Chroniques de films, au fil de mes (re)découvertes. Aucune connaissance technique ou historique sur le cinéma, juste des ressentis. Si cela vous donne envie de (re)voir ces films, c'est déjà ça...
« Jusqu’ici, j’étais
quelqu’un d’autre mais j’ai changé pour du neuf. »
On ne meurt que deux fois…
C’est l’histoire d’un mec (le
grand, l’immense Jack Nicholson), il est reporter (d’où le titre). Alors en
Afrique, il découvre le corps sans vie d’un type avec qui il avait sympathisé
dans la chambre d’hôtel de celui-ci. Constatant sa ressemblance physique avec
lui et déçu par son existence, il décide d’échanger son identité avec celle du
défunt et de commencer une nouvelle vie en se déplaçant au gré des rendez-vous
et voyages notés dans son carnet. Il aurait pas dû…
Encore de sacrés plans au menu de ce nouvel
Antonioni : Nicholson se penchant d’un téléphérique au-dessus du port de
Barcelone (faut pas avoir le vertige…), la Casa Milà construite par Gaudí
(toujours dans la capitale catalane), le désert africain, l’image d’archive de
l’exécution d’un prisonnier politique en Afrique (scène censurée dans plusieurs
pays) ou encore la tristement célèbre Maria Schneider (une actrice qui ne comptait
pas pour du… beurre), les bras en croix à l’arrière d’une décapotable le long
d’une route bordée de platanes. Et un incroyable plan-séquence de sept minutes,
tour de force technique, lors de la scène finale. Mais l’histoire, putain… D’un
mou et d’un chiant… L’échange d’identité avec celle d’une personne décédée, la
soif d’une liberté impossible, l’errance existentielle, l’enfermement dans le
mensonge et le sentiment d’être traqué… J’ai pensé en vrac à Pleinsoleil (et
son remake hollywoodien Le talentueux Mr Ripley), La moustache (Nicholson en
porte une fausse à un moment) et L’adversaire / L’emploi du temps. Ainsi donc,
notre cher Jack va caler ses pas sur ceux d’un défunt (dont il découvrira qu’il
était marchand d’armes) en suivant son carnet de rendez-vous, tout en tentant d’échapper
à sa femme partie à la recherche de ce même défunt, qu’elle pense être la
dernière personne à avoir vu son mari vivant (j’espère que vous suivez…). Son
périple le mènera à Munich, Barcelone et Madrid. Il sera aidé dans sa tâche par
une jeune femme (Maria Schneider), avec qui il aura une idylle. Mais tels les
héros des films sus-cités, il n’échappera pas indéfiniment à son mensonge.
Conclusion imparable : c’est pas parce qu’on a une vie de merde qu’il faut
chercher à l’échanger contre celle du roi du Maroc… Ou « l’herbe n’est pas
forcément plus verte ailleurs ». Ou encore « on sait ce qu’on perd,
on sait pas ce qu’on gagne ». Bref, vous avez compris…
C’est l’histoire de Luis (Sergi
López, qui a bien pris du bide depuis Harry, un ami quivous veut du bien…) et
de son fils de 12 ans Estaban (Bruno Núñez Arjona). Ils sont à la recherche, dans
le désert marocain où se tient une « free party », de leur
respectivement fille et sœur Mar, disparue depuis plusieurs mois. Ils suivent
un groupe de « raveurs » qui se rendent plus au sud, en direction
d’une autre fête où pourrait se trouver la jeune fille. Un chemin semé
d’embuches les attend, qui les poussera au bout d’eux-mêmes…
Alors, la techno (et le rap),
c’était de la merde, finalement ? Ben oui, quand même un p’tit peu. Que
Jack Lang (oui, le gonze qui trouvait le cinéma porno « pauvre » et…
« répétitif », bonjour la cohérence…) en fît, avec pas mal de
démagogie, une intense promotion à l’époque aurait dû nous mettre la puce à…
l’oreille. Enfin, « de la merde »… Disons pour faire court que ce
n’est pas du même ordre qu’un air de Mingus ou un solo de Coltrane (que je
n’aime pas particulièrement mais là n’est pas la question), on est d’accord (du
