël et autres Bronzés, pièces maitresses du Splendid, cela situe l’étendue des dégâts. L’absence de gags vraiment marquants (seuls Blier et François, en hauts dignitaires du régime, surnagent et nous arrachent un sourire) plombe ces aventures rocambolesques tournées en ex-Yougoslavie (Belgrade en particulier) et (un peu) en Savoie. Ne restent alors que la caricature, facile, du régime soviétique et la condescendance toute occidentale vis-à-vis du folklore local (musique russe vue comme désuète). Une grosse déception.     

Le fanfaron (1962), de Dino Risi

 

« Moi, les femmes, c’est comme les truffes pour les cochons. »

« S’engager sur quoi ? Le Moyen-Âge est passé depuis longtemps… »

C’est l’histoire de Bruno Cortona (Vittorio Gassman), un quarantenaire exubérant, amateur de conduite automobile et de jolies femmes, à la recherche de cigarettes et d’un téléphone public en ce 15 août férié à Rome. Il va faire la connaissance de Roberto Mariani (Jean-Louis Trintignant), un étudiant en droit quant à lui plutôt du genre réservé. Ensemble, ils vont passer deux jours sur les routes, ce qui constituera pour Roberto un voyage initiatique concernant l’amour et les rapports sociaux.

Voila venu le moment de me plonger, petit à petit, dans le cinéma italien, qui n’est pas du menu fretin dans l’histoire du 7ème Art (euphémisme). J’ai dû voir deux Fellini (La strada et Amarcord) et, chroniqués sur ces pages, Le pigeon de Mario Monicelli (qui vaut surtout pour son incroyable « twist » final) et La grande bouffe du provocateur Marco Ferreri. Mais j’ai surtout un bon souvenir du diptyque à sketches Les monstres / Les nouveaux monstres, œuvres, totalement ou en partie, de Dino Risi. A la manœuvre de ce Fanfaron qui nous occupe aujourd’hui, au doux parfum de « chef-d’œuvre de la comédie à l’italienne ». Problème : je n’ai pas (sou)ri un seul instant. Ennuyeux, pour une comédie… Le « fanfaron » en question, c’est Vittorio Gassman, insupportable de volubilité et de sans-gêne, ricanant et klaxonnant dès qu’il en a l’occasion. Un vrai « rital », en somme. Le film se veut une satire de la société italienne de ce temps-là, en plein « boom économique » (1958-1963). Mouais, admettons… Même si le consumérisme, la cupidité, la bêtise et l’absence de valeurs morales sont universels. Aucun gag à se mettre sous la dent et des longueurs pour cette réalisation, à la fois « buddy movie » (même s’il n’est pas répertorié tel quel) et « road movie », qui s’achève de façon tragique, symbolique, amorale et, en y réfléchissant bien, prévisible.   

The Player (1992), de Robert Altman

 

C’est l’histoire de Griffin Mill (Tim Robbins), cynique producteur à Hollywood, qui reçoit de menaçantes cartes postales anonymes. Soupçonnant un auteur dont il aurait refusé le scénario, il pense avoir trouvé le coupable en la personne de David Kahane (Vincent D'Onofrio). Lors d’une altercation nocturne, il le tue accidentellement. Mais les menaces anonymes continuent…

Autant Short Cuts était plutôt bon voire jubilatoire par moments, autant ce The Player ne casse vraiment pas des briques. C’est dingue, on dirait un « direct-to-video »… Les 8 millions de dollars de budget ont visiblement surtout servi aux émoluments de la pléiade de stars venues faire un « caméo » dans leur propre rôle (Julia Roberts, Bruce Willis, Susan Sarandon, Cher, Anjelica Huston, Nick Nolte, Burt Reynolds, Jeff Goldblum…). Rien ne captive vraiment ici, pas plus l’enquête policière que l’amourette entre Tim Robbins et Greta Scacchi ou la satire, assez bateau, d’Hollywood.

