« Mais de vous à moi,
Docteur… euh… elle avait peut-être que quinze ans mais quand on est devant une
belle fente bien rouge qu’on peut toucher, là, j’crois pas qu’il faut être
cinglé pour… Et c’est bien votre avis aussi ? » - « Je vous
entend parfaitement. »
Réalisation : Miloš Forman
Scénario : Bo Goldman et Lawrence
Hauben, d’après le roman éponyme de Ken Kesey (1962)
Pays : Etats-Unis
Année : 1975
Genre : Drame
Avec : Jack Nicholson, Louise
Fletcher, William Redfield, Brad Dourif, Will Sampson, Danny DeVito, Christopher
Lloyd, Sydney Lassick, Scatman Crothers.
Synopsis : Condamné pour diverses
agressions et un viol sur mineur, Randall Patrick McMurphy simule la folie pour
échapper au pénitencier. Il intègre alors un hôpital psychiatrique afin qu'on
évalue sa santé mentale. Les thérapies y sont dirigées d’une main de fer par l’infirmière
en chef Miss Ratched, une femme autoritaire et impassible à laquelle McMurphy
va très vite s’opposer…
Pourquoi ? J’ai donc revu ce film
« bouleversifiant » d’humanité, qui a mon âge et dans lequel une
poignée de malades mentaux sont aux prises avec une infirmière tyrannique,
portant le sadisme et la cruauté sur son visage. Sous l’impulsion d’un
sociopathe simulateur, ils vont progressivement braver ce système intransigeant
et retrouver goût à la vie et à la liberté. Parfois drôle mais aussi poignant
et (très) dur. Quelle justesse dans l’interprétation (Nicholson et ses colères
homériques, Fletcher, Dourif, DeVito… tous !) et dans les situations !
Que voulez-vous que je vous dise de plus ? Grand chelem des cinq
principaux Oscars mérité, chef-d’œuvre et pis c’est tout.
C'est l'histoire d'un mec, Christian (Claes Bang), père divorcé et conservateur d'un musée d'art contemporain de Stockholm. Un bon bobo suédois, qui donne des pièces aux mendiants, roule en voiture électrique et tout et tout. Mais un jour, il est piégé : aidant une femme prétendant être attaquée, il se fait voler son portable, son portefeuille et ses boutons de manchette. Heureusement, grâce à la fonction de géolocalisation de son téléphone, il ne tarde pas à retrouver la trace du voleur : un immeuble dans une cité de banlieue. Avec l'aide d'un adjoint, il glisse alors une lettre de menaces anonyme dans chacune de ses boîtes aux lettres. Cette initiative va bouleverser sa vie alors que parallèlement, le vernissage d'une exposition intitulée TheSquare approche et que sa campagne de promotion est lancée.
Vous savez quoi, les gars ? J'ai l'impression que le cinoche a cessé de (vouloir) nous faire rêver. Entendons-nous bien : je ne suis pas partisan d'un cinéma exclusivement hollywoodien «d'enter-tainment ». Mais pas davantage de l'évocation systématique de problématiques sociétales contemporaines, portées par des acteurs moyennement charismatiques. On a pourtant l'impression que c'est désormais devenu le critère n°1 pour espérer empocher une Palme d'Or. Celle-ci, obtenue en 2017, est la première du réalisateur suédois Ruben Östlund. Mais si Sans filtre (2022) m'avait séduit par ses moments jubilatoires et un message délivré sur le ton de l'humour (féroce), tout ici est plus pompeux et lourdingue. Déjà, rien ne tient debout. Franchement, le bobo pris de remords pour avoir fait des amalgames basés sur des idées reçues (habitants des cités = voleurs) ensuite prêt à tout pour se racheter une bonne conscience, qu'est-ce que c'est appuyé... Des scènes ridicules et interminables (le happening de «l'homme singe » qui terrifie les bourgeois attablés lors de la soirée de gala avant de se faire lyncher, Claes Bang et Elisabeth Moss qui se disputent la capote remplie de semence après avoir fait «crac-crac »...). Seule celle où un type atteint du syndrome de Gilles de La Tourette perturbe le bon déroulement de la conférence consacrée à un artiste en débitant des insanités m'aura arraché un sourire. Plus anecdotique, on notera qu'Östlund semble apprécier la «french touch » (une des musiques que j'aime le moins au monde) : avant le Lady de Modjo (pouark !) dans Sans filtre, il mettait ici à l'honneur le Genesis de Justice, ce qui est quand même nettement mieux. Une grosse déception.
