« Elles ne savent pas que
la bourgeoisie n’a jamais hésité même à tuer ses fils. »
« Rien n’est plus
contagieux que le Mal. »
Vous ne mangerez plus de mousse
au chocolat de la même façon…
C’est l’histoire de quatre gus fascistes
de Salò, dans l'Italie de 1943 (le Duc, l’Évêque, le Juge et le Président).
Ils font kidnapper neuf jeunes filles et neuf jeunes garçons, s’enferment avec
eux, quelques miliciens et prostituées dans un palais isolé et se livrent à divers
actes de dépravation.
Bon, ça, c’est fait. Face à la réputation plus que
sulfureuse de cette œuvre, transposition à la Seconde guerre mondiale des Cent
VingtJournées de Sodome du marquis de Sade, je n’en menais pas large au moment
d’insérer son DVD dans mon lecteur. Tiendrai-je le coup, moi le plutôt hyper-sensible,
vivant parfois les films comme s’il s’agissait de documentaires (bon signe,
cela prouve leur réalisme) ? Et bien dans l’ensemble oui, je n’ai détourné
le regard que deux fois lors de la séquence finale (langue coupée et œil énucléé !).
Et j’ai (sou)ri en deux occasions, notamment lors du… repas fécal (!). Car oui
mes chers amis, ce film est une lente descente aux enfers ou plutôt une
ascension progressive vers l’horreur la plus crue. C’est glauquissime quasiment
de bout en bout, la violence y est avant tout psychologique avant de devenir physique
lors du final vu à travers des jumelles. Vous y verrez donc quatre types
monstrueux (excellement choisis, avec des « tronches » adéquates :
un barbu, un moustachu dégarni, un atteint de strabisme…) laisser libre cours à
leurs fantasmes sexuels sadomasochistes les plus pervers qui soient, incluant toutes
sortes de sexualité, humiliations, maltraitance, scatologie, torture et
meurtres tout au long des quatre actes (le Vestibule del'enfer, le Cercle des passions, le Cercle de la merde et le Cercle du sang) qui
composent le métrage. Et tout ça pour quoi ? La critique de la bourgeoisie
et de la société de consommation, ce nouveau fascisme, comme dans le tout aussi
sexuel et scatologique mais nettement moins violent et plus rigolo La grande
bouffe d’un autre réalisateur transalpin, Marco Ferreri. Un film à replacer donc
dans son contexte historique. Au-delà de l’effroi provoqué par ces visions
répugnantes, j’ai trouvé la réalisation, l’interprétation et les décors fort
réussis. Pour le reste, la légende est connue (vol de bobines, assassinat de
Pasolini avant qu’il ait terminé le montage) et son pouvoir de fascination a
agit sur bon nombre de cinéastes parmi les plus « frappadingues » (Haneke,
Noé, Claire Denis, Catherine Breillat…). Si vous pensez avoir les reins
suffisamment solides (un conseil : à éviter après un repas trop lourd…),
voyez-le. Il appartient à l’Histoire, maintenant.
« T’as un problème avec
la moitié du monde et j’en fais partie et ça m’fait chier ! »
C’est l’histoire de deux flics non
pas à Miami mais à Los Angeles, le vieux sage et proche de la retraite Bob
Hodges (Robert Duvall) et Danny « Pacman » McGavin (Sean Penn), un jeune
impétueux récemment enrôlé (tiens, ça ne vous rappelle rien ?), qui sont
contraints de faire équipe. Tous deux font des rondes dans les rues et sont
confrontés à la guerre des gangs qui fait rage entre les Crips et les Bloods.
Je n’aime pas l’Amérique, son
histoire et son « rêve » baignant dans la violence, je n’aime pas
les flics, à fortiori américains (précisons d’emblée : ceux qui jouent aux
cowboys et se croient au-dessus des lois, c’est-à-dire, j’ose l’espérer, une petite
minorité d’entre eux), je n’aime pas Hopper en réalisateur (Easy Rider et Hot
Spot m’avaient passablement niflé) et la culture rap m’est totalement étrangère
et le restera probablement pour toujours. Pourquoi ce Colors, alors ? Ben
sur les conseils d’un blogueur (Ranxzevox, pour ne pas le nommer) et parce qu’après
une intense période de « mise à jour » cinématographique, je ne sais
plus trop à quel saint me vouer… En ce moment, je suis plutôt dans une phase « musique
et voyages » et je ne suis pas loin de faire mienne la réplique d’une barmaid
dans le Grosse fatigue de Michel Blanc : « moi, le cinéma, ça m’fait
chier ! » 😄. Alors, qu’est-ce qu’il en retourne ? Cet univers ne
me « parlant » pas, je suis resté un peu à distance de cette
histoire, sorte de chronique sociale et policière du Los Angeles de cette fin
des « années Reagan ». Rien de caricatural (les flics et les voyous de
ces gangs étant de base des caricatures d’eux-mêmes) ou de manichéen ici mais quelques
clichés : les deux flics que tout oppose (caractère, génération), on a
déjà vu ça avant et on le reverra plus tard (coucou L’arme fatale et Seven !). Toutes les « figures
imposées » auxquelles on s’attend sont présentes : la bavure, les
règlements de compte, les interpellations musclées après course-poursuite, les
deux flics dans leur vie privée… Robert Duvall (décédé en février dernier à 95
balais) et Sean Penn, qui « roulent des mécaniques » chacun à leur
façon, trouvent ici des rôles correspondant parfaitement à leur style
respectif et à ce qu’ils étaient dans la vie. L’un des deux clamsera à la fin, lequel sera-ce ?
