Backrooms : les arrière-salles (2026), de Kane Parsons

 

C’est l’histoire d’un mec (Chiwetel Ejiofor, à vos souhaits...), sa vie c’est d’la merde et il l’échangerait bien contre celle du roi du Maroc (pour ceux qu’ont la réf…) : divorcé de sa femme, alcoolique et gérant d’un magasin de meubles en difficulté. D’ailleurs, il voit une psy (Renate Reinsve, également à l’affiche de Fjord, toute… fraîche Palme d’or cannoise), elle-même victime d’un trauma enfantin. Enquêtant sur des dysfonctionnements électriques dans son magasin, il y découvre, au sous-sol, un passage vers des « backrooms », une sorte de labyrinthe composé de couloirs et d'espaces liminaires garnis d’objets divers épars.

De la fin du printemps au début de l’automne constituant la période de sortie « d’hibernation » de mon unique collègue, c’est donc aussi celle de nos sorties dans les magasins culturels, les médiathèques de quartiers et les salles obscures. Cela tombe relativement bien étant donné que les films d’épouvante, d’horreur et/ou fantastiques sortent souvent à ce moment-là de l’année. Backrooms, donc. Adaptation, par son créateur, un jeunot de tout juste 21 piges nommé Kane Parsons, de la web-série « anthologique » (bâillements…) du même nom. Autant mettre fin d’emblée à tout suspense : c’est, globalement, ce que j’appellerais une « couille ». Vue par ailleurs dans des conditions pas idéales, dans une salle pas très grande, essentiellement remplie d’ados flirtant avec la limite, sans heureusement la franchir, de l’inconvenance sonore : téléphone, canettes, grignotage de pop-corns, cris et rires lors des « jumpscares »... « Il faut bien que jeunesse se passe », comme dit le proverbe, mais je me demande ce qu’on va bien pouvoir tirer de cette génération, si ce n’est des caissières Monoprix, des chauffeurs / livreurs Uber, des caristes Amazon ou, pour les plus doué(e)s (?) ou chanceux/euses, « influenceur/euses ». Pour en revenir au film, s’il tient assez bien la route au début, il bascule à un moment dans le n’importe quoi, avec l’apparition d’un monstre géant à l’effigie du gestionnaire du magasin en tenue promotionnelle. Du coup, j’ai trouvé l’idée de l’exploration de ces « arrière-salles » insuffisamment exploitée, on retombe finalement assez vite sur les mécanismes du film d’horreur lambda, du reste encombré d’un fatras pseudo-philosophique sur le sens de la vie et de comment être véritablement acteur de la sienne. 12,50 € pour ça, ça fait un peu mal au fessier... Si « pièces vides » et « labyrinthe » renvoient inconsciemment, dans le genre fantastique / horreur, à Cube, « l’élève » n’est pas prêt de détrôner le maître…       

Nous nous sommes tant aimés (1974), d’Ettore Scola

 

« Il faut que tu choisisses, Nico : ou ton idéal ou ta famille ! » - « Mais pourquoi ? » - « Parce que le monde est comme ça ! »

« Nous voulions changer le monde mais c’est le monde qui nous a changé. »

Le futur, c’était mieux avant…

C’est l’histoire de l’Italie d’après-guerre et de son cinéma, à travers celle de trois amis maquisards et de la femme passée entre leurs bras : Antonio (Nino Manfredi), modeste brancardier, Gianni (Vittorio Gassman), avocat ambitieux, Nicola (Stefano Satta Flores), passionné de cinéma devenu enseignant et Luciana (Stefania Sandrelli), qui rêve de devenir actrice.

