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Le maître du jeu (2003), de Gary Fleder

 

« Rah, j’aime pas les baptistes, pas plus que les Démocrates… »

And justice for all…

C’est l’histoire d’un procès. Il oppose l’épouse d’un homme abattu deux ans plus tôt dans une tuerie de masse par un ancien salarié de sa société de courtage qui l’avait renvoyé, à l'entreprise d'armes Vicksburg Firearms, chez qui le tueur s’était fourni. Tandis que la veuve est défendue par Wendell Rohr (Dustin Hoffman), avocat moralement irréprochable, la firme d’armement et ses actionnaires ont fait appel à Rankin Fitch (Gene Hackman). Celui-ci, fin psychologue et sans scrupules, bénéficiant d’un budget conséquent et à la tête d’une équipe de redoutables professionnels, est passé maître dans l’art de contrôler un jury, sélectionnant les profils dont il pense qu’ils seront favorables à sa cause, les manipulant et exerçant au besoin des pressions sur eux pour faire pencher la balance en sa faveur. Seul l’un des jurés sélectionnés, le mystérieux Nicholas Easter (John Cusack), semble échapper à son emprise. Par ailleurs, Marlee (Rachel Weisz), la compagne d’Easter, contacte Rohr et Fitch en leur proposant d’influencer le jury en leur faveur contre 10 millions de dollars.

Vous me dites ce qui me pousse à continuer d’acheter ces merdes à 1 euro (le triple ou plus avec le port, heureusement compensés par mes « porte-monnaies » virtuels) sur Vinted ou Rakuten ? Le désœuvrement et le manque d’idée ? Parce qu’elles ne sont pas disponibles dans mes médiathèques municipales ? Oui, un peu tout ça sans doute. Et puis, tiens, Gene Hackman et Dustin Hoffman, pas mal quand même, non ? Oui mais attention, sur la jaquette je lis aussi « 2003 » et « Gary Fleder » (Le collectionneur avec Freeman, Pas un mot avec Douglas fils… L’un de ces multiples tâcherons qui peuplent les studios hollywoodiens…). Ben ouais, on fait partie d’une « industrie » (horrible terme totalement antinomique avec l’art et la culture), on ne nous propose pas des French Connection ou des Macadam Cowboy tous les jours et pendant ce temps, faut bien payer ses factures et ses arriérés d’impôt… Alors allons-y, gaiement ou pas, pour cet énième thriller cousu de fil blanc (le pot de terre contre le pot de fer, qui va gagner, oh la la, terrible « suspense »…) aux improbables rebondissements, inspiré du roman éponyme de John Grisham, écrivain multi-adapté au cinéma (La firme, Le client, L’affaire Pélican ou Le droit de tuer ?, c’était déjà de lui). Ah, là c’est sûr, pas de « thèmes », de « propos » ou de « vision »... Enfin si, toujours les mêmes : le pognon, la Patrie, la famille traditionnelle, les donuts et Dieu pour tous… Et donc pour ou contre le fameux « second amendement » de la Constitution de la « plus grande démocratie du monde » (sic)… Bien sûr, c’est Hackman qui campe le manipulateur froid et cynique et bien sûr, c’est Hoffman qui incarne l’avocat honnête « droit dans ses bottes » et idéaliste (vous avez déjà vu Hoffman avoir le mauvais rôle ? Moi jamais. Ce qui en dit peut-être long sur l’égo du bonhomme…). Bien sûr, ils ont une scène de confrontation, dans les toilettes du tribunal (ben tiens, manquerait plus qu’on y échappe…). Et bien sûr, parce qu’on a affaire à des professionnels, on aura droit à quelques scènes d’action et à l’incontournable « twist » final. Allez hop, aussitôt consommé, aussitôt chié (et oublié) et retour « à l’envoyeur », c’est-à-dire sur les « marketplaces »…

Memories of murder (2003), de Bong Joon-ho

 

« Vous vous compliquez la vie, pourquoi vous restez pas chez vous quand vous avez envie de vous branler ? » - « Parce qu’à la maison, y’a les enfants et dans les bois, l’air est meilleur… »

Le Seven coréen ? Encore du tout Bong…

C’est l’histoire de deux flics, l’un local (Song Kang-ho), aux méthodes expéditives et l’autre de Séoul (Kim Sang-kyeong), plus réfléchi, qui enquêtent sur le viol et le meurtre de deux femmes dont les corps ont été découverts dans une petite ville sud-coréenne en octobre 1986. Manque de preuves, méthodes inefficaces et tensions au sein de l’équipe policière font que l’enquête ne sera pas une partie de plaisir…

