Affichage des articles dont le libellé est Italie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Italie. Afficher tous les articles

Liza (1972), de Marco Ferreri

 

« Est-ce que c’est possible de vivre seul ? » - « Oui, on s’y habitue très facilement. »

Une femme qui a du chien…

C’est l’histoire de Giorgio (Marcello Mastroianni), un peintre qui a décidé de vivre en ermite avec son chien Melampo sur une île du Sud de la Corse. Sa tranquillité est troublée par l’arrivée sur l’île de Liza (Catherine Deneuve), magnifique femme blonde qui a quitté le bateau de ses amis sur un coup de tête. S’attachant à Giorgio, elle tue Melampo en le faisant nager jusqu’à épuisement puis prend sa place auprès de son maître, en se délestant de son humanité. Une étrange relation s’établit alors entre les deux protagonistes.

Quelle connerie, ce film ! Il ne s’y passe quasiment rien. On ne sait pas de quoi vit ce mec (d’amour et d’eau fraîche ?) car s’il pêche des poissons, il a aussi du pain, des œufs et une petite cuisinière ! Et d’elle, on ne sait strictement rien. Pas bien grave, me direz-vous car l’essentiel est ailleurs. Mais où ? Quoi qu’il en soit, au bout de 30-40 minutes, l’ambiance passe du « glamour » au malsain avec tout d’abord le meurtre du clébard puis la relation sado-maso qui s’instaure entre le couple star (à la ville comme à la scène et dont le fruit de l’union, Chiara, naquit cette même année 1972). Rester à genoux ou à quatre pattes, boire dans une gamelle, avoir un collier, aller chercher le bâton qu’envoie au loin Mastroianni ou lui lécher la joue ou la main, tout ou presque y passe pour notre pauvre Cathy, par ailleurs toujours aussi superbe et qui nous dévoile à nouveau un sein (chose assez rare). Déstabilisant et complètement grotesque. Comme durer une heure trente (la durée typique du projet bâtard) sur une île avec un postulat si mince n’est pas chose aisée, on invente une « intrigue » parallèle et Mastroianni doit se rendre à Paris au chevet de sa femme qui a tenté de se suicider. Deneuve l’y rejoint alors qu’il le lui a interdit (comment l’a-t-elle retrouvé ? On s’en branle…). Et ils repartent sur l’île où, après quelques désagréments, une issue que l’on pressent fatale les attend, leur tentative de s’en échapper étant vouée à l’échec. A des années-lumière de son successeur La grande bouffe : les paysages, le couple vedette et c’est marre !  

Il boom (1963), de Vittorio De Sica

 

« On passe voir les pédés ? »

C’est l’histoire d’un mec, Giovanni Alberti (Alberto Sordi), qui, après avoir chanté tout l’été, se trouva fort dépourvu lorsque la bise fut venue. En gros, il s’est endetté pour financer son train de vie (et celui de sa femme, Gianna Maria Canale) et il galère un max pour trouver des prêteurs, son entourage, pas dupe, refusant de s'engager dans ses soi-disant investissements pouvant rapporter gros. Un jour, l’épouse d’un riche industriel borgne (non, ce n’est pas feu Jean-Marie…) qui a refusé de l’aider lui fait un bien étrange marché : elle est prête à lui donner une très grosse somme d’argent s’il accepte d’échanger son œil gauche, valide, contre celui en verre de son mari !

Cliché de la nana dont « l’amour » pour son mari est directement indexé sur sa capacité à lui assurer une « sécurité financière » : oui, mais ce n’est pas un cliché.

Cliché du mec « needy » qui met sa nana sur un piédestal : oui, encore, mais ce n’est pas un cliché.

MGTOW : non, du coup.

« Homophobie » latente : oui. Enfin, ce n’est peut-être pas le terme approprié étant donné qu’il n’y a pas d’hostilité, « juste » de la moquerie. Les homos (on ne disait pas encore « gays », à l’époque) sont carrément vus comme des figures folkloriques, des phénomènes de foire, appelés « pédés » (sic). Ainsi, Sordi et sa bande d’amis, une nuit, passent en voiture devant un lieu de drague homosexuel et se foutent ouvertement de leur gueule. Ce qui ne heurte pas les intéressés, qui en rient également (bon, si tout le monde est content…). Plus loin, un mec lâche, toujours sur le ton de la plaisanterie, « des pédés, il y en a dans toute l’Italie, maintenant ». Bon, comme toujours en pareil cas, on dira que « c’était l’époque ». Mais on trouvera toujours des gens pour nous dire que « c’était mieux avant ». Si on n’est pas gay (ou noir, en particulier aux Etats-Unis, ou femme ou ouvrier, voire jeune), oui, peut-être…

Glorification de la besogne laborieuse : oui (l’industriel à Sordi : « Vous voulez gagner en un an ce que nous avons gagné en un demi-siècle »).

Foi en l’humanité : definitely not (« On fait que d’la merde, quoi... », Béatrice Dalle).

Mon avis : pas mal mais des redondances avec d’autres « comédies à l’italienne » de cet « âge d’or » cinématographique, que ce soit la prestation de Sordi (toujours à mendier, qu’il s’agisse d’argent ou l’amour de sa femme) ou dans les thèmes abordés (la superficialité et l’hypocrisie des « nouveaux riches » issus du « miracle économique » italien, la cupidité, l’absence de valeurs morales), avec toutefois un côté plus sombre (le final sans espoir).       

L’agression (1975), de Gérard Pirès

 

« Ce bout de viande est dégueulasse. C’est mal cuit, c’est dur, c’est une semelle. C’est d’la merde ! » - « Ah non, c’est d’la bavette ! » - « Non, c’est d’la merde ! »

Chronique de la violence (et de la connerie) ordinaire…

C’est l’histoire d’un mec, Paul Varlin (Jean-Louis Trintignant), il part en vacances avec sa femme et leur fillette de 10 ans. Après un arrêt buffet, ils sont pourchassés sur l’autoroute par trois motards. S’ensuivent accident et bagarre, Varlin perd connaissance. A son réveil, il découvre les corps sans vie de son épouse et de sa fille. L’enquête patinant, il décide de se faire justice lui-même.

