« On passe voir les pédés ? »
C’est l’histoire d’un mec, Giovanni
Alberti (Alberto Sordi), qui, après avoir chanté tout l’été, se trouva fort
dépourvu lorsque la bise fut venue. En gros, il s’est endetté pour financer son
train de vie (et celui de sa femme, Gianna Maria Canale) et il galère un max pour trouver des
prêteurs, son entourage, pas dupe, refusant de s'engager dans ses soi-disant investissements
pouvant rapporter gros. Un jour, l’épouse d’un riche industriel borgne (non, ce
n’est pas feu Jean-Marie…) qui a refusé de l’aider lui fait un bien étrange
marché : elle est prête à lui donner une très grosse somme d’argent s’il
accepte d’échanger son œil gauche, valide, contre celui en verre de son mari !
Cliché de la nana dont
« l’amour » pour son mari est directement indexé sur sa capacité à
lui assurer une « sécurité financière » : oui, mais ce n’est pas
un cliché.
Cliché du mec « needy »
qui met sa nana sur un piédestal : oui, encore, mais ce n’est pas un
cliché.
MGTOW : non, du coup.
« Homophobie »
latente : oui. Enfin, ce n’est peut-être pas le terme approprié étant
donné qu’il n’y a pas d’hostilité, « juste » de la moquerie. Les
homos (on ne disait pas encore « gays », à l’époque) sont carrément
vus comme des figures folkloriques, des phénomènes de foire, appelés
« pédés » (sic). Ainsi, Sordi et sa bande d’amis, une nuit, passent
en voiture devant un lieu de drague homosexuel et se foutent ouvertement de
leur gueule. Ce qui ne heurte pas les intéressés, qui en rient également (bon,
si tout le monde est content…). Plus loin, un mec lâche, toujours sur le ton de
la plaisanterie, « des pédés, il y en a dans toute l’Italie,
maintenant ». Bon, comme toujours en pareil cas, on dira que
« c’était l’époque ». Mais on trouvera toujours des gens pour nous
dire que « c’était mieux avant ». Si on n’est pas gay (ou noir, en
particulier aux Etats-Unis, ou femme ou ouvrier, voire jeune), oui, peut-être…
Glorification de la besogne laborieuse
: oui (l’industriel à Sordi : « Vous voulez gagner en un an ce que nous
avons gagné en un demi-siècle »).
Foi en l’humanité :
definitely not (« On fait que d’la merde », Béatrice Dalle).
Mon avis : pas mal mais des redondances avec d’autres « comédies à l’italienne » de cet « âge d’or » cinématographique, que ce soit la prestation de Sordi (toujours à mendier, qu’il s’agisse d’argent ou l’amour de sa femme) ou dans les thèmes abordés (la superficialité et l’hypocrisie des « nouveaux riches » issus du « miracle économique » italien, la cupidité, l’absence de valeurs morales), avec toutefois un côté plus sombre (le final sans espoir).














