vendredi 27 février 2026

Anatomie d’une chute (2023), de Justine Triet

 

« Etre un couple, c’est ne faire qu’un. Mais lequel ? » (Oscar Wilde)

C’est l’histoire d’un couple, vivant depuis environ deux ans dans un chalet isolé près de Grenoble. Tous deux écrivains : lui, Samuel (Samuel Theis), français ; elle, Sandra (Sandra Hüller), allemande. Un jour, leur fils malvoyant Daniel (Milo Machado-Graner), accompagné de son chien guide Snoop, découvre le corps sans vie de son père sous la fenêtre du grenier, où celui-ci écoutait de la musique à un fort volume, ce qui contraint sa compagne d’écourter un entretien avec une étudiante venue l'interviewer. Très vite, Sandra est inculpée pour meurtre. Elle fait appel à son ami et avocat Vincent Renzi (Swann Arlaud).

Elle est fatigante, cette époque, hein ? Les problématiques, les pseudo-polémiques (Victor. Qu’est-ce qui n’est pas « polémique », de nos jours ?), les tensions et les manipulations sont exacerbées par les incroyables caisses de résonnance que constituent les chaines info en boucle d’une part et les réseaux dits « sociaux » d’autre part (deux véritables cancers modernes). Ces derniers sont devenus le réceptacle de haines recuites, empreintes de hargne revancharde. Parmi les marottes dont nous sommes inlassablement abreuvés, outre l’incontournable triumvirat insécurité - immigration - Islam ou les thématiques de « genre », la fameuse litanie « c’est avec nos impôts » (dans un pays où 50% de la population n’en paie pas, dont, parait-il, même certains millionnaires) figure en bonne place. Il en va ainsi du cinéma français, qui serait un outil de propagande (si c’est le cas, ça n’a pas l’air très efficace…) et un gouffre financier car souvent non-rentable. Alors que c’est faux : non, le cinéma n’est pas financé par « nos impôts ». La réalisatrice Justine Triet, lors de la remise de sa Palme d’Or à Cannes, s’en était alors pris « plein la gueule » pour l’avoir ouverte, à mon sens à bon escient, afin de s’opposer à la réforme des retraites de 2023 et de défendre « l’exception culturelle » française (effectivement à chérir, à l’instar de notre modèle social), fragilisée selon elle par la politique gouvernementale. Ben oui, c’est tellement plus confortable pour tout le monde (et surtout pour nos dirigeants), un(e) cinéaste qui « fait où on lui dit de faire », se contentant de venir récupérer son prix et débiter son discours convenu à base de remerciements…


Ceci posé, il nous faut parler du film puisqu’il convient, dans un sens ou dans l’autre et selon la formule consacrée, de « séparer l’homme – ou ici en l’occurrence, la femme – de l’artiste » (enfin, pour Cantat, par exemple, c’est un peu plus difficile…). Alors honnêtement, je m’attendais à pire. Le film est plutôt prenant, limite oppressant par moments et met mal à l’aise. Bon, déjà, la perte du père, j’ai connu ça il y a bientôt quatre ans donc évidemment, ça renvoie à mon histoire personnelle. J’ai surtout été marqué par les séquences de procès. Avocat et procureur sont de « drôles » de métiers. Harceler, pousser l’accusé ou les appelés à la barre à la faute pour influencer un jury… La machine judiciaire peut vite s’avérer implacable, un rouleau compresseur auquel il sera très difficile de résister. Autant être très solide et préparé pour éviter d’être broyé. Sans compter les regards suspicieux ou inquisiteurs du public présent dans le prétoire (les tribunaux populaires, la pression de « l’opinion publique », j’ai horreur de ça…). C’est ainsi toute la vie du couple qui est mise à nu, ses jalousies (elle a du succès, pas lui et elle lui a piqué l’idée d’un de ses bouquins non achevés pour le sien), ses non-dits, tout ça aux yeux (sic) et aux oreilles du fils, assistant au procès malgré les réserves de la juge d’instruction. C’est d’ailleurs le véritable sujet du film, l’enquête policière n’étant qu’un prétexte. Tout est bien reconstitué, c’est très réaliste. La musique au piano est aussi très bien (le morceau Asturias d'Isaac Albéniz). Néanmoins, si je n’ai rien à objecter au scénario et à l’interprétation, cela me semble tout de même un peu « léger » pour tant de récompenses (Palme d’Or, un Oscar et six Césars – dont les principaux –, entre autres), en comparaison d’un Parasite de Bong Joon-ho, pour prendre un exemple récent de film multi-primé. Formellement, c’est très classique. Je ne suis pas loin de penser comme le cinéaste kazakh Darejan Omirbaev, qui estime que ce film prouve que « l'art cinématographique est déjà mort. C'est filmé comme une série ». Mais son succès me réjouit pour la France et si ça emmerde la « majorité » présidentielle, c’est encore mieux. Et puis ce genre de films, c’est un bonheur pour les célibataires endurcis tels votre Serviteur : avoir une nana comme ça à la maison, caractérielle voire hystérique, toujours dans nos pattes, juste pour des moments de tendresse ou de gaudriole qu’on n’est en plus même pas sûr d’avoir, ça fait franchement pas envie ! 😄

