L’an 01 (1973), de Jacques Doillon

 

« Mais vous allez vous emmerder à cent sous l’heure, mon vieux… On est sur Terre pour travailler. »

Parce que c’est (presque) mon projet… Enfin un peu d’air frais !


C’est l’histoire de la société française (mais c’est aussi le cas ailleurs) qui décide de s’arrêter. De travailler et donc de produire. Pour vivre, discuter, s’amuser. Et réfléchir à « l’après ».


L’an 01, c’est un film de Jacques Doillon (avec Alain Resnais et Jean Rouch), une de ces célébrités qui pensent avec leur bite et dont on ne découvre que des décennies plus tard les méfaits (à confirmer par la Justice mais lorsque les plaintes sont nombreuses, ça ne sent pas bon). Il conviendra donc de « séparer l’homme de l’artiste ». Bon, avec Cantat, c’est plus difficile mais je ne suis pas concerné, n’ayant jamais écouté la moindre note de Noir Désir, ni avant ni à fortiori après le drame de Vilnius (poil à l’anis).

L’an 01, c’est un mai 68 qui aurait réussi et qui serait allé au bout de sa logique, avant que la CGT ne se rende à la « table des négociations » pour y marchander le poids et la longueur des chaines.

L’an 01, c’est l’adaptation de la bande dessinée éponyme de Gébé, qui fût des aventures Hara-Kiri et Charlie Hebdo (la discussion entre Cavanna et les assassinés du 7 janvier 2015 Cabu et Charb en bonus).

L’an 01, c’est peu ou prou mon projet politique (à part l’abolition de la propriété privée. Pour le capital et l’outil de production d’accord mais pour le reste, je suis plutôt « loup solitaire » que vie en communauté « youpi tralala »). Qui n’est pas du tout mais alors pas du tout celui du MEDEF, l’une de ces officines où doivent se presser et y montrer patte blanche les futurs prétendants à l’Elysée (ben ouais, sinon ils te filent pas les clés…).

L’an 01, c’est au final un film bien peu intéressant, très gentillet et assez peu subversif (à part peut-être pour Eric Chiotti, et encore…), qui reste en surface et ne creuse pas suffisamment ce qui pourrait s’approcher d’un futur enviable et réalisable. On en reste donc au stade de la douce utopie. Suite de séquences mettant en scène des groupes de personnes dissertant après l’arrêt de la « course à l’armement » (sans fin) productiviste. Un peu (mais pas beaucoup) d’humour et de « philosophie »… On y croisera, entre autres, Cavanna, Cabu et Choron, une bonne part du Splendid (Clavier, Jugnot, Lhermitte…) et du Café de la Gare (Coluche, sa future meuf Véronique, Henri Guybet, Miou-Miou, Romain Bouteille…), Depardieu un an avant Les valseuses (l’un des deux quidams refusant de prendre leur train habituel, discussion inaudible) ou encore le chanteur libertaire François Béranger. Dans un état de somnolence avancé, Auteuil, Balasko, Higelin et Leconte me sont par contre passés sous le nez…


Mes chers amis (1975), de Mario Monicelli

 

« Voila, c’est ça, être tzigane… C’est ça, la virée tzigane : partir sans but et sans programme. Une évasion qui peut durer un jour ou deux ou une semaine. »


C’est l’histoire de cinq types (Philippe Noiret, Adolfo Celi, Ugo Tognazzi, Duilio Del Prete et Gastone Moschin), amis pour la vie, qui ont conservé leur âme d’enfant. Ils plaquent régulièrement femme, enfant et profession (pour ceux qui en ont) pour effectuer des virées entre potes lors desquelles ils ne font que des conneries.


