samedi 14 février 2026

Parasite (2019), de Bong Joon-ho

 

« S’il y avait un Oxford des faussaires, ta sœur serait major de promo. »

Groseille Vs. Le Quesnoy, on refait le match… en Corée…

C’est l’histoire des Kim, une famille sud-coréenne en galère (les parents, leur fille et leur fils), vivant dans un petit appartement insalubre en sous-sol et réduite, pour subsister, à plier des boites cartonnées pour une société de livraison de pizzas. Un jour, un ami étudiant du fils Ki-woo lui confie une mission : étant donné qu’il doit s’absenter pour un an, il lui propose de le remplacer comme prof d’anglais pour la petite fille d’une riche famille, les Park. Rapidement accepté, il profite de cette confiance pour progressivement faire embaucher par les Park toute sa famille, sa sœur devenant professeur de dessin pour leur jeune fils, son père chauffeur et sa mère gouvernante de maison, ce qui leur assure de bons revenus. Mais un grain de sable inattendu va venir perturber cette belle mécanique…

Ayant récemment vu une petite vidéo fustigeant le « bourgeois gaze » (« regard bourgeois ») du cinéma, notamment français (y’a aussi celle-là sur le sujet, pas mal du tout), et regrettant que les classes populaires, les rares fois où elles y étaient à l’honneur, l’étaient de façon misérabiliste ou caricaturale, celle-ci donnait cependant quelques contre-exemples comme le Rosetta des frères Dardenne, Ressources humaines de Laurent Cantet et deux récentes Palmes d’Or : Sans filtre (2022) et ce Parasite de 2019, par ailleurs récipiendaire de 4 Oscars (dont les principaux). ‘Tain, non contents de nous massacrer économiquement avec leur dumping social et environnemental, si en plus les « Chinetoques » (ouais, enfin, les « Asiats », quoi…) raflent aussi nos statuettes, que va-t-il nous rester ? J’ai donc sauté le pas, ayant déjà plutôt apprécié The Host, l’un des précédents films de ce décidément talentueux Bong Joon-ho. Et bien m’en a pris. On y retrouve les mêmes ingrédients, pour un résultat encore plus abouti : ingéniosité du scénario, maestria de la mise en scène, qualité de l’interprétation, mélange des genres (comédie, satire sociale, suspense) et message engagé. Ce qui frappe, entre autres, est cette capacité de nous faire passer de l’amusement au malaise ou à l’effroi en quelques plans. Cette famille de « losers » (dans un contexte capitaliste) suscite d’abord l’empathie, avant de voir son image écornée par son comportement vis-à-vis d’aussi miséreux qu’eux. Réaction classique d’absence de solidarité entre membres des classes défavorisées de la société dans un univers concurrentiel, que vient ainsi pointer du doigt Bong. Quant à la famille riche, elle ne m’inspire ni adhésion ni rejet viscéral, mais plutôt un sentiment neutre. A vrai dire, elle est quelque peu naïve (l’épouse) et ridicule (séquence surréaliste où le couple se masturbe mutuellement sur le canapé du salon. Et oui, le cul, c’est comme les chiottes et le capitalisme, c’est universel…). Difficile de ne rien « spoiler », sachez simplement qu’après une première partie plutôt légère et humoristique, on va de surprises en surprises et le film bascule dans une ambiance bien plus sombre. Pour déboucher sur un final aux relents de La cérémonie flirtant avec le grand-guignol sans s’y vautrer complètement. Et oui : on a beau maintenir le couvercle sur une cocotte-minute, à un moment donné, elle finit par exploser. Dernier point, quid de ce titre de « Parasite » (au singulier, notez) ? Si l’on considère que le « parasitage » induit le profit sans effort (« l’assistanat » donc, pour reprendre un terme cher à certains de nos politichiens, flattant les bas instincts pour en tirer un profit électoral à moindre frais…), alors j’appliquerai ce qualificatif au personnage central qui n’apparait qu’à la moitié environ du métrage plutôt qu’aux membres de la famille Kim, qui certes magouillent un petit peu mais néanmoins travaillent. Voire à la famille Park, incapable d’assurer les tâches ménagères et qui vit donc sur le labeur de leur personnel. Vu et approuvé. 

mercredi 11 février 2026

Les trois frères (1995), de Didier Bourdon et Bernard Campan

 

« Votre colin, avec ou sans patates ? » - « Cent patates ! »

« Le mec, il a peint l’Alaska, il est un peu… ? »

C’est l’histoire de… trois (demi) frères (Didier Bourdon, Pascal Légitimus et Bernard Campan) qui ne se connaissent pas et s’apprêtent à hériter d’une importante somme suite au décès de leur mère. Malheureusement pour eux, un codicille au testament (on aura au moins appris quelque chose…) les en prive, le délai étant dépassé de deux jours. Des difficultés financières les entrainent alors dans tout un tas de problèmes…

