Prochainement sur ces pages, des avis sur : Agent Zéro Zéro, Blow-Up, Zabriskie Point, Nous nous sommes tant aimés, Parfum de femme, Meurtre en suspens, Safe, Tendres passions, Sirãt.
C'est l'histoire...
Chroniques de films, au fil de mes (re)découvertes. Aucune connaissance technique ou historique sur le cinéma, juste des ressentis. Si cela vous donne envie de (re)voir ces films, c'est déjà ça...
Une journée particulière (1977), d’Ettore Scola
« En définitive, on finit
toujours par se rallier à l’opinion générale. Même si elle est
mauvaise. »
« Ce n'est pas le locataire du 6ème étage qui est anti-fasciste. C'est plutôt le fascisme qui est anti-locataire du 6ème étage. »
C’est l’histoire d’amour, aussi improbable
que brève et intense, entre une mère de famille nombreuse (Sophia Loren) et un
intellectuel homosexuel (Marcello Mastroianni) dans un grand immeuble romain déserté
par ses résidents, partis assister, ce 4 mai 1938, à la réception d’Hitler par Mussolini.
Quel beau film que voilà ! Est-ce
bien étonnant avec à l’affiche deux légendes du 7ème Art, les divins
Sophia Loren et Marcello Mastroianni, tous deux à contre-emploi (Elle, la « sex-symbol »
en femme au foyer soumise, amochée et fourbue, Lui, « l’homme à femmes » en
homosexuel) ? C’était jouer sur du velours. Tourné en sépia (on croirait
presque du noir et blanc), tout en sobriété, le film débute par d’impressionnantes
images d’archives de l’arrivée d’Hitler en Italie, reçu par Mussolini devant
une foule immense, des bataillons militaires et des drapeaux italiens et nazis
aux fenêtres. De quoi donner froid dans le dos. Puis, on entre dans le vif du
sujet, au cœur d’un très grand immeuble avec cour intérieure. Là, Antonietta (Sophia
Loren) s’affaire à réveiller et préparer le petit-déjeuner à son mari et à leurs
six enfants, qui vont, comme tous les autres résidents de l’immeuble, assister
à la cérémonie prévue à l’occasion de la rencontre entre les deux dictateurs. Une
fois le bâtiment quasiment désert et comme tous les jours, elle s’occupe des
tâches ménagères mais dans un moment d’égarement, son oiseau de compagnie s’échappe
malencontreusement de sa cage et se pose sur une fenêtre en face. Antonietta
remarque alors la présence d’un résident, Gabriele (Marcello Mastroianni), resté
là lui aussi et se rend chez lui afin de récupérer l’oiseau. Ainsi a lieu la
rencontre entre ces deux solitudes. Un homme et une femme, la petite histoire
dans la grande. Les premiers contacts sont empreints de trouble, d’attirance
réciproque mais aussi de crainte. Lui n’est pas attiré par les femmes (il ne l’avouera
bien sûr que plus tard) mais « a besoin de parler », comme il l’indique
à son ami au téléphone. Et on sent chez elle la frustration d’être cantonnée
aux tâches subalternes par un mari évidemment macho. D’abord fidèle aux idéaux
fascistes, elle est peu à peu ébranlée dans ses convictions au contact de cet
être persécuté et condamné à la discrétion. Les prétextes pour se retrouver s’enchainent,
sous l’œil inquisiteur de la concierge, jusqu’à un clash puis la concrétisation
de cette passion amoureuse impossible, filmée toute en tendresse et retenue. Une belle
histoire évidemment et malheureusement sans lendemain, qui prend fin dès le
retour des habitants de l’immeuble. Inutile de préciser que ce film (et
désormais sa simple évocation) a bien fait fonctionner mes glandes lacrymales…
Le seul reproche, d’ordre « technique », que j’aurais à formuler est la
présence sonore, tout au long de la rencontre Loren – Mastroianni, de la retranscription
radiophonique de la cérémonie en l’honneur des deux tyrans (effet certes voulu),
ce qui vient parfois masquer certains dialogues. Du coup, la V.O chère aux
cinéphiles est peut-être ici à conseiller. A noter la présence,
parmi la « smala », d’Alessandra… Mussolini (alors âgée de 15 ans), nièce de Loren (pauvre Sophia...) et future figure de l'extrême-droite italienne. La petite-fille
du « Duce » dans un film puissamment antifasciste, voilà un joli pied de nez de la part de Scola. Que le Cinéma est grand quand il est comme ça...