Mais pourquoi diable me suis-je laissé tenter par ce film ? Le casting, probablement, avec l’icône Deneuve, l’ambigu Jean-Louis Trintignant et Claude Brasseur. Car pour le reste, il présente deux « red flag » : l’univers des motards et leurs engins bruyants et polluants (dans mon monde idéal, ça vire direct…) et « la loi du talion ». En nous montrant des crimes horribles (notamment sur une enfant, qui plus est), on nous pousse de fait, instinctivement, à adhérer au comportement vengeur du père de famille, j’ai horreur d’un tel procédé. De Gérard Pirès, on se souvient surtout, si ce n’est exclusivement, qu’il fût « mandaté » par Luc Besson pour mettre en scène le premier volet de sa franchise putassière Taxi (encore des bolides sans respect pour notre audition et nos bronches). Il s’est bien « fait la main » ici, même filmage de virages au ras du bitume. C’est terrible mais y’a rien qui va dans ce film, il défie constamment les lois de la vraisemblance. Premier constat : à part la bagnole de Trintignant et les trois motards, y’a presque dégun sur cette putain d’autoroute. Deuxième constat : un motard parvient à voler les lunettes que Trintignant a sur le nez. Vous croyez que ce dernier remonterait sa vitre pour autant ? Que nenni ! Je continue ? Notre héros n’a pas l’air si bouleversé que ça d’avoir perdu femme et enfant, si ce n’est un peu d’énervement face à quelques questions policières. Vous en voulez encore ? Le must : ivre, il lui vient l'envie de baiser rien de moins que… sa belle-sœur ! D’accord, celle-ci a les traits de Deneuve, mais quand même… Sa belle-sœur quelques jours après un tel drame… Et vous savez quoi ? Après s’être vigoureusement débattue et sur le point de le quitter, finalement… elle accepte (la scène n’est pas montrée). On « dream » total, là… Après ça, on se tape encore une interminable course-poursuite entre nos deux tourtereaux et une palanquée de motards. Et on termine par un beau carambolage (de quoi justifier un budget et des heures d’intermittents pour les cascadeurs…) lors du « twist » final (et non, c’était pas les motards les coupables…), sur une autoroute malgré tout assez peu fréquentée. Mais que sont venus faire ces trois grands acteurs dans cette galère ?       

La mariée était en noir (1968), de François Truffaut

 

« Le nez est formidable. Et la bouche… Si j’étais écrivain, j’en ferai un roman. »

Une femme en Kohler…

C’est l’histoire d’une meuf, Julie Kohler (Jeanne Moreau), qui n’a qu’une idée en tête : se venger des cinq types (Claude Rich, Michel Bouquet, Michael Lonsdale, Charles Denner et Daniel Boulanger) qui, accidentellement, ont tué d’un coup de carabine son mari le jour même de son mariage. Ils vont passer un sale quart d’heure…

Très bon film « qualité France », efficace, par le parangon d’une « vague » dont on se demande ce qu’elle a ici de « nouveau ». Sorti en avril 1968, un mois avant le joli mois de mai qui bouleversa l’Histoire. Comme dans Fahrenheit 451 deux ans auparavant, Bernard Herrmann, compositeur attitré d’Alfred Hitchcock, signe la musique. La figure tutélaire du « maitre du suspense » y est ici cependant moins prégnante. Le casting est royal, chacun des cinq coupables ou complices de l’assassinat initial du marié, montré en flashbacks, venant faire son tour de piste, à l’exception du moins célèbre Daniel Boulanger. Les meurtres de Bouquet et Lonsdale, précédés d’une agonie, sont particulièrement atroces et démontrent la volonté sans faille ainsi que l’absence de la moindre émotion de Jeanne Moreau. Celui de Rich, par contre, est totalement lunaire : il prend le risque d’enjamber la rambarde du balcon pour aller récupérer l’écharpe de Moreau sur l’auvent alors que n’importe qui de sensé aurait utilisé un long bâton tel un balai, par exemple. Les deux derniers crimes ne sont quant à eux pas montrés. Truffaut, dans le déroulé comme dans le dénouement, a pris quelques libertés avec le roman de William Irish dont le film s’inspire, écrivain déjà adapté au cinéma par… Hitchcock (Fenêtre sur cour) et… Truffaut lui-même (La Sirène du Mississipi, l’année suivante). Comme quoi, tout se tient. Bon, voila un film français simple, sans prise de tête, pour une fois. De la belle ouvrage.

L’argent de la vieille (1972), de Luigi Comencini


« Hé, Jolanda ! Regarde-moi ça, si maman te voyait dans cette tenue… Avec le cul à l’air devant tout le monde… »

C’est l’histoire d’une milliardaire américaine, dite « La vieille » (Bette Davis, morte à Neuilly), qui parcourt le monde au gré de ses envies. Passionnée par un jeu de cartes appelé la « scopa », qui nécessite mémoire et réflexion, elle profite de ces escales pour y jouer avec des personnes peu fortunées, voire nécessiteuses, afin de leur prouver sa supériorité. Elle leur prête une mise de départ pour qu’ils puissent participer et la récupère sans coup férir par ses victoires successives. A Rome, elle s’est entichée du couple formé de Peppino (Alberto Sordi) et Antonia (Silvana Mangano), soutenus par tout le bidonville dans lequel ils résident, qui espère leur victoire pour en partager les gains. Les parties s’enchainent dans la somptueuse villa de la milliardaire.
 