Après avoir triomphé sur scène et à la télévision (leur émission culte La télé des Inconnus), c’est tout naturellement que le trio passe à l’épreuve du grand écran. Et c’est à nouveau un succès avec 7 millions d’entrées dans le monde et un César du Meilleur premier film. A la revoyure, le bilan est malgré tout mitigé et bien inférieur à mon avis au Pari (de et avec Campan et Bourdon, sans Légitimus) sorti deux ans plus tard (la « séquelle » de 2014 est encore pire, cela va de soi). Ils recyclent certains de leurs sketchs (notamment celui de l’émission Millionnaire) et répliques culte (« Salut, tu vas bien ? »). Bon, ils font bien un peu pleurer dans les chaumières avec l’histoire du marmot mais ça fait un creux dans le film. Et puis y’a des trucs un peu poussifs et lourdingues (la scène de la rave ou celle du diner chez Légitimus avec Farcy), z’ont toujours été un poil « populistes » sur les bords, nos gars, ça fait partie de leur succès (le côté « poujadiste » anti-Etat, les allusions appuyées sur la couleur de peau de Légitimus, les « salope ! » à répétition lancés à la gent féminine). Mais les racistes et les pères qui fuient leurs responsabilités en prennent aussi pour leur grade alors on leur pardonne et tout le monde est content (on appelle ça « ratisser large » et « jouer sur tous les tableaux »). Comme tant de célébrités (comiques, chanteurs, acteurs…) ayant eu du succès dans les années 80 et 90, le passage au nouveau millénaire fût plus compliqué pour notre trio de choc. Campan (né un 4 avril comme moi et… Bruno Mégret), gagné par un « esprit de sérieux », prit un virage vers des rôles plus dramatiques et j’ai appris d’acteurs handicapés non-professionnels de la série Vestiaires que Légitimus y jouait un peu à la « star ». Quant à Bourdon, il enchaine cyniquement les comédies franchouillardes mises en boite par des tâcherons et est aussi omniprésent que ses deux compères se sont faits plus discrets. Parmi les visages connus dans la distribution, on retrouve : les Deschiens Bruno Lochet et Yolande Moreau ; l’humoriste (sic) Elie Semoun (mais sans « Dieudo », pourtant pas encore « persona non grata » dans le showbiz) ; Bernard Farcy, futur commissaire dans la franchise Taxi ; et Claude Berri, co-producteur, qui s’acquitte également du rôle du président du tribunal à la fin. 

lundi 9 février 2026

Total Recall (1990), de Paul Verhoeven

 

« Enfin, chéri, sois raisonnable. Après tout, nous sommes mariés. » - « Considère ça comme un divorce ! »

Réalisation : Paul Verhoeven

Scénario : Ronald Shusett, Dan O'Bannon et Gary Goldman sur l'histoire adaptée par Ronald Shusett, Dan O'Bannon et Jon Povill, d'après la nouvelle Souvenirs à vendre de Philip K. Dick

Pays : Etats-Unis

Année : 1990

Genre : Science-fiction, action

Avec : Arnold Schwarzenegger, Rachel Ticotin, Sharon Stone, Michael Ironside, Ronny Cox.

Synopsis : En 2084, Douglas Quaid mène une vie tranquille, entre son job d’ouvrier de chantier et Lori, sa superbe épouse. Obsédé par la planète Mars, dont il rêve fréquemment, il fait appel à la société Rekall qui propose à ses clients l'implant de souvenirs factices. Mais l’opération se passe mal et le voilà poursuivi par des individus qui cherchent à l’éliminer…

Pourquoi ? Autant j’ai trouvé que Terminator 2 n’avait pas vieilli, autant ce Total Recall, sorti pourtant seulement un an auparavant, me semble avoir pris un bon petit coup derrière la tête (certains décors en carton-pâte, la mutante aux trois seins…). Comme quoi, la technologie avance vite. Pas de quoi cependant nous gâcher le plaisir car pour le reste, c’est du classique : de l’action et une histoire où l’on ne comprend pas forcément tout mais on s’en fout puisque c’est de la science-fiction. Et surtout, nous avons là le premier rôle d’envergure d’une certaine Sharon Stone, dont la divine beauté du visage fût responsable de mes premiers émois adolescents (mais son corps tout entier ne me laissait pas indifférent non plus…). Cette prestation réussie convainquit Paul Verhoeven de l’engager pour le premier rôle de son film suivant, Basic Instinct (1992), qui la propulsera superstar d’Hollywood. Sa route était désormais pavée d’or.

