Lolita (1962), de Stanley Lubrick

 


J’aimerais être une femme, parfois. Oh, juste pour quelques jours, histoire de voir si « nous les hommes » suscitons chez elles la même fascination qu’elles exercent sur nous. Parce que nous (enfin, la plupart d’entre nous, à part les gays – forcément – et quelques exceptions), à la vue d’une paire de seins ou de fesses, d’un visage, c’est Tex Avery, avec yeux exorbités, langue déroulée jusqu’au sol et sauts de cabri… Y’a « à manger », quoi. Tandis que nous, qu’est-ce qu’elles peuvent bien nous trouver ? Ou alors d’accord, Alain Delon dans sa jeunesse ou un beau brun un poil baraqué, regard ténébreux, fesses bien fermes, comme celui qui plongeait nu sur une plage dans une pub des années 80 (pour parfum ou slips, je sais plus), à la rigueur...

C’est pas sa faute à elle…

Lolita (1962) est une comédie noire dramatique américano-britannique réalisée par Stanley Kubrick, adaptée du célèbre et controversé roman éponyme de Vladimir Nabokov publié en 1955. Il s'agit d'une œuvre charnière dans la filmographie de Kubrick, marquant le début de sa période de production entièrement britannique et affirmant son goût pour la satire sociale et l'obsession humaine.

C’est l’histoire d’Humbert Humbert (James Mason), un professeur de littérature française d'âge mûr, qui s'installe dans une petite ville américaine. Il loue une chambre chez une veuve, Charlotte Haze (Shelley Winters), et tombe instantanément amoureux fou de sa fille de 14 ans, Dolores (Sue Lyon), qu'il surnomme « Lolita ». Pour rester proche de l'adolescente, Humbert accepte d'épouser Charlotte. Lorsque cette dernière découvre la vérité et meurt accidentellement, Humbert entame un voyage à travers les États-Unis avec Lolita, sombrant dans une relation toxique et jalouse, tout en étant traqué par un mystérieux rival, Clare Quilty (Peter Sellers).



Le film dissèque la folie obsessionnelle de Humbert, qui rationalise son attirance interdite et détruit sa propre vie (et celle des autres) pour la posséder. Contrairement aux apparences, Lolita n'est pas qu'une victime passive et utilise parfois l'ascendant qu'elle a sur Humbert, tandis que Clare Quilty manipule tout le monde en arrière-plan. Le film explore la dualité humaine, symbolisée par les nombreux déguisements et l'omniprésence de Clare Quilty, qui agit comme le double grotesque et moral de Humbert. Kubrick en profite pour égratigner au passage la culture de consommation, la banlieue bourgeoise, le puritanisme de façade et la culture pop américaine des années 1950.

Soumis au rigide Code Hays de l'époque, Kubrick a dû faire preuve d'une immense subtilité. L'âge de Lolita est surélevé (l'actrice Sue Lyon avait 15 ans lors du tournage, contre 12 ans pour le personnage du livre). La nature sexuelle de leur relation est entièrement suggérée par le montage, les regards, l'humour noir et le non-dit. Kubrick déclarera plus tard que s'il avait su à quel point la censure serait stricte, il n'aurait probablement pas fait le film.



Le film s'ouvre par la fin (le meurtre de Quilty par Humbert), transformant l'histoire en un long flashback tragique où le spectateur sait d'avance que le principal protagoniste court à sa perte. Kubrick utilise fréquemment des miroirs pour filmer ses personnages, accentuant visuellement les thèmes du double, de l'illusion et de la paranoïa.

James Mason livre une remarquable performance, oscillant entre le dandy pathétique, le monstre d'égoïsme et l'amoureux transi, réussissant à rendre son personnage tragiquement humain. Sue Lyon, choisie parmi 800 candidates, incarne parfaitement l'adolescente américaine désinvolte, mélange d'innocence enfantine et de sensualité précoce (l'image d'elle avec ses lunettes de soleil en forme de cœur est devenue iconique). Quant à Shelley Winters, elle est parfaite en mère de famille bourgeoise, désespérée d'être aimée, à la fois grotesque et profondément touchante. Enfin, Kubrick a laissé une immense liberté d'improvisation à Peter Sellers. Il vole la vedette à chacune de ses apparitions en incarnant un Quilty caméléon aux accents multiples.



Le film a suscité d'immenses controverses avant même sa projection. La Ligue de vertu (sic) catholique a tenté de le boycotter. Malgré cela, le film a été un succès commercial majeur et a reçu un accueil critique globalement positif, saluant le courage de l'adaptation et la performance des acteurs. Lolita est aujourd’hui considéré comme une œuvre majeure de Kubrick, même si elle est parfois éclipsée par ses chefs-d'œuvre ultérieurs (2001, Orange Mécanique). Il a profondément marqué la « pop culture », popularisant (et déformant parfois) le terme « Lolita » pour désigner une jeune fille séductrice.

Mouais, quand même un peu longuet, comme dirait Gérard (2 heures et demie)… Le meilleur, c’est la fin, quand le type bute définitivement sur l’amour impossible. Pour le reste… bof bof.


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