Ah, tiens, c’est bon, ça. Ces « Ritals » ont visiblement tout compris. Faire passer des messages, poser un regard lucide sur leurs contemporains, livrer une analyse de la société, dans le contexte historique et social de l’époque, le tout en évitant le manichéisme et le sentencieux plombant (Bong Joon-ho a dû prendre des notes). Cet Argent de la vieille bénéficie d’un pitch original et nous plonge dans l’univers des jeux de cartes, plus précisément cette « scopa », une sorte de belote mettant aux prises deux équipes de deux joueurs. Ces parties sont une allégorie de la lutte des classes et du combat entre le capitalisme impérialiste américain, incarné par « La vieille », et le (lumpen)prolétariat italien, qui prend les traits du couple Sordi – Mangano. Ce dernier est soutenu, y compris financièrement pour les mises de départ, par tout un bidonville, filmé sans misérabilisme ni démagogie, avec tendresse et moquerie mais aussi par les domestiques de la milliardaire. Il n’y a pas les gentils pauvres d’un côté et la méchante « vieille peau » friquée de l’autre. Enfin, si mais c’est plus compliqué que ça. Si les premiers veulent gagner par cupidité, la motivation de la seconde, bouffie d’orgueil, est de démontrer sa supériorité. A l’arrivée, cette course effrénée pour le profit et cet argent qui fait décidément tourner les têtes ne fait aucun vainqueur mais que des vaincus, symbolisée par un « twist » final inattendu (que les plus attentifs et astucieux auront peut-être deviné), où le personnage de la fille ainée du couple de prolos, qu’on pensait secondaire, révèle toute son importance. En dépit de quelques facilités (la villa qui surplombe le bidonville, le contraste entre la Rolls-Royce de la milliardaire et la mini-camionnette toute pourrie de Sordi, OK, on a compris les images…) et d’une séquence un peu lourde et longuette où Sordi fait (à nouveau) le « clebs » en suppliant Mangano de le pardonner d’avoir foiré les parties de cartes, ce film est un très bon moment et un bel exemple de « comédie à l’italienne » réussie.

L’Avventura (1960), de Michelangelo Antonioni

 

« Mais pourquoi n’y a-t-il que des femmes ? » - « Aucun paysage n’est aussi beau qu’un corps de femme. » (*)

C’est l’histoire d’un mec, architecte (Gabriele Ferzetti) et de deux nanas à « donner la trique » (Lea Massari et Monica Vitti). Le mari, la femme, l’amante, épisode 638 ? Pas tout à fait. Ferzetti est maqué avec Massari mais lors d’une excursion en yacht avec des amis qui les mène sur les îles Éoliennes (Sicile), celle-ci disparait mystérieusement. Lors des recherches pour la retrouver, il s’éprend de Vitti, confidente de Massari et présente au moment des faits.

Et mon vier, Madame Olivier, encore un, de « grand film précurseur » chiant à mourir… Et longuet (2 heures 20), en plus de ça. D’ailleurs hué (surtout par les Italiens) lors du Festival de Cannes 1960, où il remporta malgré tout le Prix du jury, puis réhabilité au fil des années (surtout par les Français). Mais la première impression est souvent la bonne. Donc voilà. Ah, pour ça, les images sont belles, pas de souci là-dessus. Bruit du vent et des clapotis, paysages, plans en plongée, c’est magnifique et ça l’aurait été encore plus en couleurs, assurément. Et la musique est bonne, bonne-bonne-bonne, comme dirait l’autre. Mais assez vite, acteurs comme spectateurs finissent par se ficher comme d’une guigne du sort de Massari (dont on ne saura rien) et on bifurque vers une énième variation sur les thèmes « fuis-moi j’te suis, suis-moi j’te fuis » et « la vie, l’amour, c’est compliqué » entre le mec « needy », comme on dit aujourd’hui (y’a que de ça dans ces films, c’est ça le patriarcat ?) et la nana qui minaude et ne sait pas ce qu’elle veut (Vitti, dans le même registre que dans L’éclipse, dernier volet de la trilogie dite de « l'incommunicabilité » de son compagnon de réalisateur). Las. Allez, tant pis si je passe (encore) pour une « buse » mais pour moi, c’est « no way »…

(*) On est bien d’accord. Enfin, ça dépend quand même de la femme en question, en particulier son poids, ses mensurations et son âge…     


Le topo de Monica Bellucci :

La sirène du Mississipi (1969), de François Truffaut

 

« Quel jour est-on, aujourd’hui ? » - « Vendredi » - « Dommage que ce soit pas dimanche. Avant de vous connaitre, j’aimais pas les jours fériés. Maintenant, je commence à détester les jours ouvrables… »

C’est l’histoire d’un mec, Louis Mahé (Jean-Paul Belmondo), riche héritier de La Réunion, qui se fait livrer Catherine Deneuve (Julie Roussel) pour la marier, comme ils l’ont convenu lors de leur correspondance via les petites annonces matrimoniales. Et ben, ça va, la vie, oui ? Mais patatras : elle se révèle ne pas être celle qu’il attendait et après leur mariage, elle s’enfuit avec quasiment tout son argent, ayant mis ses comptes en commun avec elle. Dès lors, avec la sœur de la véritable Julie Roussel, disparue, il engage un détective privé (Michel Bouquet) pour retrouver la voleuse en fuite.

