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Mélo (1986), d’Alain Resnais

 

« Je ne suis pas triste, j’ai perdu l’espoir d’être heureux… J’en ai perdu l’envie. » - « Ca s’appelle le cafard et ça s’en va. »

C’est l’histoire de deux amis violonistes, Pierre Belcroix (Pierre Arditi) et Marcel Blanc (André Dussollier). Si Pierre est sensible et rêveur, Marcel est quant à lui un grand séducteur. Lors d’un dîner, Romaine (Sabine Azéma), pianiste et épouse de Pierre, tombe amoureuse de Marcel.

Le théâtre, la musique classique (Brahms, Bach), ça rigole pas, là, on cause « Culture », la vraie, la grande. Alors c’est sûr que quand on a été biberonné à Megadeth et aux Guns, aux films avec « Schwarzy » ou Marilyn Jess, ben… on rame. « Etonne, soulage, séduit », nous en dit Le Monde. Moi j’aurais plutôt dit « emmerde et casse les couilles », c’est à cause de ça… Et le soulagement, c’est quand le rideau tombe après 105 longues, interminables minutes. Resnais adapte la pièce d'Henry Bernstein. C’est donc du théâtre : t’as quatre acteurs, t’en mets alternativement deux ou trois dans quatre-cinq décors différents et ils débitent leur texte (de fort belle manière, reconnaissons-le. T’as même Dussollier qui te fait un monologue de dix minutes mais c’est Arditi qu’aura le César du meilleur second rôle masculin). Et j’ai rien contre, au contraire (Le Père Noël est une ordure, les Bacri-Jaoui, Le dîner de cons). Sauf que là, ce n’est pas de la comédie mais du drame. En fait, une énième variation sur le thème « le mari, la femme et l’amant ». Louis Malle en a fait Ascenseur pour l'échafaud, Gérard Kikoïne en aurait fait une partouze (avec Fanny nous montrant son buisson…). Ici, c’est du classique, ça blablate à n’en plus finir. Azéma minaude ou fulmine (as always) et ça fait un César. Un ennui aussi mortel que celui ressenti pour L’amour à mort deux ans plus tôt, avec le même quatuor de comédiens. Bon, je m’en retourne à ma « sous-culture de masse », sans regret…

On connait la chanson (1997), d’Alain Resnais

 

« Les chevaliers paysans de l’an mil au lac de Paladru » - « Au lac de… ? » - « Paladru ! »

Réalisation : Alain Resnais

Scénario : Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri

Pays : France, Royaume-Uni, Suisse

Année : 1997

Genre : musical, comédie dramatique, film choral

Avec : André Dussollier, Sabine Azéma, Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Lambert Wilson, Pierre Arditi.

Synopsis : Simon, qui fait son métier d’agent immobilier sans conviction, en pince secrètement pour Camille, guide touristique et passionnée d’histoire comme lui. Mais elle s’éprend de Marc, le prétentieux et tyrannique patron de Simon. Parallèlement, la sœur de Camille, Odile et son mari Claude, un couple usé par les années, font appel à Marc pour leur projet immobilier tandis que Simon fait visiter des appartements à Nicolas, un ancien amant d’Odile particulièrement indécis.

Pourquoi ? Parce qu’encore et toujours (et pour la dernière fois sur ces pages) le duo Bacri - Jaoui au scénario et à l’interprétation et c’est à nouveau un succès critique (7 Césars, dont meilleurs film et scénario) et public (2,6 millions d’entrées en France) ; pour le concept audacieux d’intégrer dans les dialogues des extraits de chansons populaires interprétés en playback. Mention spéciale à Bashung (Vertige de l’amour, par Dussollier), France Gall (Résiste par Azéma, même si je conçois qu’au bout de trois fois, ça puisse gaver…), Eddy Mitchell (trois titres), Léo Ferré (l’immense Avec le temps, par Bacri) et Téléphone (Ca (c’est vraiment toi)… mais y’a que des « tubes », de toutes façons. Le cinéma « populaire et de qualité » tel qu’il devrait toujours être.

