Liza (1972), de Marco Ferreri

 

« Est-ce que c’est possible de vivre seul ? » - « Oui, on s’y habitue très facilement. »

Une femme qui a du chien…

C’est l’histoire de Giorgio (Marcello Mastroianni), un peintre qui a décidé de vivre en ermite avec son chien Melampo sur une île du Sud de la Corse. Sa tranquillité est troublée par l’arrivée sur l’île de Liza (Catherine Deneuve), magnifique femme blonde qui a quitté le bateau de ses amis sur un coup de tête. S’attachant à Giorgio, elle tue Melampo en le faisant nager jusqu’à épuisement puis prend sa place auprès de son maître, en se délestant de son humanité. Une étrange relation s’établit alors entre les deux protagonistes.

Quelle connerie, ce film ! Il ne s’y passe quasiment rien. On ne sait pas de quoi vit ce mec (d’amour et d’eau fraîche ?) car s’il pêche des poissons, il a aussi du pain, des œufs et une petite cuisinière ! Et d’elle, on ne sait strictement rien. Pas bien grave, me direz-vous car l’essentiel est ailleurs. Mais où ? Quoi qu’il en soit, au bout de 30-40 minutes, l’ambiance passe du « glamour » au malsain avec tout d’abord le meurtre du clébard puis la relation sado-maso qui s’instaure entre le couple star (à la ville comme à la scène et dont le fruit de l’union, Chiara, naquit cette même année 1972). Rester à genoux ou à quatre pattes, boire dans une gamelle, avoir un collier, aller chercher le bâton qu’envoie au loin Mastroianni ou lui lécher la joue ou la main, tout ou presque y passe pour notre pauvre Cathy, par ailleurs toujours aussi superbe et qui nous dévoile à nouveau un sein (chose assez rare). Déstabilisant et complètement grotesque. Comme durer une heure trente (la durée typique du projet bâtard) sur une île avec un postulat si mince n’est pas chose aisée, on invente une « intrigue » parallèle et Mastroianni doit se rendre à Paris au chevet de sa femme qui a tenté de se suicider. Deneuve l’y rejoint alors qu’il le lui a interdit (comment l’a-t-elle retrouvé ? On s’en branle…). Et ils repartent sur l’île où, après quelques désagréments, une issue que l’on pressent fatale les attend, leur tentative de s’en échapper étant vouée à l’échec. A des années-lumière de son successeur La grande bouffe : les paysages, le couple vedette et c’est marre !  

JF partagerait appartement (1992), de Barbet Schroeder

 

« T’es trop bonne. C’est ton problème. Les hommes sont des porcs, même ceux qui ont l’air gentil. Tu finis toujours par te faire avoir. »

C’est l’histoire d’une nana, Alison Jones (Bridget Fonda), conceptrice de logiciels, qui rompt avec son mec Sam Rawson (Steven Weber) car il l'a trompée avec son ex-femme. Souhaitant conserver son grand appartement new-yorkais, elle se met en quête d’une colocataire. Son choix se porte sur l’effacée Hedra Carlson (Jennifer Jason Leigh). Problème : celle-ci s’avère envahissante et pour tout dire complètement secouée, alors que Sam refait surface et obtient d’Alison une nouvelle chance.

Ce film me replonge dans les désormais douloureux souvenirs du temps béni de mon adolescence où, avec mon géniteur, nous louions des films en K7 dans les vidéo-clubs lors de ses week-ends de garde de père divorcé. Dont celui-ci, donc. Qui ne vaut hélas pas tripette et peine à résister aux affres du temps. Ce n’est pas qu’il soit mal fait, loin de là mais son déroulé des plus prévisibles et le genre dans lequel il s’inscrit (thriller) le condamnent inévitablement au statut de produit de consommation courante pour soirée TV. Il n’évite pas non plus l’écueil de quelques clichés (l’apprenti violeur de Fonda est tué mais son ami voisin homo survit) ni du final grand-guignolesque. Son relatif succès au box-office reste donc un mystère. On retiendra toutefois l’interprétation des deux jeunes femmes qui, fatalement, n’échappent pas au « passage obligé » de la nudité, en particulier celle de Jennifer Jason Leigh.