Bon ben, Scola pour le moment, y’a pas de quoi se taper le cul par terre (hormis Une journée particulière). Le « doux amer » désabusé, ça va un moment… Trois gars amis pour la vie (ou presque…) et une fille (enfin, surtout une), donc. Même idéal (de gauche, évidemment puisque la droite ne veut aucunement changer la société mais la perpétuer, le « changement » qu’elle invoque n’étant en réalité que des retours en arrière sur les avancées sociales ou sociétales, faites le test…) mais caractères assez différents : il y a l’idéaliste borné hostile à tout compromis (Stefano Satta Flores), le « bonne poire » mais jusqu’à un certain point (Nino Manfredi) et le type plus fourbe et « corruptible » (Vittorio Gassman) qui, par honte, évitera d’étaler sa réussite devant les deux autres. Ils se retrouvent de nombreuses années après s’être perdus de vue au lendemain de la libération de l’Italie. Leur parcours de vie et les changements survenus dans la société rendent leurs rapports plus conflictuels. Surtout quand Gassman puis Satta Flores s’amourachent de la fiancée de Manfredi (Stefania Sandrelli) et la lui piquent sans scrupules ou si peu (je ne vous « spoile » pas avec lequel des trois elle finira). La première heure est en noir et blanc pour respecter la chronologie historique et bien délimiter le flashback. Les références au cinéma (italien surtout mais pas que) sont nombreuses, à travers des séances de cinéma, un jeu télévisé ou des dialogues, deux des personnages (Satta Flores et Sandrelli) gravitant autour de ce milieu. Cette déclaration d’amour au 7ème Art culminera avec la reconstitution du tournage de la fameuse scène de la fontaine de Trevi de La dolce vita, avec Fellini et Mastroianni themselves dans leur propre rôle. Quelques idées de mise en scène, comme lorsque les personnages évoquent leurs pensées à voix haute, le reste de la scène et ses autres protagonistes, qui ne sont pas censés les entendre, se figeant à l’écran. Et les acteurs sont bons. Mais bon, ces « comédies à l’italienne » ne font pas rire, ni n’émeuvent particulièrement, ou alors en revoyant des extraits après coup, par l’efficacité du montage. Le « message », alors ? D’accord, nous étions plein d’espoir et envisagions l’avenir avec confiance mais les choses n’ont pas tourné comme on l’aurait souhaité. Ben les gars, si vous étiez déjà désenchantés en 1974, heureusement que vous êtes morts en 2026… Nous, c’est tout comme puisque nous sommes entrés depuis un moment déjà dans ce que j’appellerais l’ère de la « post-humanité », mi-robots (hyper « connectés », tâches et rythmes de vie automatisés…) mi-bêtes (inculture, instincts vils et grégaires…).  


Le topo de Vincent Macaigne :

La terrasse (1980), d’Ettore Scola

 

« Il faut le comprendre, quoi… Il tourne deux films en même temps : son premier et son dernier. »

Bonjour tristesse...

C’est l’histoire de quelques amis, issus de « l’intelligentsia » de la gauche culturelle, qui se retrouvent, avec d’autres et pour certains, avec leur compagne, lors d’un rituel buffet dinatoire sur une terrasse romaine. Il y a là Amedeo (Ugo Tognazzi), producteur de cinéma ; Enrico (Jean-Louis Trintignant), son scénariste attitré ; Luigi (Marcello Mastroianni), journaliste ; Sergio (Serge Reggiani), responsable de la télé publique RAI ; et Mario (Vittorio Gassman), député communiste. A l’enthousiasme des débuts a succédé l’accablement face aux échecs professionnels et sentimentaux.

« Vous m’avez vraiment cassé les couilles ! » lance à un moment donné l’un des convives de cette Terrasse aux autres invités. Cette sentence résume parfaitement mon sentiment à la vision de ce film long (2h35 !) et chiant comme la pluie (qui s’abat d’ailleurs sur ladite terrasse lors du final). Ni rires ni larmes au programme de cet étalage d’amertume, d’histoires et de personnages inintéressants au possible. Trois grands acteurs italiens (Tognazzi, Mastroianni et Gassman) y sont accompagnés des « francesi » (et tout aussi grands) Trintignant et Reggiani, ayant déjà tourné pour des réalisateurs transalpins, Reggiani ayant lui-même des origines italiennes. Chacun fait son petit tour de piste (d’environ 30 minutes chacun, donc), annoncé par la scène liminaire, identique et répétée, d’une femme déclarant le buffet ouvert. On y suit à chaque fois le personnage en question lors de cette soirée puis dans sa vie. Tous ont pour point commun, outre leur amitié, d’être en situation d’échec tant sur le plan professionnel qu'amoureux et de se trouver en contradiction avec leurs rêves et idéaux d’antan (thème proche de celui de Nous nous sommes tant aimés, du même réalisateur et bientôt chroniqué sur ces pages). Trintignant, en auteur sans inspiration (ne lui trouvez-vous pas un air de John Malkovich, ce sourire à la fois charmeur et inquiétant ?) et Gassman, en député ayant une liaison avec une jeune femme, font leur numéro, les autres (Reggiani en dépressif anorexique, Mastroianni largué par sa femme et Tognazzi en producteur raté) sont plus sobres. Mais rien ne passionne dans leurs aventures, tout juste notera-t-on quelques fulgurances sarcastiques ou de mise en scène (Gassman s’imaginant évoquer sa liaison adultérine à la tribune du congrès du Parti Communiste – images d’archives – auquel il participe). La pauvre Marie Trintignant, tout juste 18 ans à l’époque, fait de furtives apparitions lors de ces buffets et y croise donc son père. Cette livraison de quatre DVD achetés sur Vinted fût donc très décevante, seul Tendres passions, mélo porté par un exceptionnel trio d’acteurs, valant le coup d’œil. Heureusement qu’ils ne m’ont en réalité rien couté, puisque payés par les fruits de la vente d’une visionneuse de diapositives antédiluvienne…   

Agent zéro zéro (1996), de Rick Friedberg

 

« Ce Steele va bientôt regretter que sa maman ait rencontré son papa… »

La corde est usée…

C’est l’histoire… euh, là, vraiment aucune importance, c’est juste celle de Leslie Nielsen (très mauvaise voix de doublage, pas l’habituelle) qui rempile pour une série de gags parodiques « à la mitraillette »… Enfin, si vous y tenez… Il est Dick Steele, un agent secret qui doit sauver le monde (et accessoirement la fille de son ancienne partenaire, décédée dans l’une de leurs opérations) en faisant face au dangereux Général Rancor (Andy Griffith). Veronique Ukrinsky (Nicollette Sheridan), fille du professeur concepteur du circuit électronique nécessaire à Rancor pour lancer son missile, l’accompagne dans sa mission.