Le bonheur est dans le pré (1995), d’Etienne Chatiliez

 

« Pendant ton absence, j’ai… Ca lui a bien dégagé les écoutilles. »

C’est l’histoire de Francis Bergeade (Michel Serrault), chef d'entreprise à Dole, en proie à de multiples problèmes : les employées de son usine de sièges de toilettes menacent de faire grève, alors qu’un contrôle fiscal se profile et que sa femme Nicole (Sabine Azéma) et sa fille Géraldine (Alexandra London), bourgeoises autocentrées, ne font rien pour l’aider. Il sera même victime d’un malaise vagal. Ses seuls moments de plaisir, il les partage autour d’une bonne table avec son ami concessionnaire automobile Gérard (Eddy Mitchell), un bon vivant et coureur de jupons invétéré. Mais voilà qu’un soir, en regardant l’émission Où es-tu ?, il se reconnait dans le portrait de Michel Thivart, disparu vingt-six ans plus tôt et dont il est le parfait sosie. Poussé par Gérard, il va sauter sur l’occasion pour changer de vie.

Je vais faire mon difficile en disant cela mais finalement, Chatiliez, c’est pas si fou que ça, non ? Certes, à l’instar d’un Francis Veber, son savoir-faire de petit artisan au ton vachard le fait voler bien au-dessus (au moins jusqu’à La confiance règne, ensuite ça se gâte sévère…) de la multitude de panouilles mises en boite par des tâcheron(ne)s qui sortent chaque année sur nos écrans, aux têtes d’affiche immuables (Dany Boon, Didier Bourdon, Gérard Darmon, Christian Clavier, Kad Merad, Michèle Laroque, Valérie Bonneton…). Mais passés la bonne idée de départ (l’inversion des bébés dans La vie est un long fleuve tranquille, la vieille acariâtre de Tatie Danielle, le grand dadais qui s’accroche à ses parents dans Tanguy…) et un art consommé de la caricature (vous me direz, c’est déjà pas mal), qu’y a-t-il d’autre à se mettre sous la dent (ou les yeux et les oreilles, en l’occurrence) ? Ici encore, la galerie de personnages caricaturaux qu’on croirait sortis des Bidochons ou des Deschiens (François Morel en comptable en « Nike », Yolande Moreau en ouvrière), le choc des mondes et des contraires (l’usine de la ville / le marché du village campagnard, Azéma en bourgeoise distinguée / Mitchell en mec bourru et vulgos) mais peu de gags ou situations franchement comiques et de « punchlines » incisives. Les acteurs ne sortent pas de leur registre habituel et de fait, ils excellent (c’est bien le moins), notamment « Schmoll », qui empoche le César du meilleur second rôle masculin. Le film voit débuter au cinéma les deux frères Cantona, tous deux footballeurs, nés à Marseille et ayant joué à l’OM (Eric lors de la grande époque des « années Tapie » et Joël, nettement moins talentueux, pendant les deux saisons du club en Deuxième division entre 1994 et 1996). Finalement, je retiendrai surtout le message du film pour une vie simple et le goût des bonnes choses, en particulier celles de la table. 

Cœurs (2006), d’Alain Resnais

 

« Mais je suis ce que je suis. Après tout, qu’est-ce qu’on peut être, à part soi… ? »

C’est l’histoire de Thierry (André Dussollier), agent immobilier et de sa collaboratrice Charlotte (Sabine Azéma), qui cherchent un appartement pour Nicole (Laura Morante) et Dan (Lambert Wilson), un couple de clients difficiles. Nicole est excédée par le comportement de Dan, qui préfère boire des coups chez Lionel (Pierre Arditi), son barman attitré, plutôt que chercher du travail. Ils se quittent momentanément, histoire de faire le point et Dan rencontre alors Gaëlle (Isabelle Carré), sœur cadette de Thierry, par le biais des petites annonces. Pendant ce temps, Charlotte se fait engager comme aide à domicile par Lionel pour garder son père malade et colérique (Claude Rich) pendant son service du soir.

