PAUSE À DURÉE INDÉTERMINÉE
C'est l'histoire...
Chroniques de films, au fil de mes (re)découvertes. Aucune connaissance technique ou historique sur le cinéma, juste des ressentis. Si cela vous donne envie de (re)voir ces films, c'est déjà ça...
Deux Buñuel pour le prix d’un…
L’ange exterminateur (1962)
« Les employés sont chaque jour plus impertinents. »
C’est l’histoire d’une vingtaine
de bourgeois qui, lors d’une réception organisée chez un aristocrate mexicain,
se trouvent inexplicablement dans l’impossibilité de quitter les lieux. Les voilà
enfermés dans le salon avec le seul majordome encore présent, les autres ayant
mystérieusement démissionné juste avant le diner.
Le journal d’une femme de
chambre (1964)
« Vous ne trouvez pas que les animaux sont plus beaux vivants que morts ? » - « Mais la chasse, c’est la chasse ! »
C’est l’histoire de Célestine
(Jeanne Moreau), une femme de chambre qui, de Paris, descend en province afin
de se mettre au service d’une famille de notables. Elle va y côtoyer un mari
sexuellement frustré (Michel Piccoli), son épouse frigide, un patriarche
fétichiste des bottines et un palefrenier d’extrême-droite.
Tiens, ça faisait un bail que je
ne m’étais pas fait un Buñuel… Alors hop, deux d’un coup pour rattraper la
chose. Entre Chabrol, les « ritals » (Pasolini, Ferreri…) et le
réalisateur espagnol, on pourra dire que la Bourgeoisie (et le Clergé) a pris
cher et le dernier cité ne fût pas le plus tendre du lot. Le Journal d’une
femme de chambre est l’une des cinq adaptations cinématographiques en 110 ans
(dont une en muet) du roman éponyme d'Octave Mirbeau. On y découvre une femme
de chambre embauchée par des notables provinciaux et aux prises avec leurs
excès et leur bassesse. Ainsi, elle devra supporter une maitresse de maison
terriblement pointilleuse sur la propreté, les avances de son mari, les séances
de fétichisme (port de bottines) que lui impose le patriarche des lieux et les
idéaux d’extrême-droite du palefrenier, lui aussi épris d’elle. Convaincue de
la culpabilité de ce dernier, elle essaiera en vain de le faire condamner pour
le meurtre et le viol d’une jeune fille. A l’image de la famille précaire de
Parasite, elle va se laisser « contaminer » par le cynisme bourgeois
en épousant le riche voisin de ses anciens employeurs et ainsi changer de
classe sociale, tandis qu’au dehors, les ligues d’extrême-droite manifestent et
avancent vers le pouvoir (le film se déroule à la fin des années 20).
« Plutôt Hitler que le Front Populaire ! »… L’Histoire est un
éternel recommencement…
Plus étonnant est L’ange
exterminateur (en V.O). Lors d’une réception mondaine, tout déraille. Tout
d’abord, tous les domestiques, excepté un, quittent de concert les lieux sous
divers prétextes. Pis, une force invisible maintient les convives dans le salon
pendant des semaines, tout comme elle empêche leurs proches ou les autorités à
venir les chercher en pénétrant dans leur propriété. Face à la promiscuité et
la fatigue, le vernis des convenances sociales craque et ces respectables
bourgeois finissent par succomber aux plus bas instincts de l’humanité. Nous
sommes donc dans du pur surréalisme buñuelien. Le film rappelle Le Charme
discret de la bourgeoisie, où là aussi un groupe de bourgeois était contraint
dans un objectif pourtant banal (la tenue d’un repas), et Le Fantôme de la
liberté (la présence inattendue d’animaux - ici des brebis - dans des demeures luxueuses). Passée
la surprise initiale du « pitch », le film s’embourbe toutefois un
peu par moments, avant un final en « boucle ».
A l’arrivée, deux films aux
thématiques à la fois très actuelles (les mécanismes comportementaux et
historiques) et « datées » (la critique de la bourgeoisie n’est plus
vraiment au goût du jour).
L’an 01 (1973), de Jacques Doillon
« Mais vous allez vous
emmerder à cent sous l’heure, mon vieux… On est sur Terre pour travailler. »
Parce que c’est (presque) mon projet… Enfin un peu d’air frais !
C’est l’histoire de la société
française (mais c’est aussi le cas ailleurs) qui décide de s’arrêter. De
travailler et donc de produire. Pour vivre, discuter, s’amuser. Et réfléchir à « l’après ».
L’an 01, c’est un film de Jacques
Doillon (avec Alain Resnais et Jean Rouch), une de ces célébrités qui pensent
avec leur bite et dont on ne découvre que des décennies plus tard les méfaits
(à confirmer par la Justice mais lorsque les plaintes sont nombreuses, ça ne
sent pas bon). Il conviendra donc de « séparer l’homme de l’artiste ».
Bon, avec Cantat, c’est plus difficile mais je ne suis pas concerné, n’ayant
jamais écouté la moindre note de Noir Désir, ni avant ni à fortiori après le
drame de Vilnius (poil à l’anis).