mardi 24 février 2026

Les Visiteurs (1993), de Jean-Marie Poiré

 

« Cousin Hubert ! Qu'est-ce que c'est qu'ce bin's ? »

« C’est Okaaaaaaaaay ! »

« Merci, la gueuse. Tu es un laideron mais tu es bien bonne. »

Réalisation : Jean-Marie Poiré

Scénario : Jean-Marie Poiré et Christian Clavier

Pays : France

Année : 1993

Genre : Comédie, fantastique

Avec : Christian Clavier, Jean Reno, Valérie Lemercier, Marie-Anne Chazel, Christian Bujeau, Isabelle Nanty.

Synopsis : An de grâce 1123. Victime d’hallucinations après avoir malencontreusement ingurgité la potion d’une sorcière, le Comte Godefroy de Montmirail tue le père de sa promise Frénégonde de Pouille, qu’il a pris pour un ours. Du coup, Frénégonde refuse le mariage. Le mage Eusæbius propose alors à Godefroy une potion pour remonter le temps afin d'en changer le cours et d'éviter cet accident. Celui-ci, ainsi que son fidèle écuyer Jacquouille la Fripouille, boivent ce breuvage pendant que le mage récite la formule magique. Mais ce dernier a oublié un ingrédient et les deux hommes sont envoyés au XXe siècle…

Pourquoi ? Alors là j’avoue, on est en plein dans le « plaisir coupable » du « plus c’est con, plus c’est bon ». Oui, le côté potache « on est les mecs les plus puissants du cinéma français mais on aime faire les cons », ça me botte. Clavier entame ici sa carrière de « nouveau De Funès ». Mais bizarrement, je crois que c’est le personnage de Chazel, dans une variante de celui de « Zézette » du Père Noël, qui me fait le plus marrer. Top 5 des plus gros succès au box-office français, cultissime et c’est pas pour rien, même si ça a inévitablement un poil vieilli.

[P.S : difficile de ne pas voir dans le massacre en règle de la Renault 4L de La Poste par nos deux « visiteurs » une métaphore inconsciente de celui du service public postal, fragilisé par l’ouverture à la concurrence décidée par l’infame Traité de Maastricht, ratifié en 1992…]

lundi 23 février 2026

Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance (2017), de Martin McDonagh


C’est l’histoire d’une nana (Frances McDormand), elle a perdu sa fille, violée et assassinée (violons…). Mais sept mois après, l’enquête est toujours au point mort. Comme elle a remarqué trois panneaux publicitaires vierges dans son patelin, elle les loue et y fait inscrire : « VIOLÉE ENCORE AGONISANTE », « ET TOUJOURS PAS D'ARRESTATION ? » et « POURQUOI, CHEF WILLOUGHBY ? ». Willoughby (Woody Harrelson), c’est le chef de la police locale, papa de deux chérubines et atteint d’un cancer en phase terminale (violons…). Il a sous ses ordres Dixon (Sam Rockwell), un policier raciste et brutal (bingo, j’en étais sûr !).

Bardé de récompenses (meilleur scénario à la Mostra de Venise, 4 Golden Globes, 2 Oscars, dont meilleure actrice pour Frances McDormand, que je préférais malgré tout en flic enceinte dans Fargo ou se grattant les fesses dans Short Cuts…), Three Billboards… est pourtant un empilement de clichés et de caricatures. Plus on avance dans le film, plus on « coche de cases » et on en arrive à un « strike » : le flic raciste, l’allusion aux prêtres pédophiles, la « mère courage » battante qui s’est forgée une carapace et qui du coup manque d’empathie et se montre rude envers autrui… Sans oublier la rédemption (z’adorent ça, les Ricains…) : il a suffi de deux lettres posthumes de Willoughby pour que le « mec bien, ‘achement humain » qui sommeillait dans le beauf brutal se réveille enfin et pour que la revêche endurcie (re)devienne plus humaine. Le film a subi les foudres des « droitardés mentaux », qui y ont vu un énième film de propagande « woke » ourdi par les « illuminatis mondialistes maçonniques Démoncrates » (sic), ce qui aurait dû contribuer à me le rendre sympathique. Mais le fait est qu’il utilise de trop grosses ficelles pour susciter l’émotion et s’avère assez prévisible dans son déroulé.    