Ouh que c’est mauvais… Souhaitant conclure la semaine sur une note humoristique après avoir été terrassé par non pas… La terrasse (à venir) mais Tendres passions (suivez, bon sang…), cet Agent zéro zéro aura peiné à me faire décrocher ne serait-ce qu’un sourire… On repart pour un tour de gags éculés voire recyclés et de parodies de succès hollywoodiens. On s’amusera à reconnaitre parmi ceux-ci Sister Act, Dans la ligne de mire, Speed, Jurassic Park, Pulp Fiction (la mythique scène de danse Travolta – Thurman), E.T, Maman, j'ai raté l'avion !, True Lies et sans doute un film de guerre dans la jungle (Rambo, Predator ou assimilé). Franchement aucun intérêt, le film ne dure d’ailleurs qu’une heure et quart, il ne fait même pas semblant de n’avoir rien à raconter. De plus, il faut encore se taper l’idéologie sous-jacente (« on est les meilleurs et les maîtres du monde, nous les zaméricains »), présente aussi dans certains volets de la série des Y a-t-il…, où l’homme du Moyen-Orient (en dehors de l’allié israélien, évidemment) est toujours renvoyé soit au terrorisme soit à une forme de sous-développement (le chauffeur de taxi Tamul qui fait équipe avec Nielsen). Finalement, c’est le Directeur des Services Secrets (Charles Durning), se camouflant en fauteuil en cuir, en store ou même en sol, qui m’aura fait le plus sourire. Parmi les caméos figurent Mister T. de l’Agence tous risques, le catcheur Hulk Hogan et le grand Ray Charles en… chauffeur du bus piégé. L’échec critique et commercial du film n’a pourtant pas découragé notre cher Leslie à poursuivre dans cette voie et il remettra le couvert avec Le détonateur (à peine meilleur, 1998) et Y a-t-il un flic pour sauver l'humanité ? (2000, avec Ophélie Winter, probablement le pire de tous).  

Tendres passions (1983), de James L. Brooks

 

« Comment veux-tu avoir la vie plus facile si ce type continue à te faire pondre des gosses ? Quel miracle va-t-il tomber du ciel qui puisse te sauver ? »

C’est l’histoire de la relation « amour – haine » entre une mère, Aurora (Shirley MacLaine) et sa fille Emma (Debra Winger). La première, veuve un peu guindée, voit d’un mauvais œil le mariage de la seconde, un peu « fofolle ». Les deux femmes restent malgré tout attachées et se téléphonent fréquemment. Emma enchaine les naissances (trois au total) tandis qu’Aurora finit par se laisser séduire par son voisin Garrett (Jack Nicholson), astronaute.

Sorti chez nous le jour de mon 9ème anniversaire (4 avril 1984), multi-Oscarisé (5 au total, dont la plupart des principales statuettes), massacré par la critique française à l’époque puis bénéficiant d’un « retour de hype » depuis deux décennies, je me suis donc laissé tenter par ce Tendres passions, acheté lui aussi sur Vinted (de même que prochainement, La Terrasse et Agent zéro zéro). Un film aussi touchant, beau, moche et déprimant que peut l’être la vie (c’est-à-dire quelques pépites de bonheur dans un océan de merde…). Il mêle habilement comédie et (mélo)drame et établit un étonnant parallèle entre la vie des deux femmes. En effet, tandis que la mère (Shirley MacLaine) retrouve une seconde jeunesse en tombant amoureuse telle une midinette, le couple de sa fille (Debra Winger, mariée à Jeff Daniels, même voix française que Bruce Willis) est vite rattrapé par l’usure du quotidien, avec son lot de contraintes professionnelles, de disputes et de tromperies réciproques. Les deux femmes sont formidables mais il n’y avait qu’un Oscar à prendre, il sera finalement pour MacLaine. Nicholson, fidèle à lui-même (c’est-à-dire un brin cabotin), empochera celui du meilleur second rôle masculin. Cette histoire s’achèvera [SPOILER ALERT] de façon sordide, dans l’anonymat d’une chambre d’hôpital. La ficelle « tire-larmes » est facile mais le film, assez pudique, a la bonne idée de ne pas en faire des caisses dans le pathos. Chienne de vie et putain de crabe… En somme, même si « la vie continue » (les derniers plans), ne comptez pas sur Tendres passions pour vous remonter le moral…     


Le topo de Guillaume Brac et Justine Triet :
 

Et celui de Michel Hazanavicius :