Je n’évente pas le suspense. La bande-son, signée par un Herbie Hancock alors à
fond dans sa période électro-funk (assurément le « nadir » de sa carrière,
à l’instar du Bowie de la même époque. Décidément, les 80’s…), n’aura pas
davantage contribué à soulever mon enthousiasme. Las.
C’est l’histoire de deux étudiants,
Richard (Ryan Gosling) et Justin (Michael Pitt, aucun lien avec Brad), très
différents l’un de l’autre. Le premier est charismatique et crâneur, le second très
intelligent mais plus introverti. Bref, à eux deux, ils font un mec entier. Leur amitié les conduit à planifier et commettre par défi un crime « parfait »,
sans mobile, avec une victime choisie par hasard. Mais Cassie Mayweather (Sandra
Bullock), une flic « allumeuse » à ses heures et victime d’un trauma,
les soupçonne rapidement.
Allez, un petit détour par « l’efficacité »
hollywoodienne… Je pense que j’avais dû le voir à l’époque car Sandra Bullock,
j’suis fan depuis Speed, certaines images me sont revenues. Mais c’est
franchement pas terrible, normal de l’avoir oublié. Absolument pas crédible. Bullock
en « mante religieuse » qui baise tout habillée, ça l’fait pas et c’est
hors de propos, sinon pour « installer un personnage » dont on
découvrira les fêlures au fur et à mesure de l’enquête. Une enquête (trop)
rondement menée pour mettre à jour une machination elle-même soigneusement préparée
mais fragilisée par les tensions entre les deux apprentis meurtriers. Une
rivalité qui atteindra son paroxysme en raison d’une jalousie amoureuse autour
de la jolie Lisa. Rien ne manque, pas même le « twist » final après
la scène d’action (ratée, effets numériques nazes) d’usage. Rien à part l’essentiel :
un peu plus de folie et de surprise…
« J’habite au 7 chemin de
l’Océan… Le 7… Ca porte bonheur. C’est la maison la plus pourrie du quartier,
vous pouvez pas vous tromper. »
C’est l’histoire d’un mec, Gérard
(Gégé Depardieu), docker dans un port non identifié. Il est hanté par le
souvenir de sa sœur qui s’est suicidée après avoir été violée dans une impasse.
L’affaire a été classée mais il retourne soir après soir sur les lieux du crime
et se jure de retrouver l’homme qui a fait ça.
Oh la la, quelle
« connerie », celui-là ! J’ai compris dès les premières minutes
que j’allais souffrir à la vision de cette « chose ». Si vous me
passez l’expression, je dirai qu’ici, Beineix a « pété plus haut que son
cul » ! J’ai lutté mais je suis finalement venu à bout de ces (très)
longues 130 minutes au cours desquelles il ne se passe rien, ou si peu.
Esthétique toc de bas-fonds d’une cité inconnue dans les mythiques studios de la
Cinecitta (César des meilleurs décors, quand même), ambiance onirico-surréaliste,
emphase hors de propos (musique mélodramatique, coucher du soleil, z’avez vu
comme j’suis romantique et poétique ?), voilà l’univers de pacotille dans
lequel se débat une poignée de personnages (un triangle amoureux et quelques
« désaxés »). Depardieu et Nastassja Kinski se tournent autour, ce
qui rend Victoria Abril jalouse. Première apparition de Bernard Farcy (futur
commissaire de la franchise Taxi) et l’une des toutes premières incursions de
la pétillante future muse Almodóvarienne dans le cinéma français. Y’a aussi
Dominique Pinon, dans le même type de rôle, mais plus fourni, que dans 37°2 (il
a une « gueule », faut dire…). Et dès qu’y’a l’occase de voir une
poitrine féminine dénudée (et même plus, pour Victoria), Beineix ne se gêne
pas. Bide critique et commercial parfaitement compréhensible.