Ce que j’aime dans un film (ou dans un disque), c’est la perspective de faire un voyage, de passer par différents états, d’être surpris et à la fin de me dire « j’en ai vécu, des choses ». Avec le décidément doué Bong Joon-ho, je suis pour le moment servi de ce côté-là. « Après » (chronologiquement, c’est le premier des trois) The Host et Parasite, ce Memories of murder fonctionne encore parfaitement. Basé sur un fait divers non élucidé (ou plus précisément prescrit, même si le coupable fût néanmoins incarcéré pour un autre meurtre), soit le viol et le meurtre d’une dizaine de femmes survenus entre 1986 et 1991 aux alentours d’une petite ville sud-coréenne, le film est à nouveau l’occasion pour Bong Joon-ho d’étaler son savoir-faire dans le mélange des genres, avec toujours une forte dimension sociale en arrière-plan (en l’occurrence les manifestations populaires contre le régime autoritaire du pays lors de ces années-là). Un duo de flics fort différents aux trousses d’un serial-killer, le tout sous un temps souvent pluvieux, on songe donc immédiatement à Seven. Mais notre cinéaste prodige injecte comme à son habitude à cette enquête une bonne dose d’humour avec une équipe d’inspecteurs maladroits voire benêts (l’hilarant gag de la recherche de suspects glabres, le tueur ne laissant aucun poil sur les lieux, ils en déduisent que c’est peut-être qu’il n’en a pas…). Ils prennent aussi des cuites ou regardent la télé avec leur suspect comme les truands de Tarantino « tapent la discute » sur les tubes de Madonna (Reservoir Dogs) ou sur le massage des pieds féminins (Pulp Fiction). Bong n’hésite pas non plus à parler « cul » et à en montrer (un petit peu), ce qui surprend à première vue venant d’un asiatique mais moins quand on le subodore très « occidentalisé ». Au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête et face à son inexorable échec, les deux flics changeront diamétralement de caractère et d’attitude, avec comme point culminant l’âpre dénouement qui les verra s’opposer au suspect le plus sérieux à l’entrée du tunnel d'une voie ferrée, sous une pluie battante. Le talent de Song Kang-ho, acteur fétiche de Bong qui incarne le policier du cru, éclatera une dernière fois lors de la séquence finale, où, désormais homme d’affaires, il revient sur les lieux du premier crime plus de dix ans plus tard (superbe plan fixe sur son visage marqué par l’effroi).  


Le topo de Thomas Cailley :

Calculs meurtriers (2002), de Barbet Schroeder

 

C’est l’histoire de deux étudiants, Richard (Ryan Gosling) et Justin (Michael Pitt, aucun lien avec Brad), très différents l’un de l’autre. Le premier est charismatique et crâneur, le second très intelligent mais plus introverti. Bref, à eux deux, ils font un mec entier. Leur amitié les conduit à planifier et commettre par défi un crime « parfait », sans mobile, avec une victime choisie par hasard. Mais Cassie Mayweather (Sandra Bullock), une flic « allumeuse » à ses heures et victime d’un trauma, les soupçonne rapidement.

Allez, un petit détour par « l’efficacité » hollywoodienne… Je pense que j’avais dû le voir à l’époque car Sandra Bullock, j’suis fan depuis Speed, certaines images me sont revenues. Mais c’est franchement pas terrible, normal de l’avoir oublié. Absolument pas crédible. Bullock en « mante religieuse » qui baise tout habillée, ça l’fait pas et c’est hors de propos, sinon pour « installer un personnage » dont on découvrira les fêlures au fur et à mesure de l’enquête. Une enquête (trop) rondement menée pour mettre à jour une machination elle-même soigneusement préparée mais fragilisée par les tensions entre les deux apprentis meurtriers. Une rivalité qui atteindra son paroxysme en raison d’une jalousie amoureuse autour de la jolie Lisa. Rien ne manque, pas même le « twist » final après la scène d’action (ratée, effets numériques nazes) d’usage. Rien à part l’essentiel : un peu plus de folie et de surprise…    

Le Village (2004), de M. Night Shyamalan

 

« C’est extraordinaire comme l’amour peut susciter les unions les plus étranges. Il n’obéit à aucune loi. »

« Mais l’argent est la pire chose qui soit, il corrompt le cœur des hommes, même celui des meilleurs d’entre eux. » (***)

Réalisation : M. Night Shyamalan

Scénario : M. Night Shyamalan

Pays : Etats-Unis

Année : 2004

Genre : Fantastique, thriller, drame

Avec : Bryce Dallas Howard, Joaquin Phoenix, Adrien Brody, William Hurt, Sigourney Weaver, Brendan Gleeson.

Synopsis : Dans les bois de Covington, au cœur de la Pennsylvanie, au XIXe siècle, vit une communauté en parfaites harmonie et autonomie, sous l’autorité du Conseil présidé par Edward Walker. Ils respectent des règles bien précises : ils ne doivent jamais franchir les limites du village car la forêt est habitée par de mystérieuses créatures et la couleur rouge est interdite. L'une des filles de Walker, Ivy, aveugle, est amoureuse d'un garçon, Lucius Hunt, un jeune homme réservé mais plein de bravoure. Ils envisagent le mariage. Mais leur ami Noah, attardé mental et jaloux, tente alors d'assassiner Lucius à coups de couteau. La seule solution pour le sauver est de se rendre en ville pour obtenir des soins médicaux…

Pourquoi ? En dépit de quelques passages empreints de bigoterie et de naïveté (la force de l’Amour, ce genre de choses…), ce quatrième opus de Shyamalan est selon moi son meilleur, parmi la demi-douzaine que j’ai pu voir. Réalisation et interprétation de premier ordre, scénario original, scène dans les bois prenante et « twist » final inattendu (la « trademark » Shyamalan) en sont les atouts phares.

(*** : ‘tain, on dirait du Renaud ou du Mitterrand circa campagne de 1981…)

Stupeur et tremblements (2003), d’Alain Corneau

 

« Votre travail sera très simple, donc adapté à vos compétences. »

« Ah, Amélie San, c’est bien d’avoir un travail ! »

Réalisation : Alain Corneau

Scénario : Alain Corneau, d'après le roman éponyme d'Amélie Nothomb

Pays : France, Japon

Année : 2003

Genre : Comédie dramatique

Avec : Sylvie Testud, Kaori Tsuji, Tarō Suwa, Bison Katayama, Yasunari Kondō.