Au nom du peuple italien (1971), de Dino Risi
« Aucune pitié ni remord dans
ton regard. Pitié et pouvoir sont incompatibles. Jolie formule, je la
r’placerai. »
« Nous sommes malheureusement indispensables à la société. » - « Actuelle. »
C’est l’histoire de Mariano
Bonifazi (Ugo Tognazzi), petit juge italien sans illusion sur la nature humaine
mais obstiné, qui enquête sur la mort suspecte d’une jeune call-girl. Des
indices le mettent sur la piste de Lorenzo Santenocito (Vittorio Gassman),
riche industriel sans scrupule, typiquement le genre de personnages qu’il
déteste. Mais est-il vraiment le coupable ?
La Droite, au moins dans sa
version la plus autoritaire, s’attaque TOUJOURS à l’Education, la Justice, la
Culture et aux syndicats de salariés. C’est même à ça qu’on la reconnait. Elle ne
devrait donc pas s’étonner qu’ils le lui rendent bien. Secteurs considérés
comme « improductifs » et « coûteux » (el famoso « c'est avec nos impôts ! »), donc foncièrement incompatibles avec son
obsession de la rentabilité, milieux « politisés » (comprendre par là :
« pas de son bord », sinon ça ne la dérangerait pas…), peuplés de « privilégiés
déconnectés de la réalité » empêcheurs de s’enrichir (et polluer, précariser…)
en rond, censés comploter contre le bon-petit-peuple-qui-travaille-dur-sans-rien-dire
et propager des idées « subversives » dangereuses pour la société (l’ordre
établi). A ce sujet, lire les propos hallucinants de Sébastien Chenu, notre
potentiel prochain ministre de la Culture (que le bon Dieu, s’il existe, nous
en préserve) : « Aimez-vous la Culture ? » - « Ça
dépend laquelle » (sic) ; « Ce n’est pas à l’Etat de dire ce qui
est beau et ce qui est laid » (inversion accusatoire typique, lui qui
laisse clairement entendre que rap et techno ne seraient pas à la fête s’il
arrivait aux responsabilités) ; « La vocation de l’audiovisuel public, c’est d’être
privatisé » (TF1 fût en effet un magnifique exemple du très haut niveau
culturel promu par une chaine privée…) and, last but not least, « Un bon
film, c’est un film qui fait des millions d’entrées » (re-sic), exposant
ses goûts en la matière, certes respectables mais sentant un peu le renfermé (Le
Comte de Monte-Cristo, La môme, ce genre…).
Gauche Vs. Droite, Justice Vs.
Economie, Dino Risi nous refait donc le match à travers la confrontation de ces
deux personnages que tout oppose. Des rôles « cousus main » pour ces
deux géants du cinéma italien (du cinéma tout court) que furent Ugo Tognazzi et
le protéiforme Vittorio Gassman. Ce dernier, capable de passer du charme à la
menace en un battement de cil, est particulièrement à l’aise dans la peau de ce
riche homme d’affaires véreux. Risi pose un regard désabusé sur le monde qui l’entoure :
corruption et collusion entre mondes politique et économique, services
publics laissés à l’abandon (le Tribunal de Justice qui s’effondre
partiellement et transféré dans une caserne militaire), prédominance des intérêts
financiers et commerciaux sur les considérations environnementales et de santé publique (la mouette
et les poissons morts après les rejets industriels toxiques dans la mer), poids
de l’inertie, « religion » footballistique (les rues sont pourries
mais qu’importe puisque la Squadra Azzura a gagné…)… C’est fou de
se dire que plus d’un demi-siècle plus tard, absolument rien n’a changé. Et situation
transposable à peu près partout ailleurs qu’en Italie, à des degrés divers. On
ne rit pas à gorge déployée, ce n’est pas du comique visuel (mis à part, dans une certaine mesure, lors du final), le ton
est plutôt acerbe et l’ensemble est finement observé. Le film évite le piège du
manichéisme et la fin ouverte donne des gages aux pourfendeurs du « gouvernement
des juges (« rouges ») » (?), sur le mode « finalement,
personne n’est totalement vertueux ». Tognazzi semble en effet sombrer
dans l’obsession de la vengeance personnelle et voit des Gassman partout (successivement
grimé en ecclésiastique, en militaire, en indigent et même en bimbo) dans la
foule en liesse fêtant la victoire de l’équipe nationale de football. Le cinéma
italien regorge immanquablement de trésors et si ce Au nom du peuple italien n’est
(quand même) pas un diamant 25 carats, il n’en demeure pas moins une belle
petite pépite.
