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Madame Bovary (1991), de Claude Chabrol

 

« C’est la faute de la fatalité. »

C’est l’histoire, en 1837, d’Emma (Isabelle Huppert), fille d’un riche fermier, qui accepte de prendre pour époux Charles Bovary (Jean-François Balmer), médecin de campagne veuf. Elle qui rêvait d’une vie de luxe et de plaisirs va vite déchanter face aux conventions et à l’ennui inhérents à la condition d’épouse de notable.

Et allez, encore un film à costumes d’époque et ce foutu classicisme « à la française »… Obsédé par le roman éponyme de Gustave Flaubert et son héroïne, à 60 balais à l’époque, c’était le moment ou jamais pour « Chacha » de le tourner, ce film. C’est bien sûr sa future actrice fétiche Isabelle Huppert (troisième collaboration après Violette Nozière et Une affaire de femmes) qui endossera le rôle-titre. Alors que dire ? Que c’est longuet et basé sur un canevas classique. Mariée à un type bonnard mais sans passion, la miss a besoin d’autre chose. Alors elle flambera l’argent du ménage en bijoux et en fringues et s’offrira à un hobereau beau parleur (Christophe Malavoy) puis à un jeune clerc de notaire (Lucas Belvaux). La fin, où Bovary sera rattrapée par ses dettes et que ses amants ne pourront (ou voudront ?) aider (bien fait…), nous sortira d’une relative torpeur et donnera à Huppert l’occasion d’effectuer un joli numéro d’actrice (même si elle est bonne de bout en bout). Conclusions imparables : « trop bon, trop con » (pour Balmer) et « ne jamais péter plus haut que son cul » (pour Huppert).

Le juge et l’assassin (1976), de Bertrand Tavernier

 

« Un fou qui sait qu’il est fou est un fou guéri. »

C’est l’histoire de Joseph Bouvier (Michel Galabru), un anarchiste rustre, qui tire sur la femme qui refusait de l’épouser avant de tenter de se suicider. Elle survit et lui aussi, malgré deux balles dans la tête (!). Libéré d’un asile, il vagabonde dans toute la France et viole et assassine les jeunes bergers ou bergères qu’il croise. Émile Rousseau (Philippe Noiret), un juge de province arriviste, parvient à le faire arrêter. Espérant une promotion, il tente de gagner la confiance de Bouvier afin de lui extirper des aveux et ainsi obtenir sa condamnation à mort.

Tavernier – Noiret, acte 3 (y’en aura deux autres, Que la fête commence… et La vie et rien d’autre, malgré des contextes qui ne m’enchantent guère : 18ème siècle pour le premier, Première guerre mondiale pour le second…). L’acteur campe un beau salaud en la personne de ce juge manipulateur et cynique. Mais c’est bien sûr Michel Galabru, pour son plus grand fait d’armes, qui crève l’écran, obtenant le César du meilleur acteur pour le rôle de ce « serial-killer » exalté et mystique (le film remportera aussi celui du meilleur scénario). Isabelle Huppert (maitresse de Noiret, encore bien casée) et Jean-Claude Brialy (procureur), complètent la distribution. Gérard Jugnot et Yves Robert font également des apparitions. Tourné dans les paysages variés de l’Ardèche et inspiré de la vie du « Jack l'Éventreur du Sud-Est » Joseph Vacher, le film comporte à mon avis quelques longueurs (il fait deux heures), en particulier à cause de la présence de trois chansons (signées Jean-Roger Caussimon, il en interprète lui-même deux). Il est éminemment politique (même s’il n’est pas que ça) puisque, outre le thème de la peine de mort, il se déroule à la fin du 19ème siècle, une époque marquée par l’affaire Dreyfus (« Mort à Dreyfus » tagué sur un mur de la prison, affiche « Lisez La Croix, le journal le plus anti-juif de France »…) et les luttes ouvrières de la Commune. La fin, qui relate ces dernières et que Tavernier juge lui-même « ratée » (non pas dans le propos, qu’il assume et revendique totalement mais dans la forme, trop démonstrative), m’a littéralement plombé, entrant chez moi en résonance avec l’actualité nationale récente. On n’a pas évolué d’un pouce (130 ans, ça peut paraître beaucoup mais à l’échelle de l’humanité, c’est peanuts…), les époques et le nom des protagonistes changent mais, contrairement à ce qu’on veut bien nous faire croire, la fracture et les antagonismes demeurent et ne sont pas près de disparaitre, malgré notre individualisme et le pouvoir anesthésiant du confort dont nous jouissons à des degrés divers.