Synopsis : Amélie, jeune femme belge ayant vécu son enfance au Japon, est engagée comme interprète au sein d’une multinationale à Tokyo. Sous les ordres de sa hiérarchie, notamment sa supérieure directe Fubuki Mori, elle va vivre un enfer...  

Pourquoi ? L’une des rares « curiosités » de ma DVDthèque, parmi tous ces classiques. J’ai adoré ce film. Sylvie Testud, qui après un début de carrière prometteur (des Césars pour ce film et Les blessures assassines) a fini par faire de « l’alimentaire » comme tout le monde, est ici entourée d’acteurs nippons (ni mauvais). Au « pays du Soleil Levant », je serais un « hikikomori ». J’en suis déjà presque un en France, alors imaginez dans un pays aussi « compétitif » que le Japon, où la pression sociale est encore plus intense… Le film nous plonge donc dans l’univers de l’entreprise (une très grande), ses rigidités hiérarchiques et son exigence de performance, qui m’inspire une profonde aversion et dans lequel le personnage joué par Sylvie Testud éprouve les pires difficultés à s’intégrer, essentiellement en raison du décalage culturel. On navigue entre le rire lors de ses gaffes et incapacités à répétition (la scène des erreurs dans le reporting des factures, hilarante) et, sinon les larmes, du moins la peine empathique face aux humiliations que lui inflige sa hiérarchie. La mannequin Kaori Tsuji, qui incarne la supérieure hiérarchique de Testud, est d’une beauté foudroyante, bien que glaciale. A part ça, pour la petite histoire, j’ai lu deux bouquins dans ma vie (hors parcours scolaire) : le 99 francs de Beigbeder (né à Neuilly. J’ai aussi vu son adaptation cinématographique) et Métaphysique des tubes de Nothomb, successeur de ce Stupeur et tremblements. Ouais, je sais, c’est pas glorieux, c’est le niveau juste un peu au-dessus des Lévy et autres Musso mais que voulez-vous, on fait c’qu’on peut et… je suis une grosse « feignasse » (on y revient)…

Podium (2004), de Yann Moix

 

« Je peux vous dire que Johnny Hallyday au Stade de France, à côté, c’est un Playmobil dans un évier, hein ! »

Un film à la Moix ?

C’est l’histoire de Bernard Frédéric (Benoît Poelvoorde), terne employé de banque animé d’une passion pour le chanteur Claude François, participant à des spectacles en tant que sosie de celui-ci. Son ami Jean-Baptiste Coussaud (Jean-Paul Rouve), dit « Couscous », quant à lui sosie de Michel Polnareff, l’encourage à s’inscrire à l’émission La Nuit des Sosies consacrée à son idole, au grand dam de son épouse Véro (Julie Depardieu).

C’est l’histoire d’un sosie d’un des pires chanteurs que la France ait enfanté, avec sa voix de porte qui grince et qui commençait à peine à s’améliorer (le doublé Alexandrie Alexandra / Magnolias for ever) juste avant de mourir par électrocution. Et oui, il est fortement déconseillé de toucher à une source électrique quand on est mouillé mais manifestement, il ne devait pas être au courant (ah ah ah !)…

Pour reprendre la citation de l’excellentissime Pierre Desproges à propos de Marguerite Duras, Yann Moix n’a pas dit ou écrit que des conneries (c’est vrai, en plus, comme sur Paris ou la Police française),… il en a aussi filmé. Comme ce finalement plutôt décevant Podium, qui fit évènement en 2004 avec ses 3,5 millions d’entrées. Le casting, déjà, c’est pas Byzance. Poelvoorde, je suis pas particulièrement fan et son personnage ici présent n’est pas des plus sympathiques (parfaitement raccord, ceci dit, avec « Cloclo », qui était humainement infect). Rouve, c’est le « faux acteur Canal+ » par excellence. De toutes façons, la plus douée en tant qu’actrice de cette troupe des Robins des Bois, c’est Marina Foïs, même si elle non plus, c’est pas folichon. Quant à Julie Depardieu, je l’ai déjà dit, elle n’a évidemment pas le talent et la carrière de son papa Gérard ni peut-être même ceux de son frangin (le précocement disparu Guillaume). L’histoire, ensuite. Alors certes, je fais un peu la fine bouche, il y a évidemment quelques séquences (notamment musicales) réussies et une poignée de répliques qui font mouche (celle sur Johnny citée plus haut ou le « Toi, avec le calamar sur la tête… » improvisé de Poelvoorde à l’attention de Mia Frye, chorégraphe du film et actrice en tant qu’aspirante au poste de « Bernadette », la troupe de danseuses du sosie) mais l’ensemble ne dépasse pas (ou de peu) le niveau d’une comédie française lambda. J’avais surtout été déçu par le final très « politiquement correct » (le retour aux responsabilités du ménage plutôt que la passion, la déconne et la liberté), tout juste compensé par un dernier « twist » en guise de clin d’œil (le bambin qui prend la relève du papa sous les ordres de « Couscous »). Un « 2 », plus centré sur Rouve / Polnareff, serait en préparation mais ça a l’air d’être une « Arlésienne ».       

