Chroniques de films, au fil de mes (re)découvertes. Aucune connaissance technique ou historique sur le cinéma, juste des ressentis. Si cela vous donne envie de (re)voir ces films, c'est déjà ça...
« Jusqu’ici, j’étais
quelqu’un d’autre mais j’ai changé pour du neuf. »
On ne meurt que deux fois…
C’est l’histoire d’un mec (le
grand, l’immense Jack Nicholson), il est reporter (d’où le titre). Alors en
Afrique, il découvre le corps sans vie d’un type avec qui il avait sympathisé
dans la chambre d’hôtel de celui-ci. Constatant sa ressemblance physique avec
lui et déçu par son existence, il décide d’échanger son identité avec celle du
défunt et de commencer une nouvelle vie en se déplaçant au gré des rendez-vous
et voyages notés dans son carnet. Il aurait pas dû…
Encore de sacrés plans au menu de ce nouvel
Antonioni : Nicholson se penchant d’un téléphérique au-dessus du port de
Barcelone (faut pas avoir le vertige…), la Casa Milà construite par Gaudí
(toujours dans la capitale catalane), le désert africain, l’image d’archive de
l’exécution d’un prisonnier politique en Afrique (scène censurée dans plusieurs
pays) ou encore la tristement célèbre Maria Schneider (une actrice qui ne comptait
pas pour du… beurre), les bras en croix à l’arrière d’une décapotable le long
d’une route bordée de platanes. Et un incroyable plan-séquence de sept minutes,
tour de force technique, lors de la scène finale. Mais l’histoire, putain… D’un
mou et d’un chiant… L’échange d’identité avec celle d’une personne décédée, la
soif d’une liberté impossible, l’errance existentielle, l’enfermement dans le
mensonge et le sentiment d’être traqué… J’ai pensé en vrac à Pleinsoleil (et
son remake hollywoodien Le talentueux Mr Ripley), La moustache (Nicholson en
porte une fausse à un moment) et L’adversaire / L’emploi du temps. Ainsi donc,
notre cher Jack va caler ses pas sur ceux d’un défunt (dont il découvrira qu’il
était marchand d’armes) en suivant son carnet de rendez-vous, tout en tentant d’échapper
à sa femme partie à la recherche de ce même défunt, qu’elle pense être la
dernière personne à avoir vu son mari vivant (j’espère que vous suivez…). Son
périple le mènera à Munich, Barcelone et Madrid. Il sera aidé dans sa tâche par
une jeune femme (Maria Schneider), avec qui il aura une idylle. Mais tels les
héros des films sus-cités, il n’échappera pas indéfiniment à son mensonge.
Conclusion imparable : c’est pas parce qu’on a une vie de merde qu’il faut
chercher à l’échanger contre celle du roi du Maroc… Ou « l’herbe n’est pas
forcément plus verte ailleurs ». Ou encore « on sait ce qu’on perd,
on sait pas ce qu’on gagne ». Bref, vous avez compris…
C’est l’histoire de Luis (Sergi
López, qui a bien pris du bide depuis Harry, un ami quivous veut du bien…) et
de son fils de 12 ans Estaban (Bruno Núñez Arjona). Ils sont à la recherche, dans
le désert marocain où se tient une « free party », de leur
respectivement fille et sœur Mar, disparue depuis plusieurs mois. Ils suivent
un groupe de « raveurs » qui se rendent plus au sud, en direction
d’une autre fête où pourrait se trouver la jeune fille. Un chemin semé
d’embuches les attend, qui les poussera au bout d’eux-mêmes…
Alors, la techno (et le rap),
c’était de la merde, finalement ? Ben oui, quand même un p’tit peu. Que
Jack Lang (oui, le gonze qui trouvait le cinéma porno « pauvre » et…
« répétitif », bonjour la cohérence…) en fît, avec pas mal de
démagogie, une intense promotion à l’époque aurait dû nous mettre la puce à…
l’oreille. Enfin, « de la merde »… Disons pour faire court que ce
n’est pas du même ordre qu’un air de Mingus ou un solo de Coltrane (que je
n’aime pas particulièrement mais là n’est pas la question), on est d’accord (du
moins je l’espère). D'ailleurs, ce furent les deux derniers grands courants musicaux apparus, ça prouve bien qu'on ne peut plus faire pire ensuite, non ? Musiques assez pauvres harmoniquement et mélodiquement,
basées essentiellement sur le rythme (la basse, les beats) et construites à
partir de boucles, de samples et de bidouillages d’effets. Auxquelles je
succombai au début du nouveau millénaire (porte d’entrée : Björk et les