moins je l’espère). D'ailleurs, ce furent les deux derniers grands courants musicaux apparus, ça prouve bien qu'on ne peut plus faire pire ensuite, non ? Musiques assez pauvres harmoniquement et mélodiquement,
basées essentiellement sur le rythme (la basse, les beats) et construites à
partir de boucles, de samples et de bidouillages d’effets. Auxquelles je
succombai au début du nouveau millénaire (porte d’entrée : Björk et les
remixes de ses singles) avant de progressivement m’en détacher au contact du
jazz, du rock et de la « black music » des années 60-70, n’y trouvant
plus guère d’intérêt en dehors du contexte du dancefloor (que je ne fréquente
pas) ou de la pop (des « poids lourds » du genre Massive Attack ou
Chemical Brothers). Non, ce qui est davantage susceptible de m’intéresser, dans
la musique électronique et qui serait assimilable aux B.O, c’est plutôt un
« son » (on utilise d’ailleurs ce terme plutôt que celui
de « composer de la musique », de nos jours), une atmosphère, comme en produisent
certaines entités (Autechre, Boards Of Canada…) ou qu’on retrouve notamment dans
la techno dite minimale, dont Kangding Ray alias David Letellier, compositeur
de ce film, est l’un des parangons. Un son ample, enveloppant et hypnotique, « trippant », comme on dit. Mais le rap et la techno, ce sont aussi,
comme le « métal » (qui lui peut au moins se prévaloir d’une
technicité voire virtuosité instrumentale), des cultures. Que certains aiment à
affubler du préfixe « sous » mais des cultures quand même. Et ça, ça
se respecte. Donc, la culture techno, je suis heureux que ça existe. Pour la
diversité et parce que je n’ai jamais eu l’âme d’un censeur. Parce que ce
mouvement libertaire et festif, rappelant fortement celui du « Flower Power »
hippie des sixties, fait peur à un Etat qui se crispe, entêté dans l’empilement
sans fin de ses lois, directives et circulaires répressives, alors que ces
épaves ambulantes (les fameux « raveurs ») n’ont jamais fait de mal à
personne d’autre qu’à elles-mêmes. Et peut-être surtout enfin parce qu’elle rend
hystérique les lecteurs du Figaro, qui réagissent au quart de tour à son
évocation (comme à celle d’autres mots-clés tels, en vrac :
« voile », « Algérie », « police / justice »,
« impôts », « LFI »…). Là, y’a plus qu’à sortir le pop-corn ! 😄
Eh, coco, c’est bien joli ta
digression mais et le film dans tout ça, qu'est-ce que ça donne ? J’y viens. Buzz amplement
mérité. Histoire et univers très originaux. Evidemment, parce qu’il y a des
camions et du danger, on pense à Sorcerer de Friedkin (jamais vu) et au Salairede la peur de Clouzot. Et avec un prétexte aussi mince (un gars et son fils
suivent une poignée de « teufeurs » dans le désert marocain) pour un
film qui dure près de deux heures, faut « broder ». Alors on alterne
péripéties de parcours (la traversée d’une rivière, l’intoxication du clebs qui
a bouffé une crotte humaine bourrée de LSD…), scènes intimistes (Sergi López et
son fils ou bien leur rapprochement progressif avec ces marginaux en apparence
rugueux mais pleins d’humanité) et paysages grandioses. López et le gamin sont les seuls
acteurs « pro ». Les autres principaux protagonistes (trois mecs dont
deux estropiés et deux nanas), criants de vérité, le réalisateur
franco-espagnol Óliver Laxe les a directement recrutés dans le milieu des
« raves ». Le rythme est assez lent, voire contemplatif. Heureusement
(si j’ose dire), le film bascule dans l’horreur au bout d’une heure. Et là, on
n’est pas au bout de nos surprises. Seuls trois rescapés se retrouveront à l’image
des derniers plans (une fin qui n’en est pas une), après une aventure humaine
et intérieure à haute intensité. Bien sûr, ce genre de voyage sensoriel
demandera un minimum de lâcher-prise, en évitant de se poser des questions trop
rationnelles (genre « à sa place, je n’aurai pas réagi pareil »).