« Et vous, vous
travaillez dans quoi ? » - « Je suis dans la merde. » -
« Vous… quoi ? » - « Je vends de la merde. »
« L’important, c’est tout
c’qu’ils affichent, les riches. » (Regarde les riches, Patricia Kaas,
1990)
C’est l’histoire de Carl (Harris
Dickinson) et de sa petite amie Yaya (Charlbi Dean, décédée à 32 ans d’une septicémie
peu après ce film, horrible…), tous deux mannequins et « influenceurs ».
Ces activités leurs permettent d’être invités à bord d’une croisière de luxe, où
ils côtoient des personnes plus riches qu’eux, comme un couple d’anglais ayant
fait fortune dans l’armement ou un oligarque russe (Zlatko Burić) s’étant
enrichi grâce à la vente d’engrais. Mais lors du repas du capitaine (Woody
Harrelson), une tempête fait virer la croisière de rêve au cauchemar…
Ah, ce foutu pognon, il nous en
fait faire… Soyons honnêtes, dans notre indépassable (?) monde capitaliste, nous
en sommes tous avides, que ce soit pour assurer notre subsistance, se payer un « extra »
(restau, sortie, voyage…), mener une vie confortable ou étaler notre « réussite »
et notre pseudo-supériorité sur autrui. Après Parasite en 2019, il semble que
la « lutte des classes » et la critique de la bourgeoisie (mais aussi
des classes plus défavorisées) soient dans l’air du temps et un atout
considérable pour l’obtention d’une Palme cannoise (la seconde du cinéaste
suédois Ruben Östlund, après The Square en 2017). Le film se divise en trois
parties. La seconde est de loin la meilleure et m’aura, chose très rare, occasionné
un fou rire. Mais avant cela, il faut se taper le prologue où nos deux
tourtereaux se « prennent la tête » (et la notre par la même occasion…)
pendant un quart d’heure à propos d’une foutue note de restaurant. En cause :
la meuf qui laisse payer son mec alors qu’elle gagne plus que lui et qu’il a
déjà payé la fois précédente, reproduisant les « stéréotypes de genre »,
ce que notre gars a du mal à supporter. Nous entrons ensuite enfin dans le vif
du sujet avec leur embarcation à bord d’un yacht rempli de « vieilles
peaux » ultra-friquées. Nous assistons alors lors d’une soirée à un
jubilatoire jeu de massacre : la tempête fait tanguer le navire, les
passagers vomissent leur repas à base de caviar et de poulpe caramélisé, les
chiottes débordent et le capitaine (génial Woody Harrelson) se livre à une
bataille de citations avec l’oligarque russe, lui citant Marx et le
milliardaire répliquant par des sentences du couple infernal Thatcher – Reagan.
Les deux hommes, ivres, s’enferment dans la cabine de pilotage et Harrelson
harangue les milliardaires, avec des phrases du genre « ne rêvez pas, nous
nenous dirigeons pas vers un paradis fiscal » ou « on sait que vos œuvres
de philanthropie,c’est pour défiscaliser et vous donner bonne conscience ». Dans une sorte de catharsis, Östlund nous venge quelque peu de ces individus néfastes à l'environnement et au Bien commun, même si montrés sous un jour pas forcément antipathique.
Et boum, Harrelson « pilonne » aussi les Etats-Unis et leurs guerres aux
quatre coins du monde pour y placer leurs hommes et en tirer un profit
économique. Faire passer un message (très bien senti) dans un contexte comique pour
qu’il ne soit pas trop lourd, voilà qui est habile. L’attaque terroriste du
yacht, traitée en ellipse, débouche sur la troisième partie, celle de l’île
déserte, où se retrouve une poignée de survivants : notre jeune couple, le
russe, deux autres passagers et trois membres de l’équipage, dont une préposée
aux WC qui va prendre les choses en main, étant la seule à savoir pécher et allumer
un feu. L’occasion donc d’un renversement de hiérarchie et d’une inversion des
statuts sociaux (et de genre). Après quelques péripéties et tensions au sein du
groupe, les derniers plans laissent libre cours à une fin « ouverte ».