Et là, à la lecture de ce synopsis, vous vous dites « super, un polar avec du suspense, des poursuites, des rebondissements, on va se régaler ». Pas si vite. Un film qui débute comme une comédie romantique, qui se poursuit (en effet mais pas longtemps) comme un polar et qui se termine… en eau de boudin (fun fact : dans le même chalet où Depardieu, Carmet et Blier père se cailleront les miches dix ans plus tard dans Buffet froid). SPOILER ALERT : Belmondo retrouve Deneuve avant le privé (Bouquet), par hasard, en la voyant dans un reportage télévisé. Et après, on tourne en rond, y’a évidemment du verbiage auteurisant (on ne se refait pas)… Histoire d’amour, encore et encore, « tu m’as trahi mais je t’aime quand même » Vs. « on n’a plus un rond, vais pas pouvoir rester (*) mais tu m’attendris alors finalement… ». Mais « Bébel » (né à Neuilly) et Cathy (qui nous montre furtivement sa poitrine dénudée en deux occasions, j’aurais jamais cru…) sur la même affiche, ça ne se refuse décemment pas. Les voir est une joie et une souffrance (Truffaut est tellement fier de cette formule qu’il la réutilisera dans Le dernier métro). Le premier nous a quitté en 2021, on souhaite à la seconde de durer aussi longtemps que sa maman, Renée Simonot, décédée en 2021 à l’âge canonique de… 109 ans. Quant à vous, M. Truffaut, il ne vous reste plus que Tirez sur le pianiste et La mariée était en noir pour me prouver votre « génie » (bâillements…), seuls La femme d’à côté et surtout Fahrenheit 451 (où vous singez votre maître Hitchcock) ayant retenu mon attention pour le moment.

(*) Super, le cliché de la femme vénale… Ah, on me dit dans l’oreillette que ce n’est pas un cliché mais la réalité. Dont acte.

Une vie difficile (1961), de Dino Risi

 

« J’aime la politique car quoi qu’en pense ta hyène de mère, la politique est partout dans la vie. »

C’est l’histoire Silvio Magnozzi (Alberto Sordi), membre des Partisans, combattant avec la Résistance italienne contre les forces nazies et fascistes lors de la seconde guerre mondiale. Il se fait surprendre dans un hôtel près du lac de Côme par un soldat allemand. Alors que celui-ci allait l’abattre, il est sauvé in extrémis par Elena (Lea Massari), la fille du propriétaire de l'hôtel, qui tue le soldat à l’aide d’un fer à repasser. Elle fournit à Silvio une cachette sûre, le moulin qui appartenait à ses grands-parents décédés.

On (« est un con » mais en l’occurrence, c’est moi, donc comprendre « je »…) ressent une petite forme de jubilation après avoir vu un bon film, comme lorsqu’on découvre quelque chose de rare et d’agréable. Surtout après plusieurs essais infructueux. Comme quoi, quand le sujet me parle, que l’interprétation est au rendez-vous et que le récit va droit à l’essentiel, sans se perdre en longueurs ou scènes inutiles, ça roule tout seul. Une vie difficile se révèle illico comme mon Dino Risi préféré à cette étape de mon parcours dans sa filmographie, Parfum de femme et Le fanfaron m’ayant déçu. Il retrace environ quinze ans de la vie d’un homme pétri d’idéaux progressistes, interprété par l’excellentissime et protéiforme Alberto Sordi (peut-être le meilleur de ces acteurs du cinéma italien de cette époque), tiraillé entre ses responsabilités de mari et de père de famille et le respect de ses convictions politiques. Sa compagne n’est autre que Lea Massari, encore une belle « plante », elle aussi convaincante dans divers registres, de l’épouse éplorée à la « chipie » hautaine. Le film a de nombreux points communs avec d’autres de cet « âge d’or » du cinéma italien (fin des années 50 – milieu des années 70, en gros) : fort ancrage dans le (riche) contexte historique et social italien (fin de la seconde guerre mondiale, référendum sur la Monarchie, « boom » économique des années 60, plus tard les « années de plomb »…), regard désenchanté sur la société, difficulté de mettre ses idéaux en accord avec la réalité de la vie quotidienne, critique acerbe du triumvirat (souvent lié) politicien corrompu – grand industriel qui l’est tout autant – clergé. À ce titre, l’homme d’affaires à la tête d’un empire qui tente en vain de soudoyer Sordi, journaliste communiste, n’est rien de moins que le portrait craché de Berlusconi avec vingt ans d’avance. Mais le film n’a rien de « militant », Risi, comme d’autres compatriotes réalisateurs, étant réticent à cette démarche. C’est donc en état d’ivresse, pour les faire passer avec plus de légèreté, que Sordi exposera ses vérités (que je fais miennes), allant jusqu’à faire exploser sa frustration en crachant sur les limousines qui passent (superbe scène sur la promenade de Ronchi, à Marina di Massa, bien qu’elle soit censée se dérouler à Viareggio). Une vie difficile repose sur le schéma classique de la femme recherchant la sécurité matérielle (sans toutefois être vénale) auprès d’un époux « solide et responsable » et d’un homme plus fantasque, attaché à ses rêves et ses idées, se rabaissant en « mendiant » l’amour de sa femme (tel Jacques Brel dans son Ne me quitte pas). Là comme dans d’autres domaines (productivisme effréné, esprit moutonnier, soumission à l’autorité mais paradoxalement grande indiscipline personnelle…), les choses n’ont pas beaucoup changé. Désespérants, les gens ! De vrais hamsters dans leur roue (ils doivent penser comme le cycliste, qu’ils vont tomber s’ils s’arrêtent de pédaler…). En particulier en Italie (y'a qu'à voir leurs dirigeants actuels...), comme le déplorait en 2010 Mario Monicelli, quelques mois avant son suicide (cancer de la prostate en phase terminale) : « Ce qu'il n'y a jamais eu en Italie, c'est un grand coup de pied dans la fourmilière, une belle révolution, ce qui ne s'est jamais produit en Italie… Il y en a eu en Angleterre, il y en a eu en France, il y en a eu en Russie, il y en a eu en Allemagne. Partout sauf en Italie. Donc il faut quelque chose pour vraiment racheter ce peuple qui a toujours été soumis, qui a été esclave pendant 300 ans ». Bon, ceci dit, ces révolutions n’ont pas changé grand-chose à l’arrivée, on en est tous plus ou moins au même point. En attendant, délectez-vous donc de ce très bon film (en V.O only) où humour, tendresse et satire se conjuguent à merveille.    