The Mist (2007), de Frank Darabont

 

« Si on fait assez peur aux gens, on arrive à leur faire faire n’importe quoi. Ils se rallieront à la première personne qui leur promettra une solution, quelle qu’elle soit… »

C’est l’histoire d’un groupe de personnes qui se terrent dans un petit supermarché de l’Amérique « profonde » (qui en manque un peu, de « profondeur »…). Motif : à l’extérieur, une brume épaisse et cachées à l’intérieur de celle-ci, d’effrayantes créatures. Mais bien que relativement protégés par le bâtiment, les occupants devront faire face à un autre danger : la nature humaine quand elle est confrontée à la peur…

Ce film, vu au cinoche à l’époque, m’avait profondément marqué par sa fin, atroce, d’une grande noirceur et totalement non-conventionnelle (bien que peu crédible selon moi mais vous expliquer pourquoi reviendrait à vous « spoiler », je m’abstiens donc de le faire). Un « happy end » qui n’en est pas vraiment un, pas du tout même. Voila qui nous change des autres productions formatées de ce genre. Frank Darabont adapte pour la troisième fois un récit de Stephen King (filon semble-t-il inépuisable) mais en a justement changé la fin. Les évadés, j’avais aimé même si je le trouve un poil surestimé. J’ai par contre fait l’impasse sur La ligne verte car faire pleurer sur la peine capitale, de Dernière danse à Dancer in the dark, en passant par La dernière marche ou chez nous Une affaire de femmes, on en a soupé. Avant ce terrible et douloureux épilogue, un film de monstres efficace, alternant scènes d’action choc et moments d’accalmie, centrés sur la psychologie d’une poignée de personnages, incarnés par des acteurs peu connus (j’ai dû reconnaitre une ou deux trognes). On trouvera l’employé effacé qui se révèlera face à l’adversité, la vioque « qui en a dans le pantalon », le père de famille qui prend les choses en mains, les lâches, les inconscients qui bravent le danger car n’y croyant pas, la jeune femme idéaliste ou encore l’intégriste religieuse qui prend cette épreuve comme une vengeance divine sur les « mécréants ». Le film d’horreur se double alors d’un constat désespéré sur la nature humaine, facilement manipulable et dont l’aspect « civilisé » s’avère très fragile en temps de crise(s) (surtout dans un pays comme les « States »), ce qui, vu de 2025, le rend étonnamment visionnaire (même si en 2007, c’était déjà la m….).    

The Host (2006), de Bong Joon-Ho

 

C’est l’histoire de la famille de « losers » Park, de Séoul : Gang-du (Song Kang-ho), du genre immature et père de la petite Hyun-seo (Go Ah-seong), tient un petit snack au bord du fleuve Han avec son père Hee-bong (Byun Hee-bong), tandis que sa sœur Nam-joo (Bae Doo-na) est une tireuse à l'arc de seconde zone et son frère Nam-il (Park Hae-il), un diplômé au chômage. Un jour, une immense créature monstrueuse surgit du fleuve, dévaste tout sur son passage et enlève la petite Hyun-seo. Celle-ci donnant signe de vie à son père Gang-du par un appel téléphonique, la famille va se mettre à sa recherche, malgré la pression des autorités locales qui pensent le monstre porteur d’un virus.

Alléluia, il aura fallu attendre mon 193ème article pour que je quitte momentanément mon ethnocentrisme cinématographique en m’attaquant à un cinéaste asiatique, plus précisément sud-coréen. Pourtant, ce continent se pose un peu là, question 7ème Art mais contrairement à beaucoup de mes « coreligionnaires » blogueurs, je n’ai pas leur âme chercheuse, leurs connaissances ou leur ouverture d’esprit. Pas assez ou trop de pistes de découverte, aussi et ce qui me vient à l’esprit (les films hyper-violents de John Woo, Epouses et concubines, In the mood for love…) ne me branche pas des masses. Pourquoi ce The Host, alors ? Parce que « film de genre » et ayant obtenu la note maximale de 5 sur 5 sur Chronicart (comme, dans des genres voisins, The Descent et Le Village), donc éveil de ma curiosité. Conclusion : bonne pioche. Le film brasse une multitude de thèmes, qui s’imbriquent parfaitement. Enfin, au moins trois : la comédie familiale et la satire / critique sociale à message politique (inégalités, écologie...) avec cette famille de « bras cassés » confrontée à une société obnubilée par la réussite sociale et au pouvoir coercitif des autorités (Bong Joon-ho s’est inspiré du mensonge des « armes de destruction massive » de l’Irak pour celui du virus, en réalité inexistant mais prétexte à imposer la répression) ; et le fantastique avec cette créature mi-numérique (ça se voit) mi-marionnette animée pour les plans de contact resserrés, sorte de mix entre Godzilla, Alien et Jurassic Park. Par contre, pour ce qui est de l’héroïsme, du caractère sacré de la cellule familiale (le père minable qui « soulève des montagnes » pour sauver sa fille) et de la « loi du talion » (le monstre qui doit périr, de préférence dans les pires souffrances), il semble que ce soient des sentiments universels. En même temps, difficile d’imaginer d’autre issue, même si elle n’est pas si heureuse que ça (je n’en dis pas plus pour pas gâcher).       

The Descent (2005), de Neil Marshall

 

C’est l’histoire de six nanas, dont une sortant d’un drame personnel (perte de son mari et de sa fille dans un accident de la route auquel elle a survécu), qui se retrouvent pour faire de la spéléologie dans les Appalaches. Mais les voilà bloquées dans les grottes suite à un éboulement. Cet incident va mettre à rude épreuve leur amitié, d’autant plus qu’elles ne sont pas seules dans cet environnement souterrain…

Gros succès critique pour ce film d’horreur britannique et c’est globalement justifié. On va au cinéma pour ressentir des émotions et là, elles sont fortes. L’idée de départ est plutôt originale (six femmes dans une grotte, sous la menace de dangereuses créatures humanoïdes), la tension et le suspense ne faiblissent pas. Bien sûr, l’instinct de survie et les querelles d’égo font ressortir le pire de l’être humain et c’eût été six hommes que c’eût été pareil de ce point de vue-là. Des clins d’œil plus ou moins appuyés à Alien, Shining et Délivrance (y’a pire comme références). Le « twist » final ne manque pas non plus à l’appel. Je regrette simplement des explosions gore un peu complaisantes et le traditionnel recours à la morale, celui (ou ici, en l’occurrence, celle) qui a péché devant automatiquement être puni(e) et, de préférence, en souffrant le plus possible (le « œil pour œil, dent pour dent »).    