remixes de ses singles) avant de progressivement m’en détacher au contact du
jazz, du rock et de la « black music » des années 60-70, n’y trouvant
plus guère d’intérêt en dehors du contexte du dancefloor (que je ne fréquente
pas) ou de la pop (des « poids lourds » du genre Massive Attack ou
Chemical Brothers). Non, ce qui est davantage susceptible de m’intéresser, dans
la musique électronique et qui serait assimilable aux B.O, c’est plutôt un
« son » (on utilise d’ailleurs ce terme plutôt que celui
de « composer de la musique », de nos jours), une atmosphère, comme en produisent
certaines entités (Autechre, Boards Of Canada…) ou qu’on retrouve notamment dans
la techno dite minimale, dont Kangding Ray alias David Letellier, compositeur
de ce film, est l’un des parangons. Un son ample, enveloppant et hypnotique, « trippant », comme on dit. Mais le rap et la techno, ce sont aussi,
comme le « métal » (qui lui peut au moins se prévaloir d’une
technicité voire virtuosité instrumentale), des cultures. Que certains aiment à
affubler du préfixe « sous » mais des cultures quand même. Et ça, ça
se respecte. Donc, la culture techno, je suis heureux que ça existe. Pour la
diversité et parce que je n’ai jamais eu l’âme d’un censeur. Parce que ce
mouvement libertaire et festif, rappelant fortement celui du « Flower Power »
hippie des sixties, fait peur à un Etat qui se crispe, entêté dans l’empilement
sans fin de ses lois, directives et circulaires répressives, alors que ces
épaves ambulantes (les fameux « raveurs ») n’ont jamais fait de mal à
personne d’autre qu’à elles-mêmes. Et peut-être surtout enfin parce qu’elle rend
hystérique les lecteurs du Figaro, qui réagissent au quart de tour à son
évocation (comme à celle d’autres mots-clés tels, en vrac :
« voile », « Algérie », « police / justice »,
« impôts », « LFI »…). Là, y’a plus qu’à sortir le pop-corn ! 😄
Eh, coco, c’est bien joli ta
digression mais et le film dans tout ça, qu'est-ce que ça donne ? J’y viens. Buzz amplement
mérité. Histoire et univers très originaux. Evidemment, parce qu’il y a des
camions et du danger, on pense à Sorcerer de Friedkin (jamais vu) et au Salairede la peur de Clouzot. Et avec un prétexte aussi mince (un gars et son fils
suivent une poignée de « teufeurs » dans le désert marocain) pour un
film qui dure près de deux heures, faut « broder ». Alors on alterne
péripéties de parcours (la traversée d’une rivière, l’intoxication du clebs qui
a bouffé une crotte humaine bourrée de LSD…), scènes intimistes (Sergi López et
son fils ou bien leur rapprochement progressif avec ces marginaux en apparence
rugueux mais pleins d’humanité) et paysages grandioses. López et le gamin sont les seuls
acteurs « pro ». Les autres principaux protagonistes (trois mecs dont
deux estropiés et deux nanas), criants de vérité, le réalisateur
franco-espagnol Óliver Laxe les a directement recrutés dans le milieu des
« raves ». Le rythme est assez lent, voire contemplatif. Heureusement
(si j’ose dire), le film bascule dans l’horreur au bout d’une heure. Et là, on
n’est pas au bout de nos surprises. Seuls trois rescapés se retrouveront à l’image
des derniers plans (une fin qui n’en est pas une), après une aventure humaine
et intérieure à haute intensité. Bien sûr, ce genre de voyage sensoriel
demandera un minimum de lâcher-prise, en évitant de se poser des questions trop
rationnelles (genre « à sa place, je n’aurai pas réagi pareil »).
Film co-produit par les frères Almodóvar, ce qui n’a rien d’étonnant, la
marginalité étant l’un des thèmes forts de leur cinéma. Vu et approuvé.
« Quand ma bite pénètre
une femme, je la détruis (…). C’est pour ça que je vois des prostituées. L’usage
leur a élargi le con. »
C’est l’histoire de Gloria (Carmen
Maura), femme de ménage et au foyer qui vit dans un petit appartement de la
banlieue de Madrid avec son mari, chauffeur de taxi minable, leurs deux fils et
sa belle-mère. Sa voisine de palier et amie Cristal (Verónica Forqué), quant à
elle, se prostitue. Pour tenir le coup et la pharmacie lui ayant refusé des
amphétamines, Gloria inhale des produits ménagers.
