« Dans ces boites
d’édition, c’est tous des enculés… Je sais d’quoi j’parle… »
Les histoires d’amour finissent mal… en général…
C’est l’histoire de Zorg (Jean-Hugues Anglade), un mec « normal » et bricoleur, maqué avec Béatrice Dalle (Betty) dans un bungalow sur pilotis à Gruissan. Et là, vous vous dites : eh ben le salaud, il en a de la veine ! Pas si vite, la Betty, c’est pas un cadeau tous les jours. On peut même dire qu’elle est complètement chtarbée. Surtout depuis qu’elle s’est mis bille en tête qu’il était un grand écrivain en découvrant par hasard ses écrits…
De Jean-Jacques Beineix, disparu en
2022 à 75 balais, j’ai l’image d’un cinéaste dans la veine d’un Luc Besson (puis
un peu plus tard d’un Jean-Pierre Jeunet) : esthétique marquée par le clip
et la pub (ici c’est un festival de « placements de produit » :
Nescafé, Kronenbourg, Coca, Nesquik…), personnages et situations « décalés »,
poésie naïve, style un peu « tape-à-l’œil », avec une bonne dose de « provoc ».
Des gens « bien de leur époque » (les artificielles années 80), une
sorte de nouvelle Nouvelle Vague, appelée « cinéma du look » (citons
aussi Léos Carax). Toujours mieux que le cinéma bourgeois à la Podalydès ou le « film
de banlieue » dominant actuellement sur nos écrans. Je garde surtout un
souvenir ému de son plutôt bon Roselyne et les lions de 1989, seul film que j’avais
vu de lui jusqu’ici, tourné en partie dans l’ex-jardin zoologique Longchamp de
la cité phocéenne (tout près de mon quartier de résidence des 5 Avenues) et
parmi les films de chevet de mon défunt daron.
De Béatrice « les dents du
bonheur » Dalle née Cabarrou, j’ai l’image d’une femme… de caractère (on
va dire ça comme ça…), totalement imprévisible et difficilement « cernable »,
capable de se maquer aussi bien avec JoeyStarr qu’avec un militant… d’extrême-droite
(!). Et d’applaudir à l'évasion d’un braqueur (Rédoine Faïd)… On se souvient
aussi de son mémorable face-à-face télévisuel avec le prédateur PPDA (on ne connaissait
pas sa véritable nature à l’époque), qu’elle n’hésita pas à envoyer bouler bien
comme il faut. Cinématographiquement parlant par contre, bien que peu
cinéphile, je serais bien en peine de citer ne serait-ce qu’un autre film de sa
filmographie en dehors de ce 37°2 le matin, qui fête ses 40 ans cette année. Son
premier rôle et un véritable coup de maître. Elle est sans doute formidable
dans plein d’autres métrages (elle privilégie désormais le circuit indépendant,
fidèle à son esprit « punk ») mais rien n’y fera : elle sera pour
toujours Betty. Qui est ici ce que fût (toutes proportions gardées) la Bardot
du Mépris (film que j’ai par ailleurs détesté) ou ce que sera un an plus tard
Pauline Lafont dans L’été en pente douce : la Femme autour de laquelle la
Terre tourne.
Le DVD que j’ai emprunté à ma
médiathèque municipale proposant la version « sortie ciné » de deux
heures et la version longue de trois heures (!), je me suis tapé cette
dernière. Alors ça commence « mal ». Premier plan (large) :
Anglade et Dalle nus comme des vers en train de baiser sur un lit, l’absence de
pénétration constituant la seule différence notable avec un porno lambda. Au
moins, on n’est pas pris en traitre, Beineix annonce d’emblée la couleur. Plus
loin, il y aura d’autres scènes un peu / beaucoup « olé-olé » :
Dalle embrassant la bite (au repos) d’Anglade, celui-ci lui faisant un cunni ou
pétrissant un imposant sein de Clémentine Célarié qui, elle, se touchera. Par
ailleurs, nos deux tourtereaux seront à poil dans de nombreuses scènes. Pour le
reste, on suit la vie d’aventuriers, éloignée des contingences matérielles, et
la lente descente aux enfers de ce joli couple qui aurait eu tout pour être
heureux si l’obsession, virant à la folie, de Betty pour l’hypothétique carrière
d’écrivain de Zorg et une grossesse avortée n’en avaient décidé autrement. Un
parcours nous permettant de croiser des visages bien connus du cinéma français
comme Gérard Darmon, Clémentine Célarié, Vincent Lindon dans le rôle d’un
gendarme ou Dominique Pinon dans celui d’un dealer. Et de voyager à travers les
paysages et villages de la France mitterrandienne (allez hop, encore une petite
pièce dans le juke-box de la mélancolie nostalgique…) : la Plage des Chalets de
Gruissan (Aude), Marvejols (Lozère) ou encore Narbonne. L’ensemble est
accompagné d’un très joli thème pianistique de Gabriel Yared et se conclut par
un final assez peu crédible (mais c’est du cinéma…) au cours duquel Beineix
nous refait le coup de Vol au-dessus d’un nid de coucou. Gros succès public
(plus de 3,6 millions d’entrées), beaucoup moins chez les critiques, qui ont toujours
boudé Beineix (un seul César, pour l’affiche). Un film pas exceptionnel mais assez
marquant, qui « laisse des traces » même quelques heures voire jours
après son visionnage et qui mérite donc son statut. Du coup, je vais me choper
La lune dans le caniveau et peut-être Diva.



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