Huit et demi (1963), de Federico Fellini

 

C’est l’histoire de Guido Anselmi (Marcello Mastroianni), un cinéaste de renom qui travaille sur un nouveau projet. Problème : son imagination se tarit. Le calme dont il a besoin pour créer est perturbé par son entourage professionnel (producteur, acteurs, techniciens) qui le harcèle constamment. A cela viennent se greffer ses déboires sentimentaux, sa maitresse Carla (Sandra Milo) puis son épouse Luisa (Anouk Aimée) le rejoignant à la station thermale où il a trouvé refuge. Sombrant dans la dépression, il se réfugie dans ses rêves et souvenirs (sa jeunesse, ses parents…), qui vont se mêler à la réalité.

Avec ce film « autobiographique » (Guido Anselmi, c’est bien évidemment lui) de Federico Fellini, l’une des plus grandes sommités du 7ème Art, on touche aux limites de ce blog et de ses « ambitions » : à savoir retranscrire la découverte de films reconnus et exigeants par un amateur (votre serviteur) biberonné au cinéma « d’entertainment » (comédies françaises, blockbusters U.S voire, ô sacrilège,… films pornos !), qui ne possède pas toutes les clés pour en appréhender les tenants et les aboutissants et donc pour apprécier pleinement ce cinéma dont toute l’importance, au-delà de la mise en scène et de l’interprétation (la base), réside principalement dans son propos, ses thèmes, sa vision. C’est un peu comme donner un concerto de classique à un amateur de rap (ou vice et versa…) ou du lard au cochon. A partir de ce postulat, que dire ? Déjà que Huit et demi débute comme… le Chute libre de Joel Schumacher sorti trente ans plus tard ! A savoir un homme (probablement Mastroianni) qui suffoque à bord de son véhicule immobilisé dans un immense embouteillage et s’en échappe (cette fois par le toit). L’une des nombreuses scènes oniriques du film et celles que j’ai trouvé les plus ingénieuses et les plus intéressantes visuellement (comme ce plan incroyable d’un homme sur une plage tenant une corde reliée au pied d’un autre – ledit réalisateur en panne d’inspiration ? – flottant dans les airs puis chutant dans la mer). Qu’ensuite, au risque de me répéter, cette époque reculée des années 60 avait un « cachet » et ne portait pas encore les stigmates de la vulgarité moderniste. Un point de vue uniquement esthétique, sorte « d’image d’Epinal », car la peine de mort, l’ORTF, la pénalisation de l’homosexualité, le patriarcat (à cette époque, oui, quand même), les droits sociaux faméliques, tout ça, à moins de s’appeler Eric Zemmour, ne fait pas franchement rêver… Contrairement aux stars (terme ici non galvaudé) de cette même époque (Mastroianni, Cardinale, Aimée… la classe). Qu’enfin, ce qui tient lieu « d’histoire » (ces incessants allers-retours entre rêve et réalité), elle, m’a gentiment ennuyé et ne m’a procuré aucune émotion, ou alors en sa toute fin, à la rigueur (une farandole de tous les protagonistes). Il ne m’en reste donc que de belles images, sur une bande-son grandiose (signée Nino Rota, Rossini, Wagner, Tchaïkovski…). 


Le topo de Christian Boltanski :

Profession : reporter (1975), de Michelangelo Antonioni

 

« Jusqu’ici, j’étais quelqu’un d’autre mais j’ai changé pour du neuf. »

On ne meurt que deux fois…

C’est l’histoire d’un mec (le grand, l’immense Jack Nicholson), il est reporter (d’où le titre). Alors en Afrique, il découvre le corps sans vie d’un type avec qui il avait sympathisé dans la chambre d’hôtel de celui-ci. Constatant sa ressemblance physique avec lui et déçu par son existence, il décide d’échanger son identité avec celle du défunt et de commencer une nouvelle vie en se déplaçant au gré des rendez-vous et voyages notés dans son carnet. Il aurait pas dû…

Encore de sacrés plans au menu de ce nouvel Antonioni : Nicholson se penchant d’un téléphérique au-dessus du port de Barcelone (faut pas avoir le vertige…), la Casa Milà construite par Gaudí (toujours dans la capitale catalane), le désert africain, l’image d’archive de l’exécution d’un prisonnier politique en Afrique (scène censurée dans plusieurs pays) ou encore la tristement célèbre Maria Schneider (une actrice qui ne comptait pas pour du… beurre), les bras en croix à l’arrière d’une décapotable le long d’une route bordée de platanes. Et un incroyable plan-séquence de sept minutes, tour de force technique, lors de la scène finale. Mais l’histoire, putain… D’un mou et d’un chiant… L’échange d’identité avec celle d’une personne décédée, la soif d’une liberté impossible, l’errance existentielle, l’enfermement dans le mensonge et le sentiment d’être traqué… J’ai pensé en vrac à Plein soleil (et son remake hollywoodien Le talentueux Mr Ripley), La moustache (Nicholson en porte une fausse à un moment) et L’adversaire / L’emploi du temps. Ainsi donc, notre cher Jack va caler ses pas sur ceux d’un défunt (dont il découvrira qu’il était marchand d’armes) en suivant son carnet de rendez-vous, tout en tentant d’échapper à sa femme partie à la recherche de ce même défunt, qu’elle pense être la dernière personne à avoir vu son mari vivant (j’espère que vous suivez…). Son périple le mènera à Munich, Barcelone et Madrid. Il sera aidé dans sa tâche par une jeune femme (Maria Schneider), avec qui il aura une idylle. Mais tels les héros des films sus-cités, il n’échappera pas indéfiniment à son mensonge. Conclusion imparable : c’est pas parce qu’on a une vie de merde qu’il faut chercher à l’échanger contre celle du roi du Maroc… Ou « l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs ». Ou encore « on sait ce qu’on perd, on sait pas ce qu’on gagne ». Bref, vous avez compris…