A-t-on besoin d’un énième film choral français avec des personnages évoluant dans un milieu confortable et des décors de studio, ergotant sur les vicissitudes de la vie et de l’amour, porté par une musique mélodramatique à base de cordes ou de piano, « marketé » par les habituelles accroches laudatrices de la critique (« Resnais au sommet de son art », Le Monde ; « Une sorte d’absolu du cinéma », Libération), quand bien même mis en scène par « Monsieur » Alain Resnais ? J’avais vu ce film sur Canal peu après sa sortie et j’avais été, sinon ébloui (n’exagérons rien), du moins « titillé », par l’histoire, les personnages, la réalisation. Près de vingt ans plus tard, mon enthousiasme s’est quelque peu émoussé. Dussollier est (encore) agent immobilier (comme dans On connait la chanson) et obséquieux, Azéma est (encore) pétillante et délurée, sous des atours de secrétaire réservée. Arditi, lui, se fait plus sombre voire quasi désespéré, à l’image du ton général du film, ayant pour cadre un Paris neigeux. Les personnages ne se croisent que deux par deux (comme dans Smoking / No smoking), plus rarement (et jamais plus de) trois, dans une poignée de décors (le bar, l’agence immobilière, les appartements des uns et des autres) et chaque scène est délimitée par un interlude constitué de flocons de neige (à la fin d’On connait la chanson, c’était des méduses…). Au final, chacun et chacune retourneront à leur solitude intérieure. Il y a bien un peu d’humour (les cassettes vidéos prêtées par Azéma à Dussollier ; Azéma aux prises avec le père d’Arditi, aux comportement et propos abjects) et des trucs de mise en scène (les visites immobilières filmées du plafond ; Claude Rich, interprétant le père d’Arditi, présent uniquement par la voix ; la neige, ne tombant plus seulement au dehors mais à l’intérieur même de la maison d’Arditi lors de ses confidences à Azéma) mais guère de raisons de se réjouir… plus que de raison.

Mon homme (1996), de Bertrand Blier

 

« Bon ben pour commencer, moi, j’vais faire un gros pipi, hein… »

C’est l’histoire de Marie (Anouk Grinberg), une prostituée indépendante, qui découvre un SDF (Gérard Lanvin) dormant dans le hall de son immeuble. Elle lui offre l’hospitalité puis en tombe amoureuse et lui propose de devenir son proxénète.

Voilà donc le film qu’Anouk Grinberg aurait tourné sous la contrainte et « l’emprise » de Bertrand Blier, son compagnon d’alors, malgré son refus initial. Il est regrettable - pour tout le monde - que ce genre d’affaires ne sortent que des décennies plus tard, parfois même, comme dans le cas présent, quand la personne incriminée est décédée. De là à dire que le réalisateur a fait « de l’humiliation des femmes un divertissement », je trouve ça un peu exagéré. Certes, jusqu’en ces années 90, il y a eu quelques mains un peu lestes sur les corps féminins mais derrière l’apparente misogynie, on sent aussi un grand amour, peut-être maladroit, pour les femmes. Quoi qu’il en soit, j’ai enfin trouvé ce film, l’un des derniers Blier que je n’avais pas vu (reste son premier, Si j'étais un espion, tandis que Beau-père, de par sa thématique assez… particulière, ne me branche pas du tout), à un prix « raisonnable » sur Vinted (30 euros tout de même mais ça monte jusqu’au double ou au triple). Et je ne regrette pas. Comme j’ai dû le dire précédemment, chez Blier, il y a toujours quelque chose à « picorer ». Des « bons mots » poético-comiques, des situations loufoques, provocantes et dérangeantes, le jeu des comédiens… Il y a tout ça ici aussi. Formellement, on est dans la continuité de sa « trilogie Grinberg », après Merci la vie et Un, deux, trois, soleil mais il livre là son film le plus noir, âpre et rugueux. Ce qui ne passe pas auprès du public et de la critique… « à moins d’être un réalisateur iranien ou polonais », explique-t-il malicieusement dans l’interview bonus. Le plus érotique aussi (un choix délibéré) même si au final, il n’y a qu’une scène de sexe, un peu longuette il est vrai, entre Grinberg et Lanvin (et une autre, plus rapide et comique, avec Jacques Gamblin). Quelques années avant Les acteurs (2000), Blier fait défiler une belle galerie de brèves apparitions, dans des rôles de clients : Gamblin donc mais aussi Darroussin, Galabru, Kassovitz, Jacques François ou encore Jean-Pierre Léaud. J’ai surtout apprécié la prestation de Sabine Azéma, le temps de deux scènes et celle au bar de la boite de nuit entre Grinberg et Valeria Bruni Tedeschi, sur fond de Barry White, malgré quelques répliques incompréhensibles (un mal français, qu’on retrouve d’ailleurs épisodiquement tout au long du film). Quant à Lanvin, il est dans son registre habituel de mec bourru à grande gueule, pas mauvais fond mais avec toujours une violence sous-jacente et cette incapacité chronique à sourire. En conclusion, ce film vient confirmer que je suis assez friand de ce qui est le plus controversé chez le cinéaste (ses années 90 ou Les côtelettes) et je ne le remercierai jamais assez pour avoir su tracer cette voie si originale, malgré ses imperfections et ses redites, dans un cinéma français trop souvent sclérosé. 

