« J’aime la politique car
quoi qu’en pense ta hyène de mère, la politique est partout dans la vie. »
C’est l’histoire Silvio Magnozzi (Alberto
Sordi), membre des Partisans, combattant avec la Résistance italienne contre
les forces nazies et fascistes lors de la seconde guerre mondiale. Il se fait
surprendre dans un hôtel près du lac de Côme par un soldat allemand. Alors que
celui-ci allait l’abattre, il est sauvé in extrémis par Elena (Lea Massari), la
fille du propriétaire de l'hôtel, qui tue le soldat à l’aide d’un fer à
repasser. Elle fournit à Silvio une cachette sûre, le moulin qui appartenait à
ses grands-parents décédés.
On (« est un con » mais
en l’occurrence, c’est moi, donc comprendre « je »…) ressent une
petite forme de jubilation après avoir vu un bon film, comme lorsqu’on découvre
quelque chose de rare et d’agréable. Surtout après plusieurs essais
infructueux. Comme quoi, quand le sujet me parle, que l’interprétation est au
rendez-vous et que le récit va droit à l’essentiel, sans se perdre en longueurs
ou scènes inutiles, ça roule tout seul. Une vie difficile se révèle illico
comme mon Dino Risi préféré à cette étape de mon parcours dans sa filmographie,
Parfum de femme et Le fanfaron m’ayant déçu. Il retrace environ quinze ans de
la vie d’un homme pétri d’idéaux progressistes, interprété par
l’excellentissime et protéiforme Alberto Sordi (peut-être le meilleur de ces
acteurs du cinéma italien de cette époque), tiraillé entre ses responsabilités
de mari et de père de famille et le respect de ses convictions politiques. Sa
compagne n’est autre que Lea Massari, encore une belle « plante »,
elle aussi convaincante dans divers registres, de l’épouse éplorée à la « chipie »
hautaine. Le film a de nombreux points communs avec d’autres de cet « âge
d’or » du cinéma italien (fin des années 50 – milieu des années 70, en
gros) : fort ancrage dans le (riche) contexte historique et social italien (fin de la
seconde guerre mondiale, référendum sur la Monarchie, « boom »
économique des années 60, plus tard les « années de plomb »…), regard
désenchanté sur la société, difficulté de mettre ses idéaux en accord avec la
réalité de la vie quotidienne, critique acerbe du triumvirat (souvent lié) politicien
corrompu – grand industriel qui l’est tout autant – clergé. À ce titre, l’homme
d’affaires à la tête d’un empire qui tente en vain de soudoyer Sordi, journaliste
communiste, n’est rien de moins que le portrait craché de Berlusconi avec vingt
ans d’avance. Mais le film n’a rien de « militant », Risi, comme d’autres
compatriotes réalisateurs, étant réticent à cette démarche. C’est donc en état
d’ivresse, pour les faire passer avec plus de légèreté, que Sordi exposera ses vérités
(que je fais miennes), allant jusqu’à faire exploser sa frustration en crachant
sur les limousines qui passent (superbe scène sur la promenade de Ronchi, à
Marina di Massa, bien qu’elle soit censée se dérouler à Viareggio). Une vie
difficile repose sur le schéma classique de la femme recherchant la sécurité
matérielle (sans toutefois être vénale) auprès d’un époux « solide et responsable »
et d’un homme plus fantasque, attaché à ses rêves et ses idées, se rabaissant
en « mendiant » l’amour de sa femme (tel Jacques Brel dans son Ne me quitte
pas). Là comme dans d’autres domaines (productivisme effréné, esprit moutonnier,
soumission à l’autorité mais paradoxalement grande indiscipline personnelle…),
les choses n’ont pas beaucoup changé. Désespérants, les gens ! De vrais hamsters
dans leur roue (ils doivent penser comme le cycliste, qu’ils vont tomber s’ils
s’arrêtent de pédaler…). En particulier en Italie (y'a qu'à voir leurs dirigeants actuels...), comme le déplorait en 2010 Mario
Monicelli, quelques mois avant son
suicide (cancer de la prostate en phase terminale) : « Ce qu'il n'y a
jamais eu en Italie, c'est un grand coup de pied dans la fourmilière, une belle
révolution, ce qui ne s'est jamais produit en Italie… Il y en a eu en
Angleterre, il y en a eu en France, il y en a eu en Russie, il y en a eu en
Allemagne. Partout sauf en Italie. Donc il faut quelque chose pour vraiment
racheter ce peuple qui a toujours été soumis, qui a été esclave pendant 300 ans ».
Bon, ceci dit, ces révolutions n’ont pas changé grand-chose à l’arrivée, on en est
tous plus ou moins au même point. En attendant, délectez-vous donc de ce très
bon film (en V.O only) où humour, tendresse et satire se conjuguent à
merveille.














