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Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance (2017), de Martin McDonagh


C’est l’histoire d’une nana (Frances McDormand), elle a perdu sa fille, violée et assassinée (violons…). Mais sept mois après, l’enquête est toujours au point mort. Comme elle a remarqué trois panneaux publicitaires vierges dans son patelin, elle les loue et y fait inscrire : « VIOLÉE ENCORE AGONISANTE », « ET TOUJOURS PAS D'ARRESTATION ? » et « POURQUOI, CHEF WILLOUGHBY ? ». Willoughby (Woody Harrelson), c’est le chef de la police locale, papa de deux chérubines et atteint d’un cancer en phase terminale (violons…). Il a sous ses ordres Dixon (Sam Rockwell), un policier raciste et brutal (bingo, j’en étais sûr !).

Bardé de récompenses (meilleur scénario à la Mostra de Venise, 4 Golden Globes, 2 Oscars, dont meilleure actrice pour Frances McDormand, que je préférais malgré tout en flic enceinte dans Fargo ou se grattant les fesses dans Short Cuts…), Three Billboards… est pourtant un empilement de clichés et de caricatures. Plus on avance dans le film, plus on « coche de cases » et on en arrive à un « strike » : le flic raciste, l’allusion aux prêtres pédophiles, la « mère courage » battante qui s’est forgée une carapace et qui du coup manque d’empathie et se montre rude envers autrui… Sans oublier la rédemption (z’adorent ça, les Ricains…) : il a suffi de deux lettres posthumes de Willoughby pour que le « mec bien, ‘achement humain » qui sommeillait dans le beauf brutal se réveille enfin et pour que la revêche endurcie (re)devienne plus humaine. Le film a subi les foudres des « droitardés mentaux », qui y ont vu un énième film de propagande « woke » ourdi par les « illuminatis mondialistes maçonniques Démoncrates » (sic), ce qui aurait dû contribuer à me le rendre sympathique. Mais le fait est qu’il utilise de trop grosses ficelles pour susciter l’émotion et s’avère assez prévisible dans son déroulé.    

Fargo (1996), de Joel et Ethan Coen

 

« En tous cas, il était pas circoncis… »

Réalisation : Joel et Ethan Coen

Scénario : Joel et Ethan Coen

Pays : Etats-Unis, Royaume-Uni

Année : 1996

Genre : comédie dramatique, policier

Avec : Frances McDormand, William H. Macy, Steve Buscemi, Peter Stormare, Harve Presnell, John Carroll Lynch, Kristin Rudrüd.

Synopsis : Un directeur commercial d'une concession automobile du Minnesota, en butte à des difficultés financières, engage deux malfrats pour l'enlèvement de sa femme, dans le but de demander une forte rançon à son richissime beau-père. Mais les choses tournent mal et une chef locale de la police, enceinte jusqu’aux yeux, va mener l’enquête.

Pourquoi ? Alors les frères Coen, j’aime pas. Enfin, j’aime pas… Mis à part ce Fargo, je n’ai vu que The Big Lebowski, qui ne m’a pas emballé outre mesure. Pour les autres, les scénarios et les bandes-annonces me rebutent un peu par leur côté hystérique ou ne m’inspirent pas. Bon, ici, l’histoire, l’interprétation (tous excellents, mentions pour l’extra William H. Macy et le duo cocasse formé par Buscemi et le peu loquace Stormare), l’ambiance (les paysages enneigés), c’est parfait. Toujours loufoque mais parfaitement maitrisé. Un peu de violence, pas mal d’humour (à… froid), de la tendresse… C’est comme chez Casto, y’a tout c’qu'il faut ! 

Short Cuts (1993), de Robert Altman

 

« Ouais, les poissons rouges, tu sais, j’suis pas très fana… Ca nage dans l’aquarium et ça chie. »

C’est l’histoire, dans le Los Angelès des années 90, de neufs couples et vingt-deux personnages. Ils sont parents, amis ou voisins et partagent joies et peines, plaisirs et drames. Des destins pris dans le tourbillon de la vie.

