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Spider (2002), de David Cronenberg

 

« C’est l’habit qui fait l’homme. Et moins il y a d’homme, plus il faut d’habits… »

C’est l’histoire d’un mec complètement secoué, Dennis Cleg dit « Spider » (Ralph Fiennes), qui intègre un foyer de réinsertion à Londres, non loin de là où il passa une enfance difficile, marquée par le décès de sa mère. Convaincu que son père (Gabriel Byrne) est le meurtrier, afin qu’il puisse vivre avec une prostituée (Miranda Richardson) dont il est tombé amoureux, Cleg va mener sa propre enquête et se replonger dans cette partie de sa vie.

Encore un film où il faut être dans le « mood » pour espérer se laisser porter et convaincre... Pour tout dire, au début, il m'a fait rire… Fiennes joue parfaitement le mec schizo, passant son temps à griffonner son petit carnet de notes ou à marmonner dans la barbe qu’il n’a pas (son texte pour l’ensemble du film doit tenir sur un post-it). Nous le suivons dans ses méandres existentiels, plongeant dans ses souvenirs et tentant de reconstituer son passé et le drame qui s’y joua (le meurtre de sa mère), à l’aide de quelques indices (un petit jardin, une odeur de gaz…). Pas de cul ou de violence pour cette fois, c’est un Cronenberg « sage », qui joue essentiellement sur l’ambiance et ce n’est pas plus mal ainsi. Il faudra donc accepter les partis pris esthétiques : décors minimalistes, couleurs ternes, rythme (très) lent. C’est ce qui en fait le charme et l’originalité. On sent venir un « twist » final à la Sixième sens, façon « bon sang, mais c’est bien sûr ! » et c’est effectivement ce qui advient. Intéressant, sans plus pour ma part.    

Scanners (1981) / Videodrome (1983) / Faux semblants (1988), de David Cronenberg


Trois Cronenberg pour le prix d’un. Passons assez vite sur Scanners et Videodrome, qui baignent dans leur jus au look de séries B cheap et kitsch des années 80 (en même temps, ce n’est pas de leur faute et c’est probablement voulu, vu les faibles budgets). Le premier est une histoire d’affrontement entre deux « scanners » (des médiums), l’un gentil (Stephen Lack) et l’autre méchant (Michael Ironside, vu dans Total Recall et dont le faciès évoque parfois celui de Jack Nicholson). Dans le second, le désormais bien peu fréquentable James Woods incarne un cynique dirigeant d’une chaine de télé spécialisée dans la pornographie et la violence, qui découvre l’existence d’une émission malaisienne nommée Videodrome mettant en scène des meurtres. Je m’arrête là car je n’ai pas compris grand-chose à cette histoire, où apparait la superbe Deborah Harry (chanteuse du groupe de rock Blondie), si ce n’est l’occasion d’une critique du sensationnalisme télévisuel. Et oui, dans les années 80, on était déjà dans l’effondrement mais comme c’était le début (et qu’on était jeune), on ne voyait rien (comme pour un cancer) et en comparaison avec la merde actuelle, cela paraîtra idyllique. Les deux permettent surtout de renseigner sur les avancées effectuées par les effets spéciaux en termes de « body horror », une spécialité de Cronenberg. Je ne dis pas que c’est pas bien, juste que ça ne correspond pas aux attentes du spectateur à l’esprit cartésien que je suis, parfois désarçonné par l’irruption du gore ou du fantastique dans un contexte qui n’est pas d’emblée considéré comme tel. Il y a plus à dire sur Faux semblants, qui n’est pas du tout dans le même registre et qui m’a beaucoup plus intéressé. L’histoire de deux frères jumeaux, Beverly et Elliot Mantle (magnifiquement interprétés par Jeremy Irons), qui partagent tout : appartement, clinique de gynécologie et même conquêtes féminines. Jusqu’à l’arrivée dans leur cabinet de l’actrice Claire Niveau (Geneviève Bujold), dont Beverly, le plus fragile des deux frangins, tombe amoureux et refuse de la « partager ». Avec un synopsis pareil, on s’attend à une terrible confrontation entre les deux frères. Et bien non, fausse route. Ma frustration vient de là, du coup nous assistons à une lente et brutale dépression de Beverly suite au départ de Claire pour un tournage, entrainant son frère Elliot dans sa chute. Celui-ci, loin d’éprouver de l’hostilité vis-à-vis de Beverly, fera au contraire preuve de compassion à son égard. La fin m’a aussi un peu laissé sur ma… faim, dommage. Si voir le même acteur interprétant deux rôles dans le même plan est aujourd’hui considéré comme un jeu d’enfant, il semble qu’à l’époque (fin des années 80), c’était totalement novateur. Bon, pour les scènes où l’un est de dos, il suffit de trouver une doublure avec la même morphologie et lui faire une coiffure identique. 