Masques (1987), de Claude Chabrol

 

« (…) Et il a vite fondu, le patrimoine… C’est très désagréable de devenir pauvre, de descendre tout doucement vers la gêne. Très. (…) Je suis pas un intellectuel, tu sais. Chez moi, tout est affectif. »

C’est l’histoire de Christian Legagneur (Philippe Noiret), présentateur-vedette de télévision, qui invite dans sa luxueuse demeure le journaliste Roland Wolf (Robin Renucci), dont l’ambition est d'écrire sa biographie. Parmi les quelques personnes présentes, outre les domestiques et amis de Legagneur, Wolf remarque sa filleule Catherine (Anne Brochet), atteinte d’un mal étrange, et en tombe amoureux. Mais Legagneur la couve à l’excès. On se rend compte que l’écriture de la biographie de Legagneur n’est pour Wolf qu’un prétexte et qu’il enquête en réalité sur la mystérieuse disparition d’une jeune femme, Madeleine, qui était l’amie de Catherine.

Je n’aurais pas parié un kopeck sur ce Masques, la surprise n’en est que plus agréable. J’ai bien aimé, en grande partie grâce à Noiret. Qui fait du Noiret mais qui le fait bien, débonnaire (non, pas Sandrine…), toujours à la limite du cabotinage. Il campe un de ces animateurs vedettes d’émissions télé populaires, on pense en particulier à Jacques Martin et son Ecole des fans. Sauf qu’ici les candidats ne sont pas des enfants en bas âge mais au contraire des personnes âgées, à qui on fait gagner des voyages. L’occasion pour Chabrol d’égratigner (gentiment) ce monde hypocrite qui annonçait déjà largement la « télé-poubelle », dont l’un des précurseurs vient tout juste de nous quitter (R.I.P. Thierry). Aucune longueur, une ambiance vaguement « hitchcockienne », une intrigue intéressante sur les turpitudes de cet animateur faux-jeton et un bon casting (citons aussi l'irradiante Bernadette Lafont. Comme Noiret, ces genres de comédiens sont si naturels qu’ils ne jouent pas, ils sont), il n’en faut finalement pas plus pour faire un bon film, que l'on suit avec plaisir.

Kika (1993), de Pedro Almodóvar

 

« En réalité, les hommes à moustaches sont des pédales ou des fachos, quand c’est pas les deux à la fois. » (1)

C’est l’histoire, assez rocambolesque et embrouillée, de quelques personnages : Ramon, un photographe voyeur hanté par le suicide (du moins le croit-on) de sa mère ; son beau-père Nicholas, écrivain ; Kika, maquilleuse pour la télévision, qui entretient une relation avec les deux ; sa femme de ménage Juana ; Pablo, acteur de films pornos et frère de cette dernière ; et Andrea « Balafrée », présentatrice de téléréalité.

Y’a qui dedans ? Kika est jouée par Verónica Forqué et Ramon par Àlex Casanovas. Davantage connus du public français, le casting intègre également Peter Coyote (Nicholas), Rossy de Palma (Juana) et la « muse » de l’époque du réalisateur, Victoria Abril (la présentatrice sans scrupules Andrea).

Et c’est comment ? Un peu éprouvant par moments. Je vais me « taper » quelques Almodóvar, toujours dans l’optique de « ne pas mourir idiot »… Bon ben, on peut dire que le gars est du genre déjanté. Décors et vêtements aux couleurs chatoyantes, scènes de sexe et langage crus, violence (un petit peu), nanas fagotées et s’exprimant comme des « cagoles », situations « abracadabrantesques » (comme dirait Chichi) sont les principaux ingrédients de cette farce se voulant une satire de la « télé poubelle » des reality-shows et de son absence totale d’éthique. Verónica Forqué est doublée de façon horripilante par Odile Schmitt (voix française régulière d'Eva Longoria et du personnage Lola Bunny) et son viol par l’acteur porno Pablo, bien que tourné de façon humoristique, dure des plombes puisque le mec enchaine trois (!) orgasmes à la suite. Le « fruit » du quatrième atterrit… sur la joue de Victoria Abril, Pablo se « finissant » sur le balcon tandis qu’elle s’apprêtait à entrer dans l’immeuble… Y’a aussi quelques meurtres, notamment à la fin. Déjanté, vous disais-je…