Très intéressant objet filmique. Mais si Bong Joon-ho, avec Parasite, payait son
tribut à La Cérémonie de Chabrol, Östlund revisite ici La grande bouffe Ferrerienne
dans ses passages scatologiques, tant et si bien qu’on se demande si les œuvres
contemporaines de qualité ne seront pas désormais invariablement le fait de
petits malins connaissant leur histoire du cinéma sur le bout des doigts…
« Etre un couple, c’est
ne faire qu’un. Mais lequel ? » (Oscar Wilde)
C’est l’histoire d’un couple, vivant
depuis environ deux ans dans un chalet isolé près de Grenoble. Tous deux
écrivains : lui, Samuel (Samuel Theis), français ; elle, Sandra (Sandra
Hüller), allemande. Un jour, leur fils malvoyant Daniel (Milo Machado-Graner),
accompagné de son chien guide Snoop, découvre le corps sans vie de son père sous la fenêtre du grenier, où celui-ci écoutait de la musique à un fort volume,
ce qui contraint sa compagne d’écourter un entretien avec une étudiante venue l'interviewer.
Très vite, Sandra est inculpée pour meurtre. Elle fait appel à son ami et avocat
Vincent Renzi (Swann Arlaud).
Elle est fatigante, cette époque,
hein ? Les problématiques, les pseudo-polémiques (Victor. Qu’est-ce
qui n’est pas « polémique », de nos jours ?), les tensions et
les manipulations sont exacerbées par les incroyables caisses de résonnance que
constituent les chaines info en boucle d’une part et les réseaux dits
« sociaux » d’autre part (deux véritables cancers modernes). Ces
derniers sont devenus le réceptacle de haines recuites, empreintes de hargne
revancharde. Parmi les marottes dont nous sommes inlassablement abreuvés, outre
l’incontournable triumvirat insécurité - immigration - Islam ou les thématiques
de « genre », la fameuse litanie « c’est avec nos impôts »
(dans un pays où 50% de la population n’en paie pas, dont, parait-il, même
certains millionnaires) figure en bonne place. Il en va ainsi du cinéma
français, qui serait un outil de propagande (si c’est le cas, ça n’a pas l’air
très efficace…) et un gouffre financier car souvent non-rentable. Alors que
c’est faux : non, le cinéma n’est pas financé par « nos impôts ».
La réalisatrice Justine Triet, lors de la remise de sa Palme d’Or à Cannes,
s’en était alors pris « plein la gueule » pour l’avoir ouverte, à mon
sens à bon escient, afin de s’opposer à la réforme des retraites de 2023 et de
défendre « l’exception culturelle » française (effectivement à
chérir, à l’instar de notre modèle social), fragilisée selon elle par la
politique gouvernementale. Ben oui, c’est tellement plus confortable pour tout
le monde (et surtout pour nos dirigeants), un(e) cinéaste qui « fait où on
lui dit de faire », se contentant de venir récupérer son prix et débiter
son discours convenu à base de remerciements…
Ceci posé, il nous faut parler du
film puisqu’il convient, dans un sens ou dans l’autre et selon la formule
consacrée, de « séparer l’homme – ou ici en l’occurrence, la femme – de
l’artiste » (enfin, pour Cantat, par exemple, c’est un peu plus
difficile…). Alors honnêtement, je m’attendais à pire. Le film est plutôt
prenant, limite oppressant par moments et met mal à l’aise. Bon, déjà, la perte
du père, j’ai connu ça il y a bientôt quatre ans donc évidemment, ça renvoie à
mon histoire personnelle. J’ai surtout été marqué par les séquences de procès.