Crash (1996), de David Cronenberg

 

« Je pense à toutes les filles qu’il a baisé dans sa grosse voiture… C’est comme un lit avec des roues… Ca doit sentir le sperme… »

C’est l’histoire sans queue ni tête de gens qui conduisent et qui baisent, adeptes de « tête-à-queue » (dans tous les sens du terme) : le couple libertin James et Catherine (James Spader et Deborah Kara Unger), le docteur Helen Remington (Holly Hunter) et un groupe de fétichistes des accidents automobiles (Elias Koteas, Rosanna Arquette…).

Dans la série, « on nous fait faire de drôles de trucs, à nous les acteurs et actrices », celui-ci est quasiment un porno simulé : ça n’arrête pas de baiser (y compris entre hommes et entre femmes). Et de conduire. Et d’avoir des accidents. C’est le postulat : avoir des accidents de la route libèrerait l’énergie sexuelle. Mouais, je préfère quand même ne pas prendre le risque… Bon, ceci dit, entre la violence des Promesses de l’ombre et ça, je préfère celui-là sans hésiter. Même si ça ne tient pas debout, contrairement à Popaul qui se raffermira à la vue de ces images faisant bien fonctionner le cérébral (mention spéciale à Deborah Kara Unger qui nous dévoile tout, notamment sa belle toison). A l’instar de Taxi, un film qui n’a pas dû plaire aux associations de prévention routière. A regarder avec un paquet de kleenex à proximité… Ah, j’oubliais, excellente B.O à base de guitare slide (je crois).

Les promesses de l’ombre (2007), de David Cronenberg

 

« Londres est la ville des putains et des pédales. »

C’est l’histoire d’Anna (Naomi Watts), sage-femme à l'hôpital Trafalgar de Londres, qui récupère le journal intime de Tatiana, une adolescente russe décédée au service des urgences en donnant naissance à une petite fille. Ce journal étant écrit en russe, elle en demande la traduction à sa mère et son oncle, espérant y trouver des informations sur la famille de la défunte. Une carte trouvée à l’intérieur du carnet la mène parallèlement sur la piste d’un luxueux restaurant, le Trans-Siberian. Cet établissement est en réalité dirigé par le chef de la mafia russe.

Thriller sombre, malsain (viol, prostitution…) et (inutilement) hyper-violent, d’entrée de jeu (gorge tranchée, accouchement sanglant). Pas grand-chose à redire sur l’interprétation, avec un Vincent Cassel toujours à l’aise dans les univers glauques et déjantés (La haine, Irréversible…) ni même sur l’histoire mais plutôt sur le déferlement d’hémoglobine et les invraisemblances (le combat dans un hammam entre un Viggo Mortensen nu comme un ver et deux malabars armés de couteaux ; le baiser sur la bouche qu’il échange à la fin avec Naomi Watts sans qu’elle le repousse, quand bien même elle ait compris qu’il avait « bon fond »...).

A history of violence (2005), de David Cronenberg

 

C’est l’histoire… de la violence. Plus précisément celle dont use Tom Stall (Viggo Mortensen), paisible citoyen de la petite ville de Millbrook dans l'Indiana, pour mettre hors d’état de nuire deux tueurs qui s’apprêtaient à braquer son petit restaurant et y commettre un carnage. Devenu une célébrité locale pour cet acte de bravoure, il reçoit la visite dans son établissement de Fogarty (Ed Harris), un mafieux partiellement défiguré à l’œil gauche, qui croit reconnaître en lui Joey, un ancien adversaire. Tom va devoir se replonger dans son passé sans éveiller les soupçons de sa famille.

