Salò ou les 120 Journées de Sodome (1975), de Pier Paolo Pasolini

 

« Elles ne savent pas que la bourgeoisie n’a jamais hésité même à tuer ses fils. »

« Rien n’est plus contagieux que le Mal. »

Vous ne mangerez plus de mousse au chocolat de la même façon…

C’est l’histoire de quatre gus fascistes de Salò, dans l'Italie de 1943 (le Duc, l’Évêque, le Juge et le Président). Ils font kidnapper neuf jeunes filles et neuf jeunes garçons, s’enferment avec eux, quelques miliciens et prostituées dans un palais isolé et se livrent à divers actes de dépravation.


Bon, ça, c’est fait. Face à la réputation plus que sulfureuse de cette œuvre, transposition à la Seconde guerre mondiale des Cent Vingt Journées de Sodome du marquis de Sade, je n’en menais pas large au moment d’insérer son DVD dans mon lecteur. Tiendrai-je le coup, moi le plutôt hyper-sensible, vivant parfois les films comme s’il s’agissait de documentaires (bon signe, cela prouve leur réalisme) ? Et bien dans l’ensemble oui, je n’ai détourné le regard que deux fois lors de la séquence finale (langue coupée et œil énucléé !). Et j’ai (sou)ri en deux occasions, notamment lors du… repas fécal (!). Car oui mes chers amis, ce film est une lente descente aux enfers ou plutôt une ascension progressive vers l’horreur la plus crue. C’est glauquissime quasiment de bout en bout, la violence y est avant tout psychologique avant de devenir physique lors du final vu à travers des jumelles. Vous y verrez donc quatre types monstrueux (excellement choisis, avec des « tronches » adéquates : un barbu, un moustachu dégarni, un atteint de strabisme…) laisser libre cours à leurs fantasmes sexuels sadomasochistes les plus pervers qui soient, incluant toutes sortes de sexualité, humiliations, maltraitance, scatologie, torture et meurtres tout au long des quatre actes (le Vestibule de l'enfer, le Cercle des passions, le Cercle de la merde et le Cercle du sang) qui composent le métrage. Et tout ça pour quoi ? La critique de la bourgeoisie et de la société de consommation, ce nouveau fascisme, comme dans le tout aussi sexuel et scatologique mais nettement moins violent et plus rigolo La grande bouffe d’un autre réalisateur transalpin, Marco Ferreri. Un film à replacer donc dans son contexte historique. Au-delà de l’effroi provoqué par ces visions répugnantes, j’ai trouvé la réalisation, l’interprétation et les décors fort réussis. Pour le reste, la légende est connue (vol de bobines, assassinat de Pasolini avant qu’il ait terminé le montage) et son pouvoir de fascination a agit sur bon nombre de cinéastes parmi les plus « frappadingues » (Haneke, Noé, Claire Denis, Catherine Breillat…). Si vous pensez avoir les reins suffisamment solides (un conseil : à éviter après un repas trop lourd…), voyez-le. Il appartient à l’Histoire, maintenant.

Colors (1988), de Dennis Hopper

 

« T’as un problème avec la moitié du monde et j’en fais partie et ça m’fait chier ! »

C’est l’histoire de deux flics non pas à Miami mais à Los Angeles, le vieux sage et proche de la retraite Bob Hodges (Robert Duvall) et Danny « Pacman » McGavin (Sean Penn), un jeune impétueux récemment enrôlé (tiens, ça ne vous rappelle rien ?), qui sont contraints de faire équipe. Tous deux font des rondes dans les rues et sont confrontés à la guerre des gangs qui fait rage entre les Crips et les Bloods.

Je n’aime pas l’Amérique, son histoire et son « rêve » baignant dans la violence, je n’aime pas les flics, à fortiori américains (précisons d’emblée : ceux qui jouent aux cowboys et se croient au-dessus des lois, c’est-à-dire, j’ose l’espérer, une petite minorité d’entre eux), je n’aime pas Hopper en réalisateur (Easy Rider et Hot Spot m’avaient passablement niflé) et la culture rap m’est totalement étrangère et le restera probablement pour toujours. Pourquoi ce Colors, alors ? Ben sur les conseils d’un blogueur (Ranxzevox, pour ne pas le nommer) et parce qu’après une intense période de « mise à jour » cinématographique, je ne sais plus trop à quel saint me vouer… En ce moment, je suis plutôt dans une phase « musique et voyages » et je ne suis pas loin de faire mienne la réplique d’une barmaid dans le Grosse fatigue de Michel Blanc : « moi, le cinéma, ça m’fait chier ! » 😄. Alors, qu’est-ce qu’il en retourne ? Cet univers ne me « parlant » pas, je suis resté un peu à distance de cette histoire, sorte de chronique sociale et policière du Los Angeles de cette fin des « années Reagan ». Rien de caricatural (les flics et les voyous de ces gangs étant de base des caricatures d’eux-mêmes) ou de manichéen ici mais quelques clichés : les deux flics que tout oppose (caractère, génération), on a déjà vu ça avant et on le reverra plus tard (coucou L’arme fatale et Seven !). Toutes les « figures imposées » auxquelles on s’attend sont présentes : la bavure, les règlements de compte, les interpellations musclées après course-poursuite, les deux flics dans leur vie privée… Robert Duvall (décédé en février dernier à 95 balais) et Sean Penn, qui « roulent des mécaniques » chacun à leur façon, trouvent ici des rôles correspondant parfaitement à leur style respectif et à ce qu’ils étaient dans la vie. L’un des deux clamsera à la fin, lequel sera-ce ? Je n’évente pas le suspense. La bande-son, signée par un Herbie Hancock alors à fond dans sa période électro-funk (assurément le « nadir » de sa carrière, à l’instar du Bowie de la même époque. Décidément, les 80’s…), n’aura pas davantage contribué à soulever mon enthousiasme. Las.   

