Chroniques de films, au fil de mes (re)découvertes. Aucune connaissance technique ou historique sur le cinéma, juste des ressentis. Si cela vous donne envie de (re)voir ces films, c'est déjà ça...
« La loi n’a pas toujours
raison. Les hommes font les lois, ils sont parfois méchants. Ou stupides. Ou
jaloux. »
« Je f’rai des passes de
pédé, des partouzes. Je ferai tout ce que tu veux maintenant, Leon ! »
C’est l’histoire d’un mec, Julian
Kay (Richard Gere), qui fait le plus beau métier du monde (pour un mec) à
Los Angeles : escort boy ou gigolo, si vous préférez. Via son entremetteuse, il
fait surtout les femmes « d’un certain âge » de la haute société.
Mais il lui arrive aussi de dépanner le réseau de Leon (Bill Duke), aux
demandes plus, comment dire, sulfureuses. C’est dans ce cadre qu’il se livre à
une prestation SM sur l’épouse d’un financier voyeur. Quelques jours après, il
apprend que cette femme a été assassinée. Très vite, les soupçons de l'inspecteur
Sunday (Hector Elizondo) se portent sur lui : on cherche manifestement à lui
faire porter le chapeau. Pour ne rien arranger, l’épouse délaissée d’un
sénateur, Michelle Stratton (Lauren Hutton), s’est entichée de lui.
En 1990, Richard Gere, dans le rôle d’un business
man, se payait une pute nommée Julia Roberts (Pretty Woman). Dix ans plus tôt,
c’est lui qui faisait la pute. C’est au son du tube Call me du groupe Blondie de
Debbie Harry (coécrit avec le sorcier du disco Giorgio Moroder, qui signe la
B.O) et à bord de sa rutilante décapotable que le beau Richard entre de plain-pied dans
les délétères « années Reagan » (élu en cette fin 1980 40ème président des « States »), où le mot d’ordre sera désormais de faire du pognon pour « Make
America Great Again » (l’histoire est un éternel recommencement…). Et
tant pis pour ceux qui ne suivront pas la cadence. Sex (beaucoup), drugs (un
peu) et rock n’roll, costards Armani et chaines HiFi dernier cri à gogo ! A
l’écran, cela reste pourtant très sage. On voit très peu Gere dans l’exercice
de sa « profession », tout est suggéré, même si un plan pas très
rapproché le montre nu à sa fenêtre, plutôt de dos (on aperçoit toutefois son
appareil génital…). Et Lauren Hutton nous dévoile sa poitrine. Après un départ plutôt
intéressant, le temps de « planter le décor », l’intrigue policière
patine assez vite, de même que la bluette entre Gere et Hutton, et on s’ennuie.
Avec Paul Schrader (collaborateur, entre autres, de Scorsese, De Palma et Spielberg)
aux manettes et un tel sujet, je m’attendais à mieux. En somme, cet AmericanGigolo ne m’a pas fait… grimper aux rideaux…
« Hier, tu voulais me
mettre en prison. » - « C’était hier… »
C’est l’histoire de Pauline
Valance (Isabelle Adjani), brillante polytechnicienne au cabinet du Ministre
des Finances, qui, à la mort de sa mère, s’occupe de sa grand-mère et de ses
deux sœurs. Un jour, son père Victor (Yves Montand) revient en France après d’infructueuses
opérations financières de casinos aux Bahamas et au Canada. Il se lance dans la
réfection d'un casino au bord du lac Léman avec l’argent obtenu de la vente de
l’immeuble familial, à l’insu de Pauline.
Jean-Paul Rappeneau tourne peu
mais plutôt bien. Coécrit à six mains avec sa sœur Elisabeth et Joyce Buñuel
(épouse du fils de Luis Buñuel), Tout feu tout flamme est quasiment une
commande d’Isabelle Adjani. Séduite par Le sauvage (1975) avec le duo Deneuve -
Montand, précédent film du réalisateur et soucieuse d’obtenir des rôles plus « légers »
que jusqu’à présent, elle « harcela » gentiment Rappeneau qui avait
justement l’idée d’un film sur un polytechnicien incarné par Francis Huster. Il
modifia donc son scénario d’origine pour que ce rôle échoit à Adjani. Et comme
Montand, malgré des relations tumultueuses sur Le sauvage, était également
demandeur, il interprètera le rôle du père flambeur (dans tous les sens du
terme, il fait des pommes flambées à un moment…). Jean-Luc Bideau jouera l’associé
de Montand et Alain « La Souche » Souchon, pas encore menacé par l’implantation
d’un « Carrouf » dans son quartier résidentiel, le journaliste amant
d’Adjani (qu’il retrouvera l’année suivante dans L’été meurtrier). Les deux
stars en font parfois des tonnes, Adjani abusant des yeux écarquillés et
Montand se croyant par instants sur la scène de l’Olympia qu’il arpentait au
même moment pour son tour de chant. Celui-ci, décidément assez égocentrique, était
un peu jaloux d’Adjani (ou plutôt de l’attention particulière que lui portait
Rappeneau) et craignait de n’être qu’un « faire-valoir » de l’actrice,
ce qui n’était évidemment pas le cas. Le film est parfaitement représentatif de
son époque (les on ne peut plus idiosyncratiques années 80) et d’un cinéma de
divertissement « qualité France », sachant combiner et alterner
comédie, émotion et scènes d’action (on pense parfois à certains Belmondo de la
même époque). Aussi, il a un peu vieilli (la B.O un peu « gnan-gnan »
composée par Michel Berger) et tout ceci est certes « cousu de fil blanc »
(le père et sa fille, d’abord en conflit puis se rabibochant comme il se doit).
Mais le duo vedette et les magnifiques décors alpins du final, notamment, en
font un spectacle idéal pour décompresser après des trajets ferroviaires d’aller
et retour de vacances mouvementés (mais, à l’attention des trop nombreux
détracteurs de cette institution, non imputables à la SNCF, au contraire plutôt
réactive sur ces coups-là : limitation de vitesse ou annulation de train en
raison de la canicule, malaise d’un passager occasionnant un retard).