Je vous l’avais dit que j’étais ce qu’on appelle un « adulescent », soit un esprit d’ado dans un corps d’adulte de 51 balais ? Enfin, le corps non plus ne fait pas très adulte, je suis plutôt « court sur pattes »… Comme l’acteur scientologue et Nagy-Bocsa, me direz-vous mais eux ont d’autres atouts (en particulier un compte en banque bien rempli). Donc voilà, par flemme et manque de « gniaque », je fuis toute autre responsabilité que celles de la gestion de mon budget et de mon logement. Pas d’emploi, pas de responsabilité de « bon père de famille ». L’effort, les contraintes me font horreur, me plaçant en porte-à-faux vis-à-vis de nos chères et belles (sic) sociétés à la morale « judéo-chrétienne », où l’on doit souffrir du berceau jusqu’au tombeau pour espérer y « trouver notre place », accéder à un certain niveau de confort (au prix d’une qualité de vie en lambeaux) et probablement, lorsque viendra « l’heure dernière », obtenir la bénédiction de Dieu… Et ben les cinq héros de ce long-métrage de Mario Monicelli, dont le réputé Pigeon ne m’avait titillé que par son incroyable « twist » final, c’est pareil, ils ne pensent qu’à s’amuser. Problème : encore une « comédie à l’italienne » où… je n’ai pas esquissé le moindre sourire ! Y’avait pourtant du « matos », que ce soit dans le casting (Noiret, Tognazzi, Blier, quand même… Les autres, je connaissais pas, à part Adolfo Celi qui a un petit rôle dans Le fantôme de la liberté de Buñuel) ou l’idée de départ. Mais non, les gags sont inexistants ou poussifs, ils n’évitent même pas le piège du « pipi-caca » (Del Prete qui chie un gros étron dans le pot d’un enfant en bas âge, effrayant par là même la bonne et les parents, qui se demandèrent comment leur rejeton avait pu délivrer pareille déjection). Pour le reste, nos gais lurons passent leur temps à jouer aux cartes, au billard, à s’inviter dans des fêtes et à se livrer à toutes sortes de plaisanteries, telles que filer des torgnoles à des voyageurs à la fenêtre de leur train en partance en se plaçant sur le quai. Qu’est-ce qu’on s’amuse, hein… Mais le gros morceau, c’est quand ils se font passer pour un gang de truands auprès de Blier, retraité bouffant des croissants sans payer dans le café tenu par Del Prete et dont ils souhaitent se débarrasser. Ils l’engagent alors comme complice et lui font subir les pires frayeurs lors de missions et courses-poursuites factices. Là encore, les zygomatiques resteront au repos. Au final, même le décès de l’un d’eux prêtera à rigolade. Incorrigibles… Et dire que ce film a fait l’objet de deux suites et d’une « préquelle »… Monicelli étant considéré comme un maître de la « comédie à l’italienne » (avec Risi, Comencini et Scola, notamment), cela n’est guère engageant pour la suite…

La notte (1961), de Michelangelo Antonioni

 

« Est-ce que vous pensez que les roses dorment aussi ? » - « Et oui, les roses dorment aussi… l’espace d’une nuit, Madame. »

« Et puis ne l’oubliez pas : il est probable que l’avenir ne commencera jamais. » - « Ah, l’avenir sera quelque chose d’horrible, vous ne croyez pas ? »


C’est l’histoire d’un couple à la dérive, l’écrivain Giovanni Pontano (Marcello Mastroianni, mine grave, une seule expression faciale pendant tout le film) et sa superbe épouse Lidia (Jeanne Moreau), qui n’a plus rien à se dire. Ils se rendent au chevet d’un ami également écrivain, Tommaso (Bernhard Wicki), « au bout d’sa life » dans un hôpital milanais. Bouleversée, Lidia repart la première puis erre dans des quartiers en pleine mutation de Milan. Giovanni la rejoint et ils se rendent à une fête célébrant son nouveau livre, qui est un succès.


Après une petite semaine dans la très touristique Chamonix et son impressionnante « Aiguille du Midi » à 3800 mètres d’altitude (!), me voila de retour pour « boucler » le dossier Antonioni avec le second volet de sa « trilogie de l’incommunicabilité », comprenant également L’avventura (1960) et L’éclipse (1962), tous trois avec sa compagne Monica Vitti à l’affiche. Couples en crise, errance existentielle, élégance en papier glacé, milieu bourgeois, « la ville, le jazz, la nuit », « la vie, l’amour, c’est compliqué, toussa toussa », ça recommence. Ou ça continue, c’est selon. Donc on se fait chier, comme dans les autres films du réal (j’ai néanmoins une affection particulière pour Zabriskie Point et son ambiance « flower power » soixante-huitarde). Mastroianni se fait alpaguer par une jeune nympho qui l’entraine dans sa chambre d’hôpital (on y croit…). Moreau erre comme une âme en peine et Vitti ne nous montre sa (jolie) bobine qu’au bout d’une heure, à la fête donnée par son industriel de père et où se presse toute une « intelligentsia ». Quelques beaux plans et angles de prise de vue toutefois : dans la chambre d’hôpital du mourant (gros plan sur Moreau, avec en arrière-plan la mère du malade ; la fenêtre ouverte avec vue sur la rue), Moreau marchant dans la ville, le final avec elle et Mastroianni sur le terrain de golf. Pour le reste, remplace efficacement un somnifère…   

Touche pas à la femme blanche ! (1974), de Marco Ferreri

 

«Ces gens-là refusent d’admettre la valeur de la propriété privée et des avantages qui en découlent.»

C’est l’histoire… de la bataille de Little Bighorn mais transposée… au « trou » des Halles, lors de leur destruction au début des années 70. Les « tenants de l’Economie » mandatent les généraux Terry (Philippe Noiret) et Custer (Marcello Mastroianni) pour exterminer les Indiens qui leur résistent.



