Fahrenheit 451 (1966), de François Truffaut

 

« Pourquoi lisent-ils ? Quelle perversité… »

« Occupez vos gens pour qu’ils ne pensent pas. C’est le point capital. »

Herrmann fait du Herrmann et Truffaut… du Hitchcock

C’est l’histoire d’une société dystopique, dans un pays et une époque indéterminés, au sein de laquelle les livres, vecteurs de connaissances, sont interdits. Guy Montag (Oskar Werner) y exerce la profession de pompier, qui ne consiste pas à éteindre des incendies mais à saisir les livres, les brûler et arrêter leurs propriétaires. Il rencontre une jeune femme, Clarisse (Julie Christie), qui lui avoue son intérêt pour la lecture. Montag se remet dès lors peu à peu en question et enfreint la loi en se mettant à lire, ce qui provoque un conflit avec sa femme Linda (Julie Christie aussi) puis avec sa hiérarchie.

Moi qui n’aime pas Truffaut… enfin, disons surtout la série de films « casse-burnes et touille-cerveau » avec son héros Antoine Doinel (Jean-Pierre Léaud) et le fait qu’après avoir critiqué le cinéma « qualité France » d’avant-guerre (le côté « vous allez voir c’que vous allez voir quand je serai derrière la caméra »), il a fini par en devenir un thuriféraire en tournant des films somme toute classiques. Donc moi qui n’aime pas Truffaut, disais-je, là j’ai adoré. Sans doute parce qu’il ne fait pas du Truffaut mais du Hitchcock. Une scène de filature et des plans entiers, sur la musique de Bernard Herrmann, sont complètement pompés sur le « maître du suspense ». Il pousse même le vice jusqu’à faire interpréter deux rôles par la même actrice (Julie Christie), comme dans Sueurs froides. La même année (1966), Truffaut publiait ses entretiens Le Cinéma selon Alfred Hitchcock, ce qui n’est sans doute pas un hasard. Voilà pour la forme. Quant au fond, avec un « pitch » si original, cela ne pouvait qu’être intéressant, il restait à bien traiter le sujet. On ne sait et voit presque rien de cette société, ni ses dirigeants, ni son fonctionnement. Seuls la patrouille de « pompiers » que l’on suit dans l’exercice de ses fonctions et les intérieurs / extérieurs nous renseignent quelque peu. Les livres sont donc interdits car ils risquent d’instruire et d’émanciper les citoyens mais aussi d’engendrer des inégalités entre eux. Ils sont donc saisis et brûlés sur le champ. A l’extérieur, des barres d’immeubles, des bornes avec gyrophares, un monorail et des boites aux lettres où les délateurs peuvent déposer une photo (puisque les écrits sont interdits) des « déviants ». Un peu « cheap » et kitsch pour de la SF mais ça suffit et ce n’est en rien gênant. Dans les intérieurs, les écrans TV sont omniprésents. Et en 16/9 avant l’heure, s’il vous plait (dans le roman éponyme de Ray Bradbury, ils occupaient même le mur entier) ! La téléréalité est d’ores et déjà envisagée via un dialogue entre présentateurs sur leur plateau et spectateurs dans leur salon. Beau final dans les bois où se retrouvent les résistants à cette société totalitaire, nommés selon l’ouvrage qu’ils ont appris par cœur en vue de sa transmission aux générations futures. Un film visionnaire (enfin, le roman dont il est l’adaptation, plutôt) et une déclaration d’amour aux livres et à la culture. En dehors de Truffaut, son co-scénariste et sa scripte, l’équipe du film est britannique et le tournage a lieu dans les environs de Londres. « Fun fact » (si j’ose dire…) : Oskar Werner, qui joue le héros et que Truffaut avait déjà dirigé dans Jules et Jim (1962), est décédé le 23 octobre 1984, soit… deux jours après le cinéaste.
 

Le topo de Nicolas Mathieu :

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