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La mariée était en noir (1968), de François Truffaut

 

« Le nez est formidable. Et la bouche… Si j’étais écrivain, j’en ferai un roman. »

Une femme en Kohler…

C’est l’histoire d’une meuf, Julie Kohler (Jeanne Moreau), qui n’a qu’une idée en tête : se venger des cinq types (Claude Rich, Michel Bouquet, Michael Lonsdale, Charles Denner et Daniel Boulanger) qui, accidentellement, ont tué d’un coup de carabine son mari le jour même de son mariage. Ils vont passer un sale quart d’heure…

Très bon film « qualité France », efficace, par le parangon d’une « vague » dont on se demande ce qu’elle a ici de « nouveau ». Sorti en avril 1968, un mois avant le joli mois de mai qui bouleversa l’Histoire. Comme dans Fahrenheit 451 deux ans auparavant, Bernard Herrmann, compositeur attitré d’Alfred Hitchcock, signe la musique. La figure tutélaire du « maitre du suspense » y est ici cependant moins prégnante. Le casting est royal, chacun des cinq coupables ou complices de l’assassinat initial du marié, montré en flashbacks, venant faire son tour de piste, à l’exception du moins célèbre Daniel Boulanger. Les meurtres de Bouquet et Lonsdale, précédés d’une agonie, sont particulièrement atroces et démontrent la volonté sans faille ainsi que l’absence de la moindre émotion de Jeanne Moreau. Celui de Rich, par contre, est totalement lunaire : il prend le risque d’enjamber la rambarde du balcon pour aller récupérer l’écharpe de Moreau sur l’auvent alors que n’importe qui de sensé aurait utilisé un long bâton tel un balai, par exemple. Les deux derniers crimes ne sont quant à eux pas montrés. Truffaut, dans le déroulé comme dans le dénouement, a pris quelques libertés avec le roman de William Irish dont le film s’inspire, écrivain déjà adapté au cinéma par… Hitchcock (Fenêtre sur cour) et… Truffaut lui-même (La Sirène du Mississipi, l’année suivante). Comme quoi, tout se tient. Bon, voila un film français simple, sans prise de tête, pour une fois. De la belle ouvrage.

Le fantôme de la liberté (1974), de Luis Buñuel

 

« Non, ne partez pas… Que les moines restent, au moins ! »

Réalisation : Luis Buñuel

Scénario : Luis Buñuel et Jean-Claude Carrière

Pays : France, Italie

Année : 1974

Genre : comédie, surréalisme

Avec : Jean-Claude Brialy, Monica Vitti, François Maistre, Milena Vukotic, Michael Lonsdale, Jean Rochefort, Julien Bertheau, Michel Piccoli, Claude Piéplu, Paul Frankeur, Pierre Maguelon, Pierre Lary, Orane Demazis, Adriana Asti, Jean Rougerie, Marie-France Pisier, Paul Le Person, Guy Montagné…

Synopsis : Un couple intercepte les photos, qu’il juge obscènes, données à sa fille par un inconnu dans un parc et licencie sur le champ sa bonne qui en avait la garde. Des photos… de monuments parisiens… ; une infirmière se voit contrainte de passer une nuit dans une auberge, où elle rencontre quatre moines, un jeune homme avec sa bien plus âgée compagne et… un couple sadomasochiste ; un professeur tient un cours sur l’évolution des mœurs dans une caserne de policiers, leur narrant une réunion entre amis fictive où les convives discutent autour d’une table tout en faisant leurs besoins avant, si l’envie leur prend, d’aller s’enfermer seul dans la salle à manger pour se restaurer ; un couple lance un avis de recherche pour retrouver sa petite fille disparue dans son école… alors qu’elle se trouve sous ses yeux ; un assassin ayant fusillé des badauds au hasard du haut d’une tour est arrêté, jugé, condamné à mort et… libéré sur le champ, félicité, signant même des autographes ; un « vrai faux » (à moins que ce ne soit l’inverse ?) préfet de police se fait interpeller dans son caveau familial : sa défunte sœur… venait de lui téléphoner.

