Affichage des articles dont le libellé est drame. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est drame. Afficher tous les articles

Deux Buñuel pour le prix d’un…

 

L’ange exterminateur (1962)

« Les employés sont chaque jour plus impertinents. »


C’est l’histoire d’une vingtaine de bourgeois qui, lors d’une réception organisée chez un aristocrate mexicain, se trouvent inexplicablement dans l’impossibilité de quitter les lieux. Les voilà enfermés dans le salon avec le seul majordome encore présent, les autres ayant mystérieusement démissionné juste avant le diner.

Le journal d’une femme de chambre (1964)

« Vous ne trouvez pas que les animaux sont plus beaux vivants que morts ? » - « Mais la chasse, c’est la chasse ! » 


C’est l’histoire de Célestine (Jeanne Moreau), une femme de chambre qui, de Paris, descend en province afin de se mettre au service d’une famille de notables. Elle va y côtoyer un mari sexuellement frustré (Michel Piccoli), son épouse frigide, un patriarche fétichiste des bottines et un palefrenier d’extrême-droite.


Tiens, ça faisait un bail que je ne m’étais pas fait un Buñuel… Alors hop, deux d’un coup pour rattraper la chose. Entre Chabrol, les « ritals » (Pasolini, Ferreri…) et le réalisateur espagnol, on pourra dire que la Bourgeoisie (et le Clergé) a pris cher et le dernier cité ne fût pas le plus tendre du lot. Le Journal d’une femme de chambre est l’une des cinq adaptations cinématographiques en 110 ans (dont une en muet) du roman éponyme d'Octave Mirbeau. On y découvre une femme de chambre embauchée par des notables provinciaux et aux prises avec leurs excès et leur bassesse. Ainsi, elle devra supporter une maitresse de maison terriblement pointilleuse sur la propreté, les avances de son mari, les séances de fétichisme (port de bottines) que lui impose le patriarche des lieux et les idéaux d’extrême-droite du palefrenier, lui aussi épris d’elle. Convaincue de la culpabilité de ce dernier, elle essaiera en vain de le faire condamner pour le meurtre et le viol d’une jeune fille. A l’image de la famille précaire de Parasite, elle va se laisser « contaminer » par le cynisme bourgeois en épousant le riche voisin de ses anciens employeurs et ainsi changer de classe sociale, tandis qu’au dehors, les ligues d’extrême-droite manifestent et avancent vers le pouvoir (le film se déroule à la fin des années 20). « Plutôt Hitler que le Front Populaire ! »… L’Histoire est un éternel recommencement…


Plus étonnant est L’ange exterminateur (en V.O). Lors d’une réception mondaine, tout déraille. Tout d’abord, tous les domestiques, excepté un, quittent de concert les lieux sous divers prétextes. Pis, une force invisible maintient les convives dans le salon pendant des semaines, tout comme elle empêche leurs proches ou les autorités à venir les chercher en pénétrant dans leur propriété. Face à la promiscuité et la fatigue, le vernis des convenances sociales craque et ces respectables bourgeois finissent par succomber aux plus bas instincts de l’humanité. Nous sommes donc dans du pur surréalisme buñuelien. Le film rappelle Le Charme discret de la bourgeoisie, où là aussi un groupe de bourgeois était contraint dans un objectif pourtant banal (la tenue d’un repas), et Le Fantôme de la liberté (la présence inattendue d’animaux - ici des brebis - dans des demeures luxueuses). Passée la surprise initiale du « pitch », le film s’embourbe toutefois un peu par moments, avant un final en « boucle ».

A l’arrivée, deux films aux thématiques à la fois très actuelles (les mécanismes comportementaux et historiques) et « datées » (la critique de la bourgeoisie n’est plus vraiment au goût du jour).       

La notte (1961), de Michelangelo Antonioni

 

« Est-ce que vous pensez que les roses dorment aussi ? » - « Et oui, les roses dorment aussi… l’espace d’une nuit, Madame. »

« Et puis ne l’oubliez pas : il est probable que l’avenir ne commencera jamais. » - « Ah, l’avenir sera quelque chose d’horrible, vous ne croyez pas ? »


C’est l’histoire d’un couple à la dérive, l’écrivain Giovanni Pontano (Marcello Mastroianni, mine grave, une seule expression faciale pendant tout le film) et sa superbe épouse Lidia (Jeanne Moreau), qui n’a plus rien à se dire. Ils se rendent au chevet d’un ami également écrivain, Tommaso (Bernhard Wicki), « au bout d’sa life » dans un hôpital milanais. Bouleversée, Lidia repart la première puis erre dans des quartiers en pleine mutation de Milan. Giovanni la rejoint et ils se rendent à une fête célébrant son nouveau livre, qui est un succès.


Après une petite semaine dans la très touristique Chamonix et son impressionnante « Aiguille du Midi » à 3800 mètres d’altitude (!), me voila de retour pour « boucler » le dossier Antonioni avec le second volet de sa « trilogie de l’incommunicabilité », comprenant également L’avventura (1960) et L’éclipse (1962), tous trois avec sa compagne Monica Vitti à l’affiche. Couples en crise, errance existentielle, élégance en papier glacé, milieu bourgeois, « la ville, le jazz, la nuit », « la vie, l’amour, c’est compliqué, toussa toussa », ça recommence. Ou ça continue, c’est selon. Donc on se fait chier, comme dans les autres films du réal (j’ai néanmoins une affection particulière pour Zabriskie Point et son ambiance « flower power » soixante-huitarde). Mastroianni se fait alpaguer par une jeune nympho qui l’entraine dans sa chambre d’hôpital (on y croit…). Moreau erre comme une âme en peine et Vitti ne nous montre sa (jolie) bobine qu’au bout d’une heure, à la fête donnée par son industriel de père et où se presse toute une « intelligentsia ». Quelques beaux plans et angles de prise de vue toutefois : dans la chambre d’hôpital du mourant (gros plan sur Moreau, avec en arrière-plan la mère du malade ; la fenêtre ouverte avec vue sur la rue), Moreau marchant dans la ville, le final avec elle et Mastroianni sur le terrain de golf. Pour le reste, remplace efficacement un somnifère…   