Calculs meurtriers (2002), de Barbet Schroeder

 

C’est l’histoire de deux étudiants, Richard (Ryan Gosling) et Justin (Michael Pitt, aucun lien avec Brad), très différents l’un de l’autre. Le premier est charismatique et crâneur, le second très intelligent mais plus introverti. Bref, à eux deux, ils font un mec entier. Leur amitié les conduit à planifier et commettre par défi un crime « parfait », sans mobile, avec une victime choisie par hasard. Mais Cassie Mayweather (Sandra Bullock), une flic « allumeuse » à ses heures et victime d’un trauma, les soupçonne rapidement.

Allez, un petit détour par « l’efficacité » hollywoodienne… Je pense que j’avais dû le voir à l’époque car Sandra Bullock, j’suis fan depuis Speed, certaines images me sont revenues. Mais c’est franchement pas terrible, normal de l’avoir oublié. Absolument pas crédible. Bullock en « mante religieuse » qui baise tout habillée, ça l’fait pas et c’est hors de propos, sinon pour « installer un personnage » dont on découvrira les fêlures au fur et à mesure de l’enquête. Une enquête (trop) rondement menée pour mettre à jour une machination elle-même soigneusement préparée mais fragilisée par les tensions entre les deux apprentis meurtriers. Une rivalité qui atteindra son paroxysme en raison d’une jalousie amoureuse autour de la jolie Lisa. Rien ne manque, pas même le « twist » final après la scène d’action (ratée, effets numériques nazes) d’usage. Rien à part l’essentiel : un peu plus de folie et de surprise…    

La lune dans le caniveau (1983), de Jean-Jacques Beineix

 

« J’habite au 7 chemin de l’Océan… Le 7… Ca porte bonheur. C’est la maison la plus pourrie du quartier, vous pouvez pas vous tromper. »

C’est l’histoire d’un mec, Gérard (Gégé Depardieu), docker dans un port non identifié. Il est hanté par le souvenir de sa sœur qui s’est suicidée après avoir été violée dans une impasse. L’affaire a été classée mais il retourne soir après soir sur les lieux du crime et se jure de retrouver l’homme qui a fait ça.


Oh la la, quelle « connerie », celui-là ! J’ai compris dès les premières minutes que j’allais souffrir à la vision de cette « chose ». Si vous me passez l’expression, je dirai qu’ici, Beineix a « pété plus haut que son cul » ! J’ai lutté mais je suis finalement venu à bout de ces (très) longues 130 minutes au cours desquelles il ne se passe rien, ou si peu. Esthétique toc de bas-fonds d’une cité inconnue dans les mythiques studios de la Cinecitta (César des meilleurs décors, quand même), ambiance onirico-surréaliste, emphase hors de propos (musique mélodramatique, coucher du soleil, z’avez vu comme j’suis romantique et poétique ?), voilà l’univers de pacotille dans lequel se débat une poignée de personnages (un triangle amoureux et quelques « désaxés »). Depardieu et Nastassja Kinski se tournent autour, ce qui rend Victoria Abril jalouse. Première apparition de Bernard Farcy (futur commissaire de la franchise Taxi) et l’une des toutes premières incursions de la pétillante future muse Almodóvarienne dans le cinéma français. Y’a aussi Dominique Pinon, dans le même type de rôle, mais plus fourni, que dans 37°2 (il a une « gueule », faut dire…). Et dès qu’y’a l’occase de voir une poitrine féminine dénudée (et même plus, pour Victoria), Beineix ne se gêne pas. Bide critique et commercial parfaitement compréhensible.