Film co-produit par les frères Almodóvar, ce qui n’a rien d’étonnant, la
marginalité étant l’un des thèmes forts de leur cinéma. Vu et approuvé.
C’est l’histoire de trois
chirurgiens (Donald Sutherland, Tom Skerritt et Elliott Gould) qui débarquent
dans un camp militaire de l’US Army lors de la guerre de Corée en 1951. Bien
que compétents, ils sont aussi farceurs, dragueurs et volontiers rebelles. Bien
sûr, cela va faire des étincelles avec leur hiérarchie…
On avait dit « pas de film
de guerre », putain, chier ! Merde, putain… Fait chier. Oui mais, oh :
Robert Altman, l’homme de Shorts Cuts, derrière la caméra, Palme d’or 1970 à
Cannes, conservation à la Bibliothèque du Congrès et inspiration de la série
éponyme, rien que ça. Et alors ? Ben c’est quand même bidon ! Je lis « humour
potache ». Ah ouais, super... Le compagnon de tente (Robert Duvall) de l’échalas
Sutherland et de Skerritt les soule avec ses sermons ? Qu’à cela ne
tienne, ils lui foutent la honte en diffusant via les haut-parleurs du camp ses
ébats avec une infirmière (Sally Kellerman). Et ils exhiberont la même
Kellerman nue aux yeux du camp en soulevant la tente où elle prend sa douche,
dans le but de vérifier « si c’est une vraie blonde ». Qu’est-ce qu’on
s’amuse, hein, arrêtez, j’ai des crampes d’estomac… Y’a aussi un dentiste
suicidaire car il pense avoir des penchants homosexuels et à la fin, un match
de football américain (un sport dont seuls les Zaméricains peuvent comprendre
les règles…) sujet à un pari financier. Nos trois gars et leur équipe remporteront
la mise grâce à un plan savamment orchestré, avant que Sutherland et Skerritt ne
repartent comme ils étaient arrivés, laissant leur compère Gould à son triste
destin (lui n’a pas reçu d’ordre d’évacuation, ben merde alors…). Près de deux
heures d’un ennui mortel, parsemé de scènes parfois sanglantes d’opérations
chirurgicales, où nos héros n’hésitent pas à « mettre les mains dans le
cambouis ».
« A-t-on besoin de se
connaitre pour s’aimer ? Et a-t-on besoin de s’aimer ? »
« Je voudrais ne pas t’aimer.
Ou t’aimer beaucoup mieux. »
C’est beau, une ville, la nuit…
Le jour aussi…
C’est (encore) l’histoire d’un
gars et d’une fille (heureusement sans Lamy et Dujardin), d’un homme et d’une
femme (heureusement pas par Lelouch), beaux comme des dieux (Alain Delon et
Monica Vitti à leur « prime »). Lui voudrait (évidemment) « ken »
Elle, Elle voudrait bien aussi. Ou pas. Ou pas si vite ou pas comme ça. Bref,
encore une chieuse, quoi…
Une éclipse (solaire), en
astronomie, c’est un phénomène aussi rare qu’un sourire sur la tronche de Bruno
Retailleau, le croquemort d’une France en noir et blanc (enfin, en beaucoup
plus blanc que noir, en l’occurrence…😄). Au cinéma, c’est un film de Michelangelo
Antonioni, un réalisateur qui, pour ce que j’en ai vu (Blow-Up, Zabriskie Point),
semble plus soucieux de filmer de belles images que de raconter des histoires
(c’est en tous cas ce qui en ressort). C’est à nouveau le cas ici : vue
aérienne de Rome, tableaux et photos du Kenya, salle de la Bourse et surtout « sa »
Monica (et à un degré moindre Alain) et la ville. Une ville à l’architecture
moderne et épurée, quasiment sans circulation automobile (le rêve), rappelant les grands
espaces du désert de Zabriskie Point ou le vaste parc de Blow-Up. Tiens, de
noir et blanc (nous sommes en 1962) et de gens qui tirent la gueule, il en est ici
aussi question. En l’occurrence Monica Vitti, le plus souvent comme contrariée,
mais traversée malgré tout par quelques épisodes plus… solaires comme lorsqu’elle
se grime en danseuse africaine au son des tam-tams chez une voisine colonialiste.