Pourquoi ? Pour le casting (notamment Michael Lonsdale, qui se fait fouetter le postérieur nu par sa collaboratrice), la construction du film et ses saynètes, lors desquelles tous les postulats de la raison et de la bienséance sont renversés. Jubilatoire.

Le lieu du crime (1986) / Les innocents (1987), d’André Téchiné

 

« Dans la vie, on n’a pas l’choix : ou on est ivre, ou on est triste. » (Jean-Claude Brialy dans Les innocents)

Deux Téchiné pour le « prix » d’un. Mais quelle mouche m’a donc piqué pour que je m’inflige la filmographie de ce cinéaste, à priori à mille lieues de mes préoccupations ? C’est que ce gars-là est considéré par ses pairs comme un « géant du cinéma français »… Et de fait, la liste des comédiennes et comédiens qu’il a eu sous ses ordres a de quoi donner le tournis : Moreau (Jeanne), Pisier, Depardieu, Adjani, Brialy, Huppert, Dewaere, Trintignant (Jean-Louis), Binoche, Wilson (Lambert), Lanoux, Darrieux (Danielle), Bonnaire, Noiret, Béart (Emmanuelle), Vincent (Hélène), Auteuil, Magimel, Amalric, Blanc (Michel), Dussollier, Bouquet (Carole), Canet and, last but not least, l’un des derniers mythes français, Catherine Deneuve, qu’il dirigera à pas moins de huit reprises. Soit une bonne partie du « gratin » du cinéma hexagonal. Il révéla aussi Elodie Bouchez, Wadeck Stanczak, Pascal Greggory, Gaël Morel, Manuel Blanc, Stéphane Rideau ou encore Gaspard Ulliel. Nous nous trouvons là dans du cinéma d’auteur qui construit une « œuvre », ayant pour principaux thèmes les amours impossibles (ou contrariés), les rapports familiaux, l’homosexualité (Téchiné l’est lui-même), le tout parsemé (conjointement ou au choix) de faits divers, de considérations politico-sociales, de fragments autobiographiques et de scènes de nu ou de sexe gratuites faussement « provoc ». Ceci posé, ces deux films, mineurs et aux scénarios abracadabrantesques, ne valent pas tripette. Dans Le lieu du crime, Catherine Deneuve, mère d’un garçon au caractère difficile, s’éprend d’un fugitif évadé de prison (Wadeck Stanczak) qui avait racketté mais aussi sauvé celui-ci en tuant son complice. Quant à Les innocents, il voit la surdouée précoce Sandrine Bonnaire (alternant toujours regard ombrageux et sourire éclatant), pourtant à la base pas attirée par les hommes, tomber amoureuse simultanément de deux jeunes hommes, un « beur » (le futur cinéaste Abdellatif Kechiche, qui nous montre ses « attributs ») et un militant d’extrême-droite repenti (Simon de La Brosse) qu’il a tabassé pour se venger d’un incendie raciste auquel ce dernier avait participé et qui avait occasionné des brûlures au visage d’un membre de sa communauté. Bref, deux histoires hautement improbables. Ah, l’amûûûûr, toujours l’amûûûûr…

Le juge et l’assassin (1976), de Bertrand Tavernier

 

« Un fou qui sait qu’il est fou est un fou guéri. »

C’est l’histoire de Joseph Bouvier (Michel Galabru), un anarchiste rustre, qui tire sur la femme qui refusait de l’épouser avant de tenter de se suicider. Elle survit et lui aussi, malgré deux balles dans la tête (!). Libéré d’un asile, il vagabonde dans toute la France et viole et assassine les jeunes bergers ou bergères qu’il croise. Émile Rousseau (Philippe Noiret), un juge de province arriviste, parvient à le faire arrêter. Espérant une promotion, il tente de gagner la confiance de Bouvier afin de lui extirper des aveux et ainsi obtenir sa condamnation à mort.