American Gigolo (1980), de Paul Schrader

 

« La loi n’a pas toujours raison. Les hommes font les lois, ils sont parfois méchants. Ou stupides. Ou jaloux. »

« Je f’rai des passes de pédé, des partouzes. Je ferai tout ce que tu veux maintenant, Leon ! »

C’est l’histoire d’un mec, Julian Kay (Richard Gere), qui fait le plus beau métier du monde (pour un mec) à Los Angeles : escort boy ou gigolo, si vous préférez. Via son entremetteuse, il fait surtout les femmes « d’un certain âge » de la haute société. Mais il lui arrive aussi de dépanner le réseau de Leon (Bill Duke), aux demandes plus, comment dire, sulfureuses. C’est dans ce cadre qu’il se livre à une prestation SM sur l’épouse d’un financier voyeur. Quelques jours après, il apprend que cette femme a été assassinée. Très vite, les soupçons de l'inspecteur Sunday (Hector Elizondo) se portent sur lui : on cherche manifestement à lui faire porter le chapeau. Pour ne rien arranger, l’épouse délaissée d’un sénateur, Michelle Stratton (Lauren Hutton), s’est entichée de lui.

En 1990, Richard Gere, dans le rôle d’un business man, se payait une pute nommée Julia Roberts (Pretty Woman). Dix ans plus tôt, c’est lui qui faisait la pute. C’est au son du tube Call me du groupe Blondie de Debbie Harry (coécrit avec le sorcier du disco Giorgio Moroder, qui signe la B.O) et à bord de sa rutilante décapotable que le beau Richard entre de plain-pied dans les délétères « années Reagan » (élu en cette fin 1980 40ème président des « States »), où le mot d’ordre sera désormais de faire du pognon pour « Make America Great Again » (l’histoire est un éternel recommencement…). Et tant pis pour ceux qui ne suivront pas la cadence. Sex (beaucoup), drugs (un peu) et rock n’roll, costards Armani et chaines HiFi dernier cri à gogo ! A l’écran, cela reste pourtant très sage. On voit très peu Gere dans l’exercice de sa « profession », tout est suggéré, même si un plan pas très rapproché le montre nu à sa fenêtre, plutôt de dos (on aperçoit toutefois son appareil génital…). Et Lauren Hutton nous dévoile sa poitrine. Après un départ plutôt intéressant, le temps de « planter le décor », l’intrigue policière patine assez vite, de même que la bluette entre Gere et Hutton, et on s’ennuie. Avec Paul Schrader (collaborateur, entre autres, de Scorsese, De Palma et Spielberg) aux manettes et un tel sujet, je m’attendais à mieux. En somme, cet American Gigolo ne m’a pas fait… grimper aux rideaux…

Liza (1972), de Marco Ferreri

 

« Est-ce que c’est possible de vivre seul ? » - « Oui, on s’y habitue très facilement. »

Une femme qui a du chien…

C’est l’histoire de Giorgio (Marcello Mastroianni), un peintre qui a décidé de vivre en ermite avec son chien Melampo sur une île du Sud de la Corse. Sa tranquillité est troublée par l’arrivée sur l’île de Liza (Catherine Deneuve), magnifique femme blonde qui a quitté le bateau de ses amis sur un coup de tête. S’attachant à Giorgio, elle tue Melampo en le faisant nager jusqu’à épuisement puis prend sa place auprès de son maître, en se délestant de son humanité. Une étrange relation s’établit alors entre les deux protagonistes.

Quelle connerie, ce film ! Il ne s’y passe quasiment rien. On ne sait pas de quoi vit ce mec (d’amour et d’eau fraîche ?) car s’il pêche des poissons, il a aussi du pain, des œufs et une petite cuisinière ! Et d’elle, on ne sait strictement rien. Pas bien grave, me direz-vous car l’essentiel est ailleurs. Mais où ? Quoi qu’il en soit, au bout de 30-40 minutes, l’ambiance passe du « glamour » au malsain avec tout d’abord le meurtre du clébard puis la relation sado-maso qui s’instaure entre le couple star (à la ville comme à la scène et dont le fruit de l’union, Chiara, naquit cette même année 1972). Rester à genoux ou à quatre pattes, boire dans une gamelle, avoir un collier, aller chercher le bâton qu’envoie au loin Mastroianni ou lui lécher la joue ou la main, tout ou presque y passe pour notre pauvre Cathy, par ailleurs toujours aussi superbe et qui nous dévoile à nouveau un sein (chose assez rare). Déstabilisant et complètement grotesque. Comme durer une heure trente (la durée typique du projet bâtard) sur une île avec un postulat si mince n’est pas chose aisée, on invente une « intrigue » parallèle et Mastroianni doit se rendre à Paris au chevet de sa femme qui a tenté de se suicider. Deneuve l’y rejoint alors qu’il le lui a interdit (comment l’a-t-elle retrouvé ? On s’en branle…). Et ils repartent sur l’île où, après quelques désagréments, une issue que l’on pressent fatale les attend, leur tentative de s’en échapper étant vouée à l’échec. A des années-lumière de son successeur La grande bouffe : les paysages, le couple vedette et c’est marre !  

JF partagerait appartement (1992), de Barbet Schroeder

 

« T’es trop bonne. C’est ton problème. Les hommes sont des porcs, même ceux qui ont l’air gentil. Tu finis toujours par te faire avoir. »

C’est l’histoire d’une nana, Alison Jones (Bridget Fonda), conceptrice de logiciels, qui rompt avec son mec Sam Rawson (Steven Weber) car il l'a trompée avec son ex-femme. Souhaitant conserver son grand appartement new-yorkais, elle se met en quête d’une colocataire. Son choix se porte sur l’effacée Hedra Carlson (Jennifer Jason Leigh). Problème : celle-ci s’avère envahissante et pour tout dire complètement secouée, alors que Sam refait surface et obtient d’Alison une nouvelle chance.