Diva (1981), de Jean-Jacques Beineix
« Et c’est quoi la marque
des matelas où on peut dormir sans faire chier l’autre ? »
« Au fond, t’es un lyrique… »
C’est l’histoire de Jules (Frédéric
Andréi), jeune postier grand fan d’une cantatrice américaine (Wilhelmenia
Wiggins Fernandez), qui effectue un enregistrement de l’un de ses spectacles
puis lui vole sa robe de scène, alors qu’elle refuse de se produire sur disque.
Parallèlement, la police enquête sur un réseau de prostitution.
Un peu mégalo, le Beineix, mais
vraiment pas mal du tout. Une double intrigue croisée, avec des morceaux
esthétisants dedans (couleurs artificielles, décors inspirés du « pop
art »…). Une histoire assez originale où un jeune postier prénommé Jules (Jules…😏)
se trouve en possession de deux enregistrements, celui qu’il a réalisé d'une
diva à laquelle il voue un véritable culte mais aussi celui des révélations d’une
ex-prostituée que celle-ci a déposé à son insu dans la sacoche de sa mobylette
juste avant d’être assassinée. Notre gars va dès lors être poursuivi simultanément
par deux Taïwanais l’ayant repéré lors du concert incriminé, par deux
« pieds nickelés » (Gérard Darmon et Dominique Pinon), chacun de ces
duos cherchant à récupérer l’un des enregistrements, mais aussi par la police, ce
qui occasionnera des « tours de passe-passe » et une spectaculaire course-poursuite
au cours de laquelle Jules pénètrera dans le métro parisien à bord de sa moto
(Besson a sûrement pris des notes pour son Subway de 1985). Le postier sera
aidé dans sa tâche par un mec dont on ne sait strictement rien (Richard Bohringer),
que l’on voit juste préparer de la bouffe, prendre un bain dans une baignoire cigare
au bec ou faire un puzzle géant. Et par une étudiante asiatique, amie du mec en
question. L’intrigue policière et les personnages sont assez sommaires, les
poursuivants retrouvant la trace du postier on ne sait comment, on sent que ce
n’est pas ce qui intéresse le plus Beineix. Deux caméos notables : la
récemment disparue Isabelle Mergault dans une salle de jeu et… l'alors fraichement « retraitée » du porno Brigitte Lahaie dans un clin d’œil à Marilyn Monroe
(sa jupe qui se soulève sous une bouche de métro). Mine de rien, près de trente
ans avant la « loi Hadopi », Diva posait déjà la problématique de
l’auteur face aux enregistrements pirates de ses œuvres. Il est par ailleurs
accompagné d’une mémorable bande originale de Vladimir Cosma (récipiendaire de
l’un des quatre Césars obtenus par le film), avec notamment le sublime extrait
de l'opéra La Wally revenant tel un leitmotiv.
A bout de souffle (1960), de Jean-Luc Godard
« Si vous n’aimez pas la
mer… Si vous n’aimez pas la montagne… Si vous n’aimez pas la ville… Allez vous
faire foutre ! »
Putain d’intellos…
C’est l’histoire de Michel
Poiccard (Jean-Paul Belmondo), petit voyou insolent, qui monte à Paris dans le
but de récupérer auprès de truands l’argent qu’on lui doit. Il espère aussi convaincre
sa récente conquête Patricia (Jean Seberg), étudiante américaine, de l’accompagner
en Italie.
Le topo de Michel Hazanavicius :