Caméra portative sur la tête : oui

Goutte de sperme factice : oui

Femmes (et hommes) à poil : oui, c’est pas ça qui manque (des seins et des fesses surtout, bien évidemment, mais aussi une chatte poilue)…

(1) : ils ne sont pas forcément moustachus, y’a qu’à voir quelques-uns des principaux cadres du RN…😄

Orange Mécanique (1971), de Stanley Kubrick

 

C’est l’histoire d’un jeune homme qui s’intéresse principalement au viol, à l’ultra-violence et à Beethoven (on ne peut pas se tromper, c’est inscrit sur l’affiche…). Plus précisément celle du jeune Alex et de son petit groupe de voyous qui partagent effectivement leur temps entre bagarres, agressions de clochards, vols, cambriolages, parties de « ça va-ça vient » (de baise, quoi) et sorties au bar où ils s’abreuvent d’un mélange à base de lait et de drogue. Ils s’expriment dans un argot anglo-russe du nom de « nadsat ». Lors d’une soirée qui tourne mal, Alex tue accidentellement une femme riche, se fait trahir par sa bande et est incarcéré. Pour raccourcir sa peine de prison de 14 ans, il se porte volontaire comme cobaye d’une thérapie par aversion au stade expérimental promue par le gouvernement et censée éradiquer les comportements violents.

C’est avec qui ? Malcolm McDowell joue Alex. Philip Stone (père d’Alex, également à l’affiche des deux Kubrick suivants Barry Lyndon et Shining), Patrick Magee (l’écrivain violenté), Michael Bates (le gardien de prison, qui par son phrasé, sa gestuelle, son physique et son statut, rappelle fortement le sergent-instructeur de Full Metal Jacket), Warren Clarke (Dim, l’un des membres de la bande d’Alex) et Anthony Sharp (le ministre de l’Intérieur) sont les autres principaux personnages.

Et c’est comment ? Bien mieux que dans mes souvenirs. Il y a des réputations qui ne sont pas usurpées. Malcolm McDowell donne de sa personne : tête plongée sous l’eau, yeux maintenus écarquillés à l’aide de blépharostats ou contraint de dévoiler son intimité anale au gardien de prison (scène filmée évidemment de profil, pour laquelle il a possiblement pu être doublé). Orange Mécanique (classé « X » à l’époque) est toujours aussi malaisant près de cinquante-cinq ans après sa sortie, preuve qu’il n’a pas vieilli en dehors de quelques intérieurs et vêtements kitsch. Les Valseuses, qui s’en inspire, joue « petit bras », à côté. L’habitat d’Alex, dans une banlieue délabrée et le rôle central joué par la musique classique m’invitent au parallèle avec un autre Blier, Buffet froid. Le film est une satire et une réflexion sur la morale, le libre-arbitre et les risques d’un régime totalitaire. Le « remède » ne risque-t-il pas d’être pire que le mal ? Meilleur Kubrick après Shining parmi ses six derniers (je n’ai pas vu ses plus anciens), je n’en ferai toutefois pas l’acquisition, ma DVDthèque étant limitée (deux boites à chaussures, soit 44 places ! 😄). Petite anecdote, l’affiche me fait toujours penser à la pochette de l’album (au demeurant excellentissime) Smash, sorti en 2005, du Français Jackson Fourgeaud. Et vice et versa.

Inspection anale : oui

Parties de « ça va-ça vient » : oui

Femmes (et homme) à poil : d’après vous ?

Fight Club (1999), de David Fincher

 

« J’ai voulu détruire quelque chose de beau. »

C’est l’histoire d’un salarié dépressif et insomniaque, englué dans la société de consommation, qui soulage ce mal-être en participant à des groupes de parole fréquentés par des personnes en plus grande souffrance que lui. Ces réunions sont « parasitées » par la présence d’une fille paumée, ce qui l’importune. Il lui propose alors de se répartir les jours de la semaine afin de ne plus se croiser. Un jour, après que son appartement ait accidentellement pris feu, il rencontre l’énigmatique Tyler Durden, qui lui parle d’un club de combats clandestins dont il est l’initiateur. Mais Tyler est-il réel ou n’est-il qu’une création, un double fantasmé de notre héros ?