Ce film me replonge dans les désormais douloureux souvenirs du temps béni de mon adolescence où, avec mon géniteur, nous louions des films en K7 dans les vidéo-clubs lors de ses week-ends de garde de père divorcé. Dont celui-ci, donc. Qui ne vaut hélas pas tripette et peine à résister aux affres du temps. Ce n’est pas qu’il soit mal fait, loin de là mais son déroulé des plus prévisibles et le genre dans lequel il s’inscrit (thriller) le condamnent inévitablement au statut de produit de consommation courante pour soirée TV. Il n’évite pas non plus l’écueil de quelques clichés (l’apprenti violeur de Fonda est tué mais son ami voisin homo survit) ni du final grand-guignolesque. Son relatif succès au box-office reste donc un mystère. On retiendra toutefois l’interprétation des deux jeunes femmes qui, fatalement, n’échappent pas au « passage obligé » de la nudité, en particulier celle de Jennifer Jason Leigh.

L’agression (1975), de Gérard Pirès

 

« Ce bout de viande est dégueulasse. C’est mal cuit, c’est dur, c’est une semelle. C’est d’la merde ! » - « Ah non, c’est d’la bavette ! » - « Non, c’est d’la merde ! »

Chronique de la violence (et de la connerie) ordinaire…

C’est l’histoire d’un mec, Paul Varlin (Jean-Louis Trintignant), il part en vacances avec sa femme et leur fillette de 10 ans. Après un arrêt buffet, ils sont pourchassés sur l’autoroute par trois motards. S’ensuivent accident et bagarre, Varlin perd connaissance. A son réveil, il découvre les corps sans vie de son épouse et de sa fille. L’enquête patinant, il décide de se faire justice lui-même.

Mais pourquoi diable me suis-je laissé tenter par ce film ? Le casting, probablement, avec l’icône Deneuve, l’ambigu Jean-Louis Trintignant et Claude Brasseur. Car pour le reste, il présente deux « red flag » : l’univers des motards et leurs engins bruyants et polluants (dans mon monde idéal, ça vire direct…) et « la loi du talion ». En nous montrant des crimes horribles (notamment sur une enfant, qui plus est), on nous pousse de fait, instinctivement, à adhérer au comportement vengeur du père de famille, j’ai horreur d’un tel procédé. De Gérard Pirès, on se souvient surtout, si ce n’est exclusivement, qu’il fût « mandaté » par Luc Besson pour mettre en scène le premier volet de sa franchise putassière Taxi (encore des bolides sans respect pour notre audition et nos bronches). Il s’est bien « fait la main » ici, même filmage de virages au ras du bitume. C’est terrible mais y’a rien qui va dans ce film, il défie constamment les lois de la vraisemblance. Premier constat : à part la bagnole de Trintignant et les trois motards, y’a presque dégun sur cette putain d’autoroute. Deuxième constat : un motard parvient à voler les lunettes que Trintignant a sur le nez. Vous croyez que ce dernier remonterait sa vitre pour autant ? Que nenni ! Je continue ? Notre héros n’a pas l’air si bouleversé que ça d’avoir perdu femme et enfant, si ce n’est un peu d’énervement face à quelques questions policières. Vous en voulez encore ? Le must : ivre, il lui vient l'envie de baiser rien de moins que… sa belle-sœur ! D’accord, celle-ci a les traits de Deneuve, mais quand même… Sa belle-sœur quelques jours après un tel drame… Et vous savez quoi ? Après s’être vigoureusement débattue et sur le point de le quitter, finalement… elle accepte (la scène n’est pas montrée). On « dream » total, là… Après ça, on se tape encore une interminable course-poursuite entre nos deux tourtereaux et une palanquée de motards. Et on termine par un beau carambolage (de quoi justifier un budget et des heures d’intermittents pour les cascadeurs…) lors du « twist » final (et non, c’était pas les motards les coupables…), sur une autoroute malgré tout assez peu fréquentée. Mais que sont venus faire ces trois grands acteurs dans cette galère ?       

La mariée était en noir (1968), de François Truffaut

 

« Le nez est formidable. Et la bouche… Si j’étais écrivain, j’en ferai un roman. »

Une femme en Kohler…

C’est l’histoire d’une meuf, Julie Kohler (Jeanne Moreau), qui n’a qu’une idée en tête : se venger des cinq types (Claude Rich, Michel Bouquet, Michael Lonsdale, Charles Denner et Daniel Boulanger) qui, accidentellement, ont tué d’un coup de carabine son mari le jour même de son mariage. Ils vont passer un sale quart d’heure…

Très bon film « qualité France », efficace, par le parangon d’une « vague » dont on se demande ce qu’elle a ici de « nouveau ». Sorti en avril 1968, un mois avant le joli mois de mai qui bouleversa l’Histoire. Comme dans Fahrenheit 451 deux ans auparavant, Bernard Herrmann, compositeur attitré d’Alfred Hitchcock, signe la musique. La figure tutélaire du « maitre du suspense » y est ici cependant moins prégnante. Le casting est royal, chacun des cinq coupables ou complices de l’assassinat initial du marié, montré en flashbacks, venant faire son tour de piste, à l’exception du moins célèbre Daniel Boulanger. Les meurtres de Bouquet et Lonsdale, précédés d’une agonie, sont particulièrement atroces et démontrent la volonté sans faille ainsi que l’absence de la moindre émotion de Jeanne Moreau. Celui de Rich, par contre, est totalement lunaire : il prend le risque d’enjamber la rambarde du balcon pour aller récupérer l’écharpe de Moreau sur l’auvent alors que n’importe qui de sensé aurait utilisé un long bâton tel un balai, par exemple. Les deux derniers crimes ne sont quant à eux pas montrés. Truffaut, dans le déroulé comme dans le dénouement, a pris quelques libertés avec le roman de William Irish dont le film s’inspire, écrivain déjà adapté au cinéma par… Hitchcock (Fenêtre sur cour) et… Truffaut lui-même (La Sirène du Mississipi, l’année suivante). Comme quoi, tout se tient. Bon, voila un film français simple, sans prise de tête, pour une fois. De la belle ouvrage.

