Affichage des articles dont le libellé est Coen Joel & Ethan. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Coen Joel & Ethan. Afficher tous les articles

Arizona Junior (1987), de Joel et Ethan Coen

 


« Le monde est bien trop cruel pour les petites créatures. »

L'histoire

  • Le pitch : C’est l’histoire d’Hi (Nicolas Cage), un petit braqueur multirécidiviste. Il tombe amoureux d'Edwina (Holly Hunter), la femme flic qui le prend en photo lors de ses passages au poste. Ils se marient et veulent fonder une famille mais Edwina est stérile. Apprenant qu'un riche marchand de matelas, Nathan Arizona Sr. (Trey Wilson) vient d'avoir des quintuplés, le couple décide de lui voler un bébé pour combler son désespoir.

Le style et les thèmes

  • Esthétique cartoonesque : Le film utilise des mouvements de caméra ultra-dynamiques (signés Barry Sonnenfeld), des cadrages excentriques et un rythme frénétique qui imitent les dessins animés.
  • L'Amérique des « loosers » : Derrière la farce et le chaos (avec l'apparition mémorable de John Goodman en évadé de prison), les Coen signent une ode tendre et absurde aux laissés-pour-compte.
  • Révélation : Ce film a contribué à propulser Nicolas Cage et Holly Hunter sur le devant de la scène internationale.


Et c’est bien ?

À sa sortie en 1987, Arizona Junior a divisé la critique mais il est devenu au fil des décennies un immense film culte, aujourd'hui considéré comme l'une des meilleures comédies américaines des années 80.

Ce que les critiques et le public ont adoré

  • La folie visuelle et le rythme : Après le très noir Sang pour sang (Blood Simple), les frères Coen ont voulu prendre le contre-pied total avec une œuvre ultra-colorée et frénétique. La mise en scène est souvent comparée à un cartoon en prises de vues réelles, portée par les mouvements de caméra virtuoses et inventifs de Barry Sonnenfeld (notamment la longue course-poursuite pour un paquet de couches).
  • Le jeu des acteurs : La performance survoltée et élastique de Nicolas Cage forme un contraste magique avec le sérieux dramatique et touchant de Holly Hunter. Les seconds rôles, notamment le duo de bagnards imbéciles évadés joué par John Goodman et William Forsythe, sont hilarants et d'une bêtise communicative.
  • Une tendresse inattendue : Derrière les gags burlesques, le film évite le cynisme facile. Les Coen signent une ode touchante aux laissés-pour-compte de l'Amérique profonde qui aspirent, à leur manière maladroite, au rêve américain et à la parentalité.

Ce qui peut diviser

  • Un humour hystérique : Le film assume un ton volontairement outrancier, bruyant et survolté. Les spectateurs imperméables à la farce pure ou au style « slapstick » (gags physiques hérités du cinéma muet) peuvent trouver le rythme épuisant ou le film un peu trop idiot au premier degré (P.S : oui, ce fût mon cas).
  • Des dialogues très stylisés : Les personnages s'expriment dans un langage sudiste hyper-formel et théâtral, presque poétique. C'est un régal d'écriture mais cela donne un côté artificiel qui ne plaît pas à tout le monde.

En résumé, c'est une pépite excentrique indispensable si vous aimez l'humour absurde et les débuts créatifs des frères Coen.


Et la morale ? « Travail, Famille, Patrie », comme d'hab' ?

Pas tout à fait ! Si les mots Travail, Famille, Patrie évoquent une rhétorique très conservatrice ou pétainiste, Arizona Junior détourne complètement les valeurs traditionnelles de l'ère Reagan pour proposer une morale beaucoup plus subversive et tendre.

Les frères Coen s'amusent en réalité à dynamiter ces trois piliers de l'ordre établi :

  • La Famille (Le moteur de l'anarchie) : Dans le film, le désir de fonder une famille traditionnelle n'est pas un facteur de stabilité mais le déclencheur d'un crime absurde. Pour accéder au bonheur familial bourgeois imposé par la société, le couple doit devenir hors-la-loi en kidnappant un bébé. De plus, les Coen égratignent les familles « modèles » : le riche marchand de meubles a trop d'enfants pour s'en occuper correctement et les voisins branchés ont des enfants-rois insupportables qui détruisent tout.