Ce film, qui fait suite au succès de La grande bouffe et bénéficiant donc d’un budget conséquent, démarre sur les chapeaux de roue : quatre hommes ternes, en costard et nœud papillon, se proclamant « tenants de l’Economie donc du Progrès et de la Civilisation » (sic), dissertent et ambitionnent d’anéantir la résistance des Indiens en les exterminant, malgré la réprobation de l’un d’eux, trouvant la méthode trop « barbare ». Ils se rendent donc au chevet de leur « bras armé », un général incarné par Philippe Noiret, en pyjama rouge une pièce, pour lui exposer leur projet. Jubilatoire. Inévitablement, derrière, ça se casse un peu la gueule. On reprend les quatre mêmes du Ferreri précédent (Noiret, donc mais aussi Mastroianni, Piccoli et Tognazzi) et on leur adjoint Serge Reggiani (méconnaissable en Indien, rasé et seulement « vêtu » d’un pagne), Darry Cowl et notre Catherine Deneuve nationale (en rousse). Passée l’idée géniale de départ et en attendant la bataille finale (les vingt dernières minutes), on fait face à un ensemble poussif où l’on se « contente » de la partition des acteurs. De toute manière, tous ces mecs (et cette nana) ont une telle aura que, pour peu qu’ils aient des personnages truculents à jouer, ils peuvent te sauver un film à eux seuls. Mastroianni et surtout Piccoli (en Buffalo Bill) en font des tonnes, Tognazzi (en Indien « passé à l’ennemi » mais malgré tout toujours stigmatisé) n’hésite jamais à se mettre minable pour un rôle (une scène à poil et réception de tomates écrasées dans la figure) et même Cathy, en dame patronnesse, casse son image en proposant un jeu plus outré qu’à l’accoutumée, comme lorsqu’elle simule un orgasme (sans rapport sexuel) devant son Marcello d’amour. Quant à Noiret, il conserve son habituel flegme débonnaire. Projet fou, pastiche de western, « couronné » d’insuccès (dix fois moins d’entrées que La grande bouffe), Touche pas à la femme blanche ! s’autorise même des incartades… gore (décapitations…), notamment lors de la bataille finale qui verra la victoire écrasante de la résistance indienne. Le film est avant tout une charge politique anticoloniale, témoin de la lutte homérique que se mènent à travers les âges le Progrès et la Tradition, l’Occident (et ses guerres « préventives »…) et pays « non alignés », le Nord et le Sud, les riches et les pauvres, les « démocraties libérales » et les régimes autoritaires (le parallèle entre le génocide des Indiens et la gentrification de Paris déjà à l’œuvre est évident).  

American Gigolo (1980), de Paul Schrader

 

« La loi n’a pas toujours raison. Les hommes font les lois, ils sont parfois méchants. Ou stupides. Ou jaloux. »

« Je f’rai des passes de pédé, des partouzes. Je ferai tout ce que tu veux maintenant, Leon ! »

C’est l’histoire d’un mec, Julian Kay (Richard Gere), qui fait le plus beau métier du monde (pour un mec) à Los Angeles : escort boy ou gigolo, si vous préférez. Via son entremetteuse, il fait surtout les femmes « d’un certain âge » de la haute société. Mais il lui arrive aussi de dépanner le réseau de Leon (Bill Duke), aux demandes plus, comment dire, sulfureuses. C’est dans ce cadre qu’il se livre à une prestation SM sur l’épouse d’un financier voyeur. Quelques jours après, il apprend que cette femme a été assassinée. Très vite, les soupçons de l'inspecteur Sunday (Hector Elizondo) se portent sur lui : on cherche manifestement à lui faire porter le chapeau. Pour ne rien arranger, l’épouse délaissée d’un sénateur, Michelle Stratton (Lauren Hutton), s’est entichée de lui.

En 1990, Richard Gere, dans le rôle d’un business man, se payait une pute nommée Julia Roberts (Pretty Woman). Dix ans plus tôt, c’est lui qui faisait la pute. C’est au son du tube Call me du groupe Blondie de Debbie Harry (coécrit avec le sorcier du disco Giorgio Moroder, qui signe la B.O) et à bord de sa rutilante décapotable que le beau Richard entre de plain-pied dans les délétères « années Reagan » (élu en cette fin 1980 40ème président des « States »), où le mot d’ordre sera désormais de faire du pognon pour « Make America Great Again » (l’histoire est un éternel recommencement…). Et tant pis pour ceux qui ne suivront pas la cadence. Sex (beaucoup), drugs (un peu) et rock n’roll, costards Armani et chaines HiFi dernier cri à gogo ! A l’écran, cela reste pourtant très sage. On voit très peu Gere dans l’exercice de sa « profession », tout est suggéré, même si un plan pas très rapproché le montre nu à sa fenêtre, plutôt de dos (on aperçoit toutefois son appareil génital…). Et Lauren Hutton nous dévoile sa poitrine. Après un départ plutôt intéressant, le temps de « planter le décor », l’intrigue policière patine assez vite, de même que la bluette entre Gere et Hutton, et on s’ennuie. Avec Paul Schrader (collaborateur, entre autres, de Scorsese, De Palma et Spielberg) aux manettes et un tel sujet, je m’attendais à mieux. En somme, cet American Gigolo ne m’a pas fait… grimper aux rideaux…