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Les nouveaux monstres (1977), de Mario Monicelli, Dino Risi et Ettore Scola

 

« Et son cul… Là, vous le voyez pas mais elle a un de ces culs… »

C’est l’histoire de la bassesse humaine (vaste programme…) en douze tableaux : 1) Le pinson du Val Padouan : le mari et impresario d’une chanteuse de bals populaires et boites de nuit se retrouve dépourvu lorsque celle-ci perd sa voix alors qu’ils ont des engagements à honorer ; 2) Tantum ergo : un cardinal en panne de limousine trouve refuge dans une église de village transformée en lieu de débat politique par son abbé ; 3) Auto-stop : un représentant de commerce macho prend en stop une jolie jeune fille dans l’espoir de profiter de ses charmes ; 4) Enlèvement d'une personne chère : un homme effondré, dont la femme vient d'être enlevée, convoque une équipe de télévision pour supplier les ravisseurs de l’appeler et demander leur rançon ; 5) Premiers soins : un aristocrate snob et obsédé sexuel recueille un soir dans sa Rolls-Royce un homme renversé par une voiture et cherche un hôpital où l’y déposer ; 6) Grand garçon à sa petite maman : la déambulation dans Rome de deux clochards, une mère et son grand fils ; 7) Citoyen exemplaire : un homme qui rentrait chez lui voit un homme poignardé par trois agresseurs tout près de son domicile ; 8) Pornodiva : en échange d'une importante somme d’argent, deux parents signent un contrat auprès d'un producteur de cinéma engageant leur fille de sept ans ; 9) Comme une reine : un homme organise une sortie en voiture avec sa mère âgée ; 10) Auberge ! : un serveur et un cuisinier, amants, se font une scène de ménage dans les cuisines d'un restaurant servant une authentique cuisine rustique ; 11) Sans paroles : une hôtesse de l'air en escale se laisse séduire par un charmant mais mutique jeune homme ; 12) L'éloge funèbre : l’éloge funèbre d’un comédien décédé, prononcé par l’un des membres de sa troupe, change subitement l’ambiance de la cérémonie.

« Suite » des Monstres, réalisé en 1963 par Dino Risi, ces Nouveaux monstres voient ce dernier épaulé par Mario Monicelli et Ettore Scola. Et Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi rejoints dans la distribution par Alberto Sordi et la sublime Ornella Muti. Soit une « dream team » du cinéma transalpin. Tous ces mecs (Ornella, plus jeune, est toujours parmi nous) n’auront pas vu l’accession au pouvoir de la grognasse qui préside à la destinée de leur pays depuis 2022 (de même que celle de « l’Agent Orange » de l’autre côté de l’Atlantique. Il n’y a plus guère que l’Espagne qui sauve un peu l’honneur, ces derniers temps…), ce qui les aurait sans aucun doute affligés. Preuve, s’il en était besoin, que le cinéma ne change pas le monde et n’éveille pas (ou plus) les consciences (pour parler pompeusement), même s’il faut malgré tout continuer et ne jamais baisser les bras, le « pékin moyen » occidental ne le considérant plus que comme un divertissement lui permettant de « se détendre » face à une actualité toujours plus anxiogène (ce que je peux comprendre mais qui alimente une sorte de cercle infernal). Ce film à sketchs, fatalement inégal, est un témoignage de son époque. Où tourner en dérision la bourgeoisie, la religion ou les machistes n'était déjà plus très nouveau et encore moins subversif, alors en 2025… Scola signe la moitié des sketchs (six, donc), Risi quatre et Monicelli deux. Vittorio Gassman est à l’affiche de quatre sketchs (mais dont les deux plus courts), suivi d’Alberto Sordi et Ugo Tognazzi (trois chacun) et d’Ornella Muti et Eros Pagni (deux participations). On (sou)rit jaune devant cet étalage de médiocrité humaine et cette galerie de personnages cyniques, crédules, cupides, pétris d’égoïsme, lâches ou tout simplement stupides. Par contre, dans Comme une reine, où Alberto Sordi (sordide, en l’occurrence), sous la pression de sa compagne, dépose à son insu sa mère dans un « mouroir », on ne rit plus tant il s’agit, parmi toutes ces situations, de la plus crédible… Beurk ! Que ce soit aussi en hilarant snob aristocrate très porté sur le sexe ou en comédien égayant les funérailles de son collègue par l’évocation de ses meilleurs sketchs, c’est ce même Sordi qui tire le mieux son épingle du jeu. L’éloge funèbre final peut être vu comme celui de la « comédie à l’italienne », mouvement culturel s’étendant sur trois décennies et prenant fin avec l’arrivée du magnat des médias Berlusconi dans les années 80 ou bien comme un message d’espoir (« the show must go on » / « le rire plus fort que tout, même que la mort »). En dépit de quelques facilités (notamment la « bataille rangée » dans la cuisine entre Gassman et Tognazzi), un programme globalement réjouissant et très recommandable.

Le pigeon (1958), de Mario Monicelli

 

C’est l’histoire de Cosimo, un petit malfrat qui prévoyait de monter un casse avec sa bande. Manque de bol, il se fait coffrer alors qu’il tentait de voler une voiture. Ses complices cherchent alors un « pigeon » au casier judiciaire vierge qui s’accusera du vol contre une somme d’argent pour faire sortir Cosimo de prison. Peppe, boxeur raté criblé de dettes, accepte. Mais celui-ci a vent du plan de Cosimo et décide, une fois libéré, de le « griller » en organisant lui-même le casse avec sa bande.

C’est avec qui ? Des déjà vedettes du cinéma italien (Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni, « Totò », Renato Salvatori) et la quasi-débutante Claudia Cardinale.

Et c’est bien ? Oui. C’est qu’au cinoche comme au foot, il faut toujours compter avec les « ritals ». Surtout pour les comédies locales, dont ce Pigeon est l’un des premiers succès du genre. Cette bande de « pieds nickelés », volontiers gaffeurs et se méfiant (à juste titre) les uns des autres, est bidonnante, en particulier Carlo Pisacane, chétif au crâne dégarni, qui passe son temps à s’empiffrer aux moments les plus inopportuns, se faisant rabrouer par ses collègues. Vous l’aurez deviné, le casse ne se déroule pas du tout comme prévu (c’est pas drôle, sinon) et nos « héros » devront faire face aux pires impondérables. La chute finale est inattendue et poilante elle aussi. Le film a fait l’objet de suites (notamment Hold-up à la milanaise, réalisé dès l’année suivante) et de remakes, preuve de son importance.

« Pastasciutta » : oui

Tramway : oui

Femme à poil : non