Le Magnolia avant Magnolia, en (un peu) mieux. Quand on met le DVD de Short Cuts dans son lecteur, c'est avec plus d’excitation et d’attentes que lorsqu’on fait le même geste avec, au hasard, un Desplechin (vous y aurez aussi droit prochainement). Première constatation : c’est un pavé (trois heures ! Même le making-of fait 90 minutes, soit la durée d'un film...). Deuxième constatation : quel putain de casting (Andie MacDowell, Jack Lemmon, le chanteur et musicien Tom Waits, Julianne Moore, Matthew Modine, Anne Archer, Jennifer Jason Leigh, Chris Penn, Robert Downey Jr., Madeleine Stowe, Tim Robbins, Frances McDormand)… Mais est-ce qu’un putain de casting, ça fait un putain de film ? Pas forcément mais disons que ça aide. Troisième constatation, qui découle un peu de la seconde : on a donc droit à un film choral, avant que ça ne devienne une mode (dans la foulée de Magnolia, justement). Et ça tombe bien, je suis plutôt client du genre. On connait la formule : un tel est marié avec une telle qui le trompe avec un troisième, qui bosse avec un quatrième, qui connait une cinquième, qui etc… Là, on a des coucheries, un fait divers (trois pêcheurs qui découvrent un cadavre de femme dans la rivière), des rapports familiaux conflictuels (une mère chanteuse de jazz dans des bars et sa fille violoncelliste) et pour l’émotion, un drame (un enfant écrasé par une voiture, qui luttera contre la mort avant de décéder). Le film dépeint l’Amérique de ces années post-Reagan et Bush père (le démocrate Bill Clinton vient de s’installer à la Maison Blanche), en pleine croissance économique. Les posters de joueurs NBA (basket), de Metallica ou des Guns, qui cartonnaient à l’époque, ramènent immanquablement à ce début des années 90, cette décennie coincée entre la chute du mur de Berlin et les attentats du 11/9. C’est terrible, rien ne fait envie dans cet « American way of life » effrayant de conformisme et de consumérisme anarchique, ces vies dupliquées à l’instar des baraques avec pelouse alignées en rang d’oignon qui les abritent, ces intérieurs chargés en bibelots, ces cuisines bourrées de bocaux et d’ustensiles, ces tables bordéliques, ces « barbeuc » ou pique-niques avec nappes à carreaux rouges et blancs, les émissions TV débiles, les mioches qui crient ou pleurent, le petit clebs qui aboie… Les mecs sont flic, chauffeur, conducteur d’hélicoptère, nettoyeur de piscine, médecin, présentateur TV ou chômeur, les nanas peintre, musicienne, serveuse, clown, opératrice de sexe téléphonique ou femme au foyer. Au rayon réjouissances : Jennifer Jason Leigh en « téléphone rose » à domicile, balançant propos salaces (du genre « oh oui, ma culotte est déjà toute mouillée » ou « tu aimes que je te lèche les couilles ? ») à ses clients tout en changeant son bébé, devant ses autres enfants et son mari (Chris Penn, disparu à seulement 40 ans et frère de Sean), qu’on sent frustré par la situation ; Frances McDormand se grattant le cul en retournant se coucher après avoir répondu au téléphone à son futur ex-mari ; ledit futur ex-mari qui bazarde l’appartement de cette même McDormand en son absence ; ou encore Julianne Moore qui, chatte et fesses à l’air (P.S : contrairement à notre Mylène Farmer, c’est une vraie rousse…) mais en chemisier, avoue, sous la menace de son mari (Matthew Modine), l’avoir trompé il y a quelques années avec un ami peintre comme elle, scène de ménage ayant lieu quelques heures avant qu’ils ne reçoivent à dîner la « femme clown » (Anne Archer) et son mari pêcheur de truites. Le reste (les monologues de Lemmon, Robbins en flic irascible, Tom Waits en soûlard), c’est un peu plus inégal. Mais comme j’aime ce genre de films où les histoires et les personnages s’imbriquent astucieusement, on va dire que le positif l’emporte largement sur le négatif.