Le topo d'Alain Guiraudie :
La loi du désir (1987)
C’est l’histoire de Pablo Quintero
(Eusebio Poncela), cinéaste et écrivain homosexuel à la vie dissolue et de sa sœur
actrice Tina (Carmen Maura). Son amant en titre Juan (Miguel Molina) part en
vacances en Andalousie. Lors d’une soirée, Pablo rencontre alors Antonio (Antonio
Banderas) et ils ont une aventure. Mais Antonio se révèle être très possessif
et incontrôlable…
Allez hop, deux Almodóvar « première
manière ». Pour faire une analogie avec Metallica, ça correspondrait à sa
période « punk » Kill ‘em all avant l’institutionnalisation (l’embourgeoisement ?)
à la Black album. Si pour le célèbre groupe californien, ma préférence irait
plutôt à la rage adolescente des débuts, c’est beaucoup moins évident pour le
réalisateur de la Movida. Les deux films ont en commun sa muse de l’époque,
Carmen Maura. Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? est nettement plus
fauché (donc artisanal) et fatalement moins bien réalisé que La loi du désir,
sorti trois ans plus tard. On retrouve les thèmes favoris du cinéaste : l’homosexualité,
la transidentité, la famille, les femmes de caractère, la foi, la précarité sociale, la fascination pour
les marginaux. Dans le premier (vu en V.O, pas de VF sur le DVD…), on croisera une
prostituée, deux adolescents dont l’un deale et l’autre se « vend » à
son dentiste (avec l’aval de sa mère !), une belle-mère avare qui met sous
clé eau gazeuse et madeleines, la mère extrêmement stricte d’une enfant dotée
de pouvoirs surnaturels (télékinésie) ou encore… un gros lézard. Dans le
second, l’homosexualité est filmée de façon explicite (et même scabreuse), Poncela
et Banderas donnent vraiment de leur personne. La loi du désir est plus élaboré
au niveau du scénario mais cette histoire passionnelle ne m’a pas plus « tourneboulé »
que ça (peut-être parce que je ne suis pas de ce « bord » ?)
alors à choisir, j’opte pour le plus humoristique Qu’est-ce que j’ai fait pourmériter ça ?. Mais dans l’ensemble, ça casse pas des briques…
« Y’a trop de démocratie
dans ce pays. Faut les tabasser, ces communistes. Je m’en charge. »
Vous les femmes… Femmes, je vous
aime !
C’est l’histoire du premier film d’Almodóvar (donc
bien avant sa consécration puis son institutionnalisation), quasi amateur, monté
avec trois bouts de ficelle, financé par une collecte (aujourd’hui on dirait
« crowdfunding »…) auprès de connaissances à qui il avait montré ses
courts métrages et tourné en un an et demi… les week-ends (notre homme étant en
semaine un employé de la société nationale de téléphonie locale). Vu en VO car
pas de VF dispo, visiblement. La plupart des éléments constitutifs de son style
y sont déjà présents en germe : goût pour la provoc, couleurs criardes
(décors, vêtements), personnages féminins forts…
Carmen Maura est Pepi, une femme indépendante qui
cultive du cannabis sur son balcon. Un policier (Félix Rotaeta) l’a remarqué,
alors pour qu’il « ferme les yeux », elle lui propose qu’il la prenne
mais « par derrière » car elle souhaite garder sa virginité pour la
monnayer. Mais lui passe « côté face ». Pepi entreprend alors de se
venger de ce malotru, avec l’aide de Bom (María Olvido Gara, dite « Alaska »),
chanteuse rock lesbienne et dominatrice puis de Luci (Eva Siva), l’épouse
soumise, masochiste (et néanmoins « cochonne ») du flic en question.
Le film est parfaitement représentatif du fameux mouvement (contre-)culturel
post-franquiste de la Movida, regroupant musiciens, cinéastes, dessinateurs ou
encore photographes (toutes ces disciplines sont ici mises à contribution) et
il agit telle une catharsis tant Almodóvar s’en donne à cœur joie dans les excès
et les comportements déviants. Car n’oublions pas que l’Espagne n’est plus une
dictature que depuis seulement cinquante ans ! Bref, ce mouvement fût un peu le
« mai 68 » (socio-culturel, pas politique) de nos amis ibères. Dès
lors, tout y passe : viol, drogues, marginaux, rapports sado-masos, travestis
et autres minorités sexuelles, « concours de bites » (animé par Pedro
himself), « femme à barbe »… Avec une appétence prononcée pour la
fellation et le scato (urine, pets). Ce sont donc les aventures de trois femmes
différentes mais éprises de liberté qui se lient d’amitié (et même d’amour), face
au flic qui représente symboliquement les nostalgiques du franquisme et l’autorité,
par ailleurs fort hypocrite, à abattre. J’ai plutôt apprécié ce maelström
libertaire à la fraicheur naïve, entre kitsch et punk, en dépit de quelques
passages de mauvais goût et dont les nombreux défauts, essentiellement liés au
manque de moyens et d’expérience, font tout le charme.