Violette Nozière (1978), de Claude Chabrol

 

C’est l’histoire, vraie, de… Violette Nozière (Isabelle Huppert), adolescente des années 30, en rupture avec le mode de vie et les mentalités de ses parents (Jean Carmet et Stéphane Audran). A leur insu, elle fréquente Jean, un « gigolo » et se prostitue elle-même occasionnellement. Son médecin lui diagnostique la syphilis. Parvenant à convaincre ses parents que sa maladie était héréditaire, elle les empoisonne sous prétexte de leur administrer un médicament. Son père meurt mais sa mère parvient à en réchapper.

De ce premier Chabrol – Huppert, point de départ d’une longue et fructueuse collaboration, je n’aurai pas grand-chose à dire, étant bizarrement resté un peu extérieur à son histoire et à sa narration. Ça fait drôle de voir Isabelle Huppert jeune et à poil (ah, merde, déjà dit…). Dans Coup de torchon, on avait le « verso », là on a le « recto »… On reconnait dans le casting, dans de petits rôles, l’incontournable « troisième couteau » Dominique Zardi (garçon de café), Fabrice Luchini (un étudiant) mais aussi Jean Pierre « c’est d’la merde ! » Coffe (le médecin) et Gilbert Servien, qui, à pareille époque, tournait dans des pornos de Kikoïne, Tranbaree ou Lansac. Je ne sais pas si c’est dû à la reconstitution de l’époque (années 30) ou au fait que Chabrol était plus jeune et avait donc probablement davantage la « niaque » mais j’ai trouvé la réalisation plus « cinématographique » que dans certaines de ses œuvres ultérieures. Le film est tiré d’une histoire vraie et la jeune femme vit sa condamnation à la peine de mort commuée en travaux forcés, avant d’être graciée par De Gaulle à la Libération puis même réhabilitée quelques années avant sa mort survenue en 1966. Il est vrai qu’elle avait été abusée sexuellement par son père à plusieurs reprises. Du coup, à contrario de l’éprouvant Une affaire de femmes, Chabrol nous évite la prise d’otage émotionnelle finale.

Une affaire de femmes (1988), de Claude Chabrol

 

« Je vous salue Marie, pleine de merde, le fruit de vos entrailles est pourri. »

C’est l’histoire de Marie Latour (Isabelle Huppert), qui élève seule ses deux enfants sous le régime de Vichy. Elle rêve de devenir chanteuse mais le quotidien est bien triste. Jusqu’au jour où une voisine lui demande de la faire avorter, clandestinement, cela va sans dire. Devant la réussite de l’opération, elle décide de monter son auto-entreprise dans ce secteur d’activité et les clientes se présentent régulièrement. Pour mettre du beurre dans les épinards, elle loue aussi une chambre Airbnb à son amie prostituée Lucie (Marie Trintignant). Mais son mari Paul (François Cluzet) revient de la guerre. Lui est plutôt du genre minable, au chomdu et au RSA. Il peine à supporter la réussite de son épouse qui, par ailleurs, fuit tout contact physique avec lui.