Y’a qui dedans ? Brad Pitt, après Seven, retrouve Fincher pour ce rôle de Tyler Durden. Edward Norton, révélé dans Peur primale (1996) et American History X (1998), confirme son talent pour les rôles ambigus dans celui de ce salarié déprimé. Helena Bonham Carter (qui ressemble à Anouk Grinberg dans Merci la vie, genre « femme-enfant ») vient apporter la touche féminine dans cet univers très « pour nous, les hommes ».

Et c’est bien ? Fincher, j’aime bien. Mis à part The Social Network (2010), j’ai vu tous ses films jusqu’à Gone Girl (2014) inclus. Même si je n’en ai qu’un seul dans ma DVDthèque (l’incontournable Seven), ses scénarios m’intéressaient suffisamment pour que j’y jette un œil à chaque fois. Paradoxalement, si ce Fight Club controversé, emblématique de la « Génération X » (la mienne, NDLR) et désormais culte m’avait impressionné à l’époque, je ne suis aujourd’hui pas loin de le placer plutôt en bas de classement parmi les réalisations du cinéaste. Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, des effets de mise en scène un peu « tape-à-l’œil ». Fincher vient du clip (Madonna, Billy Idol, Aerosmith, Michael Jackson, les Stones…) et ça se ressent particulièrement ici. Heureusement, il adoptera par la suite un style bien plus classique et mature. D’autre part, le « twist » final, invraisemblable et somme toute plutôt moral (mis en musique par le Where Is My Mind ? des Pixies), de ce que j’en ai compris (un homme, une femme et on repart de zéro sur des bases plus saines). Cette adaptation cinématographique du roman éponyme de Chuck Palahniuk a fini par devenir un film de chevet dans les cercles « virilistes » et MGTOW (de droite et son extrême, donc). Le refrain est connu : « le salariat et le confort consumériste, ça ramollit. Après, ça fait des pédés et on perd les guerres ». Ce qui est paradoxal sachant qu’ils sont par ailleurs extrêmement favorables au capitalisme, système entièrement basé sur… la consommation. Mais on n’est pas là pour philosophailler et chacun y verra bien ce qu’il veut. Qu’il soit « facho » ou libertaire, Fight Club est certes spectaculaire, parfois (légèrement) drôle et bien fait mais aussi un peu toc, versant dans la provoc facile et la violence gratuite.

Savon : oui

Pingouin : oui

Femme à poil : oui mais acte sexuel stylisé (Helena Bonham Carter)

La grande bouffe (1973), de Marco Ferreri

 

« Je ne sais pas si les féculents sont recommandés pour mon aérophagie… »

C’est l’histoire de quatre bonhommes, de bon niveau social (un pilote d’avion, un juge, un restaurateur et un présentateur télé), qui se retrouvent dans la villa de l’un d’eux pour un « séminaire gastronomique ». En réalité, ils y organisent leur suicide en mangeant jusqu’à ce que mort s’ensuive, tout en se livrant à une sexualité débridée avec quelques invitées (une institutrice et trois prostituées).

C’est l’histoire d’un des plus gros scandales (compréhensible) du Festival de Cannes, en 1973.

C’est l’histoire du film dont s’inspirèrent Michel Barny et Frédéric Lansac pour leur Mes nuits avec… Alice, Pénélope, Arnold, Maude et Richard (1976), possiblement le meilleur porno français de l’histoire.

C’est avec qui ? Deux Français (Philippe Noiret et Michel Piccoli) et deux Italiens (Ugo Tognazzi et Marcello Mastroianni). Et Andréa Ferréol.