C’est l’histoire de Mateo Blanco
(Lluís Homar), ancien réalisateur devenu aveugle il y a quatorze ans et
désormais scénariste sous pseudonyme pour d’autres. Il est aidé dans sa vie
quotidienne par Judith (Blanca Portillo), qui était son assistante et par Diego
(Tamar Novas), le fils de celle-ci. Suite à une overdose accidentelle dans la
boite de nuit où il officie en tant que DJ, Diego est hospitalisé. Judith étant
en déplacement à ce moment-là, Mateo, malgré son handicap, se rend à son chevet
et en profite pour lui raconter son histoire, notamment sa relation
passionnée avec Magdalena, dite « Lena » (Penélope Cruz), qui fût l’actrice
principale de Filles et Valises, son dernier film avant l’accident lui ayant fait
perdre définitivement la vue et l’amour de sa vie.
Pour ce qui sera probablement le
dernier Almodóvar chroniqué sur ces pages, je conclus sur une bonne note. C’est
vrai qu’il est bon, ce con. Enfin, pourquoi « ce con »,
d’ailleurs ? Un type qui met un titre de Can (Vitamin C), le meilleur
groupe de l’histoire (du moins de ses débuts jusqu’au départ de son second
chanteur, le japonais Damo Suzuki), dans sa B.O ne peut pas être foncièrement
mauvais (à part peut-être le paranoïaque et manipulateur Alain Soral, également
très fan du groupe. C’est qu’il a toujours eu un faible pour les Allemands,
« Soso »…). Mais je digresse. Donc oui, notre cinéaste ibérique sait
nous torcher des scénarios alambiqués, passant avec virtuosité d’une époque
(années 90 et 2000) ou d’un genre (comédie, mélodrame, thriller) à l’autre,
avec toute une galerie de personnages. Un cinéaste à succès et son assistante,
une secrétaire rêvant de devenir actrice maquée avec un richissime homme
d’affaires qui deviendra le producteur de son premier film, réalisé par ledit
cinéaste… Ces Etreintes brisées mêlent donc triangle amoureux (le réalisateur,
l’actrice, le producteur), mise en abyme, passion, vengeance, trahison et
remords. Difficile de ne pas voir dans le couple formé par le réalisateur Harry
Caine / Mateo Blanco et son actrice Lena une transposition de celui d’Almodóvar
et Cruz. Le « film dans le film » Filleset Valises est d’ailleurs un
décalque parfaitement identifiable de Femmes au bord de la crisede nerfs (le
Gaspacho bourré de somnifères, le lit brûlé, la valise de cocaïne…). Intérieurs
toujours très soignés et beaux plans extérieurs de Lanzarote (îles Canaries).
Il manque toutefois une pointe d’émotion et de folie pour effleurer le
sans-faute.
« Ça doit faire des
millénaires que je n’ai pas sucé une bite. »
C’est l’histoire de Manuela
(Cecilia Roth), infirmière madrilène et mère d’Esteban. Pour ses 17 ans, elle l’emmène
voir la pièce Un tramway nommé désir avec son actrice préférée Huma Rojo (Marisa
Paredes). Mais la soirée vire au drame : courant derrière le taxi de l’actrice
pour obtenir son autographe, Esteban est tué, renversé par une voiture. Après
avoir démissionné et accepté que le cœur de son fils soit transplanté sur un
inconnu, Manuela part pour Barcelone, à la recherche d’Huma qui y joue sa pièce
et de Lola, un prostitué travesti, père biologique d'Esteban.