La vie et rien d’autre (1989), de Bertrand Tavernier

 

C’est l’histoire d’Irène (Sabine Azéma), une « femme du monde », qui parcourt la France dévastée de 1920 et ses hôpitaux à la recherche de son époux, après la Première guerre mondiale. Son chemin va croiser celui du commandant Dellaplane (Philippe Noiret), chargé de recenser les soldats disparus. Alice (Pascale Vignal), une jeune institutrice, recherche également son amoureux.

Si on nous aura bassiné avec la Seconde guerre mondiale, que ce soit en cours d’histoire ou sur grand (et petit) écran, ce fût beaucoup moins le cas pour la Première. Qu’à cela ne tienne, le duo « Tatav » / Noiret (dont je clôture ici mon cycle) est là pour combler ce manque. Vous m’expliquez pourquoi je persiste à me taper des films sur des sujets (en gros, historiques, avec costumes et décors d’époque) qui me passent par-dessus la tête ? Ben, pour la « culture »… C’est qu’ils nous auront tout fait, nos chers cinéastes, avec leurs Uranus, Germinal, Cyrano et autres Reine Margot, au casting aussi luxueux que leur reconstitution, leur assurant une moisson de Césars, d’interprétation ou techniques. Celui-ci en empocha deux (meilleur acteur pour Noiret et meilleure musique). Et de quoi ça cause ? Sérieux, vous ne le devinez pas, qu’Azéma et Noiret vont s’aimer ? Oh, pas dès le début, évidemment, mais progressivement, à force de se côtoyer, elle la bourgeoise hautaine et lui bon fond et droit dans ses bottes sous ses airs revêches. Et comme ça dure un petit peu plus de deux (longues) plombes, autour, faut « broder », avec des « intrigues » parallèles (l’institutrice, la recherche du poilu qui deviendra le « Soldat inconnu »…). Tout de même le second plus gros succès de Tavernier au box-office, derrière Coup de torchon.

Vous n’avez encore rien vu (2012), d’Alain Resnais

 

« La vie est là, qu’est-ce que tu veux… Il faut bien la vivre... »

C’est l’histoire d’une dizaine de comédiens convoqués post-mortem par le dramaturge Antoine d'Anthac (Denis Podalydès). Celui-ci leur projette la captation filmée d’une mise en scène de sa pièce Eurydice, qu’ils ont tous joué naguère, interprétée par une jeune troupe afin de connaître leurs impressions.

Ouais ben, j’aurais mieux fait de ne rien voir… Autant j’aime généralement bien Resnais (mort à Neuilly), autant celui-là est redoutablement chiant. Nous sommes amenés à regarder des comédiens qui jouent leur propre rôle en train de regarder une célèbre pièce de théâtre jouée par d’autres comédiens, en herbe ceux-là. Et devant ce spectacle, les souvenirs se ravivent et les spectateurs se mettent eux aussi à rejouer la pièce. Les rôles principaux Orphée et Eurydice passent ainsi alternativement du couple Arditi-Azéma à celui composé de Lambert Wilson (né à Neuilly) et Anne Consigny et à celui des jeunes comédiens. Même si c’est fatalement l’immuable duo Arditi / Azéma qui se taille la part du lion (pas de Dussollier en revanche pour cette fois, il devait avoir piscine…), on imagine que la production a dû faire preuve de diplomatie afin de ne froisser aucun égo, en donnant à chacun et chacune son quota de scènes et de temps à l’écran. A ce petit jeu, Mathieu Amalric (né à Neuilly) s’en sort plutôt bien. Partez pas avant la fin, y’a une surprise : Podalydès (né à... Versailles) n’est en fait pas mort (ça alors !). Enfin, pas tout de suite car il cassera sa pipe juste un peu plus tard. Mais qu’importe puisque sa pièce continue d’être jouée. Qu’est-ce qu’on s’amuse…

Aimer, boire et chanter (2014), d’Alain Resnais

 

« Sexuellement, c’est plutôt le calme plat depuis longtemps… Comme ils disent dans les westerns : ça fait longtemps que les caravanes ne passent plus par ici… »

C’est l’histoire de George, atteint d’un cancer en phase terminale (il n’en a plus que pour six mois, tout au plus) et de trois couples, dans le Yorkshire : son ex-femme Monica (Sandrine Kiberlain) et son nouveau compagnon, l’agriculteur Siméon (André Dussollier) ; son meilleur ami Jack (Michel Vuillermoz) et son épouse Tamara (Caroline Silhol) ; son premier amour Kathryn (Sabine Azéma) et son mari Colin (Hippolyte Girardot). Acteur avec Tamara, Kathryn et Colin dans une petite troupe de théâtre en pleine répétition d’une pièce, George exerce une forte attraction sur chacune des femmes, mettant en péril les trois couples.