Acteur est un drôle de métier qui pourra vous amener à simuler une scène d’amour (de sexe, quoi) dans des escaliers. Comme ici Viggo Mortensen (qui nous montre pour l’occasion son fessier dénudé) et Maria Bello (j’espère qu’ils s’en sont sortis sans bleu…). Une scène censée montrer que bien que se sentant trahie par Mortensen, Bello l’a toujours « dans la peau » et lui aussi (attention message : sexe et violence font souvent bon ménage). A history of violence porte bien son titre et se permet même le « luxe » de briser un tabou lors des premières minutes : un meurtre d’enfant (heureusement seulement suggéré). Cronenberg délaisse l’horreur et le fantastique pour un thriller de facture assez classique. Flingues, hémoglobine, mensonge, rédemption et valeurs familiales traditionnelles au menu de ce métrage. Il y a même la petite choupinette aux cheveux blonds comme les blés qui met un couvert pour son pôpa quand celui-ci revient à la maison (comme c’est mimi…), espérant être pardonné, lors de la scène de repas finale, certes émouvante et bien interprétée. 

eXistenZ (1999), de David Cronenberg

 

C’est l’histoire d’Allegra Geller (Jennifer Jason Leigh), conceptrice de jeux vidéo, qui présente sa dernière création à un groupe de joueurs. Ceux-ci sont reliés à un monde virtuel grâce à une console appelée « pod » directement connectée à leur système nerveux via un « bioport », un trou percé à la base de leur dos. La démonstration tourne au cauchemar.

David Cronenberg a réalisé avec eXistenZ le premier film porno d’un nouveau genre. En effet, Jennifer Jason Leigh et Jude Law se sont fait greffer un second trou du cul, un peu plus haut que le premier. Jude Law lui fait un anulingus tandis qu’elle introduit un connecteur de forme oblongue dans celui de son partenaire. Trêve de plaisanterie, je n’ai pas du tout aimé ce film. Déjà, il ressemble à une série B. Vous me direz, il en existe de bonnes, d’accord. Mais « l’intrigue » m’est passée au-dessus de la tête dès les premières minutes. Il est vrai que l’univers des jeux vidéo m’est étranger. On assiste donc à des va-et-vient (merde, je recommence, quel obsédé…) entre réalité et virtualité, avec du grand n’importe quoi (Jude Law qui fabrique un révolver avec la carcasse de ce qui semble être un lapin, les mains pleines de gras) et le (double) « twist » final qui va bien. Cela m’a un peu fait penser, mais en beaucoup moins bien, à Inception, qui joue lui aussi sur la confusion entre mondes réel et virtuel. Je me demande ce que Jennifer Jason Leigh est venue faire dans cette galère, si ce n’est pour pouvoir dire « j’ai tourné avec Cronenberg »... J’ai quelques autres films sur ma liste mais comme pour Lynch, ça sent le réalisateur pas fait pour moi…

La mouche (1986), de David Cronenberg

 

C’est l’histoire de Seth Brundle (Jeff Goldblum), scientifique excentrique et solitaire, qui a mis au point un système de téléportation d’une cabine à une autre. Il fait part de cette découverte à la journaliste Veronica Quaife (Geena Davis) mais lui demande dans un premier temps de garder ce secret. Le système ne fonctionne que sur les objets inanimés, jusqu’à ce que Seth parvienne, après un premier essai infructueux, à téléporter un babouin. Un soir d’ivresse et de déprime, jaloux de Stathis Borans (John Getz), rédacteur en chef et ancien amant de Veronica, Seth décide de se téléporter lui-même, sans s’apercevoir qu’une mouche s’est glissée avec lui dans la cabine.

Merci à Cinéphile Schizophrène qui a fait naitre en moi le désir (non, ce n’est pas ce que vous croyez…) de revoir ce film, vu dans mon adolescence, en le mettant à l’honneur sur son blog. Alors qu’en dire ? Avec une durée d’une heure trente, il ne s’encombre pas de longueurs inutiles. Forcément, au niveau de l’esthétique, il a terriblement vieilli. Les effets spéciaux, typiques des années 80 (donc risibles), rappellent ceux d’Alien et du clip Thriller de MJ. Tous les clichés sont au rendez-vous : « l’amour est plus fort que les différences » (Davis qui prend dans ses bras un Goldblum de plus en plus monstrueux, façon La Belle et la Bête. P.S : ils étaient ensemble à l’époque et se marieront un an plus tard), « j’ai un pied et une main en moins mais j’ai encore de la force pour tirer » et « achève-moi, je souffre trop » (snif snif). Pas de quoi cependant m’en faire regretter le visionnage car l'idée de départ est bien trouvée et le récit sans temps mort.