« A-t-on besoin de se
connaitre pour s’aimer ? Et a-t-on besoin de s’aimer ? »
« Je voudrais ne pas t’aimer. Ou t’aimer beaucoup mieux. »
C’est beau, une ville, la nuit… Le jour aussi…
C’est (encore) l’histoire d’un
gars et d’une fille (heureusement sans Lamy et Dujardin), d’un homme et d’une
femme (heureusement pas par Lelouch), beaux comme des dieux (Alain Delon et
Monica Vitti à leur « prime »). Lui voudrait (évidemment) « ken »
Elle, Elle voudrait bien aussi. Ou pas. Ou pas si vite ou pas comme ça. Bref,
encore une chieuse, quoi…
Une éclipse (solaire), en
astronomie, c’est un phénomène aussi rare qu’un sourire sur la tronche de Bruno
Retailleau, le croquemort d’une France en noir et blanc (enfin, en beaucoup
plus blanc que noir, en l’occurrence…😄). Au cinéma, c’est un film de Michelangelo
Antonioni, un réalisateur qui, pour ce que j’en ai vu (Blow-Up, Zabriskie Point),
semble plus soucieux de filmer de belles images que de raconter des histoires
(c’est en tous cas ce qui en ressort). C’est à nouveau le cas ici : vue
aérienne de Rome, tableaux et photos du Kenya, salle de la Bourse et surtout « sa »
Monica (et à un degré moindre Alain) et la ville. Une ville à l’architecture
moderne et épurée, quasiment sans circulation automobile, rappelant les grands
espaces du désert de Zabriskie Point ou le vaste parc de Blow-Up. Tiens, de
noir et blanc (nous sommes en 1962) et de gens qui tirent la gueule, il en est ici
aussi question. En l’occurrence Monica Vitti, le plus souvent comme contrariée,
mais traversée malgré tout par quelques épisodes plus… solaires comme lorsqu’elle
se grime en danseuse africaine au son des tam-tams chez une voisine colonialiste.
Elle quitte Riccardo (Francisco Rabal) et se laisse séduire par l’agent de
change de sa mère (Delon), rencontré lors d’une séance boursière. Jeu classique
du chat et de la souris, sur le thème « je t’aime moi non plus »… Le
film clôt une trilogie sur ces thématiques de l’incommunicabilité et du couple
en crise dans une Italie en plein boom économique, entamée avec L'avventura (1960)
et poursuivie par La nuit (1961, les trois avec Vitti). De sacrées longueurs tout
de même (le film dure deux heures) : la séquence de la rupture au début,
comme Piccoli et Bardot dans Le mépris mais avec heureusement beaucoup moins de
dialogues ; et une scène de boursicotage (un univers que j’exècre
particulièrement et un fléau de notre temps). On va dire que ça se laisse voir
et qu’Antonioni a indéniablement une « patte », c’est déjà ça. Et
puis les années 60, pour les fringues, c’était la classe : les hommes en
costard-cravate et les dames en robe ou jupe jamais au-dessus des genoux. Une
certaine uniformité, certes, mais tellement mieux (et moins vulgaire) que celle
à laquelle on a fini par aboutir. Vous imaginez, si Delon était né 50 ans plus
tard, il porterait tatouages, barbe ou bouc et maillot du Barça ou tee-shirt de
Nirvana, smartphone dans une main et vapoteuse dans l’autre…



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