Dernier (et encore plutôt bon) film du « magicien » Resnais, disparu quelques semaines avant sa sortie française et troisième adaptation d’une pièce du dramaturge britannique Alan Ayckbourn, après le pari fou Smoking / No smoking en 1993 et Cœurs (dont j’ai aussi un très bon souvenir) en 2006. Oui, c’est (ô combien !) du théâtre mais aussi du cinéma. Quelques similitudes avec Smoking… : le Yorkshire, les décors en carton-pâte, les dessins de BD (générique du début dans Smoking…, interludes montrant dans quel domicile aura lieu la scène suivante ici), beaucoup de scènes à deux personnages (mais six interprètes ici, en lieu et place du seul duo Arditi / Azéma dans Smoking…). Azéma (dernière épouse du réalisateur) retrouve son rôle habituel de femme enjouée et pétillante tandis que George, autour duquel tourne toute l’intrigue, sera invisible tout au long du film. Le final donne lieu à un rebondissement inattendu. Par ses facéties et sa vitalité jamais démenties, le cinéaste parvient à moderniser un genre (le vaudeville) qui, sans ça, sentirait sérieusement la naphtaline.

Les herbes folles (2009), d’Alain Resnais

 

C’est l’histoire de Marguerite Muir, dentiste et aviatrice à ses heures perdues, qui se fait voler son sac à la sortie d’un magasin de chaussures. Georges Palet, lui aussi amateur d’aviation, retrouve son portefeuille au pied de sa voiture dans un parking souterrain. Il le ramène à la Police mais ayant l’adresse et le numéro de téléphone de Marguerite, il se met à la harceler, s’inventant une improbable histoire d’amour avec elle.

Y’a qui dedans ? Sabine Azéma et André Dussollier, comme d’habitude chez Resnais, sont de la partie pour les deux rôles principaux. Mais pas de Pierre Arditi pour cette fois-ci, remplacé par Anne Consigny (l’épouse de Dussollier) et Emmanuelle Devos (l’amie d’Azéma et elle aussi dentiste). La voix off étant assurée par Edouard Baer.

Et c’est bien ? Poursuivant mon « reset » et après trois essais particulièrement infructueux dont, par charité chrétienne, je ne dirai mot (Un étrange voyage d’Alain Cavalier, Un dimanche à la campagne de Bertrand Tavernier et Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat, trois monuments d’ennui…), ces Herbes folles, antépénultième film d’Alain Resnais, me redonnent foi en le cinéma français. Bien sûr, il y a des choses qui ne vont pas. Il s’agit certes d’un cinéma « bourgeois », Mathieu Amalric et Michel Vuillermoz en flics, ça l’fait moyen et il n’y a qu’au cinéma qu’on peut embrasser un(e) inconnu(e) au bout de quelques minutes ou tomber amoureux de quelqu’un sur la base d’un portefeuille et d’une carte d’identité retrouvés. Mais la réalisation inventive et vivante, les décors toujours remarquables (Jacques Saulnier, fidèle du réalisateur, était une sommité dans ce domaine), les comédiens convaincants (Dussollier en particulier) et l’histoire, dont on a envie de découvrir les péripéties et le dénouement (comme dans les bons livres. Le film est d'ailleurs tiré du roman L'Incident de Christian Gailly), emportent l’adhésion haut la main. En bref, à 87 printemps (à l’époque), Resnais était encore vert (ah ah !).

Fermeture-éclair de braguette coincée : oui

Turbine dentaire : oui

Femme à poil : non

L’amour à mort (1984), d’Alain Resnais

 

C’est l’histoire de deux couples amis. Le premier, uni depuis une dizaine d’années, est composé de deux pasteurs ayant chacun / chacune une vision personnelle de la foi. Le second, à l’amour plus récent et exalté, vit dans l’angoisse permanente de la séparation et donc de la mort.

C’est avec qui ? Le trio d’acteurs fétiches de Resnais : Pierre Arditi, Sabine Azéma et André Dussollier (barbu). Plus Fanny Ardant, qui ne s’est jamais maquée avec feu Patrick Buisson (mouarf !).