37°2 le matin (1986), de Jean-Jacques Beineix


« Dans ces boites d’édition, c’est tous des enculés… Je sais d’quoi j’parle… »

Les histoires d’amour finissent mal… en général…

C’est l’histoire de Zorg (Jean-Hugues Anglade), un mec « normal » et bricoleur, maqué avec Béatrice Dalle (Betty) dans un bungalow sur pilotis à Gruissan. Et là, vous vous dites : eh ben le salaud, il en a de la veine ! Pas si vite, la Betty, c’est pas un cadeau tous les jours. On peut même dire qu’elle est complètement chtarbée. Surtout depuis qu’elle s’est mis bille en tête qu’il était un grand écrivain en découvrant par hasard ses écrits…


De Jean-Jacques Beineix, disparu en 2022 à 75 balais, j’ai l’image d’un cinéaste dans la veine d’un Luc Besson (puis un peu plus tard d’un Jean-Pierre Jeunet) : esthétique marquée par le clip et la pub (ici c’est un festival de « placements de produit » : Nescafé, Kronenbourg, Coca, Nesquik…), personnages et situations marginaux ou « décalés », poésie naïve, style un peu « tape-à-l’œil », avec une bonne dose de « provoc ». Des gens « bien de leur époque » (les artificielles années 80), une sorte de nouvelle Nouvelle Vague, appelée « cinéma du look » (citons aussi Léos Carax). Toujours mieux que le cinéma bourgeois à la Podalydès ou le « film de banlieue » dominant actuellement sur nos écrans. Je garde surtout un souvenir ému de son plutôt bon Roselyne et les lions de 1989, seul film que j’avais vu de lui jusqu’ici, tourné en partie dans l’ex-jardin zoologique Longchamp de la cité phocéenne (tout près de mon quartier de résidence des 5 Avenues) et figurant parmi les films de chevet de mon défunt daron.

De Béatrice « les dents du bonheur » Dalle née Cabarrou, j’ai l’image d’une femme… de caractère (on va dire ça comme ça…), totalement imprévisible et difficilement « cernable », capable de se maquer aussi bien avec JoeyStarr qu’avec un militant… d’extrême-droite (!). Et d’applaudir à l'évasion d’un braqueur (Rédoine Faïd)… On se souvient aussi de son mémorable face-à-face télévisuel avec le prédateur PPDA (on ne connaissait pas sa véritable nature à l’époque), qu’elle n’hésita pas à envoyer bouler bien comme il faut. Cinématographiquement parlant par contre, bien que peu cinéphile, je serais bien en peine de citer ne serait-ce qu’un autre film de sa filmographie en dehors de ce 37°2 le matin, qui fête ses 40 ans cette année. Son premier rôle et un véritable coup de maître. Elle est sans doute formidable dans plein d’autres métrages (elle privilégie désormais le circuit indépendant, fidèle à son esprit « punk ») mais rien n’y fera : elle sera pour toujours Betty. Qui est ici ce que fût (toutes proportions gardées) la Bardot du Mépris (film que j’ai par ailleurs détesté) ou ce que sera un an plus tard Pauline Lafont dans L’été en pente douce : la Femme autour de laquelle la Terre tourne.


Le DVD que j’ai emprunté à ma médiathèque municipale proposant la version « sortie ciné » de deux heures et la version longue de trois heures (!), je me suis tapé cette dernière. Alors ça commence « mal ». Premier plan (large) : Anglade et Dalle nus comme des vers en train de baiser sur un lit, l’absence de pénétration constituant la seule différence notable avec un porno lambda. Au moins, on n’est pas pris en traitre, Beineix annonce d’emblée la couleur. Plus loin, il y aura d’autres scènes un peu / beaucoup « olé-olé » : Dalle embrassant la bite (au repos) d’Anglade, celui-ci lui faisant un cunni ou pétrissant un imposant sein de Clémentine Célarié qui, elle, se touchera. Par ailleurs, nos deux tourtereaux seront à poil dans de nombreuses scènes. Pour le reste, on suit la vie d’aventuriers, éloignée des contingences matérielles, et la lente descente aux enfers de ce joli couple qui aurait eu tout pour être heureux si l’obsession, virant à la folie, de Betty pour l’hypothétique carrière d’écrivain de Zorg et une grossesse avortée n’en avaient décidé autrement. Un parcours nous permettant de croiser des visages bien connus du cinéma français comme Gérard Darmon, Clémentine Célarié, Vincent Lindon dans le rôle d’un gendarme ou Dominique Pinon dans celui d’un dealer. Et de voyager à travers les paysages et villages de la France mitterrandienne (allez hop, encore une petite pièce dans le juke-box de la mélancolie nostalgique…) : la Plage des Chalets de Gruissan (Aude), Marvejols (Lozère) ou encore Narbonne. L’ensemble est accompagné d’un très joli thème pianistique de Gabriel Yared et se conclut par un final assez peu crédible (mais c’est du cinéma…) au cours duquel Beineix nous refait le coup de Vol au-dessus d’un nid de coucou. Gros succès public (plus de 3,6 millions d’entrées), beaucoup moins chez les critiques, qui ont toujours boudé Beineix (un seul César, pour l’affiche). Un film pas exceptionnel mais assez marquant, qui « laisse des traces » même quelques heures voire jours après son visionnage et qui mérite donc son statut. Du coup, je vais me choper La lune dans le caniveau et peut-être Diva.