dimanche 22 février 2026

Lost Highway (1997), de David Lynch

 

« Cet enfoiré voit plus de chattes qu’une lunette de chiotte… »

C’est l’histoire… euh, faisons « simple », d’un mec, saxophoniste (Bill Pullman, inquiétant) et de sa meuf (Patricia Arquette, quel… « morceau »). Ils reçoivent des cassettes vidéo anonymes de leur domicile (oui, comme dans le postérieur Caché d’Haneke…), aussi bien vu de l’extérieur que de l’intérieur. Ce qui subodore donc que quelqu’un s’est introduit chez eux. Ils font appel à la police, qui ne leur est d’aucun secours. C’est alors qu’un matin, le type découvre sa femme morte. Il est inculpé et condamné à mort.

Bon, ben voilà… Il y a des films dont les minutes paraissent (par instants) des heures. Lost Highway est de ceux-là. Si je vous dis que j’ai rien pigé, vous ne trouverez pas ça très original étant donné que personne n’a pigé quoi que ce soit à cette histoire. A part les quarante-cinq premières minutes (les meilleures), qui suivent le synopsis décrit plus haut. Après, on largue les amarres vers le surnaturel. Mais vous me direz : doit-on nécessairement piger ? C’est vrai ça, après tout, on peut aussi simplement se laisser porter par l’ambiance et les images. Et là, indéniablement, Lynch sait y faire pour ce qui est d’installer un climat et une esthétique de film noir, avec ses personnages déjantés et/ou mystérieux, agrémentés d’une musique ad hoc (plutôt rock : David Bowie, Marilyn Manson, Rammstein, Nine Inch Nails, The Smashing Pumpkins). Et parce qu’il en faut toujours en pareil cas, un peu de violence et de cul (ah, Patricia, des rondeurs juste ce qu’il faut là où il faut, miam miam…), comme dans Blue Velvet et Sailor et Lula. Plus un exercice de style et une « expérience », on va dire, comme Mulholland Drive quelques années plus tard. Toutefois pas vraiment ma tasse de thé…   

jeudi 19 février 2026

Théorème (1968), de Pier Paolo Pasolini

 

C’est l’histoire d’un mec, le « Visiteur » (Terence Stamp, rien à voir avec Clavier et Reno…), qui débarque dans une famille bourgeoise de Milan. Il va susciter chez tous les membres de cette famille (le fils sensible, la mère sexuellement refoulée, la fille timide et le père, un industriel tourmenté) mais aussi sur leur bonne (Laura Betti) une forte attraction sexuelle et aura des rapports avec chacun(e). Mais un jour, il doit les quitter aussi précipitamment et mystérieusement qu’il est apparu, les laissant dans un profond désarroi.

Allez, encore un film indissociable du contexte soci(ét)al dans lequel il a vu le jour (1968, on ne peut pas se tromper…) et plus important (selon moi) d’un point de vue historique qu’à proprement parler artistique. Enfin, non, disons plus justement que je n’ai pas les codes et la « formation » pour apprécier pleinement ce genre d’œuvres. Celle-ci est signée Pier Paolo Pasolini, grand cinéaste italien, communiste, homosexuel et chrétien, disparu à seulement 53 ans dans des circonstances aussi troubles que dramatiques (roué de coups puis écrasé par sa propre voiture en 1975, très probablement un « contrat » de la Mafia car notre homme savait visiblement beaucoup de choses). Bon, à vrai dire, j’ai somnolé vers la moitié du film. Rien ne tient debout, il y a très peu de dialogues (tant mieux, le DVD ne propose que la VOST) et comme souvent à cette époque, il s’agissait de « titiller » l’Eglise et la bourgeoisie par le cul. Aucune scène scabreuse ou véritablement osée mais à l’époque, faut croire que de simples suggestions suffisaient à offusquer la « bonne morale ». Après le départ de Stamp, toute la smala « part en couille » sévère, la mère (Silvana Mangano) « s’envoie » des jeunes mais reste insatisfaite, le père (Massimo Girotti) cède son usine à ses ouvriers, se fout à poil et se retrouve dans un désert (?). Quant à la bonne (Laura Betti), elle se fait enterrer vivante (!), seuls ses yeux restant à découvert. Complètement chtarbés…