L'étrange histoire de Benjamin Button (2008), de David Fincher

 

C’est l’histoire d’un mec, Benjamin Button (Brad Pitt, plus vieux que Jean Castex. Ca casse un peu le mythe, hein ?), il nait vieux et meurt jeune. Bref, c’est un mix entre Valéry Giscard d’Estaing et Kurt Cobain, le mec. Bof, ça n’a rien d’extraordinaire. Regardez, moi j’ai 50 balais mais d’apparence physique et d’esprit, j’en ai 20 (voire moins). Pas de taf, de femme, d’enfant, d’amis (pour quoi faire ?), juste une baraque (héritée et vieillotte, WC et salle de bain rénovés), de la famille et quelques connaissances, disons… L’avantage (entre autres), c’est qu’on n’a rien (ou pas grand-chose) à perdre et qu’on voyage léger. Bon, pour en revenir à notre gars, là, malgré sa particularité, il n’aura pas eu à se plaindre : sa maturité sexuelle coïncidant avec celle de la meuf dont il s’est entiché (Cate Blanchett), ils auront donc pu baiser (et enfanter) bien comme il faut. 

Le goût des autres (2000), d’Agnès Jaoui

 

« Des gros pédés », c’est-à-dire ? Vous voulez dire « des gens qui s’enculent » ? Comme mon ami et moi, par exemple ? »

Réalisation : Agnès Jaoui

Scénario : Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui

Pays : France

Année : 2000

Genre : comédie dramatique, film choral

Avec : Anne Alvaro, Jean-Pierre Bacri, Alain Chabat, Agnès Jaoui, Gérard Lanvin, Christiane Millet, Wladimir Yordanoff.

Synopsis : Un entrepreneur un peu rustre tombe amoureux d’une actrice de théâtre, qui se trouve être également sa prof d’anglais. Il tente alors difficilement de la séduire et de s’intégrer à son milieu, très éloigné du sien et composé d’intellectuels assez imbus d’eux-mêmes.

Pourquoi ? Encore et toujours pour l’écriture du couple Bacri-Jaoui, qui atteint ici son summum. A leur habituelle mixture d’humour et de causticité, s’invite cette fois une bonne dose de mélancolie. Pour l’occasion, Agnès (dont j’obtins l’autographe lors de la présentation du film en 2001 à La Ciotat) passe derrière la caméra. Elle part ici en guerre contre les préjugés et l’esprit de chapelles, n’hésitant pas à donner le « mauvais rôle » au milieu dont elle est pourtant issue (les « cultureux », qui s’avèrent arrogants face au personnage joué par Bacri, moquant son inculture à son insu). Les personnages et leurs interprètes sont (presque) tous émouvants et attachants. Nouvelle moisson de Césars (quatre, dont meilleurs film et scénario) et succès au box-office (près de quatre millions d’entrées) bien mérités pour ce film marquant la fin d’une décennie en or pour le duo, qui ne fera par la suite que s’auto-caricaturer et perdra quasiment toute inspiration. 

The box (2009), de Richard Kelly

 

« (…) Il existe deux façons d’entrer dans la dernière chambre : libre ou pas libre. A chacun de choisir. »

C’est l’histoire d’un couple, en 1976 en Virginie. Elle, Norma (Cameron Diaz), amputée des doigts du pied droit suite à un accident et professeur de littérature dans l'établissement où son fils est élève ; lui, Arthur (James Marsden), travaillant à la NASA et, sur son temps libre, fabriquant une prothèse pour le pied meurtri de son épouse. Un matin, ils reçoivent un paquet contenant une mystérieuse boite ornée d’un buzzer rouge. Et dans l’après-midi, un certain Arlington Steward (Frank Langella), défiguré par une brûlure de la joue gauche, fait une étrange proposition à Norma : si elle ou son mari appuie sur le bouton, il leur livrera un million de dollars mais une personne qu’ils ne connaissent pas mourra. Ayant tous deux des problèmes financiers (lui n’ayant pas obtenu la promotion attendue et elle perdant ses réductions boursières), Norma appuie finalement sur le bouton. Les ennuis commencent…

Basé sur la nouvelle Le Jeu du bouton de Richard Matheson, The box est le troisième (et meilleur selon moi) film de Richard Kelly après Donnie Darko (2001) et Southland Tales (2006). Il rend un hommage appuyé à ses parents en retranscrivant quasiment leur jeunesse à travers l’histoire de ce couple formé par Cameron Diaz et James Marsden. Le film est parfait pendant une heure, un peu moins par la suite. C’est-à-dire jusqu’à l’arrivée de la composante fantastique (les trois portes, dont deux damnées, sous forme de blocs d’eau) et du pesant fatras mythologico-moraliste avec ses habituelles couillonnades de Paradis, d’Enfer, de sacrifice, de péché et de rédemption (« Bien mal acquis ne profite jamais »). Le final prend l’allure d’une tragédie grecque lors de laquelle le couple sera soumis à un choix cornélien, mettant en jeu le futur de leur fils. Il est amusant de constater que sur les trois couples qui dans le film sont amenés à effectuer le choix, c’est à chaque fois l’épouse qui finit par appuyer sur le bouton, même si Kelly se défend de toute stigmatisation misogyne (« Les hommes les mettent au défi d’appuyer sur le bouton », « Ce sont les femmes qui ont le poids le plus lourd à porter dans le couple »…). 