Et oui, encore un Chabrol - Huppert, y’en aura encore un (Violette Nozière, déjà vu mais article pas encore rédigé), peut-être deux (Madame Bovary, vous connaissez mon aversion pour les films d’époque à costumes). Que voulez-vous, était prévu un très bon cru Almodóvar, si j’en crois le visionnage de la première heure d’Etreintes brisées (2009) mais la lecture du DVD a ensuite complètement foiré, bien que celui-ci ne comportait pas plus de rayures que son homologue de cette Affaire de femmes. Qui aurait pu s’appeler « Une affaire de familles » puisqu’outre les Chabrol, on a du Tavernier (le fils Nils devant la caméra, la mère Colo au scénar), du Trintignant (la regrettée Marie et son air toujours un peu « stone ») et du Huppert (sa fille Lolita Chammah, âgée de 5 ans, joue également ce rôle dans le film). C’est une fois encore un film fort mis en boite par le réalisateur à la pipe et magistralement interprété par sa future actrice fétiche, qui remportera le prix d’interprétation à la Mostra de Venise mais se verra souffler le César par une autre Isabelle (Adjani, pour Camille Claudel). Vous pensez, avec le combo Occupation / avortement / peine de mort, on a là de quoi soulever les tripes et tirer les larmes, manquait plus que la pénalisation de l’homosexualité pour faire un « strike »… De fait, l’ambiance des trente dernières minutes est très lourde (un conseil, prévoyez un repas léger avant visionnage) et pour le final, « Chacha » nous a presque fait une « Dancer in the dark ». Ce film a indirectement fait un mort, un vrai celui-là : un spectateur cardiaque, victime collatérale d’une bombe lacrymogène déposée dans un cinéma de Montparnasse par des catholiques intégristes, ulcérés par la phrase retranscrite plus haut, prononcée par Huppert à l’annonce de sa condamnation à la peine capitale. Devant la frilosité des diffuseurs locaux, le producteur Marin Karmitz a dû le distribuer lui-même aux Etats-Unis, où il rencontra un franc succès. Inspiré de l'histoire vraie de Marie-Louise Giraud, une des dernières femmes guillotinées en France, en 1943.

Merci pour le chocolat (2000), de Claude Chabrol

 

« Tu crois quand même pas qu’il y a des voleurs en Suisse ? »

C’est l’histoire du couple constitué d’André Polonski (Jacques Dutronc), pianiste renommé et de Marie-Claire Muller dite « Mika » (Isabelle Huppert), directrice d'une grande entreprise de chocolat suisse. André a un fils, Guillaume (Rodolphe Pauly), de son ancienne épouse Lisbeth, décédée dans un accident de voiture. Parallèlement, Jeanne (Anna Mouglalis), une jeune pianiste, apprend qu’elle a failli être échangée à sa naissance avec Guillaume. Intriguée et ayant toujours un doute sur sa paternité, elle se présente chez André, qui va lui donner des cours de piano, sous l’œil visiblement bienveillant de Mika.

Un film sur le Mal qui prend l’apparence du Bien, et donc sur la perversité. Et qui de mieux indiqué que la « muse » de l’auteur du Boucher et Que la bête meure, la grande Isabelle, pour incarner ce personnage et en exprimer toutes les subtiles nuances ? Après le marquant La cérémonie et le beaucoup plus anodin (et pour tout dire, raté) Rien ne va plus, l’actrice retrouve donc Claude Chabrol pour la sixième et avant-dernière fois avant l’ultime L’ivresse du pouvoir de 2006. Bien sûr, « Chacha » n’est pas Scorsese, De Palma ou Tarantino, la réalisation est plus « pépère » et c’est sur le scénario et le jeu d’acteurs que reposera l’intérêt du film. L’intrigue, à savoir l’échange possible entre deux nourrissons nés au même moment dans la même clinique, n’est évidemment pas sans rappeler celle de La vie est un long fleuve tranquille de Chatiliez et Mouglalis y fait d’ailleurs allusion lorsqu’elle apprend par inadvertance cette nouvelle. Son arrivée sera « l’élément perturbateur » au sein de cette famille à première vue bien sous tous rapports mais cachant quelques secrets, dévoilés au fur et mesure. La jeune femme se méfiera très vite d’Huppert, trop mielleuse pour être honnête, d’autant plus qu’elle découvrira que le chocolat que cette dernière se plait à préparer pour Dutronc et son fils contient une forte dose de somnifère. La musique, dont Chabrol était un fin connaisseur, joue à nouveau un grand rôle (Dutronc et Mouglalis étant pianistes, ils « pratiquent » beaucoup) et est signée, comme toujours depuis le début des années 80, par son fils Matthieu (c’est bien simple, il fait bosser toute sa famille sur ses films). C’est d’ailleurs, avec l’interprétation d’Huppert, l’un des points forts du film car pour le reste, c’est tout de même un peu « light ».

