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Diva (1981), de Jean-Jacques Beineix

 

« Et c’est quoi la marque des matelas où on peut dormir sans faire chier l’autre ? »

« Au fond, t’es un lyrique… »

C’est l’histoire de Jules (Frédéric Andréi), jeune postier grand fan d’une cantatrice américaine (Wilhelmenia Wiggins Fernandez), qui effectue un enregistrement de l’un de ses spectacles puis lui vole sa robe de scène, alors qu’elle refuse de se produire sur disque. Parallèlement, la police enquête sur un réseau de prostitution.


Un peu mégalo, le Beineix, mais vraiment pas mal du tout. Une double intrigue croisée, avec des morceaux esthétisants dedans (couleurs artificielles, décors inspirés du « pop art »…). Une histoire assez originale où un jeune postier prénommé Jules (Jules…😏) se trouve en possession de deux enregistrements, celui qu’il a réalisé d'une diva à laquelle il voue un véritable culte mais aussi celui des révélations d’une ex-prostituée que celle-ci a déposé à son insu dans la sacoche de sa mobylette juste avant d’être assassinée. Notre gars va dès lors être poursuivi simultanément par deux Taïwanais l’ayant repéré lors du concert incriminé, par deux « pieds nickelés » (Gérard Darmon et Dominique Pinon), chacun de ces duos cherchant à récupérer l’un des enregistrements, mais aussi par la police, ce qui occasionnera des « tours de passe-passe » et une spectaculaire course-poursuite au cours de laquelle Jules pénètrera dans le métro parisien à bord de sa moto (Besson a sûrement pris des notes pour son Subway de 1985). Le postier sera aidé dans sa tâche par un mec dont on ne sait strictement rien (Richard Bohringer), que l’on voit juste préparer de la bouffe, prendre un bain dans une baignoire cigare au bec ou faire un puzzle géant. Et par une étudiante asiatique, amie du mec en question. L’intrigue policière et les personnages sont assez sommaires, les poursuivants retrouvant la trace du postier on ne sait comment, on sent que ce n’est pas ce qui intéresse le plus Beineix. Deux caméos notables : la récemment disparue Isabelle Mergault dans une salle de jeu et… l'alors fraichement « retraitée » du porno Brigitte Lahaie dans un clin d’œil à Marilyn Monroe (sa jupe qui se soulève sous une bouche de métro). Mine de rien, près de trente ans avant la « loi Hadopi », Diva posait déjà la problématique de l’auteur face aux enregistrements pirates de ses œuvres. Il est par ailleurs accompagné d’une mémorable bande originale de Vladimir Cosma (récipiendaire de l’un des quatre Césars obtenus par le film), avec notamment le sublime extrait de l'opéra La Wally revenant tel un leitmotiv.   

37°2 le matin (1986), de Jean-Jacques Beineix


« Dans ces boites d’édition, c’est tous des enculés… Je sais d’quoi j’parle… »

Les histoires d’amour finissent mal… en général…

C’est l’histoire de Zorg (Jean-Hugues Anglade), un mec « normal » et bricoleur, maqué avec Béatrice Dalle (Betty) dans un bungalow sur pilotis à Gruissan. Et là, vous vous dites : eh ben le salaud, il en a de la veine ! Pas si vite, la Betty, c’est pas un cadeau tous les jours. On peut même dire qu’elle est complètement chtarbée. Surtout depuis qu’elle s’est mis bille en tête qu’il était un grand écrivain en découvrant par hasard ses écrits…


De Jean-Jacques Beineix, disparu en 2022 à 75 balais, j’ai l’image d’un cinéaste dans la veine d’un Luc Besson (puis un peu plus tard d’un Jean-Pierre Jeunet) : esthétique marquée par le clip et la pub (ici c’est un festival de « placements de produit » : Nescafé, Kronenbourg, Coca, Nesquik…), personnages et situations marginaux ou « décalés », poésie naïve, style un peu « tape-à-l’œil », avec une bonne dose de « provoc ». Des gens « bien de leur époque » (les artificielles années 80), une sorte de nouvelle Nouvelle Vague, appelée « cinéma du look » (citons aussi Léos Carax). Toujours mieux que le cinéma bourgeois à la Podalydès ou le « film de banlieue » dominant actuellement sur nos écrans. Je garde surtout un souvenir ému de son plutôt bon Roselyne et les lions de 1989, seul film que j’avais vu de lui jusqu’ici, tourné en partie dans l’ex-jardin zoologique Longchamp de la cité phocéenne (tout près de mon quartier de résidence des 5 Avenues) et figurant parmi les films de chevet de mon défunt daron.