L’Avventura (1960), de Michelangelo Antonioni

 

« Mais pourquoi n’y a-t-il que des femmes ? » - « Aucun paysage n’est aussi beau qu’un corps de femme. » (*)

C’est l’histoire d’un mec, architecte (Gabriele Ferzetti) et de deux nanas à « donner la trique » (Lea Massari et Monica Vitti). Le mari, la femme, l’amante, épisode 638 ? Pas tout à fait. Ferzetti est maqué avec Massari mais lors d’une excursion en yacht avec des amis qui les mène sur les îles Éoliennes (Sicile), celle-ci disparait mystérieusement. Lors des recherches pour la retrouver, il s’éprend de Vitti, confidente de Massari et présente au moment des faits.

Et mon vier, Madame Olivier, encore un, de « grand film précurseur » chiant à mourir… Et longuet (2 heures 20), en plus de ça. D’ailleurs hué (surtout par les Italiens) lors du Festival de Cannes 1960, où il remporta malgré tout le Prix du jury, puis réhabilité au fil des années (surtout par les Français). Mais la première impression est souvent la bonne. Donc voilà. Ah, pour ça, les images sont belles, pas de souci là-dessus. Bruit du vent et des clapotis, paysages, plans en plongée, c’est magnifique et ça l’aurait été encore plus en couleurs, assurément. Et la musique est bonne, bonne-bonne-bonne, comme dirait l’autre. Mais assez vite, acteurs comme spectateurs finissent par se ficher comme d’une guigne du sort de Massari (dont on ne saura rien) et on bifurque vers une énième variation sur les thèmes « fuis-moi j’te suis, suis-moi j’te fuis » et « la vie, l’amour, c’est compliqué » entre le mec « needy », comme on dit aujourd’hui (y’a que de ça dans ces films, c’est ça le patriarcat ?) et la nana qui minaude et ne sait pas ce qu’elle veut (Vitti, dans le même registre que dans L’éclipse, dernier volet de la trilogie dite de « l'incommunicabilité » de son compagnon de réalisateur). Las. Allez, tant pis si je passe (encore) pour une « buse » mais pour moi, c’est « no way »…

(*) On est bien d’accord. Enfin, ça dépend quand même de la femme en question, en particulier son poids, ses mensurations et son âge…     


Le topo de Monica Bellucci :

La sirène du Mississipi (1969), de François Truffaut

 

« Quel jour est-on, aujourd’hui ? » - « Vendredi » - « Dommage que ce soit pas dimanche. Avant de vous connaitre, j’aimais pas les jours fériés. Maintenant, je commence à détester les jours ouvrables… »

C’est l’histoire d’un mec, Louis Mahé (Jean-Paul Belmondo), riche héritier de La Réunion, qui se fait livrer Catherine Deneuve (Julie Roussel) pour la marier, comme ils l’ont convenu lors de leur correspondance via les petites annonces matrimoniales. Et ben, ça va, la vie, oui ? Mais patatras : elle se révèle ne pas être celle qu’il attendait et après leur mariage, elle s’enfuit avec quasiment tout son argent, ayant mis ses comptes en commun avec elle. Dès lors, avec la sœur de la véritable Julie Roussel, disparue, il engage un détective privé (Michel Bouquet) pour retrouver la voleuse en fuite.

Et là, à la lecture de ce synopsis, vous vous dites « super, un polar avec du suspense, des poursuites, des rebondissements, on va se régaler ». Pas si vite. Un film qui débute comme une comédie romantique, qui se poursuit (en effet mais pas longtemps) comme un polar et qui se termine… en eau de boudin (fun fact : dans le même chalet où Depardieu, Carmet et Blier père se cailleront les miches dix ans plus tard dans Buffet froid). SPOILER ALERT : Belmondo retrouve Deneuve avant le privé (Bouquet), par hasard, en la voyant dans un reportage télévisé. Et après, on tourne en rond, y’a évidemment du verbiage auteurisant (on ne se refait pas)… Histoire d’amour, encore et encore, « tu m’as trahi mais je t’aime quand même » Vs. « on n’a plus un rond, vais pas pouvoir rester (*) mais tu m’attendris alors finalement… ». Mais « Bébel » (né à Neuilly) et Cathy (qui nous montre furtivement sa poitrine dénudée en deux occasions, j’aurais jamais cru…) sur la même affiche, ça ne se refuse décemment pas. Les voir est une joie et une souffrance (Truffaut est tellement fier de cette formule qu’il la réutilisera dans Le dernier métro). Le premier nous a quitté en 2021, on souhaite à la seconde de durer aussi longtemps que sa maman, Renée Simonot, décédée en 2021 à l’âge canonique de… 109 ans. Quant à vous, M. Truffaut, il ne vous reste plus que Tirez sur le pianiste et La mariée était en noir pour me prouver votre « génie » (bâillements…), seuls La femme d’à côté et surtout Fahrenheit 451 (où vous singez votre maître Hitchcock) ayant retenu mon attention pour le moment.

(*) Super, le cliché de la femme vénale… Ah, on me dit dans l’oreillette que ce n’est pas un cliché mais la réalité. Dont acte.