Il boom (1963), de Vittorio De Sica

 

« On passe voir les pédés ? »

C’est l’histoire d’un mec, Giovanni Alberti (Alberto Sordi), qui, après avoir chanté tout l’été, se trouva fort dépourvu lorsque la bise fut venue. En gros, il s’est endetté pour financer son train de vie (et celui de sa femme, Gianna Maria Canale) et il galère un max pour trouver des prêteurs, son entourage, pas dupe, refusant de s'engager dans ses soi-disant investissements pouvant rapporter gros. Un jour, l’épouse d’un riche industriel borgne (non, ce n’est pas feu Jean-Marie…) qui a refusé de l’aider lui fait un bien étrange marché : elle est prête à lui donner une très grosse somme d’argent s’il accepte d’échanger son œil gauche, valide, contre celui en verre de son mari !

Cliché de la nana dont « l’amour » pour son mari est directement indexé sur sa capacité à lui assurer une « sécurité financière » : oui, mais ce n’est pas un cliché.

Cliché du mec « needy » qui met sa nana sur un piédestal : oui, encore, mais ce n’est pas un cliché.

MGTOW : non, du coup.

« Homophobie » latente : oui. Enfin, ce n’est peut-être pas le terme approprié étant donné qu’il n’y a pas d’hostilité, « juste » de la moquerie. Les homos (on ne disait pas encore « gays », à l’époque) sont carrément vus comme des figures folkloriques, des phénomènes de foire, appelés « pédés » (sic). Ainsi, Sordi et sa bande d’amis, une nuit, passent en voiture devant un lieu de drague homosexuel et se foutent ouvertement de leur gueule. Ce qui ne heurte pas les intéressés, qui en rient également (bon, si tout le monde est content…). Plus loin, un mec lâche, toujours sur le ton de la plaisanterie, « des pédés, il y en a dans toute l’Italie, maintenant ». Bon, comme toujours en pareil cas, on dira que « c’était l’époque ». Mais on trouvera toujours des gens pour nous dire que « c’était mieux avant ». Si on n’est pas gay (ou noir, en particulier aux Etats-Unis, ou femme ou ouvrier, voire jeune), oui, peut-être…

Glorification de la besogne laborieuse : oui (l’industriel à Sordi : « Vous voulez gagner en un an ce que nous avons gagné en un demi-siècle »).

Foi en l’humanité : definitely not (« On fait que d’la merde, quoi... », Béatrice Dalle).

Mon avis : pas mal mais des redondances avec d’autres « comédies à l’italienne » de cet « âge d’or » cinématographique, que ce soit la prestation de Sordi (toujours à mendier, qu’il s’agisse d’argent ou l’amour de sa femme) ou dans les thèmes abordés (la superficialité et l’hypocrisie des « nouveaux riches » issus du « miracle économique » italien, la cupidité, l’absence de valeurs morales), avec toutefois un côté plus sombre (le final sans espoir).       

L’agression (1975), de Gérard Pirès

 

« Ce bout de viande est dégueulasse. C’est mal cuit, c’est dur, c’est une semelle. C’est d’la merde ! » - « Ah non, c’est d’la bavette ! » - « Non, c’est d’la merde ! »

Chronique de la violence (et de la connerie) ordinaire…

C’est l’histoire d’un mec, Paul Varlin (Jean-Louis Trintignant), il part en vacances avec sa femme et leur fillette de 10 ans. Après un arrêt buffet, ils sont pourchassés sur l’autoroute par trois motards. S’ensuivent accident et bagarre, Varlin perd connaissance. A son réveil, il découvre les corps sans vie de son épouse et de sa fille. L’enquête patinant, il décide de se faire justice lui-même.