Elle quitte Riccardo (Francisco Rabal) et se laisse séduire par l’agent de
change de sa mère (Delon), rencontré lors d’une séance boursière. Jeu classique
du chat et de la souris, sur le thème « je t’aime moi non plus »… Le
film clôt une trilogie sur ces thématiques de l’incommunicabilité et du couple
en crise dans une Italie en plein boom économique, entamée avec L'avventura (1960)
et poursuivie par Lanuit (1961, les trois avec Vitti). De sacrées longueurs tout
de même (le film dure deux heures) : la séquence de la rupture au début,
comme Piccoli et Bardot dans Le mépris mais avec heureusement beaucoup moins de
dialogues ; et une scène de boursicotage (un univers que j’exècre
particulièrement et un fléau de notre temps). On va dire que ça se laisse voir
et qu’Antonioni a indéniablement une « patte », c’est déjà ça. Et
puis les années 60, pour les fringues, c’était la classe : les hommes en
costard-cravate et les dames en robe ou jupe jamais au-dessus des genoux. Une
certaine uniformité, certes, mais tellement mieux (et moins vulgaire) que celle
à laquelle on a fini par aboutir. Vous imaginez, si Delon était né 50 ans plus
tard, il porterait tatouages, barbe ou bouc et maillot du Barça ou tee-shirt de
Nirvana, smartphone dans une main et vapoteuse dans l’autre…
C’est l’histoire d’un mec (Chiwetel
Ejiofor, à vos souhaits...), sa vie c’est d’la merde et il l’échangerait bien
contre celle du roi du Maroc (pour ceux qu’ont la réf…) : divorcé de sa
femme, alcoolique et gérant d’un magasin de meubles en difficulté. D’ailleurs,
il voit une psy (Renate Reinsve, également à l’affiche de Fjord, toute… fraîche
Palme d’or cannoise), elle-même victime d’un trauma enfantin. Enquêtant sur des
dysfonctionnements électriques dans son magasin, il y découvre, au sous-sol, un
passage vers des « backrooms », une sorte de labyrinthe composé de
couloirs et d'espaces liminaires garnis d’objets divers épars.
De la fin du printemps au début
de l’automne constituant la période de sortie « d’hibernation » de
mon unique collègue, c’est donc aussi celle de nos sorties dans les magasins
culturels, les médiathèques de quartiers et les salles obscures. Cela tombe
relativement bien étant donné que les films d’épouvante, d’horreur et/ou
fantastiques sortent souvent à ce moment-là de l’année. Backrooms, donc.
Adaptation, par son créateur, un jeunot de tout juste 21 piges nommé Kane
Parsons, de la web-série « anthologique » (bâillements…) du même nom.
Autant mettre fin d’emblée à tout suspense : c’est, globalement, ce que
j’appellerais une « couille ». Vue par ailleurs dans des conditions
pas idéales, dans une salle pas très grande, essentiellement remplie d’ados
flirtant avec la limite, sans heureusement la franchir, de l’inconvenance
sonore : téléphone, canettes, grignotage de pop-corns, cris et rires lors
des « jumpscares »... « Il faut bien que jeunesse se passe »,
comme dit le proverbe, mais je me demande ce qu’on va bien pouvoir tirer de
cette génération, si ce n’est des caissières Monoprix, des chauffeurs /
livreurs Uber, des caristes Amazon ou, pour les plus doué(e)s (?) ou chanceux/euses,
« influenceur/euses ». Pour en revenir au film, s’il tient assez bien
la route au début, il bascule à un moment dans le n’importe quoi, avec
l’apparition d’un monstre géant à l’effigie du gestionnaire du magasin en tenue
promotionnelle. Du coup, j’ai trouvé l’idée de l’exploration de ces « arrière-salles »
insuffisamment exploitée, on retombe finalement assez vite sur les mécanismes
du film d’horreur lambda, du reste encombré d’un fatras pseudo-philosophique
sur le sens de la vie et de comment être véritablement acteur de la sienne. 12,50 € pour ça, ça fait un peu mal au fessier... Si « pièces
vides » et « labyrinthe » renvoient inconsciemment, dans le
genre fantastique / horreur, à Cube, « l’élève » n’est pas prêt de détrôner
le maître…