Vivement dimanche ! (1983), de François Truffaut

 

« Mais je n’ai aucun remord car je ne fais pas partie de la société des hommes. Tout ce que j’ai fait, c’était pour les femmes. »

Clap de fin…

C’est l’histoire de Julien Vercel (Jean-Louis Trintignant), agent immobilier à Hyères. Massoulier, amant de sa femme Marie-Christine (Caroline Silhol), est assassiné lors d’une partie de chasse au canard près d'un lac et tout semble l’accuser : il chassait également à ce moment-là et on retrouve ses empreintes sur la voiture de la victime. Quelques jours après, Marie-Christine, revenue de Nice où elle travaillait, est également assassinée au domicile conjugal. Barbara Becker (Fanny Ardant), secrétaire de Vercel et secrètement amoureuse de lui, décide de mener l’enquête afin de l’innocenter.

Dernier film (par la force des choses) de « l’enfant terrible » de la Nouvelle Vague, qui décèdera l’année suivante d’une tumeur cérébrale. Avec, comme pour son pénultième (La femme d’à côté), la dernière femme de sa vie à l’affiche, la très belle Fanny Ardant, au charme fou. Parti pris de le tourner en noir et blanc pour coller à une atmosphère de « film noir ». Mais est-ce une bonne idée en cette décennie « flashy » des années 80 débutante, surtout venant d’un auto-proclamé apôtre de la modernité ? C’est toujours marrant de (re)voir des pandores à képi ou des postiers à casquette, dont le port a aujourd’hui disparu. « L’entertainment », on sait moyennement faire, au pays des mille fromages… Y’a bien eu les Belmondo, plus tard les Besson et autres Jeunet mais bon, ça n’égalera jamais les « amerloques ». Non, nous, on est plutôt des intellos, on se pique plus volontiers de littérature, de théâtre, des grandes œuvres du répertoire classique, c’est comme ça. Et dans le triptyque le mari – la femme – l’amant, on a beaucoup donné. L’enquête n’est pas inintéressante mais bourrée d’invraisemblances, de facilités et un poil confuse. Et puis question suspense et action (quand il y en a), c’est franchement pas ça… Encore un clin d’œil à Hitchcock, décidément (Fanny qui roule de nuit sous la pluie et qui s’arrête à un hôtel, comme Kim Novak dans Les Oiseaux ***). On a par contre la chance d’avoir de bons et grands acteurs, y compris chez les « seconds couteaux », ce qui nous sauve la mise. Là où j’ai pas compris, c’est que la fiche du film indique « comédie » (???) et Truffaut lui-même revendique cet aspect (on ne doit pas avoir la même définition du mot). M’en fiche, je vais mettre « drame ». Bref, à voir mais pas de quoi se relever la nuit (d’ailleurs, pourquoi se relever la nuit, si ce n’est pour soulager sa vessie ?).

(***) c’est pour voir si vous suivez…  

Officier et gentleman (1982), de Taylor Hackford


« La meilleure suceuse des 52 États... Qu’est-ce que je peux faire ? »

C’est l’histoire de Zack Mayo (Richard Gere), fils d'un sous-officier de marine alcoolique et amateur de prostituées (Robert Loggia), qui s’engage dans l'armée pour devenir aviateur. A son arrivée, le Sergent instructeur Foley (Louis Gossett Jr.) le met en garde, ainsi que les autres recrues, contre les femmes du coin qui ne manqueront pas de se faire mettre enceinte afin qu’ils les épousent. Zack tombe amoureux de l’une d’elles, Paula (Debra Winger).

Creusons (au sens figuré…) cette Debra Winger dont j’ignorais l’existence jusqu’au visionnage de Tendres passions, qui lui valut l’une de ses trois nominations aux Oscars (toutes infructueuses), avant de « disparaître des radars » pendant quelques années (1995-2001), ce qui inspira à Rosanna Arquette son documentaire À la recherche de Debra Winger (2002), traitant de la difficulté pour les actrices de trouver des rôles passé un certain âge (le revers de la médaille de la beauté, qui ne dure qu’un temps). Son rôle dans Officier et gentleman fut l’objet d’une autre de ses nominations. Quant au bellâtre Gere, après avoir fait la pute dans American Gigolo (1980) et avant de s’en payer une dans Pretty Woman (1990), il se raffermit pour passer avec succès ces épreuves militaires. Bilan :

Achat 1 euro sur Vinted : oui

Exaltation du sentiment patriotique, de l’effort, de la discipline, de la soumission à la hiérarchie, de l’amour hétérosexuel et de Dieu : oui (on est aux States et à l’armée…)

Homophobie latente : oui mais c’est le milieu (et l’époque) qui voulait ça…

Scène de cul : oui (cul et seins de Debra, quelques secondes)

Traumas familiaux : oui

Sergent instructeur « dur sur l’homme » mais-je-n’en-suis-pas-moins-homme-avec-un-petit-cœur-qui-bat : oui

Femme vénale, calculatrice et injuste : oui

Femme sensible sincèrement amoureuse : oui, aussi

Mec naïf qui se fait promener par la connasse citée plus haut : oui

Mec méfiant qui ne veut pas se faire promener par une connasse mais qui se rend compte que finalement, c’est pas une connasse (la sincère citée plus haut) : oui, aussi (bref, les meufs gagnent dans tous les cas de figure…)

Stimulateurs lacrymaux : oui (un drame et un « happy end »)

Revente sur Rakuten : oui, ça vient de partir pour 1,50 €

Profession : reporter (1975), de Michelangelo Antonioni

 

« Jusqu’ici, j’étais quelqu’un d’autre mais j’ai changé pour du neuf. »

On ne meurt que deux fois…

C’est l’histoire d’un mec (le grand, l’immense Jack Nicholson), il est reporter (d’où le titre). Alors en Afrique, il découvre le corps sans vie d’un type avec qui il avait sympathisé dans la chambre d’hôtel de celui-ci. Constatant sa ressemblance physique avec lui et déçu par son existence, il décide d’échanger son identité avec celle du défunt et de commencer une nouvelle vie en se déplaçant au gré des rendez-vous et voyages notés dans son carnet. Il aurait pas dû…