Coup de torchon (1981), de Bertrand Tavernier

 

« Quand on se gratte les couilles, à partir de quel moment est-ce qu'on le fait parce que ça vous démange ou parce que ça vous fait plaisir ? »

C’est l’histoire de Lucien Cordier (Philippe Noiret), unique policier d'une petite ville coloniale d’Afrique-Occidentale française en 1938. Moqué de tous, humilié par son supérieur hiérarchique (Guy Marchand), il va se transformer en « ange exterminateur », tuant ceux qui l’ont méprisé (mais pas que) et faisant accuser d’autres de ses méfaits.

Coup de torchon est une adaptation du roman policier 1275 âmes de Jim Thompson, faisant partie de la collection Série noire. Tavernier a juste transposé l’histoire du Sud des Etats-Unis à l’Afrique coloniale française. On se dit alors qu’on va à nouveau assister à une œuvre destinée à « remettre une pièce » dans le jukebox de la repentance et de la mauvaise conscience, Tavernier faisant partie de ces réalisateurs (avec Louis Malle, Yves Boisset, Roman Polanski ou d’autres) habitués à ressasser les fameuses « pages sombres » de notre histoire, même si l’histoire coloniale fût évidemment bien moins souvent traitée sur grand écran que la Seconde guerre mondiale et l’Occupation, hors concours. Mais on n’aura qu’en partie raison car s’il y a bien quelques propos ou scènes allant dans ce sens, ce n’est heureusement pas le sujet principal du film, ça reste en arrière-plan. Quel est-il, alors ? On ne sait pas trop mais on peut raisonnablement pencher pour les tourments et le basculement d’un homme lassé d’être « trop bon, trop con ». Et bien malgré un casting royal (Noiret, Isabelle Huppert, Stéphane Audran, Eddy Mitchell, Jean-Pierre Marielle dans un double rôle, Guy Marchand et, dans des petits rôles, François Perrot et Gérard Hernandez, excusez du peu !), on ne peut pas dire que tout ceci soit très passionnant. Quasiment de tous les plans, Noiret est un immense comédien mais un peu « con-con » dans le privé, j’ai bien peur : grand bourgeois un peu arrogant (costume avec mouchoir de poche, lunettes, cigare) et pas exempt de muflerie (ça joue dans La grande bouffe, ça a la « main baladeuse » sur le « panier » et à l’entrejambe d’Huppert – cf. l’affiche – mais ça fait sa mijaurée quand Brigitte Lahaie menace d’être sur le même plateau TV que lui…). Isabelle Huppert, ça fait drôle de la voir jeune, gouailleuse et… à poil. Putain quelle filmo, même dans des petits rôles (Dupont Lajoie, César et Rosalie, Les valseuses…), la meuf a toujours su se placer où il fallait, chapeau. Tavernier m’avait prodigieusement emmerdé avec son Dimanche à la campagne. Ici, c’est déjà mieux, plus vivant (beau quasi plan-séquence à la Steadicam derrière Huppert courant vers Noiret, assis dans sa cuisine) mais ce n’est pas encore l’extase. Je lui donnerai une dernière chance avec L’horloger de Saint-Paul, Le juge et l’assassin et La vie et rien d’autre, tous trois avec Noiret.