L’éclipse (1962), de Michelangelo Antonioni

 

« A-t-on besoin de se connaitre pour s’aimer ? Et a-t-on besoin de s’aimer ? »

« Je voudrais ne pas t’aimer. Ou t’aimer beaucoup mieux. »

C’est beau, une ville, la nuit… Le jour aussi…

C’est (encore) l’histoire d’un gars et d’une fille (heureusement sans Lamy et Dujardin), d’un homme et d’une femme (heureusement pas par Lelouch), beaux comme des dieux (Alain Delon et Monica Vitti à leur « prime »). Lui voudrait (évidemment) « ken » Elle, Elle voudrait bien aussi. Ou pas. Ou pas si vite ou pas comme ça. Bref, encore une chieuse, quoi…

Une éclipse (solaire), en astronomie, c’est un phénomène aussi rare qu’un sourire sur la tronche de Bruno Retailleau, le croquemort d’une France en noir et blanc (enfin, en beaucoup plus blanc que noir, en l’occurrence…😄). Au cinéma, c’est un film de Michelangelo Antonioni, un réalisateur qui, pour ce que j’en ai vu (Blow-Up, Zabriskie Point), semble plus soucieux de filmer de belles images que de raconter des histoires (c’est en tous cas ce qui en ressort). C’est à nouveau le cas ici : vue aérienne de Rome, tableaux et photos du Kenya, salle de la Bourse et surtout « sa » Monica (et à un degré moindre Alain) et la ville. Une ville à l’architecture moderne et épurée, quasiment sans circulation automobile (le rêve), rappelant les grands espaces du désert de Zabriskie Point ou le vaste parc de Blow-Up. Tiens, de noir et blanc (nous sommes en 1962) et de gens qui tirent la gueule, il en est ici aussi question. En l’occurrence Monica Vitti, le plus souvent comme contrariée, mais traversée malgré tout par quelques épisodes plus… solaires comme lorsqu’elle se grime en danseuse africaine au son des tam-tams chez une voisine colonialiste. Elle quitte Riccardo (Francisco Rabal) et se laisse séduire par l’agent de change de sa mère (Delon), rencontré lors d’une séance boursière. Jeu classique du chat et de la souris, sur le thème « je t’aime moi non plus »… Le film clôt une trilogie sur ces thématiques de l’incommunicabilité et du couple en crise dans une Italie en plein boom économique, entamée avec L'avventura (1960) et poursuivie par La nuit (1961, les trois avec Vitti). De sacrées longueurs tout de même (le film dure deux heures) : la séquence de la rupture au début, comme Piccoli et Bardot dans Le mépris mais avec heureusement beaucoup moins de dialogues ; et une scène de boursicotage (un univers que j’exècre particulièrement et un fléau de notre temps). On va dire que ça se laisse voir et qu’Antonioni a indéniablement une « patte », c’est déjà ça. Et puis les années 60, pour les fringues, c’était la classe : les hommes en costard-cravate et les dames en robe ou jupe jamais au-dessus des genoux. Une certaine uniformité, certes, mais tellement mieux (et moins vulgaire) que celle à laquelle on a fini par aboutir. Vous imaginez, si Delon était né 50 ans plus tard, il porterait tatouages, barbe ou bouc et maillot du Barça ou tee-shirt de Nirvana, smartphone dans une main et vapoteuse dans l’autre…  


Le topo de Christoph Hochhäusler :

Nous nous sommes tant aimés (1974), d’Ettore Scola

 

« Il faut que tu choisisses, Nico : ou ton idéal ou ta famille ! » - « Mais pourquoi ? » - « Parce que le monde est comme ça ! »

« Nous voulions changer le monde mais c’est le monde qui nous a changé. »

Le futur, c’était mieux avant…

C’est l’histoire de l’Italie d’après-guerre et de son cinéma, à travers celle de trois amis maquisards et de la femme passée entre leurs bras : Antonio (Nino Manfredi), modeste brancardier, Gianni (Vittorio Gassman), avocat ambitieux, Nicola (Stefano Satta Flores), passionné de cinéma devenu enseignant et Luciana (Stefania Sandrelli), qui rêve de devenir actrice.

Bon ben, Scola pour le moment, y’a pas de quoi se taper le cul par terre (hormis Une journée particulière). Le « doux amer » désabusé, ça va un moment… Trois gars amis pour la vie (ou presque…) et une fille (enfin, surtout une), donc. Même idéal (de gauche, évidemment puisque la droite ne veut aucunement changer la société mais la perpétuer, le « changement » qu’elle invoque n’étant en réalité que des retours en arrière sur les avancées sociales ou sociétales, faites le test…) mais caractères assez différents : il y a l’idéaliste borné hostile à tout compromis (Stefano Satta Flores), le « bonne poire » mais jusqu’à un certain point (Nino Manfredi) et le type plus fourbe et « corruptible » (Vittorio Gassman) qui, par honte, évitera d’étaler sa réussite devant les deux autres. Ils se retrouvent de nombreuses années après s’être perdus de vue au lendemain de la libération de l’Italie. Leur parcours de vie et les changements survenus dans la société rendent leurs rapports plus conflictuels. Surtout quand Gassman puis Satta Flores s’amourachent de la fiancée de Manfredi (Stefania Sandrelli) et la lui piquent sans scrupules ou si peu (je ne vous « spoile » pas avec lequel des trois elle finira). La première heure est en noir et blanc pour respecter la chronologie historique et bien délimiter le flashback. Les références au cinéma (italien surtout mais pas que) sont nombreuses, à travers des séances de cinéma, un jeu télévisé ou des dialogues, deux des personnages (Satta Flores et Sandrelli) gravitant autour de ce milieu. Cette déclaration d’amour au 7ème Art culminera avec la reconstitution du tournage de la fameuse scène de la fontaine de Trevi de La dolce vita, avec Fellini et Mastroianni themselves dans leur propre rôle. Quelques idées de mise en scène, comme lorsque les personnages évoquent leurs pensées à voix haute, le reste de la scène et ses autres protagonistes, qui ne sont pas censés les entendre, se figeant à l’écran. Et les acteurs sont bons. Mais bon, ces « comédies à l’italienne » ne font pas rire, ni n’émeuvent particulièrement, ou alors en revoyant des extraits après coup, par l’efficacité du montage. Le « message », alors ? D’accord, nous étions plein d’espoir et envisagions l’avenir avec confiance mais les choses n’ont pas tourné comme on l’aurait souhaité. Ben les gars, si vous étiez déjà désenchantés en 1974, heureusement que vous êtes morts en 2026… Nous, c’est tout comme puisque nous sommes entrés depuis un moment déjà dans ce que j’appellerais l’ère de la « post-humanité », mi-robots (hyper « connectés », tâches et rythmes de vie automatisés…) mi-bêtes (inculture, instincts vils et grégaires…).  