  • Le Travail (L'échec du système) : Le travail n'est jamais présenté comme émancipateur. Hi essaie sincèrement de s'insérer en devenant ouvrier mais son salaire de misère ne lui permet pas d'acheter des couches (ce qui le pousse à braquer une supérette). Le seul personnage qui réussit financièrement est un marchand de matelas vulgaire qui passe son temps dans des spots publicitaires grotesques. Le rêve américain par le travail est ici une illusion.
  • La Patrie / L'Autorité (Une vaste blague) : La patrie et ses institutions (la police, la justice, le système pénitentiaire) sont dépeintes comme totalement incompétentes ou ridicules. Les prisonniers s'évadent en creusant un trou dans la boue sous la pluie (une scène d'accouchement métaphorique hilarante) et sortent de prison en disant qu'ils se sont « libérés sous leur propre responsabilité ».

La vraie morale du film : l'éloge de la maladresse et de la rédemption

La fin du film refuse le cynisme noir et n'est pas moralisatrice (SPOILER ALERT).

  • Le sacrifice désintéressé : Hi et Ed finissent par comprendre qu'ils font du mal au bébé. Ils décident de le ramener à son père en refusant la récompense financière. Le salut ne passe pas par la possession mais par le renoncement.
  • La tendresse du pardon : Le grand capitaliste (Nathan Arizona Sr.), touché par la détresse de ce couple de marginaux, choisit de ne pas appeler la police et leur donne des conseils de couple.
  • L'espoir des laissés-pour-compte : Le film se conclut sur un magnifique monologue poétique de Nicolas Cage qui rêve d'un avenir paisible. Les Coen ne punissent pas leurs personnages, ils les regardent avec affection.

En somme, plutôt que de prêcher le retour à l'ordre, Arizona Junior affirme que l'amour et le désir sincère d'être de bonnes personnes ont plus de valeur que le respect aveugle des lois d'un système absurde.



Mouais, le final est quand même un éloge de la parentalité et de la famille (nombreuse), non ?

Tout à fait, c’est le cœur de l'ambiguïté géniale du film. La fin d'Arizona Junior est bel et bien un éloge vibrant de la parentalité et de la famille nombreuse mais les frères Coen le font d'une manière très particulière : ils le sortent des mains des politiciens conservateurs pour le replacer dans le cœur des gens simples.

Ce qui fait toute la force de cette conclusion, c'est ce magnifique monologue final de Hi (Nicolas Cage) qui rêve de l'avenir :

Un rêve de rédemption par la famille

Pendant son sommeil, Hi voit le futur de « Junior » qui devient un champion de football adoré de ses parents. Mais surtout, il se voit lui, vieux, aux côtés d'Edwina, accueillant chez eux une immense tablée d’enfants et de petits-enfants venus leur rendre visite.

Les Coen choisissent de filmer cette scène avec une sincérité désarmante, sans le moindre second degré. La rédemption ultime pour ce petit voyou et cette ex-flic stérile ne passe pas par la richesse ou la gloire mais par la transmission et le bonheur d'être grands-parents.

L'idéal universel plutôt que le dogme

La nuance cruciale réside dans les derniers mots de Hi :

« Ça ressemblait à notre maison. Si ce n'était pas l'Arizona, c'était un pays pas très loin... où tous les parents sont forts, sages et capables, et où tous les enfants sont heureux et aimés. »

Par cette phrase poétique, les Coen montrent que la famille idéale dont rêve le personnage n'est pas une injonction sociale ou politique (comme le « Travail, Famille, Patrie » traditionnel). C'est un idéal universel de bienveillance. Pour eux, une famille réussie n'est pas définie par la légalité ou la réussite financière mais par la capacité à rendre les enfants « heureux et aimés ».

C’est précisément ce décalage qui rend le film si touchant : les Coen se moquent férocement des institutions familiales de façade mais ils ont une tendresse absolue pour le désir viscéral, profondément humain et universel, d'aimer et de protéger un enfant.