Ce film, l’un des plus réputés et
acclamés d’Almodóvar, est curieusement (ou pas) celui qui m’a le moins plu
jusqu’à présent. On y retrouve toutes les obsessions du cinéaste espagnol :
les femmes (mères, actrices, etc…), les marginaux (drogués, travestis, loubards…),
l’Espagne (toujours au moins une chanson locale dans la B.O)… Il empile les
situations lacrymales, c’est un véritable festival (de Cannes, où il a obtenu
le prix de la mise en scène en 1999) : morts par accident ou du Sida,
consommation d’héroïne, travesti, transexuel, maladie d'Alzheimer… Dès lors, ça
chiale à chaudes larmes et si cette fois, il n’y a pas de scènes « olé-olé »
(sic), on ne parle pas moins de « sucer des bites » et de « faire
des pipes » (Penélope Cruz dit même « couilles » et « trou
du cul », à un moment…). Je ne comprends pas ce succès (un Oscar aussi), Femmes
au bord de la crise de nerfs, Attache-moi !, Volver et Etreintes brisées (à
confirmer, je n’en ai vu que la moitié) m’ont en tous cas davantage convaincu.
C’est l’histoire de Victor (Liberto
Rabal, un petit air d’Anthony Delon), jeune homme de vingt ans né… dans un bus en
1970 (donc toujours sous le régime franquiste), qui a eu sa première expérience
sexuelle avec une dénommée Helena (Francesca Neri). Il cherche à la revoir et
déboule chez elle, alors qu’elle attend son dealer. Une dispute et un coup de
feu sans conséquence éclatent. Alertés par une voisine, deux flics, David (Javier
Bardem) et Sancho (José Sancho), arrivent sur les lieux. Suite à une bagarre et
un tir de révolver, David devient paraplégique et Victor est incarcéré.
Quelques années plus tard, David est devenu joueur de basket handisport et s’est
marié avec Helena, Sancho est toujours alcoolique et violent avec sa femme
Clara (Ángela Molina) tandis que Victor, en réalité innocent, sort de prison
avec l’envie de se venger.
Parmi mes (nombreuses) phobies, les
accouchements. Cela part donc très mal puisque Penélope Cruz donne naissance au
héros du film dans le cadre insolite d’un bus, n’ayant pu arriver à temps à l’hôpital.
Nous avons ensuite une histoire resserrée autour de cinq personnages : le
jeune Victor, donc, sa première amoureuse Helena, deux flics et la femme de l’un
d’entre eux. Elle brasse amour, sexe cru (as always ou presque with Pedro…),
vengeance, culpabilité, violence (heureusement relativement légère), rôles de marginaux
et fugace message politique (quand on y pense, l’Espagne n’est une démocratie
que depuis mon âge, soit un « petit » demi-siècle). Le tout dans le
style baroque et mélodramatique du célèbre réalisateur de la Movida. Un bon
brouillon de ses grands œuvres à venir.
C’est l’histoire, trouble et
tortueuse, du chirurgien esthétique Robert Ledgard (Antonio Banderas).
Traumatisé par la perte de son épouse, brûlée vive dans un accident de la
route, il met au point une peau synthétique ultra-résistante aux piqûres d’insectes
et aux brûlures, qui aurait pu la sauver. Il mène ses tests sur une cobaye,
Vera (Elena Anaya), qui vit enfermée dans son manoir dans la région de Tolède. La
seule personne à détenir ce secret est Marilia (Marisa Paredes), sa fidèle
servante. On apprend aussi que Norma (Blanca Suárez), la fille de Robert, s’est
suicidée après avoir été victime d’une tentative de viol par Vicente (Jan
Cornet), un jeune styliste. Peu après, celui-ci disparait mystérieusement.
C’est un fait (et un bon point) :
Almodóvar sait varier ses sujets, même si quelques thématiques reviennent
souvent. Il murit aussi, c’est normal. Ici, il flirte avec le thriller et le
fantastique. Y’a un peu de cul, évidemment (on ne se refait pas). Vingt-et-un
ans après Attache-moi !, il retrouve son pote Banderas, parti entre-temps
faire carrière aux « States ». Celui-ci campe donc un chirurgien
jouant aux « apprentis sorciers », dans la veine de Frankenstein. Car
(attention, spoiler) il va kidnapper le jeune homme ayant tenté d’abuser de sa
fille, suicidée depuis, et le faire… changer de sexe contre son gré. Il fera
ainsi « coup double » : il se vengera de l’agresseur de sa fille
tout en créant une femme à l’image de son épouse décédée. Almodóvar étant gay,
on ne s’étonnera pas que le thème de la transidentité lui tienne à cœur. Quant
à y voir un acte « militant » (la thématique était à l’époque encore
embryonnaire, moins d’actualité que de nos jours), je laisse à chacun le soin d’en
juger en fonction de ses convictions. Quoi qu’il en soit, le film est psychologiquement
assez dur et malaisant, d’autant que Banderas baisera avec sa « créature »,
ce que je trouve d’ailleurs un peu gros. Pour le reste, La piel que habito (La peau que j'habite, en français) est plutôt bon,
voire excellent.