Le topo de Vincent Macaigne :

La terrasse (1980), d’Ettore Scola

 

« Il faut le comprendre, quoi… Il tourne deux films en même temps : son premier et son dernier. »

Bonjour tristesse...

C’est l’histoire de quelques amis, issus de « l’intelligentsia » de la gauche culturelle, qui se retrouvent, avec d’autres et pour certains, avec leur compagne, lors d’un rituel buffet dinatoire sur une terrasse romaine. Il y a là Amedeo (Ugo Tognazzi), producteur de cinéma ; Enrico (Jean-Louis Trintignant), son scénariste attitré ; Luigi (Marcello Mastroianni), journaliste ; Sergio (Serge Reggiani), responsable de la télé publique RAI ; et Mario (Vittorio Gassman), député communiste. A l’enthousiasme des débuts a succédé l’accablement face aux échecs professionnels et sentimentaux.

« Vous m’avez vraiment cassé les couilles ! » lance à un moment donné l’un des convives de cette Terrasse aux autres invités. Cette sentence résume parfaitement mon sentiment à la vision de ce film long (2h35 !) et chiant comme la pluie (qui s’abat d’ailleurs sur ladite terrasse lors du final). Ni rires ni larmes au programme de cet étalage d’amertume, d’histoires et de personnages inintéressants au possible. Trois grands acteurs italiens (Tognazzi, Mastroianni et Gassman) y sont accompagnés des « francesi » (et tout aussi grands) Trintignant et Reggiani, ayant déjà tourné pour des réalisateurs transalpins, Reggiani ayant lui-même des origines italiennes. Chacun fait son petit tour de piste (d’environ 30 minutes chacun, donc), annoncé par la scène liminaire, identique et répétée, d’une femme déclarant le buffet ouvert. On y suit à chaque fois le personnage en question lors de cette soirée puis dans sa vie. Tous ont pour point commun, outre leur amitié, d’être en situation d’échec tant sur le plan professionnel qu'amoureux et de se trouver en contradiction avec leurs rêves et idéaux d’antan (thème proche de celui de Nous nous sommes tant aimés, du même réalisateur et bientôt chroniqué sur ces pages). Trintignant, en auteur sans inspiration (ne lui trouvez-vous pas un air de John Malkovich, ce sourire à la fois charmeur et inquiétant ?) et Gassman, en député ayant une liaison avec une jeune femme, font leur numéro, les autres (Reggiani en dépressif anorexique, Mastroianni largué par sa femme et Tognazzi en producteur raté) sont plus sobres. Mais rien ne passionne dans leurs aventures, tout juste notera-t-on quelques fulgurances sarcastiques ou de mise en scène (Gassman s’imaginant évoquer sa liaison adultérine à la tribune du congrès du Parti Communiste – images d’archives – auquel il participe). La pauvre Marie Trintignant, tout juste 18 ans à l’époque, fait de furtives apparitions lors de ces buffets et y croise donc son père. Cette livraison de quatre DVD achetés sur Vinted fût donc très décevante, seul Tendres passions, mélo porté par un exceptionnel trio d’acteurs, valant le coup d’œil. Heureusement qu’ils ne m’ont en réalité rien couté, puisque payés par les fruits de la vente d’une visionneuse de diapositives antédiluvienne…   

Parfum de femme (1974), de Dino Risi

 

« Je vous lis la politique ? » - « Qu’est-ce que tu veux que j’en fasse, de la politique ? Elle me garantit le grand chamboulement ? Non ? Alors… »

Là où il y a Gênes, il n’y a pas d’plaisir ?

C’est l’histoire de Fausto Consolo (Vittorio Gassman), militaire en retraite devenu aveugle et amputé d’une main suite à une explosion. Souhaitant se rendre à Naples pour y retrouver son ami Vincenzo, lui aussi aveugle, il se fait accompagner par Giovanni Bertazzi dit « Ciccio » (Alessandro Momo), jeune soldat. Ils feront des haltes à Gênes et Rome.