OK, ça s’tient… Mais un peu mièvre, du coup. En tous cas, je suis complètement passé à côté, sans esquisser le moindre sourire et je n’ai jamais réussi à entrer dans ce film. Ian Anderson, je te remercie pour cet échange.


Le grand saut (1994), de Joel Coen

 

« Pas d’chance, fiston… L’ascension fût rapide, la descente sera longue. »

C’est l’histoire, en 1958, à New York, de la firme Hudsucker, du nom de son créateur et président, prénommé Waring (Charles Durning). Qui, alors que l’entreprise est florissante, se suicide en plein Conseil d’Administration en se jetant par la fenêtre du building. Le Conseil, avec à sa tête Sidney Mussburger (Paul Newman), décide de confier la présidence à un parfait abruti afin de faire baisser temporairement le cours de l'action et de prendre le contrôle de l’entreprise en rachetant les actions à bas prix. Mussburger jette son dévolu sur le naïf Norville Barnes (Tim Robbins), récemment embauché au service du courrier. Mais Amy Archer (Jennifer Jason Leigh), une ambitieuse journaliste, découvre le pot aux roses et dévoile la vérité dans un article de presse.

Dix ans après leurs débuts et après la Palme d’Or pour Barton Fink (1991), les frères Coen ont enfin les moyens de leurs ambitions avec un budget de 40 millions de dollars et un casting de stars. Bon, moi je les mets un peu dans la même case que Tarantino ou d’autres : producteurs déjantés et malins aux références sûres, dont ils parsèment leurs œuvres. Fargo, j’adore (d’ailleurs, je l’ai gardé) mais je n’ai pas compris le culte voué à The Big Lebowski. Pas vu les autres, pas attiré par les scénars ni les bandes-annonces. Quid de ce loufoque Grand saut, qu’ils ont coécrit avec Sam Raimi ? Mitigé, du bon et du moins bon. Tim Robbins (le grand sot ? Ah ah !) enchaine bien après Short Cuts et Les évadés. Jennifer Jason Leigh, également à l’affiche de Short Cuts, est ici assez insupportable, elle en fait des tonnes (c’est exprès, d’accord…) et semble désireuse de remporter la palme du comédien le plus volubile. Une vraie « pile électrique »… La légende Paul Newman complète ce trio « 5 étoiles ». Reconstitution d’époque et B.O hollywoodiennes, inévitable « bluette » entre Robbins et Jason Leigh, réhaussée par des fulgurances ou digressions comiques et une satire bien sentie du « American way of life » (culte de la réussite) et de l’entreprise hyper-hiérarchisée. [P.S : impossible de ne pas penser au drame du « 11/9 » quand le mec se défenestre au début…]    

Fargo (1996), de Joel et Ethan Coen

 

« En tous cas, il était pas circoncis… »

Réalisation : Joel et Ethan Coen

Scénario : Joel et Ethan Coen

Pays : Etats-Unis, Royaume-Uni

Année : 1996

Genre : comédie dramatique, policier

Avec : Frances McDormand, William H. Macy, Steve Buscemi, Peter Stormare, Harve Presnell, John Carroll Lynch, Kristin Rudrüd.

Synopsis : Un directeur commercial d'une concession automobile du Minnesota, en butte à des difficultés financières, engage deux malfrats pour l'enlèvement de sa femme, dans le but de demander une forte rançon à son richissime beau-père. Mais les choses tournent mal et une chef locale de la police, enceinte jusqu’aux yeux, va mener l’enquête.

Pourquoi ? Alors les frères Coen, j’aime pas. Enfin, j’aime pas… Mis à part ce Fargo, je n’ai vu que The Big Lebowski, qui ne m’a pas emballé outre mesure. Pour les autres, les scénarios et les bandes-annonces me rebutent un peu par leur côté hystérique ou ne m’inspirent pas. Bon, ici, l’histoire, l’interprétation (tous excellents, mentions pour l’extra William H. Macy et le duo cocasse formé par Buscemi et le peu loquace Stormare), l’ambiance (les paysages enneigés), c’est parfait. Toujours loufoque mais parfaitement maitrisé. Un peu de violence, pas mal d’humour (à… froid), de la tendresse… C’est comme chez Casto, y’a tout c’qu'il faut !