«Ces gens-là refusent
d’admettre la valeur de la propriété privée et des avantages qui en
découlent.»
C’est l’histoire… de la bataille
de Little Bighorn mais transposée… au « trou » des Halles, lors de
leur destruction au début des années 70. Les « tenants de
l’Economie » mandatent les généraux Terry (Philippe Noiret) et Custer (Marcello
Mastroianni) pour exterminer les Indiens qui leur résistent.
Ce film, qui fait suite au succès
de La grande bouffe et bénéficiant donc d’un budget conséquent, démarre sur les
chapeaux de roue : quatre hommes ternes, en costard et nœud papillon, se
proclamant « tenants de l’Economie donc du Progrès et de la
Civilisation » (sic), dissertent et ambitionnent d’anéantir la résistance
des Indiens en les exterminant, malgré la réprobation de l’un d’eux, trouvant
la méthode trop « barbare ». Ils se rendent donc au chevet de leur
« bras armé », un général incarné par Philippe Noiret, en pyjama
rouge une pièce, pour lui exposer leur projet. Jubilatoire. Inévitablement,
derrière, ça se casse un peu la gueule. On reprend les quatre mêmes du Ferreri
précédent (Noiret, donc mais aussi Mastroianni, Piccoli et Tognazzi) et on leur
adjoint Serge Reggiani (méconnaissable en Indien, rasé et seulement
« vêtu » d’un pagne), Darry Cowl et notre Catherine Deneuve nationale
(en rousse). Passée l’idée géniale de départ et en attendant la bataille finale
(les vingt dernières minutes), on fait face à un ensemble poussif où l’on se
« contente » de la partition des acteurs. De toute manière, tous ces
mecs (et cette nana) ont une telle aura que, pour peu qu’ils aient des personnages
truculents à jouer, ils peuvent te sauver un film à eux seuls. Mastroianni et
surtout Piccoli (en Buffalo Bill) en font des tonnes, Tognazzi (en Indien
« passé à l’ennemi » mais malgré tout toujours stigmatisé)
n’hésite jamais à se mettre minable pour un rôle (une scène à poil et réception
de tomates écrasées dans la figure) et même Cathy, en dame patronnesse, casse
son image en proposant un jeu plus outré qu’à l’accoutumée, comme lorsqu’elle
simule un orgasme (sans rapport sexuel) devant son Marcello d’amour. Quant à
Noiret, il conserve son habituel flegme débonnaire. Projet fou, pastiche de
western, « couronné » d’insuccès (dix fois moins d’entrées que La
grande bouffe), Touche pas à la femme blanche ! s’autorise même des
incartades… gore (décapitations…), notamment lors de la bataille finale qui
verra la victoire écrasante de la résistance indienne. Le film est avant tout
une charge politique anticoloniale, témoin de la lutte homérique que se mènent
à travers les âges le Progrès et la Tradition, l’Occident (et ses guerres « préventives »…)
et pays « non alignés », le Nord et le Sud, les riches et les
pauvres, les « démocraties libérales » et les régimes autoritaires
(le parallèle entre le génocide des Indiens et la gentrification de Paris déjà
à l’œuvre est évident).