Et c’est bien ? Le film va loin, pour 1973 et peut-être même encore aujourd’hui : festival de mets et de pets, inondation d’excréments, scènes de sexe... C’est l’un de ceux, avec entre autres Le dernier tango à Paris de Bertolucci, à avoir enfoncé les derniers coins dans la censure (il était interdit aux moins de 18 ans), avant son abolition en France avec l’arrivée au pouvoir de VGE en 1974. Andréa Ferréol, qui a dû grossir de 25 kilos pour le rôle de l’institutrice invitée par nos quatre larrons, donne de sa personne, s’asseyant fesses à l’air sur un gâteau ou se faisant toucher la chatte (nue) par Mastroianni. Les rôles semblent bien définis : à Piccoli les flatulences, à Noiret les fellations (suggérées, je vous rassure…) et aux « ritals » de montrer leur cul. Avis à ceux qui ne craignent pas les… indigestions…

Bugatti type 37 : oui

Tête de cochon : oui

Homme et femme à poil : oui (Ferréol, tout ; Tognazzi et Mastroianni, le cul)

Up 👍: satire drolatique de la bourgeoisie et des excès du consumérisme, où l’homme est réduit à ses instincts les plus primaires : bouffer et baiser

Down 👎: faut tout de même parfois un peu « s’accrocher »…

Brazil (1985), de Terry Gilliam

 

C’est l’histoire d’un type sans ambition, coincé entre une mère interventionniste et son emploi au sein du Ministère de l’Information d’un Etat totalitaire dirigé par les machines. Ses rêves, dans lesquels il se transforme en super-héros au secours d’une fée en danger, lui permettent de s’échapper de ce morne quotidien. Mais un jour, dans le cadre de la résolution d’une erreur administrative, il tombe sur la femme de ses rêves.

C’est avec qui ? Des pas ou peu connus : Jonathan Pryce dans le rôle du héros, Katherine Helmond dans celui de sa mère et Kim Greist dans celui de l’élue de son cœur. Mais aussi Bob Hoskins, Michael Palin (oui, le Monty Python bègue d’Un poisson nommé Wanda) et Robert De Niro (toujours bizarre de le voir ailleurs que dans un polar mafieux).

Et c’est bien ? La critique, visionnaire, de ce monde dystopique, déshumanisé, standardisé et mercantile et de l’absurdité de la complexité bureaucratique qui l’accompagne donne lieu à quelques scènes réjouissantes de drôlerie. Viennent s’y greffer une banale amourette et une tentative de rébellion « terroriste ». Par contre, les effets spéciaux et les décors en carton-pâte ont pris un sacré coup de vieux derrière les oreilles (un peu comme dans Total Recall). C’est vrai que les années 80, comme pour la musique, ça vieillit souvent mal. Et ces ailes ridicules du héros dans les rêves…

Mouche : oui

Centrale nucléaire : oui

Femme à poil : presque (Kim Greist, assise de dos)

Up 👍: description visionnaire du monde moderne ; scènes comiques, souvent liées aux excès bureaucratiques et consuméristes

Down 👎: extrêmement daté au niveau des décors et effets spéciaux

Le charme discret de la bourgeoisie (1972), de Luis Buñuel

 

C’est l’histoire de l’ambassadeur de la République (fictive) de Miranda, de deux de ses potes (avec lesquels il se livre à un trafic de drogue), de leurs épouses ou amantes et de la sœur (alcoolo) de l’une d’elles. Ce petit groupe de grands bourgeois cherche à se réunir autour d’un repas mais est contrarié dans ce projet par des évènements de plus en plus saugrenus.

C’est l’histoire, bien avant l’Inception de Nolan, de mecs qui rêvent et même d’un mec qui rêve d’un mec qui rêve (vous suivez ?).

Y’a qui dedans ? Du beau monde : Fernando Rey, Paul Frankeur, Jean-Pierre Cassel, Delphine Seyrig, Stéphane Audran, Bulle Ogier (elles jouent des bourges mais diable que les nanas étaient élégantes en ce temps-là…) mais aussi Julien Bertheau, Michel Piccoli et Claude Piéplu. Putain, y’a plus d’acteurs comme ça, de nos jours, on en est réduit à s’extasier devant Dujardin ou Niney, c’est dire l’ampleur du désastre…

Et c’est bien ? Oui, pas mal mais moins que le Buñuel suivant, Le fantôme de la liberté (à mon goût).

Poulet en plastoc : oui

Femme à poil : non

Up 👍: la distribution ; le cocasse des situations

Down 👎: manque un peu de « mordant » et d’humour