Et c’est comment ? E-prou-vant ! L'affiche annonce la (les) couleur(s)... Torturé et d’une grande austérité. Les scènes, pour la plupart assez courtes, sont entrecoupées de plans noirs avec des sortes de flocons blancs tombant du ciel, sur fond de musique classique stridente (Hans Werner Henze). Procédé qui sera repris, de façon beaucoup moins systématique et lancinante (à deux ou trois reprises seulement, pas sur la totalité du film), dans On connait la chanson (les méduses censées symboliser le malaise et la dépression). Il est question de considérations philosophiques sur la Foi, l’Amour et surtout la Mort, omniprésente. Dépressifs s’abstenir ! Ca ne donne pas envie de jeter un œil sur le Resnais suivant avec les quatre mêmes (Mélo, 1986), nonobstant que le sujet et les thèmes sont quelque peu différents…

« Tube » de la Compagnie Créole : non

Mort subite : oui

Femme à poil : non

Smoking / No smoking (1993), d’Alain Resnais

 

C’est l’histoire de neuf personnages (mais plus spécialement six), dans un petit village du Yorkshire et de leur destin professionnel et surtout amoureux suivant qu’ils prennent telle ou telle décision. Il y a là le directeur d’une école, son épouse, la mère de celle-ci, leur petite domestique, son meilleur ami et sa femme, le gardien de l’école et jardinier, le père de ce dernier et enfin une prof.

Y’a qui dedans ? Alors là, on ne peut pas se tromper, ils ne sont que deux. Sabine Azéma et Pierre Arditi interprètent en effet respectivement les cinq personnages féminins et les quatre masculins.

Et c’est bien ? Je poursuis ma « mise à jour » avec ces deux « pavés » (2h20 chacun), le tour de force cinématographique du grand Alain Resnais. Le projet avait tout de l’exercice « casse-gueule » par excellence : deux acteurs pour neuf personnages, forme théâtrale, décors situés à l’extérieur mais reconstitués en studio... Quoique, contre toute attente, l’expérience a montré que je n’étais pas forcément allergique au « théâtre filmé » lorsque l’histoire en vaut la peine et que l’humour est présent : Le père Noël est une ordure, Le diner de cons ou les pièces de Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui (Cuisine et dépendances, Un air de famille). C’est justement le couple de surdoués du scénario (les « Jabac ») qui a été missionné par Resnais pour adapter la pièce Intimate Exchanges du dramaturge anglais Alan Ayckbourn. Et donc malgré tous les aspects « limitants » évoqués précédemment (seulement deux personnages par plan, un masculin et un féminin, un troisième pouvant éventuellement être présent par la voix), ça fonctionne dans l’ensemble plutôt bien, limite jubilatoire, même si l’intérêt est justement avant tout formel. Le mérite en revient bien sûr principalement aux deux comédiens, qui jouent donc les neuf personnages (enfin, surtout six car trois n’ont qu’une ou deux scènes : les deux parents, âgés, et la prof revêche Irène Pridworthy. Ce qui est bien dommage car cette dernière est le personnage le plus typé et le plus drôle du lot). Le but a été de ne pas les surcharger de maquillage ni de faire usage de prothèses afin qu’ils restent reconnaissables. L’accent a donc surtout été mis sur les costumes et les chevelures (couleur, coiffure). Pour le personnage de Toby Teasdale, le directeur de l’école, on a fait à Arditi la tronche de Jean Bouise (lunettes, moustache, coiffé en arrière) ! Evidemment, chaque personnage a ses traits de caractère (Rowena, la femme du meilleur ami du directeur d’école, est flamboyante et exaltée, ledit directeur Toby est du genre acariâtre, le jardinier plutôt hâbleur, etc…), en accord avec leur style vestimentaire. Azéma sait très bien faire la « fofolle », cela peut d’ailleurs lasser, à la longue. Concernant les « intrigues », cela tourne inévitablement autour des histoires de fesses, des peines de cœur et parfois des activités professionnelles. Les deux films peuvent être vus dans n’importe quel ordre (j’ai logiquement commencé par Smoking), débutent de la même façon par un prologue illustré en bande dessinée (signée Jean-Claude « Floc’h ») et narré par une voix off puis se déploient de façon tentaculaire suivant les décisions prises par les personnages à certains moments. Cinq César à la clé en 1994 (film, réalisateur, acteur pour Arditi, adaptation scénaristique et décors).

Cigarette fumée : oui… ou non

« Cabane au fond du jardin » : oui

Femme à poil : non