« Dans ces boites
d’édition, c’est tous des enculés… Je sais d’quoi j’parle… »
Les histoires d’amour finissent
mal… en général…
C’est l’histoire de Zorg (Jean-Hugues
Anglade), un mec « normal » et bricoleur, maqué avec Béatrice Dalle
(Betty) dans un bungalow sur pilotis à Gruissan. Et là, vous vous dites : eh
ben le salaud, il en a de la veine ! Pas si vite, la Betty, c’est pas un cadeau tous
les jours. On peut même dire qu’elle est complètement chtarbée. Surtout
depuis qu’elle s’est mis bille en tête qu’il était un grand écrivain en
découvrant par hasard ses écrits…
De Jean-Jacques Beineix, disparu en
2022 à 75 balais, j’ai l’image d’un cinéaste dans la veine d’un Luc Besson (puis
un peu plus tard d’un Jean-Pierre Jeunet) : esthétique marquée par le clip
et la pub (ici c’est un festival de « placements de produit » :
Nescafé, Kronenbourg, Coca, Nesquik…), personnages et situations marginaux ou « décalés »,
poésie naïve, style un peu « tape-à-l’œil », avec une bonne dose de « provoc ».
Des gens « bien de leur époque » (les artificielles années 80), une
sorte de nouvelle Nouvelle Vague, appelée « cinéma du look » (citons
aussi Léos Carax). Toujours mieux que le cinéma bourgeois à la Podalydès ou le « film
de banlieue » dominant actuellement sur nos écrans. Je garde surtout un
souvenir ému de son plutôt bon Roselyne et les lions de 1989, seul film que j’avais
vu de lui jusqu’ici, tourné en partie dans l’ex-jardin zoologique Longchamp de
la cité phocéenne (tout près de mon quartier de résidence des 5 Avenues) et figurant
parmi les films de chevet de mon défunt daron.
De Béatrice « les dents du
bonheur » Dalle née Cabarrou, j’ai l’image d’une femme… de caractère (on
va dire ça comme ça…), totalement imprévisible et difficilement « cernable »,
capable de se maquer aussi bien avec JoeyStarr qu’avec un militant… d’extrême-droite
(!). Et d’applaudir à l'évasion d’un braqueur (Rédoine Faïd)… On se souvient
aussi de son mémorable face-à-face télévisuel avec le prédateur PPDA (on ne connaissait
pas sa véritable nature à l’époque), qu’elle n’hésita pas à envoyer bouler bien
comme il faut. Cinématographiquement parlant par contre, bien que peu
cinéphile, je serais bien en peine de citer ne serait-ce qu’un autre film de sa
filmographie en dehors de ce 37°2 le matin, qui fête ses 40 ans cette année. Son
premier rôle et un véritable coup de maître. Elle est sans doute formidable
dans plein d’autres métrages (elle privilégie désormais le circuit indépendant,
fidèle à son esprit « punk ») mais rien n’y fera : elle sera pour
toujours Betty. Qui est ici ce que fût (toutes proportions gardées) la Bardot
du Mépris (film que j’ai par ailleurs détesté) ou ce que sera un an plus tard
Pauline Lafont dans L’été en pente douce : la Femme autour de laquelle la
Terre tourne.
Le DVD que j’ai emprunté à ma
médiathèque municipale proposant la version « sortie ciné » de deux
heures et la version longue de trois heures (!), je me suis tapé cette
dernière. Alors ça commence « mal ». Premier plan (large) :
Anglade et Dalle nus comme des vers en train de baiser sur un lit, l’absence de
pénétration constituant la seule différence notable avec un porno lambda. Au
moins, on n’est pas pris en traitre, Beineix annonce d’emblée la couleur. Plus
loin, il y aura d’autres scènes un peu / beaucoup « olé-olé » :
Dalle embrassant la bite (au repos) d’Anglade, celui-ci lui faisant un cunni ou
pétrissant un imposant sein de Clémentine Célarié qui, elle, se touchera. Par
ailleurs, nos deux tourtereaux seront à poil dans de nombreuses scènes. Pour le
reste, on suit la vie d’aventuriers, éloignée des contingences matérielles, et
la lente descente aux enfers de ce joli couple qui aurait eu tout pour être
heureux si l’obsession, virant à la folie, de Betty pour l’hypothétique carrière
d’écrivain de Zorg et une grossesse avortée n’en avaient décidé autrement. Un
parcours nous permettant de croiser des visages bien connus du cinéma français
comme Gérard Darmon, Clémentine Célarié, Vincent Lindon dans le rôle d’un
gendarme ou Dominique Pinon dans celui d’un dealer. Et de voyager à travers les
paysages et villages de la France mitterrandienne (allez hop, encore une petite
pièce dans le juke-box de la mélancolie nostalgique…) : la Plage des Chalets de
Gruissan (Aude), Marvejols (Lozère) ou encore Narbonne. L’ensemble est
accompagné d’un très joli thème pianistique de Gabriel Yared et se conclut par
un final assez peu crédible (mais c’est du cinéma…) au cours duquel Beineix
nous refait le coup de Vol au-dessus d’un nid de coucou. Gros succès public
(plus de 3,6 millions d’entrées), beaucoup moins chez les critiques, qui ont toujours
boudé Beineix (un seul César, pour l’affiche). Un film pas exceptionnel mais assez
marquant, qui « laisse des traces » même quelques heures voire jours
après son visionnage et qui mérite donc son statut. Du coup, je vais me choper
La lune dans le caniveau et peut-être Diva.