La cérémonie (1995), de Claude Chabrol

 

« Il est à Mélinda, c’est Jérémie qui lui a offert pour son anniversaire. » - « Ben justement, elle n’en aura plus besoin. »

C’est l’histoire de Sophie (Sandrine Bonnaire), qui est engagée comme domestique (oui, « encore » en ce 20ème siècle finissant… Ils voudraient pas qu’on les aide aussi à se torcher, non ?) dans la demeure bretonne de la famille Lelièvre (Jean-Pierre Cassel, Jacqueline Bisset, Virginie Ledoyen et Valentin Merlet). Elle se lie d’amitié avec Jeanne (Isabelle Huppert), la postière du village, qui voue une détestation forcenée à cette famille (sentiment réciproque pour ce qui est du père de famille, qui a constaté son insolence et son incompétence) et plus généralement aux bourgeois. Peu à peu, cette dernière monte Sophie contre ses employeurs. On apprend aussi que les deux femmes ont un passé trouble.

Je l’avoue sans honte : La cérémonie, ou plus précisément son atroce et gerbant épilogue, m’a bien plus traumatisé, ou du moins hanté durablement après visionnage, que nombre de films d’horreur ou même Seven, Shining, Psychose ou Les dents de la mer, classiques de ma DVDthèque depuis « digérés ». Sans doute car l’horreur se déploie ici dans un cadre plus réaliste et qu’elle y est glaçante. Il est vrai aussi que je suis d’un naturel (très) sensible et ça ne s’arrange pas avec l’âge, bien au contraire. Quoi qu’il en soit, qui aurait cru que ce sentiment d’effroi puisse surgir d’une œuvre du jovial Claude Chabrol, figure de proue de la fameuse (et fumeuse ?) « Nouvelle Vague » dont il disait qu’« il n’y a pas de Nouvelle Vague, il n’y a que la mer » et fin observateur (et peintre) de l’univers feutré de la petite bourgeoisie de province ? Quoique, en jetant un coup d’œil à sa foisonnante filmographie, on ne s’en étonnera finalement pas tant que ça (Que la bête meure, Le boucher, Violette Nozière, Les fantômes du chapelier, L’enfer…Du déjà bien « flippant »).

Mais pour tout dire, je n’y crois pas tellement, à cette histoire. Ce n’est pas moi le psy, c’est Caroline Eliacheff, coscénariste, mais je trouve qu’il manque une gradation dans la tension, une ou deux scènes supplémentaires pouvant « expliquer » le passage à l’acte. A aucun moment dans le film, on ne s’attend à voir les deux femmes sombrer dans la folie meurtrière, même quelques instants avant le drame. Les Lelièvre ne sont pas particulièrement odieux, notamment Virginie Ledoyen, très prévenante et s’ils se laissent parfois aller à quelques remarques blessantes en privé, c’est davantage par réflexe de classe que par réelle méchanceté. Et puis j’aurais vu l’explosion de cette rage contenue s’accompagner d’une intensité vocale et sonore ad hoc. Or, pas du tout, les deux femmes sont d’une froideur, d’un détachement, d’un cynisme inouïs, comme si elles accomplissaient un acte tout à fait banal et anodin. Là est d'ailleurs peut-être le plus choquant. Les seules émotions qui transparaissent chez Bonnaire sont la peur panique lorsqu’elle est directement confrontée à son handicap (elle est analphabète, c’est justement cette découverte par Ledoyen qui sera le déclencheur de l’engrenage meurtrier) et quelquefois la joie avec Huppert. Sinon, elle donne du « je sais pas », « j’ai compris » ou du « bien Monsieur / Madame / Mademoiselle » à tire-larigot. Huppert (César de la Meilleure actrice, son premier, elle en obtiendra un autre en 2017 pour le Elle de Verhoeven), elle, est plus expressive et dévergondée, plus sournoise (et toxique !) aussi.

Le film, librement inspiré de la célèbre « affaire des sœurs Papin » de 1933 (j’invite ceux qui pensent que la violence est l’apanage de notre société contemporaine à y jeter un… œil, c’est le cas de le dire…), a beaucoup été « vendu » comme le « dernier film marxiste ». Soit. Les différences de classes sociales sont ici exprimées, voire surlignées, par le prisme des goûts culturels : aux bourges l’opéra et la littérature, aux prolos les films commerciaux (« avec Paul Newman ») et la « télé-poubelle ». Mais il y a d’autres thématiques, comme l’effet d’entrainement avec l’attitude « pousse-au-crime » insidieusement instillée par le personnage d’Huppert. J’ajouterais aussi le lesbianisme entre les deux héroïnes, qui m’apparait sinon évident, au moins envisageable en filigrane (rires sur la couette, baisers sur la joue appuyés).