Avocat et procureur sont de « drôles » de métiers. Harceler, pousser
l’accusé ou les appelés à la barre à la faute pour influencer un jury… La
machine judiciaire peut vite s’avérer implacable, un rouleau compresseur auquel
il sera très difficile de résister. Autant être très solide et préparé pour
éviter d’être broyé. Sans compter les regards suspicieux ou inquisiteurs du public
présent dans le prétoire (les tribunaux populaires, la pression de « l’opinion
publique », j’ai horreur de ça…). C’est ainsi toute la vie du couple qui
est mise à nu, ses jalousies (elle a du succès, pas lui et elle lui a piqué
l’idée d’un de ses bouquins non achevés pour le sien), ses non-dits, tout ça
aux yeux (sic) et aux oreilles du fils, assistant au procès malgré les réserves
de la juge d’instruction. C’est d’ailleurs le véritable sujet du film, l’enquête
policière n’étant qu’un prétexte. Tout est bien reconstitué, c’est très
réaliste. La musique au piano est aussi très bien (le morceau Asturias d'Isaac
Albéniz). Néanmoins, si je n’ai rien à objecter au scénario et à
l’interprétation, cela me semble tout de même un peu « léger » pour
tant de récompenses (Palme d’Or, un Oscar et six Césars – dont les principaux –,
entre autres), en comparaison d’un Parasite de Bong Joon-ho, pour prendre un
exemple récent de film multi-primé. Formellement, c’est très classique. Je ne
suis pas loin de penser comme le cinéaste kazakh Darejan Omirbaev, qui estime
que ce film prouve que « l'art cinématographique est déjà mort. C'est filmé
comme une série ». Mais son succès me réjouit pour la France et si ça emmerde
la « majorité » présidentielle, c’est encore mieux. Et puis ce genre
de films, c’est un bonheur pour les célibataires endurcis tels votre Serviteur :
avoir une nana comme ça à la maison, caractérielle voire hystérique, toujours
dans nos pattes, juste pour des moments de tendresse ou de gaudriole qu’on
n’est en plus même pas sûr d’avoir, ça fait franchement pas envie ! 😄
« Cousin Hubert ! Qu'est-ce
que c'est qu'ce bin's ? »
« C’est
Okaaaaaaaaay ! »
« Merci, la gueuse. Tu es un
laideron mais tu es bien bonne. »
Réalisation : Jean-Marie Poiré
Scénario : Jean-Marie Poiré et
Christian Clavier
Pays : France
Année : 1993
Genre : Comédie, fantastique
Avec : Christian Clavier, Jean
Reno, Valérie Lemercier, Marie-Anne Chazel, Christian Bujeau, Isabelle Nanty.
Synopsis : An de grâce 1123. Victime
d’hallucinations après avoir malencontreusement ingurgité la potion d’une
sorcière, le Comte Godefroy de Montmirail tue le père de sa promise Frénégonde
de Pouille, qu’il a pris pour un ours. Du coup, Frénégonde refuse le mariage. Le
mage Eusæbius propose alors à Godefroy une potion pour remonter le temps afin
d'en changer le cours et d'éviter cet accident. Celui-ci, ainsi que son fidèle écuyer
Jacquouille la Fripouille, boivent ce breuvage pendant que le mage récite la
formule magique. Mais ce dernier a oublié un ingrédient et les deux hommes sont
envoyés au XXe siècle…
Pourquoi ? Alors là j’avoue, on
est en plein dans le « plaisir coupable » du « plus c’est con,
plus c’est bon ». Oui, le côté potache « on est les mecs les plus
puissants du cinéma français mais on aime faire les cons », ça me botte. Clavier
entame ici sa carrière de « nouveau De Funès ». Mais bizarrement, je
crois que c’est le personnage de Chazel, dans une variante de celui de
« Zézette » du Père Noël, qui me fait le plus marrer. Top 5 des plus
gros succès au box-office français, cultissime et c’est pas pour rien, même si
ça a inévitablement un poil vieilli.
[P.S : difficile de ne pas
voir dans le massacre en règle de la Renault 4L de La Poste par nos deux
« visiteurs » une métaphore inconsciente de celui du service public
postal, fragilisé par l’ouverture à la concurrence décidée par l’infame Traité
de Maastricht, ratifié en 1992…]