Encore de sacrés plans au menu de ce nouvel Antonioni : Nicholson se penchant d’un téléphérique au-dessus du port de Barcelone (faut pas avoir le vertige…), la Casa Milà construite par Gaudí (toujours dans la capitale catalane), le désert africain, l’image d’archive de l’exécution d’un prisonnier politique en Afrique (scène censurée dans plusieurs pays) ou encore la tristement célèbre Maria Schneider (une actrice qui ne comptait pas pour du… beurre), les bras en croix à l’arrière d’une décapotable le long d’une route bordée de platanes. Et un incroyable plan-séquence de sept minutes, tour de force technique, lors de la scène finale. Mais l’histoire, putain… D’un mou et d’un chiant… L’échange d’identité avec celle d’une personne décédée, la soif d’une liberté impossible, l’errance existentielle, l’enfermement dans le mensonge et le sentiment d’être traqué… J’ai pensé en vrac à Plein soleil (et son remake hollywoodien Le talentueux Mr Ripley), La moustache (Nicholson en porte une fausse à un moment) et L’adversaire / L’emploi du temps. Ainsi donc, notre cher Jack va caler ses pas sur ceux d’un défunt (dont il découvrira qu’il était marchand d’armes) en suivant son carnet de rendez-vous, tout en tentant d’échapper à sa femme partie à la recherche de ce même défunt, qu’elle pense être la dernière personne à avoir vu son mari vivant (j’espère que vous suivez…). Son périple le mènera à Munich, Barcelone et Madrid. Il sera aidé dans sa tâche par une jeune femme (Maria Schneider), avec qui il aura une idylle. Mais tels les héros des films sus-cités, il n’échappera pas indéfiniment à son mensonge. Conclusion imparable : c’est pas parce qu’on a une vie de merde qu’il faut chercher à l’échanger contre celle du roi du Maroc… Ou « l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs ». Ou encore « on sait ce qu’on perd, on sait pas ce qu’on gagne ». Bref, vous avez compris…


Sirãt (2025), d’Óliver Laxe

 

Voyage au bout de l’enfer…

C’est l’histoire de Luis (Sergi López, qui a bien pris du bide depuis Harry, un ami qui vous veut du bien…) et de son fils de 12 ans Estaban (Bruno Núñez Arjona). Ils sont à la recherche, dans le désert marocain où se tient une « free party », de leur respectivement fille et sœur Mar, disparue depuis plusieurs mois. Ils suivent un groupe de « raveurs » qui se rendent plus au sud, en direction d’une autre fête où pourrait se trouver la jeune fille. Un chemin semé d’embuches les attend, qui les poussera au bout d’eux-mêmes…

Alors, la techno (et le rap), c’était de la merde, finalement ? Ben oui, quand même un p’tit peu. Que Jack Lang (oui, le gonze qui trouvait le cinéma porno « pauvre » et… « répétitif », bonjour la cohérence…) en fît, avec pas mal de démagogie, une intense promotion à l’époque aurait dû nous mettre la puce à… l’oreille. Enfin, « de la merde »… Disons pour faire court que ce n’est pas du même ordre qu’un air de Mingus ou un solo de Coltrane (que je n’aime pas particulièrement mais là n’est pas la question), on est d’accord (du moins je l’espère). D'ailleurs, ce furent les deux derniers grands courants musicaux apparus, ça prouve bien qu'on ne peut plus faire pire ensuite, non ? Musiques assez pauvres harmoniquement et mélodiquement, basées essentiellement sur le rythme (la basse, les beats) et construites à partir de boucles, de samples et de bidouillages d’effets. Auxquelles je succombai au début du nouveau millénaire (porte d’entrée : Björk et les remixes de ses singles) avant de progressivement m’en détacher au contact du jazz, du rock et de la « black music » des années 60-70, n’y trouvant plus guère d’intérêt en dehors du contexte du dancefloor (que je ne fréquente pas) ou de la pop (des « poids lourds » du genre Massive Attack ou Chemical Brothers). Non, ce qui est davantage susceptible de m’intéresser, dans la musique électronique et qui serait assimilable aux B.O, c’est plutôt un « son » (on utilise d’ailleurs ce terme plutôt que celui de « composer de la musique », de nos jours), une atmosphère, comme en produisent certaines entités (Autechre, Boards Of Canada…) ou qu’on retrouve notamment dans la techno dite minimale, dont Kangding Ray alias David Letellier, compositeur de ce film, est l’un des parangons. Un son ample, enveloppant et hypnotique, « trippant », comme on dit. Mais le rap et la techno, ce sont aussi, comme le « métal » (qui lui peut au moins se prévaloir d’une technicité voire virtuosité instrumentale), des cultures. Que certains aiment à affubler du préfixe « sous » mais des cultures quand même. Et ça, ça se respecte. Donc, la culture techno, je suis heureux que ça existe. Pour la diversité et parce que je n’ai jamais eu l’âme d’un censeur. Parce que ce mouvement libertaire et festif, rappelant fortement celui du « Flower Power » hippie des sixties, fait peur à un Etat qui se crispe, entêté dans l’empilement sans fin de ses lois, directives et circulaires répressives, alors que ces épaves ambulantes (les fameux « raveurs ») n’ont jamais fait de mal à personne d’autre qu’à elles-mêmes. Et peut-être surtout enfin parce qu’elle rend hystérique les lecteurs du Figaro, qui réagissent au quart de tour à son évocation (comme à celle d’autres mots-clés tels, en vrac : « voile », « Algérie », « police / justice », « impôts », « LFI »…). Là, y’a plus qu’à sortir le pop-corn ! 😄