De Béatrice « les dents du bonheur » Dalle née Cabarrou, j’ai l’image d’une femme… de caractère (on va dire ça comme ça…), totalement imprévisible et difficilement « cernable », capable de se maquer aussi bien avec JoeyStarr qu’avec un militant… d’extrême-droite (!). Et d’applaudir à l'évasion d’un braqueur (Rédoine Faïd)… On se souvient aussi de son mémorable face-à-face télévisuel avec le prédateur PPDA (on ne connaissait pas sa véritable nature à l’époque), qu’elle n’hésita pas à envoyer bouler bien comme il faut. Cinématographiquement parlant par contre, bien que peu cinéphile, je serais bien en peine de citer ne serait-ce qu’un autre film de sa filmographie en dehors de ce 37°2 le matin, qui fête ses 40 ans cette année. Son premier rôle et un véritable coup de maître. Elle est sans doute formidable dans plein d’autres métrages (elle privilégie désormais le circuit indépendant, fidèle à son esprit « punk ») mais rien n’y fera : elle sera pour toujours Betty. Qui est ici ce que fût (toutes proportions gardées) la Bardot du Mépris (film que j’ai par ailleurs détesté) ou ce que sera un an plus tard Pauline Lafont dans L’été en pente douce : la Femme autour de laquelle la Terre tourne.


Le DVD que j’ai emprunté à ma médiathèque municipale proposant la version « sortie ciné » de deux heures et la version longue de trois heures (!), je me suis tapé cette dernière. Alors ça commence « mal ». Premier plan (large) : Anglade et Dalle nus comme des vers en train de baiser sur un lit, l’absence de pénétration constituant la seule différence notable avec un porno lambda. Au moins, on n’est pas pris en traitre, Beineix annonce d’emblée la couleur. Plus loin, il y aura d’autres scènes un peu / beaucoup « olé-olé » : Dalle embrassant la bite (au repos) d’Anglade, celui-ci lui faisant un cunni ou pétrissant un imposant sein de Clémentine Célarié qui, elle, se touchera. Par ailleurs, nos deux tourtereaux seront à poil dans de nombreuses scènes. Pour le reste, on suit la vie d’aventuriers, éloignée des contingences matérielles, et la lente descente aux enfers de ce joli couple qui aurait eu tout pour être heureux si l’obsession, virant à la folie, de Betty pour l’hypothétique carrière d’écrivain de Zorg et une grossesse avortée n’en avaient décidé autrement. Un parcours nous permettant de croiser des visages bien connus du cinéma français comme Gérard Darmon, Clémentine Célarié, Vincent Lindon dans le rôle d’un gendarme ou Dominique Pinon dans celui d’un dealer. Et de voyager à travers les paysages et villages de la France mitterrandienne (allez hop, encore une petite pièce dans le juke-box de la mélancolie nostalgique…) : la Plage des Chalets de Gruissan (Aude), Marvejols (Lozère) ou encore Narbonne. L’ensemble est accompagné d’un très joli thème pianistique de Gabriel Yared et se conclut par un final assez peu crédible (mais c’est du cinéma…) au cours duquel Beineix nous refait le coup de Vol au-dessus d’un nid de coucou. Gros succès public (plus de 3,6 millions d’entrées), beaucoup moins chez les critiques, qui ont toujours boudé Beineix (un seul César, pour l’affiche). Un film pas exceptionnel mais assez marquant, qui « laisse des traces » même quelques heures voire jours après son visionnage et qui mérite donc son statut. Du coup, je vais me choper La lune dans le caniveau et peut-être Diva.      

Notre histoire (1984), de Bertrand Blier

 

« La vie est mal foutue, je vous l’accorde volontiers mais enfin, de temps en temps, à force de patauger dans le caca, on découvre une pépite… »

C’est l’histoire d’un mec, seul dans un train et plutôt déprimé, qui se fait allumer par une nana dans son compartiment. Pour une fois que c’est dans ce sens-là… Mais alors qu’elle ne voulait tirer qu’un coup, lui s’accroche à elle comme une moule à son rocher.

C’est l’histoire d’Alain Delon qui, en incarnant un alcoolo, casse son image et empoche un César pour son interprétation (le film obtiendra aussi celui des meilleurs scénario et dialogues). Et de Nathalie Baye qui s’impose comme l’une des meilleures actrices françaises de sa génération.

Y’a qui dedans ? Alain Delon et Nathalie Baye dans les rôles principaux donc mais aussi un truculent et savoureux Michel Galabru et une pléiade de seconds rôles ou de figurants encore peu connus à l’époque : Gérard Darmon, Jean-Pierre Darroussin, Jean-François Stévenin, Vincent Lindon, Bernard Farcy, Jean-Claude Dreyfus et Jean Réno.

Et c’est bien ? Bof. C’est du Blier, ça part dans tous les sens. Delon en fait des tonnes en alcoolo. Un peu long, j’ai failli m’endormir. Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris mais Baye joue en fait trois rôles, pris à trois moments de sa relation avec Delon.

Canette de bière : oui

Femme à poil : non

Up 👍: toute la scène chez Galabru, le cœur du film

Down 👎: ça s’essouffle