Thelma & Louise (1991), de Ridley Scott (rework)

 

« Je crois que je suis devenue un peu dingue. » - « Tu as toujours été un peu dingue. C'est juste la première fois que tu as eu l'occasion de t'exprimer. »

Réalisation : Ridley Scott

Scénario : Callie Khouri

Pays : Etats-Unis

Année : 1991

Genre : Road movie, drame

Avec : Susan Sarandon, Geena Davis, Harvey Keitel, Michael Madsen, Brad Pitt, Christopher McDonald, Stephen Tobolowsky.

Synopsis : Thelma, femme au foyer bridée et brimée par son beauf de mari (toute la panoplie : la petite moustache, la gourmette, le marcel, le pack de bière devant le match télévisé de foot américain…) et son amie Louise, serveuse dans une cafétéria, décident de passer un week-end « entre filles ». Hélas pour elles, leur passage dans une boite de nuit tourne mal : Louise abat un homme qui s’apprêtait à violer Thelma. Dès lors, pas d’autre choix que la fuite à travers l’Amérique…

Pourquoi ? Rien que d’en parler, j’en ai les larmes aux yeux. Alors le fameux final, c’est carrément les « grandes eaux ». Mais bon, je chiale à tout, de toutes façons (un drame, un visage, une chanson au hasard, Back To Black d’Amy « Maison du vin » la bien nommée ou Heaven Or Las Vegas des Cocteau Twins – et même à l’occasion… une interview de Dominique De Villepin, c’est dire…). Ce n’est pas, je pense, faire injure à Susan Sarandon (une femme bien) que de dire que c’est Geena Davis, de dix ans sa cadette, qui porte littéralement le film sur ses épaules de bout en bout. Quelle expressivité, l’anti-Steven Seagal ! A l’exception notable de Madsen et Keitel, tous les mecs sont des connards finis et se font bien remettre à leur place (voire pire) par nos deux dames de choc (à part Pitt qui s’en sort en les bananant). Le film est bien sûr un puissant et précurseur manifeste féministe. Mais il y a 35 ans de ça (même si j’ai dû le voir quelques années après sa sortie), on ne se posait pas (encore) toutes ces questions. Femmes ou hommes, c’était juste un p*tain de bon film. Et ça le reste toujours. « Iconique », comme diraient les « Gen Z »…

[P.S : La B.O contient The Ballad of Lucy Jordan, la chanson la plus connue de Marianne Faithfull, disparue il y a un an, issue de son album de 1979 Broken English, que je conseille à tous.]

vendredi 6 février 2026

Terminator 2 : Le jugement dernier (1991), de James Cameron

 

« C’est dans votre nature de vous détruire vous-mêmes. »

« Dire qu’il n’est pas encore né… Quel bordel, dans nos têtes ! »

« Hasta la vista, baby ! »

Réalisation : James Cameron

Scénario : James Cameron et William Wisher Jr.

Pays : Etats-Unis

Année : 1991

Genre : Science-fiction, action

Avec : Arnold Schwarzenegger, Edward Furlong, Linda Hamilton, Robert Patrick, Joe Morton.

Synopsis : 2029 : les humains remportent la guerre contre les « machines » (robots doués d’intelligence), engagée après l’holocauste nucléaire du 29 août 1997. Afin de modifier cette issue, Skynet, l'ordinateur qui contrôle les machines, envoie un nouveau Terminator en 1995 pour éliminer John Connor, alors enfant et futur chef de la résistance humaine, après avoir échoué une première fois en 1984 sur sa mère Sarah Connor. Mais les humains envoient eux aussi leur propre cyborg à la même époque pour protéger John.

Pourquoi ? Six ans avant Titanic et ses 200 millions de dollars de budget, James Cameron affolait déjà les compteurs avec ce formidable Terminator 2 en ayant coûté « seulement » la moitié, ce qui en faisait déjà à l’époque le film le plus cher de l’histoire. C’est donc tout naturellement qu’on en aura « pour notre argent ». Nous y verrons comme il se doit des cascades, des bagarres, des courses-poursuites, des fusillades mais aussi et surtout des effets spéciaux révolutionnaires à l’époque (morphing, images de synthèse). Voilà pour la forme mais il y a même aussi un peu de « fond ». Au-delà de l’ancestrale lutte du Bien contre le Mal, la crainte visionnaire de voir la technologie « indomptée » et s’avérer néfaste pour nous autres pauvres « humains » (mais le sommes-nous encore… et d’ailleurs, l’avons-nous déjà véritablement été ?) résonne étrangement en ces temps « d’intelligence artificielle ». Le film nous tirera également quelques chaudes larmes, via des ressorts certes mièvres et bateau (les rapports mère-fils, l’ado qui sympathise avec « son » Terminator, l’adieu final). Contrairement (à mon sens) au premier volet de 1984, Terminator 2 n’a pas pris une ride. A noter la présence dans la B.O du titre You could be mine des Guns N’Roses, issu du deuxième volume de leur monumental diptyque Use Your Illusion sorti la même année que le film. Epoque bénie…