Eh, coco, c’est bien joli ta digression mais et le film dans tout ça, qu'est-ce que ça donne ? J’y viens. Buzz amplement mérité. Histoire et univers très originaux. Evidemment, parce qu’il y a des camions et du danger, on pense à Sorcerer de Friedkin (jamais vu) et au Salaire de la peur de Clouzot. Et avec un prétexte aussi mince (un gars et son fils suivent une poignée de « teufeurs » dans le désert marocain) pour un film qui dure près de deux heures, faut « broder ». Alors on alterne péripéties de parcours (la traversée d’une rivière, l’intoxication du clebs qui a bouffé une crotte humaine bourrée de LSD…), scènes intimistes (Sergi López et son fils ou bien leur rapprochement progressif avec ces marginaux en apparence rugueux mais pleins d’humanité) et paysages grandioses. López et le gamin sont les seuls acteurs « pro ». Les autres principaux protagonistes (trois mecs dont deux estropiés et deux nanas), criants de vérité, le réalisateur franco-espagnol Óliver Laxe les a directement recrutés dans le milieu des « raves ». Le rythme est assez lent, voire contemplatif. Heureusement (si j’ose dire), le film bascule dans l’horreur au bout d’une heure. Et là, on n’est pas au bout de nos surprises. Seuls trois rescapés se retrouveront à l’image des derniers plans (une fin qui n’en est pas une), après une aventure humaine et intérieure à haute intensité. Bien sûr, ce genre de voyage sensoriel demandera un minimum de lâcher-prise, en évitant de se poser des questions trop rationnelles (genre « à sa place, je n’aurai pas réagi pareil »). Film co-produit par les frères Almodóvar, ce qui n’a rien d’étonnant, la marginalité étant l’un des thèmes forts de leur cinéma. Vu et approuvé 

L’éclipse (1962), de Michelangelo Antonioni

 

« A-t-on besoin de se connaitre pour s’aimer ? Et a-t-on besoin de s’aimer ? »

« Je voudrais ne pas t’aimer. Ou t’aimer beaucoup mieux. »

C’est beau, une ville, la nuit… Le jour aussi…

C’est (encore) l’histoire d’un gars et d’une fille (heureusement sans Lamy et Dujardin), d’un homme et d’une femme (heureusement pas par Lelouch), beaux comme des dieux (Alain Delon et Monica Vitti à leur « prime »). Lui voudrait (évidemment) « ken » Elle, Elle voudrait bien aussi. Ou pas. Ou pas si vite ou pas comme ça. Bref, encore une chieuse, quoi…

Une éclipse (solaire), en astronomie, c’est un phénomène aussi rare qu’un sourire sur la tronche de Bruno Retailleau, le croquemort d’une France en noir et blanc (enfin, en beaucoup plus blanc que noir, en l’occurrence…😄). Au cinéma, c’est un film de Michelangelo Antonioni, un réalisateur qui, pour ce que j’en ai vu (Blow-Up, Zabriskie Point), semble plus soucieux de filmer de belles images que de raconter des histoires (c’est en tous cas ce qui en ressort). C’est à nouveau le cas ici : vue aérienne de Rome, tableaux et photos du Kenya, salle de la Bourse et surtout « sa » Monica (et à un degré moindre Alain) et la ville. Une ville à l’architecture moderne et épurée, quasiment sans circulation automobile (le rêve), rappelant les grands espaces du désert de Zabriskie Point ou le vaste parc de Blow-Up. Tiens, de noir et blanc (nous sommes en 1962) et de gens qui tirent la gueule, il en est ici aussi question. En l’occurrence Monica Vitti, le plus souvent comme contrariée, mais traversée malgré tout par quelques épisodes plus… solaires comme lorsqu’elle se grime en danseuse africaine au son des tam-tams chez une voisine colonialiste. Elle quitte Riccardo (Francisco Rabal) et se laisse séduire par l’agent de change de sa mère (Delon), rencontré lors d’une séance boursière. Jeu classique du chat et de la souris, sur le thème « je t’aime moi non plus »… Le film clôt une trilogie sur ces thématiques de l’incommunicabilité et du couple en crise dans une Italie en plein boom économique, entamée avec L'avventura (1960) et poursuivie par La nuit (1961, les trois avec Vitti). De sacrées longueurs tout de même (le film dure deux heures) : la séquence de la rupture au début, comme Piccoli et Bardot dans Le mépris mais avec heureusement beaucoup moins de dialogues ; et une scène de boursicotage (un univers que j’exècre particulièrement et un fléau de notre temps). On va dire que ça se laisse voir et qu’Antonioni a indéniablement une « patte », c’est déjà ça. Et puis les années 60, pour les fringues, c’était la classe : les hommes en costard-cravate et les dames en robe ou jupe jamais au-dessus des genoux. Une certaine uniformité, certes, mais tellement mieux (et moins vulgaire) que celle à laquelle on a fini par aboutir. Vous imaginez, si Delon était né 50 ans plus tard, il porterait tatouages, barbe ou bouc et maillot du Barça ou tee-shirt de Nirvana, smartphone dans une main et vapoteuse dans l’autre…  


Le topo de Christoph Hochhäusler :

Safe (1995), de Todd Haynes

 

C’est l’histoire d’une meuf, Carol White (Julianne Moore), elle a tout pour être heureuse : un mari, un beau-fils, une belle baraque, des amies. Ben pourtant, non. Déjà, elle ne ressent rien quand son bonhomme la tringle (première scène). Puis, elle développe une hypersensibilité à toutes sortes de produits chimiques et est sujette à des crises de plus en plus fréquentes. Sans solution médicale, elle se tourne vers des thérapies holistiques.