« Les Allemands ont su
penser à leur vieillesse dès l’âge de 18 ans. Alors que les Espagnols, les
Espagnols… Les Espagnols, eux, ne pensent à leur retraite que lorsqu’ils y sont…
C’est-à-dire… trop tard. » (publicité pour un compte épargne retraite)
C’est l’histoire de Ricky
(Antonio Banderas), un orphelin qui sort d’un hôpital psychiatrique avec le fol
espoir de se réinsérer et de mener une vie « normale » avec travail,
femme et enfants. Il se souvient avoir eu une aventure d’un soir avec Marina (Victoria
Abril), une ancienne actrice porno reconvertie dans le cinéma d’horreur de
série B. Il va alors retrouver sa trace et la séquestrer chez elle jusqu’à ce
qu’elle tombe amoureuse de lui.
Après le succès de Femmes au bord
de la crise de nerfs sorti deux ans plus tôt, « l’enfant terrible »
du cinéma espagnol bénéficie pour ce nouveau projet d’un budget confortable.
Pour incarner cette histoire d’amour entre deux marginaux, il fait appel à un
duo d’acteurs dont l’alchimie sera fusionnelle : son complice récurrent
Antonio Banderas et, pour la première fois dans un grand rôle, Victoria Abril, qui deviendra son
égérie l’espace de trois films (Talonsaiguilles et Kika suivront peu après).
Les deux sont parfaits dans leur rôle (oui, Victoria est… bonne, dans les deux sens
du terme). Bon, y’a encore une longue scène de cul (et une autre, onaniste, de
Victoria dans sa baignoire), dont l’acteur et réalisateur gréco-américain Elia
Kazan dira qu’elle était la plus convaincante qu’il ait vu dans sa vie et qui vaudra au
film un inédit « interdit aux moins de 17 ans » dans la très prude
(et hypocrite) Amérique. Mais elle se justifie, dans la mesure où elle célèbre
la « victoire » de Banderas face à une Abril atteinte de ce qu’on
appelle le « syndrome de Stockholm » (empathie voire affection ressentie
par la victime pour son agresseur). Une histoire d’amour ma foi fort originale,
servie par deux interprètes attachants, dont le plus vulnérable n’est finalement
pas forcément celui qu’on croit.
C’est l’histoire de trois
générations de femmes espagnoles en butte aux vicissitudes de la vie (maladie,
mort, inceste, secrets de famille…) : Raimunda (Penélope Cruz), sa sœur Soledad
dite « Sole » (Lola Dueñas), leur mère Irene (Carmen Maura), Paula, fille de
Raimunda (Yohana Cobo) et Agustina, voisine de leur défunte tante (Blanca
Portillo).
Il commence à me plaire, ce mec. Volver
(Revenir en espagnol) est un film de femmes par un amoureux fou (et
élevé par) des femmes mais pour tous. Si c’était pas déjà pris, il aurait pu s’appeler
Vive les femmes ! Un véritable « test de Bechdel » (merci à
Cinéphile Schizophrène !) inversé. C’est bien simple, y’a que des nanas :
les seuls mecs sont butés au bout d’un quart d’heure (le compagnon de Cruz,
poignardé en légitime défense par sa fille qu’il tentait de violer) ou, en
partance, confient momentanément les clés de leur resto à Cruz (qui va en
profiter pour y faire déjeuner une équipe de cinéma le temps d’un tournage à
proximité). Ah, Penélope Cruz… Une beauté d’avant (type Sophia Loren) mais
maintenant. Elle incarne admirablement une « mère courage » : le
ménage, la vaisselle, la « kouizine », se débarrasser du corps de son
compagnon tué par sa fille (dans un congélateur puis enterré à l’écart de la
ville), rien ne lui fait peur. Histoire d’instaurer une parfaite normalité, on
la voit même… faire son petit pissou. A part ça, c’est une histoire de famille
compliquée, avec des traumas, des secrets trop longtemps enfouis et lourds à porter…
Meurtre, inceste, cancer, mort, c’était l’émotion assurée. Pourtant, alors que
je suis plutôt bon public de ce côté-là, je n’ai pas versé de larmes. Pas plus
que je n’ai ri, il n'y a d'ailleurs guère matière à cela (Cruz qui reconnait dans l’appartement
de sa sœur l’odeur des flatulences de leur mère qu’elle croit alors morte mais
qui est planquée sous le lit : toutes se marrent à cette évocation). Bon
film néanmoins, pour son scénario et ses actrices, naturellement (prix d’interprétation
collectif à Cannes), toutes terriblement attachantes.