Spider (2002), de David Cronenberg

 

« C’est l’habit qui fait l’homme. Et moins il y a d’homme, plus il faut d’habits… »

C’est l’histoire d’un mec complètement secoué, Dennis Cleg dit « Spider » (Ralph Fiennes), qui intègre un foyer de réinsertion à Londres, non loin de là où il passa une enfance difficile, marquée par le décès de sa mère. Convaincu que son père (Gabriel Byrne) est le meurtrier, afin qu’il puisse vivre avec une prostituée (Miranda Richardson) dont il est tombé amoureux, Cleg va mener sa propre enquête et se replonger dans cette partie de sa vie.

Encore un film où il faut être dans le « mood » pour espérer se laisser porter et convaincre... Pour tout dire, au début, il m'a fait rire… Fiennes joue parfaitement le mec schizo, passant son temps à griffonner son petit carnet de notes ou à marmonner dans la barbe qu’il n’a pas (son texte pour l’ensemble du film doit tenir sur un post-it). Nous le suivons dans ses méandres existentiels, plongeant dans ses souvenirs et tentant de reconstituer son passé et le drame qui s’y joua (le meurtre de sa mère), à l’aide de quelques indices (un petit jardin, une odeur de gaz…). Pas de cul ou de violence pour cette fois, c’est un Cronenberg « sage », qui joue essentiellement sur l’ambiance et ce n’est pas plus mal ainsi. Il faudra donc accepter les partis pris esthétiques : décors minimalistes, couleurs ternes, rythme (très) lent. C’est ce qui en fait le charme et l’originalité. On sent venir un « twist » final à la Sixième sens, façon « bon sang, mais c’est bien sûr ! » et c’est effectivement ce qui advient. Intéressant, sans plus pour ma part.    

Dikkenek (2006), d’Olivier Van Hoofstadt

 

« T’entends ? Michael Jackson ! Ca c’est… ben, c’est le seul Blanc qu’arrive à faire de la musique comme les Blacks, c’est pas compliqué… (…) Pour moi, hein, en deux mots : au-dessus d’lui y’a personne, en dessous y’a personne. »

« On va encore écouter de la musique de supermarché, là, remixée par des grosses tapettes… »

Réalisation : Olivier Van Hoofstadt

Scénario : Olivier Legrain et Olivier Van Hoofstadt

Pays : Belgique, France

Année : 2006

Genre : comédie

Avec : Jean-Luc Couchard, Dominique Pinon, François Damiens, Jérémie Renier, Marion Cotillard, Mélanie Laurent, Catherine Jacob, Florence Foresti.

Synopsis : Les (més)aventures croisées, à Bruxelles et en Belgique flamande, de personnages tous plus déjantés et « hauts en couleur » les uns que les autres : un petit truand et son pote d’enfance, looser à la recherche du grand amour ; une étudiante oisive et son amie, prof hystérique ; le directeur des Abattoirs d'Anderlecht et photographe de charme à ses heures perdues ; un parvenu souffre-douleur, adepte de grosses cylindrées ; une commissaire de police lesbienne et raciste.

Pourquoi ? Pour l’incroyable galerie de personnages complètement loufoques, aux premiers rangs desquels les deux « dikkenek » (« grande gueule » en flamand) Jean-Luc Couchard et SURTOUT François Damiens, véritablement énorme. Seul celui incarné par la surcotée Marion Cotillard, un an avant sa starification pour son rôle d’Edith Piaf dans La môme (et ses trois tonnes de maquillage), est un peu en retrait ; pour la ribambelle de situations et surtout de « punchlines » cultes et parfois « politiquement incorrectes » (occupant quasiment tout le film, en fait). Comme quoi, Besson ne produit pas que des conneries… Enfin si, mais celle-ci est « excessivement drôle, une fois »… 

Donnie Darko (2001), de Richard Kelly

 

« A quoi bon vivre si t’as pas de queue ? »

C’est l’histoire de… « Donnie » Darko (Jake Gyllenhaal), ado intelligent mais souffrant de somnambulisme et d'hallucinations et suivi par une psychiatre. Un réacteur d’avion s’écrase sur sa chambre mais il échappe à la mort, ayant quitté les lieux précédemment sur les conseils de Frank, une créature imaginaire qui ressemble à un lapin géant. Celui-ci lui annonce que la fin du monde aura lieu dans exactement 28 jours, 6 heures, 42 minutes et 12 secondes.

De Richard Kelly, j’avais beaucoup aimé The Box (2009, avec Cameron Diaz) mais n’ai tenu que 45 minutes devant l’incompréhensible et trop déjanté Southland Tales (2006). « Le film culte des années 2000 », indique fièrement la jaquette de ce Donnie Darko. Jamais bon signe, ce genre d’accroche. Mais bon, les années 2000 ayant été ce qu’elles furent (c’est-à-dire globalement merdiques mais idylliques comparées à maintenant), c’est finalement raccord. Bon, alors là je suis allé au bout mais j’ai encore rien capté… Apparemment, une histoire de mondes parallèles, de prémonitions, de voyage dans le temps. Le film souffre de l’univers qu’il dépeint : les campus étudiants, avec des ados qui ont une bite en guise de cerveau et les banlieues pavillonnaires U.S, les drapeaux partout, les allusions à Dieu, toussa toussa. Et bande sonore ad hoc (new wave ou rock « héroïque » des 80’s, la reprise ratée en piano-voix larmoyante du Mad World de Tears for Fears par Gary Jules…). On se consolera avec la réalisation, qualitative, et les quelques piques contre les « grenouilles de bénitier » conservatrices.    

