« Etre un couple, c’est
ne faire qu’un. Mais lequel ? » (Oscar Wilde)
C’est l’histoire d’un couple, vivant
depuis environ deux ans dans un chalet isolé près de Grenoble. Tous deux
écrivains : lui, Samuel (Samuel Theis), français ; elle, Sandra (Sandra
Hüller), allemande. Un jour, leur fils malvoyant Daniel (Milo Machado-Graner),
accompagné de son chien guide Snoop, découvre le corps sans vie de son père sous la fenêtre du grenier, où celui-ci écoutait de la musique à un fort volume,
ce qui contraint sa compagne d’écourter un entretien avec une étudiante venue l'interviewer.
Très vite, Sandra est inculpée pour meurtre. Elle fait appel à son ami et avocat
Vincent Renzi (Swann Arlaud).
Elle est fatigante, cette époque,
hein ? Les problématiques, les pseudo-polémiques (Victor. Qu’est-ce
qui n’est pas « polémique », de nos jours ?), les tensions et
les manipulations sont exacerbées par les incroyables caisses de résonnance que
constituent les chaines info en boucle d’une part et les réseaux dits
« sociaux » d’autre part (deux véritables cancers modernes). Ces
derniers sont devenus le réceptacle de haines recuites, empreintes de hargne
revancharde. Parmi les marottes dont nous sommes inlassablement abreuvés, outre
l’incontournable triumvirat insécurité - immigration - Islam ou les thématiques
de « genre », la fameuse litanie « c’est avec nos impôts »
(dans un pays où 50% de la population n’en paie pas, dont, parait-il, même
certains millionnaires) figure en bonne place. Il en va ainsi du cinéma
français, qui serait un outil de propagande (si c’est le cas, ça n’a pas l’air
très efficace…) et un gouffre financier car souvent non-rentable. Alors que
c’est faux : non, le cinéma n’est pas financé par « nos impôts ».
La réalisatrice Justine Triet, lors de la remise de sa Palme d’Or à Cannes,
s’en était alors pris « plein la gueule » pour l’avoir ouverte, à mon
sens à bon escient, afin de s’opposer à la réforme des retraites de 2023 et de
défendre « l’exception culturelle » française (effectivement à
chérir, à l’instar de notre modèle social), fragilisée selon elle par la
politique gouvernementale. Ben oui, c’est tellement plus confortable pour tout
le monde (et surtout pour nos dirigeants), un(e) cinéaste qui « fait où on
lui dit de faire », se contentant de venir récupérer son prix et débiter
son discours convenu à base de remerciements…
Ceci posé, il nous faut parler du film puisqu’il convient, dans un sens ou dans l’autre et selon la formule consacrée, de « séparer l’homme – ou ici en l’occurrence, la femme – de l’artiste » (enfin, pour Cantat, par exemple, c’est un peu plus difficile…). Alors honnêtement, je m’attendais à pire. Le film est plutôt prenant, limite oppressant par moments et met mal à l’aise. Bon, déjà, la perte du père, j’ai connu ça il y a bientôt quatre ans donc évidemment, ça renvoie à mon histoire personnelle. J’ai surtout été marqué par les séquences de procès. Avocat et procureur sont de « drôles » de métiers. Harceler, pousser l’accusé ou les appelés à la barre à la faute pour influencer un jury… La machine judiciaire peut vite s’avérer implacable, un rouleau compresseur auquel il sera très difficile de résister. Autant être très solide et préparé pour éviter d’être broyé. Sans compter les regards suspicieux ou inquisiteurs du public présent dans le prétoire (les tribunaux populaires, la pression de « l’opinion publique », j’ai horreur de ça…). C’est ainsi toute la vie du couple qui est mise à nu, ses jalousies (elle a du succès, pas lui et elle lui a piqué l’idée d’un de ses bouquins non achevés pour le sien), ses non-dits, tout ça aux yeux (sic) et aux oreilles du fils, assistant au procès malgré les réserves de la juge d’instruction. C’est d’ailleurs le véritable sujet du film, l’enquête policière n’étant qu’un prétexte. Tout est bien reconstitué, c’est très réaliste. La musique au piano est aussi très bien (le morceau Asturias d'Isaac Albéniz). Néanmoins, si je n’ai rien à objecter au scénario et à l’interprétation, cela me semble tout de même un peu « léger » pour tant de récompenses (Palme d’Or, un Oscar et six Césars – dont les principaux –, entre autres), en comparaison d’un Parasite de Bong Joon-ho, pour prendre un exemple récent de film multi-primé. Formellement, c’est très classique. Je ne suis pas loin de penser comme le cinéaste kazakh Darejan Omirbaev, qui estime que ce film prouve que « l'art cinématographique est déjà mort. C'est filmé comme une série ». Mais son succès me réjouit pour la France et si ça emmerde la « majorité » présidentielle, c’est encore mieux. Et puis ce genre de films, c’est un bonheur pour les célibataires endurcis tels votre Serviteur : avoir une nana comme ça à la maison, caractérielle voire hystérique, toujours dans nos pattes, juste pour des moments de tendresse ou de gaudriole qu’on n’est en plus même pas sûr d’avoir, ça fait franchement pas envie ! 😄




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