C’est l’histoire de Pepa (Carmen
Maura), amoureuse d’Iván (Fernando Guillén), qui s’apprête à la quitter. Tous
deux travaillent comme acteurs de doublage. Pepa découvre l’existence de Lucía
(Julieta Serrano), ex d’Iván, tout juste sortie d’hôpital psychiatrique. Ayant
mis son appartement en location, elle reçoit la visite d’un couple intéressé :
Carlos (Antonio Banderas), qui n’est autre que le fils… d’Iván et Lucía, et sa
compagne Marisa (Rossy de Palma). Comme si cela ne suffisait pas, son amie
Candela (María Barranco) se pointe aussi chez elle, ayant découvert que son
petit ami était en réalité un… terroriste chiite !
Mon troisième Almodóvar et mon
préféré, de loin. Talons aiguilles mériterait peut-être un nouveau visionnage
(vu il y a quelques années, bof bof) et Kika, bien que pas mal, comportait deux
scènes de cul un peu longuettes. Ici, on retrouve ce qui semble être deux
constantes de son cinéma : les couleurs pétaradantes et les femmes,
fortes, elles aussi « hautes en couleur » et, il faut bien le dire,
un peu « têtes à claques ». On suit avec jubilation les aventures pleines
de rebondissements de Carmen Maura (vue aussi chez nous, notamment dans Le
bonheur est dans le pré de Chatiliez ou Alliance cherche doigt de Mocky),
confrontée à ses peines de cœur et sur laquelle le sort et les problèmes semblent
s’acharner. Scénario astucieux (les imbrications entre les personnages) et mise
en scène suffisamment rythmée. Pas forcément à conserver (quoique…) mais
visionnage vivement conseillé si vous aimez les comédies romantiques cocasses.
« En réalité, les hommes
à moustaches sont des pédales ou des fachos, quand c’est pas les deux à la
fois. » (1)
C’est l’histoire, assez
rocambolesque et embrouillée, de quelques personnages : Ramon, un
photographe voyeur hanté par le suicide (du moins le croit-on) de sa mère ;
son beau-père Nicholas, écrivain ; Kika, maquilleuse pour la télévision,
qui entretient une relation avec les deux ; sa femme de ménage Juana ;
Pablo, acteur de films pornos et frère de cette dernière ; et Andrea « Balafrée »,
présentatrice de téléréalité.
Y’a qui dedans ? Kika est
jouée par Verónica Forqué et Ramon par Àlex Casanovas. Davantage connus du
public français, le casting intègre également Peter Coyote (Nicholas), Rossy de
Palma (Juana) et la « muse » de l’époque du réalisateur, Victoria
Abril (la présentatrice sans scrupules Andrea).
Et c’est comment ? Un peu
éprouvant par moments. Je vais me « taper » quelques Almodóvar,
toujours dans l’optique de « ne pas mourir idiot »… Bon ben, on peut
dire que le gars est du genre déjanté. Décors et vêtements aux couleurs chatoyantes,
scènes de sexe et langage crus, violence (un petit peu), nanas fagotées et s’exprimant
comme des « cagoles », situations « abracadabrantesques »
(comme dirait Chichi) sont les principaux ingrédients de cette farce se voulant
une satire de la « télé poubelle » des reality-shows et de son
absence totale d’éthique. Verónica Forqué est doublée de façon horripilante par
Odile Schmitt (voix française régulière d'Eva Longoria et du personnage Lola
Bunny) et son viol par l’acteur porno Pablo, bien que tourné de façon
humoristique, dure des plombes puisque le mec enchaine trois (!) orgasmes à la
suite. Le « fruit » du quatrième atterrit… sur la joue de Victoria
Abril, Pablo se « finissant » sur le balcon tandis qu’elle s’apprêtait
à entrer dans l’immeuble… Y’a aussi quelques meurtres, notamment à la fin. Déjanté,
vous disais-je…
Caméra portative sur la tête :
oui
Goutte de sperme factice :
oui
Femmes (et hommes) à poil :
oui, c’est pas ça qui manque (des seins et des fesses surtout, bien évidemment,
mais aussi une chatte poilue)…
(1) : ils ne sont pas forcément
moustachus, y’a qu’à voir quelques-uns des principaux cadres du RN…😄
C’est l’histoire de Tristana, une
jeune orpheline vivant à Tolède (Espagne), sous la tutelle de son oncle Don
Lope. Cet aristocrate aux idéaux anarchistes a néanmoins des principes assez
rigides… dont il s’exonère lui-même. Ainsi, il séduit Tristana et lui conseille
de vivre librement, en dehors du mariage. Un jour, elle rencontre un jeune
peintre italien et ils tombent amoureux.