J’ai bien fait de revoir le film et surtout de lire sa fiche Wikipedia car un élément du final m’avait complètement échappé lors de mon premier visionnage. En effet, je n’avais pas saisi que le radio-cassette qu’emporte Huppert après le carnage avait enregistré son aparté avec Bonnaire à l’issue de celui-ci (les Lelièvre ayant souhaité enregistrer l’opéra de Mozart qui passait à la télé à ce moment-là). Ainsi, je pensais que la police, retrouvant l’appareil dans sa voiture accidentée, lui ferait porter l’entière responsabilité du crime à titre posthume, Bonnaire s’en tirant à bon compte. Mais avec l’enregistrement de la discussion des deux femmes, signant leur complicité, c’est différent. Une fin morale, donc, l’une mourant dans un accident de voiture, l’autre n’échappant vraisemblablement pas à une future interpellation mais bien trouvée grâce à l’astuce du radio-cassette et suffisamment implicite.

Rien ne va plus (1997), de Claude Chabrol

 

C’est l’histoire de Victor (Michel Serrault) et Betty (Isabelle Huppert), un petit couple d’escrocs qui écume les séminaires d’entreprises ou congrès de professionnels médicaux de France et de Navarre à bord de leur camping-car, à la recherche de futurs « pigeons » à dépouiller. Un jour, Betty parle à Victor de Maurice (François Cluzet), un financier qu’elle a commencé à séduire il y a un an et qui prépare un gros transfert d’argent (5 millions de francs suisses) de la Suisse vers la Guadeloupe. Mais cette histoire va les embarquer dans des eaux plus troubles et dangereuses que celles qu’ils ont l’habitude de fréquenter…

Deux ans après La cérémonie et son implacable parabole sur la lutte des classes, Chabrol nous revient avec un sujet en apparence plus léger. Et cela part plutôt bien, très bien même. Huppert et Serrault dérobent le pauvre Jacky Berroyer qui s’est laissé séduire par l’actrice, « muse » du réalisateur et affublée d’une perruque brune. On s’attend donc à des aventures « gentillettes » pour ce petit couple de modestes escrocs (dont nous n’apprendrons les liens qui les unissent qu’à la fin du métrage). Petit jeu d’échange de valises entre le duo et Cluzet, qui manipule qui, suspense. Hélas, à l’arrivée de Jean-François Balmer (véritable propriétaire de la mallette et du magot qu’elle contient) et de son homme de main Jean Benguigui, le film bascule dans le dramatique, sur fond de Tosca et on a du mal à y croire et à adhérer (enfin, « j’ai » du mal…). Puis on retombe sur un « happy end », comme si de rien n’était. Mais le charme est rompu et ce film m’a laissé sur ma faim, malgré un trio d’acteurs principaux « 5 étoiles ». Il y aurait eu tellement mieux à faire, en poursuivant dans le registre de la comédie…

La pianiste (2001), de Michael Haneke

 

« Ensuite, enlève le bâillon, s’il te plait et assieds-toi sur ma figure et donne-moi des coups de poing dans l’estomac pour m’obliger à enfoncer ma langue dans ton derrière. »

C’est l’histoire d’Erika Kohut (Isabelle Huppert), professeur de piano au Conservatoire de Vienne. Autoritaire et cassante avec ses élèves, « vieille fille » sous la coupe d’une mère possessive (Annie Girardot), elle trouve dans l’automutilation sadomasochiste, le voyeurisme et le visionnage de vidéos pornos en cabine individuelle des substituts à sa misère affective et sexuelle. Lors d'un récital, elle rencontre Walter Klemmer (Benoît Magimel), qui va tenter de suivre ses cours.