L’air qu’on respire, la bouffe qu’on ingurgite, le stress, tout cela influe sur notre santé et la santé, c’est important. Primordial même, il me semble. Pourtant, on n’entend guère nos baltringues d'hommes « politichinelles » en parler, en particulier ceux situés les plus à droite sur l’échiquier, les Bardella, Ciotti, Zemmour, Retailleau et compagnie (par exemple, avez-vous déjà entendu les mots « perturbateur endocrinien » dans la bouche du Fantomas nissard ou du chouan vendéen ?), trop occupés à gloser sur leur obsession des « 4 I » (Insécurité, Immigration, Islam, Impôts). Enfin, à chacun ses priorités…

Safe (vu en V.O, pas de VF) traite donc de notre environnement, du monde moderne, de comment il nous agresse et nous détruit à petit feu. Un film extrêmement contemporain. Il se divise en deux parties. Dans la première, Julianne Moore est soudainement victime de crises à répétition : saignement du nez, quinte de toux suite à l’exposition à la fumée d’un pot d’échappement particulièrement polluant, suffocation... Les différentes consultations médicales ne lui sont hélas d’aucun secours, si ce n’est qu’elle semble être devenue allergique aux substances chimiques. C’est alors qu’elle se laisse convaincre par une sorte de secte New Age, découverte par le biais d’un prospectus trouvé dans son club de gymnastique. La seconde partie se déroulera donc au sein d’un centre basé à l’écart des grandes villes et dirigé par un gourou. On erre dans le film tel un fantôme, à l’image du personnage interprété par Julianne Moore, très juste dans ce rôle. Le rythme est lent, voire léthargique, sans coup d’éclat (en dehors de quelques crises spectaculaires au début). La fin, ouverte, ne nous permet pas de trancher : est-elle en voie de guérison ou sombre-t-elle définitivement ? Allégorie du SIDA ? De la dépression ? Fable écologiste ? Ode à l’introspection et à la bienveillance communautaire ? Un peu tout ça à la fois ? A vous de voir… mais on s’emmerde quand même pas mal.


Le topo d'Alice Winocour :

Michelangelo Antonioni : le yin et le yang…

 

Blow-Up (1966)

C’est l’histoire d’un mec photographe (David Hemmings) dans le Londres des années 60, qui prend notamment des clichés de jolies donzelles (tant qu’à faire…). Un jour, dans un grand parc, il photographie un couple à son insu. La femme (Vanessa Redgrave), s’en apercevant, le chasse puis il revient sur les lieux et prend de nouveaux clichés, alors que la femme s’enfuit en courant et que l’homme a disparu. Une fois revenu dans son laboratoire, en agrandissant (« blow-up » en anglais) plusieurs fois ses photos, il pense reconnaitre les indices d’un assassinat. 

Oui, vous l’avez deviné, je suis dans ma période « macaronis », comme les appellerait le beauf Jugnot des Bronzés, avec aujourd’hui le plus anglo-saxon des réalisateurs transalpins : Michelangelo Antonioni. Deux films, un succès (Blow-Up, Palme d’or à Cannes en 1967) et un échec (Zabriskie Point). Pourtant, j’ai largement préféré « l’échec »… Les deux films ont des points communs : captation de vastes étendues et d’une époque (un parc / le Londres des Swinging Sixties dans Blow-Up, la Vallée de la Mort / contre-culture et libération sexuelle des campus U.S dans Zabriskie Point), considérations esthétiques plus importantes que l’histoire, scène de sexe très découpée, musique dans « l’air du temps »… Blow-Up m’a fait autant d’effet qu’un plat de spaghettis froid. Il faut attendre trente minutes avant l’épisode du parc puis encore trente avant que le gars agrandisse ses photos et découvre la probabilité d’un crime. Quasiment aucun suspense policier, Antonioni préfère filmer un concert des Yardbirds, groupe anglais alors à la mode (Herbie Hancock se charge du reste de la B.O) et une scène de « batifolage » entre le photographe et deux modèles (dont Jane Birkin). Film sans queue ni tête, ou plutôt si puisqu’il s’achève en queue de poisson. Il m’aura au moins permis d’apprendre le coup d’éclat de Vanessa Redgrave lors des Oscars 1978, où elle remporta celui du meilleur second rôle féminin pour sa prestation dans Julia. De la pure science-fiction aujourd’hui, alors que nous en sommes exactement au même point. Chapeau bas, Madame.



Zabriskie Point (1970)

Quand t’es dans le désert…

C’est l’histoire de Mark (Mark Frechette), un étudiant très engagé dans la contestation qui gagne les milieux universitaires de Los Angeles en cette année 1969. Assistant au meurtre d’un étudiant noir suite à un tir d’un policier, il s’apprête à répliquer mais l’agent est abattu par quelqu’un ayant tiré avant lui. Craignant d’être pris pour le coupable, Mark vole un petit avion de tourisme et s’enfuit vers le désert de la Vallée de la Mort. Il croise sur sa route Daria (Daria Halprin), jeune secrétaire idéaliste, qui doit rejoindre son patron (Rod Taylor) à Phoenix.  

Bien plus intéressant par contre est ce « road movie ». Certains films brillent par leur scénario très bien huilé, d’autres par la qualité de leur mise en scène ou la performance de leurs comédiens, d’autres encore par leur esthétique. Zabriskie Point appartient à cette dernière catégorie. Il offre en effet de magnifiques images, sur fond musical parfaitement adapté (Pink Floyd et des titres d’autres groupes de l’époque comme les Rolling Stones ou le Grateful Dead) : le désert de la Vallée de la Mort et ses dunes, visions oniriques de couples faisant l’amour dans le sable et de l’explosion d’une luxueuse villa, filmées au ralenti. Un véritable « trip », comme on dit. Le film est aussi une charge contre l’aliénation consumériste et la société américaine, notamment la violence arbitraire de sa police (« je tire avant, je réfléchis - éventuellement - ensuite »), non sans humour (le prisonnier qui se fait appeler Karl Marx, que le flic orthographie sans moufter « Carl Marx »), ce qui lui attirera les foudres de l’Amérique puritaine sans pour autant récolter les louanges des milieux progressistes, qui trouveront naïve et caricaturale sa représentation de la « contre-culture ». Son duo d’acteurs vedette aura une très brève carrière cinématographique (deux autres films chacun) : Daria Halprin, après un bref mariage avec Dennis Hopper, quittera très vite le showbiz pour se tourner vers l'art-thérapie tandis que Mark Frechette connaitra un destin tragique (mort accidentelle en prison à seulement 27 ans après intégration dans une secte et braquage d’une banque).


Le topo d'Alice Winocour :