Y’a qui dedans ? Notre
Catherine Deneuve nationale, dans le rôle-titre, retrouve Buñuel après Belle de
jour. Fernando Rey, lui, l’aura rarement quitté puisqu’il est rien de moins que
l’acteur fétiche du réalisateur espagnol (puis mexicain) et incarne Don Lope. L’Italien
Franco Nero complète le trio d’acteurs principaux en interprétant le jeune
peintre.
Et c’est bien ? Soyons clair,
je n’ai aucune connaissance technique et artistique sur le cinéma, je me
contente simplement de donner mon ressenti, forcément subjectif, sur les œuvres,
fruit de ma sensibilité, mon histoire voire mon humeur. Je dirais donc que
cette histoire m’a suffisamment intéressé, à défaut de me captiver. L’atmosphère
générale n’est pas des plus gaies. Les opinions du cinéaste, très marquées à
gauche (anti-cléricalisme, notamment), percent via les propos de Rey (l’oncle
aristocrate). « Cathy » est assez peu mise en valeur (coiffure,
vêtements… Elle finit même amputée d’une jambe !), sauf lors d’une scène
où elle exhibe sa poitrine (ne rêvez pas : on ne voit rien) au balcon à la
vue d’un jeune sourd-muet médusé. Sinon, c’est un trio amoureux compliqué, le
caractère et les sentiments des protagonistes évoluent. C’est assez sombre,
dans l’ensemble (ah oui, je l’ai déjà dit). Spoiler : cette Tristana, finalement, c’est une
connasse…😄
C’est l’histoire de l’ambassadeur
de la République (fictive) de Miranda, de deux de ses potes (avec lesquels il
se livre à un trafic de drogue), de leurs épouses ou amantes et de la sœur (alcoolo)
de l’une d’elles. Ce petit groupe de grands bourgeois cherche à se réunir
autour d’un repas mais est contrarié dans ce projet par des évènements de
plus en plus saugrenus.
C’est l’histoire, bien avant l’Inception
de Nolan, de mecs qui rêvent et même d’un mec qui rêve d’un mec qui rêve (vous
suivez ?).
Y’a qui dedans ? Du beau
monde : Fernando Rey, Paul Frankeur, Jean-Pierre Cassel, Delphine Seyrig,
Stéphane Audran, Bulle Ogier (elles jouent des bourges mais diable que les
nanas étaient élégantes en ce temps-là…) mais aussi Julien Bertheau, Michel
Piccoli et Claude Piéplu. Putain, y’a plus d’acteurs comme ça, de nos jours, on
en est réduit à s’extasier devant Dujardin ou Niney, c’est dire l’ampleur du
désastre…
Et c’est bien ? Oui, pas mal
mais moins que le Buñuel suivant, Le fantôme de la liberté (à mon goût).
« Et bien Monsieur, j’ai
un ami qui pourtant aime beaucoup les femmes... Il prétend que ce sont des sacs
d’excréments. »
C’est l’histoire d’un mec, riche
homme d’affaires français (Fernando Rey), qui s’éprend de sa bonniche d’origine
espagnole. Celle-ci prend alternativement les traits de Carole Bouquet ou
d’Angela Molina, suivant les situations et son caractère (Bouquet, distinguée, froide
et distante ; Molina plus souriante et avenante). Il l’aide
financièrement, ainsi que sa mère mais rien n’y fait : pas moyen de la
fourrer, de la tirer, de la kéni… Soufflant constamment le chaud et le froid,
elle lui fera même subir moultes humiliations, jusqu’au point de rupture.
Parallèlement, des actes
terroristes de groupuscules politiques radicalisés se produisent aux alentours.
C’est l’histoire du dernier
Buñuel, cinéaste espagnol (puis mexicain) iconoclaste et du premier Bouquet
(c’est fou le nombre de personnalités du « showbiz » nées ou mortes à
Neuilly…).
C’est… une histoire à devenir
MGTOW.
Seau d’eau (en deux mots,
obsédés !) : oui
Femme à poil : oui (Bouquet
les seins, Molina les seins et la foufoune)
Up 👍: l’idée du rôle aux deux
(par ailleurs diablement beaux) visages
Down 👎: le type prend cher,
quand même. Difficile de ne pas succomber à la misogynie après ça ; la
fin, qui fait s’entrechoquer les deux thèmes du film, un peu abrupte