Un film « coup de poing » (plus précisément « Huppert-cut », ah ah !). A ne pas confondre avec son pendant masculin, réalisé par Polanski l’année suivante. Ca démarre fort avec une scène où Girardot, telle une « gestapiste », tente de faire avouer à Huppert où elle a passé les trois heures écoulées entre la fin de ses cours et son retour à leur domicile. Des coups sont échangés avant réconciliation. Bonjour l’ambiance… On suit ensuite Huppert dans son quotidien de professeur de piano hautaine et sévère, ses virées dans les lieux de diffusion pornographique (à ce propos, j’ai loupé un épisode ou bien ? La jaquette du DVD et la fiche Wikipedia indiquent une interdiction aux moins de 16 ans… alors que des scènes de films X – pénétrations, fellation en « gorge profonde » - non floutées sont montrées pendant quelques secondes…), ses séances d’automutilation de l’entrejambe et sa rencontre avec Magimel. Le réalisme est malheureusement rompu lors d’une interminable et grotesque scène dans les toilettes (non fermées !) d’une salle de concert, où Huppert masturbe Magimel avant de lui prodiguer une fellation, tout en prenant soin de le frustrer. Puis, le film bascule dans le comique involontaire (sur mon organisme, tout du moins) lorsque Magimel lit à voix haute les instructions SM d’Huppert (dont j’ai retranscrit une partie ci-dessus) devant elle et dans sa chambre, dont ils ont bloqué l’accès avec un gros meuble pour laisser Girardot à l’écart. Rebelote dans le malaisant avec une nouvelle scène de sexe insatisfaisante entre Magimel et Huppert, celle-ci vomissant lors d’un « facefuck », dans la remise de la patinoire où il joue au hockey sur glace. Mais ce n’est rien par rapport à la suite où tout ce petit monde va définitivement sombrer dans la folie. Magimel, lassé par ces humiliations à répétition, va débarquer une nuit chez Huppert, la frapper et la violer, après avoir enfermé Girardot dans sa chambre. Une fois parti, Huppert fera exploser son trop-plein de sentiments et de fantasmes si longtemps refoulés en embrassant vigoureusement Girardot sur la bouche. Je me rends compte que je vous ai tout raconté, sauf la fin, un peu abrupte, où Huppert est censée remplacer à une représentation une élève convalescente dont elle est responsable de l’accident (en ayant placé des morceaux de verre brisé dans ses poches). Oui mais lire et voir sont deux expériences différentes. Selon la formule consacrée, vous ne sortirez pas indemne de cette histoire aux contrastes saisissants entre la beauté de la musique (Schubert) et une sexualité sordide et avilissante. Ah, dernier détail en passant : interprétation évidemment formidable, en particulier des deux actrices principales (mais vu leur pedigree, en doutiez-vous ?).

La femme de mon pote (1983), de Bertrand Blier

 

« Ben pour l’instant, c’est un cul, c’est tout ce qu’on peut dire… »

C’est l’histoire du mec de Banzaï et de Tchao Pantin (Coluche) et de son meilleur pote Popeye des Bronzés font du ski (Thierry Lhermitte) qui sont à Courchevel et qui vont tomber tous deux amoureux de la future postière de la Cérémonie (Isabelle Huppert).

C’est l’histoire des Valseuses aux sports d’hiver.

Et c’est bien ? Oui, pas mal du tout. Coluche confirme qu’il n’est pas qu’un comique. La présence d’un révolver amène vers une fausse piste. Cela reste une comédie, même si parfois « douce-amère ».

Bertrand Blier est bel et bien l’initiateur du « trouple ».

Tire-fesses : oui

Pétard : oui

Homme et femme à poil : oui, assez furtivement et par petits bouts (Huppert les seins et – de profil – le cul, Lhermitte le cul)

Up 👍: trio d’acteurs attachant ; le final ; certains dialogues, comme toujours chez Blier

Down 👎: quelques légères baisses de rythme et petits trucs prévisibles