Ne le dis à personne (2006), de Guillaume Canet

 

C’est l’histoire d’Alexandre Beck (François Cluzet), médecin pédiatre. Lors d'une baignade nocturne, lui et sa femme Margot (Marie-Josée Croze) sont agressés par plusieurs inconnus et Margot est tuée. Huit ans jour pour jour plus tard, il reçoit un mail anonyme avec un lien vers une vidéo sur laquelle il pense reconnaître Margot. Et si elle était toujours en vie ?

Cette fois ça y est, Guillaume Canet est le nouveau « golden boy » du cinoche hexagonal. La preuve, il peut se payer une star par rôle et il y en a en pagaille (dont lui-même). « Venez, on va faire comme les zaméricains ! », semble-t-il leur dire (un peu de violence, une grosse course-poursuite, produit par Besson). Sauf qu’à l’arrivée, on a plus l’impression d’être devant un épisode de Navarro. Dussollier, dans le rôle du gendarme et beau-père de Cluzet, nous dévoilera les doigts de pieds en éventail les tenants et les aboutissants de cette ténébreuse affaire aux ramifications politiques (Jean Rochefort). Et on emballe le tout avec une B.O fédératrice signée M et augmentée de quelques chansons additionnelles (Otis Redding, Jeff Buckley, les lénifiants U2…).  

Etude comparative : L’adversaire (2002), de Nicole Garcia / L’emploi du temps (2001), de Laurent Cantet

 

De quoi en faire un Romand…

« Il y a pire que d’être démasqué, c’est de ne pas être démasqué. »

Rappel des faits : début janvier 1993, un dénommé Jean-Claude Romand tue femme, enfants, parents et tente en vain de se suicider, après les avoir escroqués et leur avoir fait croire pendant près de vingt ans qu’il était médecin à l’OMS, son mensonge étant sur le point d’être découvert. De ce fait divers, l’un des plus incroyables de l’histoire de France moderne entre ceux du « petit Grégory » et de Dupont de Ligonnès, se sont inspirés deux films sortis au début de ce siècle à quelques mois d’intervalle : L’adversaire de Nicole Garcia et L’emploi du temps de Laurent Cantet. En dehors des paysages enneigés, de l’atmosphère pesante (un peu plus dans le Cantet) surlignée par des musiques lancinantes ou emphatiques (en même temps, c’est un peu le rôle des musiques de film) et des inévitables scènes d’errance sans but dans les hôtels ou sur les aires d’autoroute, peu de choses en commun, pourtant, entre les deux œuvres. Le premier est une quasi reconstitution, brillante mais trop appliquée (« mainstream », quoi), du fait divers là où le second ne fait que s’en inspirer et est à classer dans le registre du film d’auteur à portée politique. Le film de Nicole Garcia suit donc scrupuleusement le roman éponyme d’Emmanuel Carrère, dont il est l’adaptation, dans une structure éclatée, « à la Citizen Kane » (les dépositions à la police de Cluzet et Devos), entre flashbacks et temps réel. Daniel Auteuil, parfait, trouve là l’un de ses meilleurs rôles. Plus intéressant est néanmoins L’emploi du temps de Laurent Cantet, talentueux réalisateur précocement disparu en 2024 à seulement 63 ans. Il poursuit ici une œuvre éminemment politique, après Ressources humaines en 1999 et avant Entre les murs en 2008, qui obtiendra la Palme d’or à Cannes. D’ailleurs, Serge Livrozet, l’un des acteurs du film, était un anarchiste patenté. En dehors de Karin Viard dans le rôle de l’épouse, le reste du casting est constitué de parfaits inconnus. C’est Aurélien Recoing, sorte de sosie français de Kevin Spacey, qui fût chargé d’incarner ce cadre qui cache son licenciement à ses proches et s’invente de toutes pièces un emploi du côté de Genève, vivant du prêt de son père pour l’achat fictif d’un appartement et d’escroqueries (de faux placements financiers proposés à d’anciennes connaissances professionnelles). Il s’en sort formidablement bien, en particulier lors du final où toute la fragilité de son personnage, prisonnier de son mensonge, ressort face aux regards inquisiteurs de sa famille (les enfants, ceux de Cantet lui-même, sont aussi très justes dans cette scène). Si point de carnage et contrairement aux apparences, pas de « happy end » ici non plus, avec une scène finale d’une tristesse infinie (comme l’ensemble du métrage) et d’une violence sourde, assimilable à un « suicide métaphysique » (pour reprendre l'expression de Cantet dans les bonus) : Recoing, impassible, passant un entretien d’embauche devant un DRH qui débite le traditionnel jargon d’entreprise, signe de son retour dans le « droit chemin » du monde du travail. Puissant.