Nos amis ritals ne sont pas tant que ça les joyeux drilles espérés… Pour le moment, on ne peut pas dire que leurs films m’ont fait rire aux éclats… Nonobstant (ça va, j’ai perdu personne avec ce mot que plus personne n’emploie ?) le fait que, étant donné mon caractère, les larmes me viennent plus facilement que l’activation de mes zygomatiques. Que ce soit dans Le fanfaron, Au nom du peuple italien (tous deux de Risi) ou Affreux, sales et méchants de Scola, les gags ou les situations comiques ne sont pas légions. Les deux volets des Monstres sont inégaux et Le pigeon (Monicelli) n’est sauvé in extremis que par son incroyable chute. On est davantage dans la satire, le caustique voire le cynique que dans le potache (à part certains sketches des Nouveaux monstres). Ici, c’est carrément une comédie dramatique. L’histoire d’un ancien capitaine que son handicap visuel a plongé dans une profonde amertume. Pour contrebalancer la perte de sa vue, il a développé l’acuité de son odorat, qui lui permet de reconnaitre les femmes à leur odeur. Un rôle digne de l’Actors Studio qui garantit presque à coup sûr une récompense au comédien qui s’y colle. Ainsi, Gassman raflera le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes en 1975 et Al Pacino l’Oscar du meilleur acteur pour sa performance dans le remake U.S de 1992 (Le temps d’un week-end). En contrepoint du jeu exalté de Gassman, le tout jeune (17 printemps) Alessandro Momo, qui décèdera quelques semaines après le tournage dans un accident de moto, joue la carte de la sobriété dans le rôle d’un soldat sérieux et réservé. Notre duo improbable s’arrêtera à Gênes, où Gassman se paiera une prostituée (mais pas celle qu’il avait « commandé » à Momo) et à Rome, où il retrouvera son cousin prêtre. Si le rire n’est franchement pas au rendez-vous, l’émotion ne m’a hélas pas davantage atteint lors de la partie napolitaine, où Gassman repousse obstinément les attentions que lui porte la jeune Sara (Agostina Belli), amoureuse de lui depuis plusieurs années. Un film « à acteurs », à « one man show », quelques beaux paysages et c’est à peu près tout…     


Le topo d'Eric Toledano :

Michelangelo Antonioni : le yin et le yang…

 

Blow-Up (1966)

C’est l’histoire d’un mec photographe (David Hemmings) dans le Londres des années 60, qui prend notamment des clichés de jolies donzelles (tant qu’à faire…). Un jour, dans un grand parc, il photographie un couple à son insu. La femme (Vanessa Redgrave), s’en apercevant, le chasse puis il revient sur les lieux et prend de nouveaux clichés, alors que la femme s’enfuit en courant et que l’homme a disparu. Une fois revenu dans son laboratoire, en agrandissant (« blow-up » en anglais) plusieurs fois ses photos, il pense reconnaitre les indices d’un assassinat. 

Oui, vous l’avez deviné, je suis dans ma période « macaronis », comme les appellerait le beauf Jugnot des Bronzés, avec aujourd’hui le plus anglo-saxon des réalisateurs transalpins : Michelangelo Antonioni. Deux films, un succès (Blow-Up, Palme d’or à Cannes en 1967) et un échec (Zabriskie Point). Pourtant, j’ai largement préféré « l’échec »… Les deux films ont des points communs : captation de vastes étendues et d’une époque (un parc / le Londres des Swinging Sixties dans Blow-Up, la Vallée de la Mort / contre-culture et libération sexuelle des campus U.S dans Zabriskie Point), considérations esthétiques plus importantes que l’histoire, scène de sexe très découpée, musique dans « l’air du temps »… Blow-Up m’a fait autant d’effet qu’un plat de spaghettis froid. Il faut attendre trente minutes avant l’épisode du parc puis encore trente avant que le gars agrandisse ses photos et découvre la probabilité d’un crime. Quasiment aucun suspense policier, Antonioni préfère filmer un concert des Yardbirds, groupe anglais alors à la mode (Herbie Hancock se charge du reste de la B.O) et une scène de « batifolage » entre le photographe et deux modèles (dont Jane Birkin). Film sans queue ni tête, ou plutôt si puisqu’il s’achève en queue de poisson. Il m’aura au moins permis d’apprendre le coup d’éclat de Vanessa Redgrave lors des Oscars 1978, où elle remporta celui du meilleur second rôle féminin pour sa prestation dans Julia. De la pure science-fiction aujourd’hui, alors que nous en sommes exactement au même point. Chapeau bas, Madame.



Zabriskie Point (1970)

Quand t’es dans le désert…

C’est l’histoire de Mark (Mark Frechette), un étudiant très engagé dans la contestation qui gagne les milieux universitaires de Los Angeles en cette année 1969. Assistant au meurtre d’un étudiant noir suite à un tir d’un policier, il s’apprête à répliquer mais l’agent est abattu par quelqu’un ayant tiré avant lui. Craignant d’être pris pour le coupable, Mark vole un petit avion de tourisme et s’enfuit vers le désert de la Vallée de la Mort. Il croise sur sa route Daria (Daria Halprin), jeune secrétaire idéaliste, qui doit rejoindre son patron (Rod Taylor) à Phoenix.  

Bien plus intéressant par contre est ce « road movie ». Certains films brillent par leur scénario très bien huilé, d’autres par la qualité de leur mise en scène ou la performance de leurs comédiens, d’autres encore par leur esthétique. Zabriskie Point appartient à cette dernière catégorie. Il offre en effet de magnifiques images, sur fond musical parfaitement adapté (Pink Floyd et des titres d’autres groupes de l’époque comme les Rolling Stones ou le Grateful Dead) : le désert de la Vallée de la Mort et ses dunes, visions oniriques de couples faisant l’amour dans le sable et de l’explosion d’une luxueuse villa, filmées au ralenti. Un véritable « trip », comme on dit. Le film est aussi une charge contre l’aliénation consumériste et la société américaine, notamment la violence arbitraire de sa police (« je tire avant, je réfléchis - éventuellement - ensuite »), non sans humour (le prisonnier qui se fait appeler Karl Marx, que le flic orthographie sans moufter « Carl Marx »), ce qui lui attirera les foudres de l’Amérique puritaine sans pour autant récolter les louanges des milieux progressistes, qui trouveront naïve et caricaturale sa représentation de la « contre-culture ». Son duo d’acteurs vedette aura une très brève carrière cinématographique (deux autres films chacun) : Daria Halprin, après un bref mariage avec Dennis Hopper, quittera très vite le showbiz pour se tourner vers l'art-thérapie tandis que Mark Frechette connaitra un destin tragique (mort accidentelle en prison à seulement 27 ans après intégration dans une secte et braquage d’une banque).


Le topo d'Alice Winocour :