L’an 01, c’est un mai 68 qui aurait réussi et qui serait allé au bout de sa logique, avant que la CGT ne se rende à la « table des négociations » pour y marchander le poids et la longueur des chaines.
L’an 01, c’est l’adaptation de la bande dessinée éponyme de Gébé, qui fût des aventures Hara-Kiri et Charlie Hebdo (la discussion entre Cavanna et les assassinés du 7 janvier 2015 Cabu et Charb en bonus).
L’an 01, c’est peu ou prou mon projet politique (à part l’abolition de la propriété privée. Pour le capital et l’outil de production d’accord mais pour le reste, je suis plutôt « loup solitaire » que vie en communauté « youpi tralala »). Qui n’est pas du tout mais alors pas du tout celui du MEDEF, l’une de ces officines où doivent se presser et y montrer patte blanche les futurs prétendants à l’Elysée (ben ouais, sinon ils te filent pas les clés…).
L’an 01, c’est au final un film bien peu intéressant, très gentillet et assez peu subversif (à part peut-être pour Eric Chiotti, et encore…), qui reste en surface et ne creuse pas suffisamment ce qui pourrait s’approcher d’un futur enviable et réalisable. On en reste donc au stade de la douce utopie. Suite de séquences mettant en scène des groupes de personnes dissertant après l’arrêt de la « course à l’armement » (sans fin) productiviste. Un peu (mais pas beaucoup) d’humour et de « philosophie »… On y croisera, entre autres, Cavanna, Cabu et Choron, une bonne part du Splendid (Clavier, Jugnot, Lhermitte…) et du Café de la Gare (Coluche, sa future meuf Véronique, Henri Guybet, Miou-Miou, Romain Bouteille…), Depardieu un an avant Les valseuses (l’un des deux quidams refusant de prendre leur train habituel, discussion inaudible) ou encore le chanteur libertaire François Béranger. Dans un état de somnolence avancé, Auteuil, Balasko, Higelin et Leconte me sont par contre passés sous le nez…
Mes chers amis (1975), de Mario Monicelli
« Voila, c’est ça, être
tzigane… C’est ça, la virée tzigane : partir sans but et sans programme.
Une évasion qui peut durer un jour ou deux ou une semaine. »
C’est l’histoire de cinq types (Philippe
Noiret, Adolfo Celi, Ugo Tognazzi, Duilio Del Prete et Gastone Moschin), amis
pour la vie, qui ont conservé leur âme d’enfant. Ils plaquent régulièrement
femme, enfant et profession (pour ceux qui en ont) pour effectuer des virées
entre potes lors desquelles ils ne font que des conneries.
La notte (1961), de Michelangelo Antonioni
« Est-ce que vous pensez
que les roses dorment aussi ? » - « Et oui, les roses
dorment aussi… l’espace d’une nuit, Madame. »
« Et puis ne l’oubliez pas : il est probable que l’avenir ne commencera jamais. » - « Ah, l’avenir sera quelque chose d’horrible, vous ne croyez pas ? »
C’est l’histoire d’un couple à la
dérive, l’écrivain Giovanni Pontano (Marcello Mastroianni, mine grave, une
seule expression faciale pendant tout le film) et sa superbe épouse Lidia (Jeanne
Moreau), qui n’a plus rien à se dire. Ils se rendent au chevet d’un ami également
écrivain, Tommaso (Bernhard Wicki), « au bout d’sa life » dans un
hôpital milanais. Bouleversée, Lidia repart la première puis erre dans des quartiers
en pleine mutation de Milan. Giovanni la rejoint et ils se rendent à une fête
célébrant son nouveau livre, qui est un succès.
Après une petite semaine dans la très
touristique Chamonix et son impressionnante « Aiguille du Midi » à
3800 mètres d’altitude (!), me voila de retour pour « boucler » le
dossier Antonioni avec le second volet de sa « trilogie de l’incommunicabilité »,
comprenant également L’avventura (1960) et L’éclipse (1962), tous trois avec sa
compagne Monica Vitti à l’affiche. Couples en crise, errance existentielle, élégance
en papier glacé, milieu bourgeois, « la ville, le jazz, la nuit », « la
vie, l’amour, c’est compliqué, toussa toussa », ça recommence. Ou ça
continue, c’est selon. Donc on se fait chier, comme dans les autres films du
réal (j’ai néanmoins une affection particulière pour Zabriskie Point et son
ambiance « flower power » soixante-huitarde). Mastroianni se fait
alpaguer par une jeune nympho qui l’entraine dans sa chambre d’hôpital (on y
croit…). Moreau erre comme une âme en peine et Vitti ne nous montre sa (jolie) bobine
qu’au bout d’une heure, à la fête donnée par son industriel de père et où se presse
toute une « intelligentsia ». Quelques beaux plans et angles de prise
de vue toutefois : dans la chambre d’hôpital du mourant (gros plan sur
Moreau, avec en arrière-plan la mère du malade ; la fenêtre ouverte avec
vue sur la rue), Moreau marchant dans la ville, le final avec elle et Mastroianni
sur le terrain de golf. Pour le reste, remplace efficacement un somnifère…