   

Cœurs (2006), d’Alain Resnais

 

« Mais je suis ce que je suis. Après tout, qu’est-ce qu’on peut être, à part soi… ? »

C’est l’histoire de Thierry (André Dussollier), agent immobilier et de sa collaboratrice Charlotte (Sabine Azéma), qui cherchent un appartement pour Nicole (Laura Morante) et Dan (Lambert Wilson), un couple de clients difficiles. Nicole est excédée par le comportement de Dan, qui préfère boire des coups chez Lionel (Pierre Arditi), son barman attitré, plutôt que chercher du travail. Ils se quittent momentanément, histoire de faire le point et Dan rencontre alors Gaëlle (Isabelle Carré), sœur cadette de Thierry, par le biais des petites annonces. Pendant ce temps, Charlotte se fait engager comme aide à domicile par Lionel pour garder son père malade et colérique (Claude Rich) pendant son service du soir.

A-t-on besoin d’un énième film choral français avec des personnages évoluant dans un milieu confortable et des décors de studio, ergotant sur les vicissitudes de la vie et de l’amour, porté par une musique mélodramatique à base de cordes ou de piano, « marketé » par les habituelles accroches laudatrices de la critique (« Resnais au sommet de son art », Le Monde ; « Une sorte d’absolu du cinéma », Libération), quand bien même mis en scène par « Monsieur » Alain Resnais ? J’avais vu ce film sur Canal peu après sa sortie et j’avais été, sinon ébloui (n’exagérons rien), du moins « titillé », par l’histoire, les personnages, la réalisation. Près de vingt ans plus tard, mon enthousiasme s’est quelque peu émoussé. Dussollier est (encore) agent immobilier (comme dans On connait la chanson) et obséquieux, Azéma est (encore) pétillante et délurée, sous des atours de secrétaire réservée. Arditi, lui, se fait plus sombre voire quasi désespéré, à l’image du ton général du film, ayant pour cadre un Paris neigeux. Les personnages ne se croisent que deux par deux (comme dans Smoking / No smoking), plus rarement (et jamais plus de) trois, dans une poignée de décors (le bar, l’agence immobilière, les appartements des uns et des autres) et chaque scène est délimitée par un interlude constitué de flocons de neige (à la fin d’On connait la chanson, c’était des méduses…). Au final, chacun et chacune retourneront à leur solitude intérieure. Il y a bien un peu d’humour (les cassettes vidéos prêtées par Azéma à Dussollier ; Azéma aux prises avec le père d’Arditi, aux comportement et propos abjects) et des trucs de mise en scène (les visites immobilières filmées du plafond ; Claude Rich, interprétant le père d’Arditi, présent uniquement par la voix ; la neige, ne tombant plus seulement au dehors mais à l’intérieur même de la maison d’Arditi lors de ses confidences à Azéma) mais guère de raisons de se réjouir… plus que de raison.

Les promesses de l’ombre (2007), de David Cronenberg

 

« Londres est la ville des putains et des pédales. »

C’est l’histoire d’Anna (Naomi Watts), sage-femme à l'hôpital Trafalgar de Londres, qui récupère le journal intime de Tatiana, une adolescente russe décédée au service des urgences en donnant naissance à une petite fille. Ce journal étant écrit en russe, elle en demande la traduction à sa mère et son oncle, espérant y trouver des informations sur la famille de la défunte. Une carte trouvée à l’intérieur du carnet la mène parallèlement sur la piste d’un luxueux restaurant, le Trans-Siberian. Cet établissement est en réalité dirigé par le chef de la mafia russe.

Thriller sombre, malsain (viol, prostitution…) et (inutilement) hyper-violent, d’entrée de jeu (gorge tranchée, accouchement sanglant). Pas grand-chose à redire sur l’interprétation, avec un Vincent Cassel toujours à l’aise dans les univers glauques et déjantés (La haine, Irréversible…) ni même sur l’histoire mais plutôt sur le déferlement d’hémoglobine et les invraisemblances (le combat dans un hammam entre un Viggo Mortensen nu comme un ver et deux malabars armés de couteaux ; le baiser sur la bouche qu’il échange à la fin avec Naomi Watts sans qu’elle le repousse, quand bien même elle ait compris qu’il avait « bon fond »...).

A history of violence (2005), de David Cronenberg

 

C’est l’histoire… de la violence. Plus précisément celle dont use Tom Stall (Viggo Mortensen), paisible citoyen de la petite ville de Millbrook dans l'Indiana, pour mettre hors d’état de nuire deux tueurs qui s’apprêtaient à braquer son petit restaurant et y commettre un carnage. Devenu une célébrité locale pour cet acte de bravoure, il reçoit la visite dans son établissement de Fogarty (Ed Harris), un mafieux partiellement défiguré à l’œil gauche, qui croit reconnaître en lui Joey, un ancien adversaire. Tom va devoir se replonger dans son passé sans éveiller les soupçons de sa famille.

Acteur est un drôle de métier qui pourra vous amener à simuler une scène d’amour (de sexe, quoi) dans des escaliers. Comme ici Viggo Mortensen (qui nous montre pour l’occasion son fessier dénudé) et Maria Bello (j’espère qu’ils s’en sont sortis sans bleu…). Une scène censée montrer que bien que se sentant trahie par Mortensen, Bello l’a toujours « dans la peau » et lui aussi (attention message : sexe et violence font souvent bon ménage). A history of violence porte bien son titre et se permet même le « luxe » de briser un tabou lors des premières minutes : un meurtre d’enfant (heureusement seulement suggéré). Cronenberg délaisse l’horreur et le fantastique pour un thriller de facture assez classique. Flingues, hémoglobine, mensonge, rédemption et valeurs familiales traditionnelles au menu de ce métrage. Il y a même la petite choupinette aux cheveux blonds comme les blés qui met un couvert pour son pôpa quand celui-ci revient à la maison (comme c’est mimi…), espérant être pardonné, lors de la scène de repas finale, certes émouvante et bien interprétée.