Tavernier – Noiret, acte 3 (y’en aura deux autres, Que la fête commence… et La vie et rien d’autre, malgré des contextes qui ne m’enchantent guère : 18ème siècle pour le premier, Première guerre mondiale pour le second…). L’acteur campe un beau salaud en la personne de ce juge manipulateur et cynique. Mais c’est bien sûr Michel Galabru, pour son plus grand fait d’armes, qui crève l’écran, obtenant le César du meilleur acteur pour le rôle de ce « serial-killer » exalté et mystique (le film remportera aussi celui du meilleur scénario). Isabelle Huppert (maitresse de Noiret, encore bien casée) et Jean-Claude Brialy (procureur), complètent la distribution. Gérard Jugnot et Yves Robert font également des apparitions. Tourné dans les paysages variés de l’Ardèche et inspiré de la vie du « Jack l'Éventreur du Sud-Est » Joseph Vacher, le film comporte à mon avis quelques longueurs (il fait deux heures), en particulier à cause de la présence de trois chansons (signées Jean-Roger Caussimon, il en interprète lui-même deux). Il est éminemment politique (même s’il n’est pas que ça) puisque, outre le thème de la peine de mort, il se déroule à la fin du 19ème siècle, une époque marquée par l’affaire Dreyfus (« Mort à Dreyfus » tagué sur un mur de la prison, affiche « Lisez La Croix, le journal le plus anti-juif de France »…) et les luttes ouvrières de la Commune. La fin, qui relate ces dernières et que Tavernier juge lui-même « ratée » (non pas dans le propos, qu’il assume et revendique totalement mais dans la forme, trop démonstrative), m’a littéralement plombé, entrant chez moi en résonance avec l’actualité nationale récente. On n’a pas évolué d’un pouce (130 ans, ça peut paraître beaucoup mais à l’échelle de l’humanité, c’est peanuts…), les époques et le nom des protagonistes changent mais, contrairement à ce qu’on veut bien nous faire croire, la fracture et les antagonismes demeurent et ne sont pas près de disparaitre, malgré notre individualisme et le pouvoir anesthésiant du confort dont nous jouissons à des degrés divers.

Les acteurs (2000), de Bertrand Blier

 

« C’est la réplique qui est magnifique. Il suffit de la dire. »

C’est l’histoire d’acteurs (comme le titre l’indique) et des grands, du « brutal », comme dirait l’autre, qui se rencontrent, se parlent d’eux et de leur métier. Et c’est tout ? Oui.

Y’a qui dedans ? La plupart (pas tous : manquent Noiret, Rochefort et d’autres, sans doute) des plus grands acteurs français encore de ce monde à l’époque du tournage (1999/2000). Quasiment que des mecs, très peu de nanas (essentiellement Dominique Blanc et Josiane Balasko). Du coup, pour cette fois, le corps féminin n’est pas considéré comme un « libre-service »…

Et c’est comment ? Décevant. On ne peut franchement pas dire qu’on se fend la poire à s’en décrocher la mâchoire. Serrault et « Bébel » cabotinent, Delon fait un bref monologue, Marielle fait du Marielle et Galabru n’a aucun texte (!). Faut même se farcir « l’amicale Macroniste » (Arditi / Berléand)… J’ai bien aimé Brialy et Claude Rich, par contre. Il y a bien quelques répliques qui font mouche mais rien n’accroche sur la longueur, la dérision de commande tombe à plat et ça ne raconte rien, ou pas grand-chose. Du gâchis.

Fauteuil roulant : oui

Pot d’eau chaude : oui

Femme ou homme à poil : non

Up 👍: quelques répliques et acteurs qui se sortent de la « grisaille » ambiante

Down 👎: manque de drôlerie et d’intérêt