Mais pourquoi diable me suis-je laissé tenter par ce film ? Le casting, probablement, avec l’icône Deneuve, l’ambigu Jean-Louis Trintignant et Claude Brasseur. Car pour le reste, il présente deux « red flag » : l’univers des motards et leurs engins bruyants et polluants (dans mon monde idéal, ça vire direct…) et « la loi du talion ». En nous montrant des crimes horribles (notamment sur une enfant, qui plus est), on nous pousse de fait, instinctivement, à adhérer au comportement vengeur du père de famille, j’ai horreur d’un tel procédé. De Gérard Pirès, on se souvient surtout, si ce n’est exclusivement, qu’il fût « mandaté » par Luc Besson pour mettre en scène le premier volet de sa franchise putassière Taxi (encore des bolides sans respect pour notre audition et nos bronches). Il s’est bien « fait la main » ici, même filmage de virages au ras du bitume. C’est terrible mais y’a rien qui va dans ce film, il défie constamment les lois de la vraisemblance. Premier constat : à part la bagnole de Trintignant et les trois motards, y’a presque dégun sur cette putain d’autoroute. Deuxième constat : un motard parvient à voler les lunettes que Trintignant a sur le nez. Vous croyez que ce dernier remonterait sa vitre pour autant ? Que nenni ! Je continue ? Notre héros n’a pas l’air si bouleversé que ça d’avoir perdu femme et enfant, si ce n’est un peu d’énervement face à quelques questions policières. Vous en voulez encore ? Le must : ivre, il lui vient l'envie de baiser rien de moins que… sa belle-sœur ! D’accord, celle-ci a les traits de Deneuve, mais quand même… Sa belle-sœur quelques jours après un tel drame… Et vous savez quoi ? Après s’être vigoureusement débattue et sur le point de le quitter, finalement… elle accepte (la scène n’est pas montrée). On « dream » total, là… Après ça, on se tape encore une interminable course-poursuite entre nos deux tourtereaux et une palanquée de motards. Et on termine par un beau carambolage (de quoi justifier un budget et des heures d’intermittents pour les cascadeurs…) lors du « twist » final (et non, c’était pas les motards les coupables…), sur une autoroute malgré tout assez peu fréquentée. Mais que sont venus faire ces trois grands acteurs dans cette galère ?       

Atlantic City (1980), de Louis Malle

 

« Ah, vous voulez que je vous dise le surnom qu’on lui donnait dans l’temps ? « Couille molle » ! »

C’est l’histoire de Lou (Burt Lancaster), vieux truand minable d’Atlantic City. Au sein de son immeuble, il veille sur sa compagne, l'acariâtre Grace (Kate Reid) et observe de sa fenêtre sa voisine Sally (Susan Sarandon), employée au restaurant d'un casino rêvant de devenir croupière en France. Celle-ci voit débarquer son mari Dave (Robert Joy) et sa sœur Chrissie (Hollis McLaren), enceinte de ce dernier et accepte de les héberger. Dave, qui a récupéré de la drogue à Philadelphie, cherche à écouler sa marchandise et se met en contact avec Lou. Mais les hommes à qui il l’avait volé le retrouvent et l’abattent.

Alors que Roman Polanski quittait les Etats-Unis pour la France suite à l’affaire de viol sur mineure qui défraya la chronique (il est toujours à ce jour considéré comme un « fugitif »), Louis Malle fit à peu près au même moment (seconde moitié des années 70) le chemin inverse. Son Lacombe Lucien n’a en effet pas plu aux Résistants. Il se fera pardonner en 1987 avec Au revoir les enfants, énième film sur l’Occupation (au cas où on aurait oublié ou qu’on ne savait pas déjà tout). Mais avant cela, il signera donc une poignée de films au pays de l’Oncle Sam, dont cet Atlantic City. Film franco-canadien mais réalisé aux Etats-Unis avec des acteurs venus des trois pays, dont notre Michel Piccoli national dans le rôle du professeur des croupiers. La légende Burt Lancaster incarne donc un petit malfrat à la retraite un peu pathétique, tandis que Susan Sarandon interprète une employée de casino qui voit son rêve de devenir croupière brisé par l’arrivée puis l’assassinat de son mari dealer. Relativement original par son casting disparate, son scénario et l’équilibre qu’il cherche (et parvient) à instaurer entre plusieurs genres (drame, policier, romance, avec quelques touches de comédie), le film se laisse suivre sans déplaisir. Lion d'or à la Mostra de Venise et sélectionné en 2003 par le National Film Registry pour conservation à la bibliothèque du Congrès des États-Unis. Pas mal pour un « Frenchy » !