mercredi 4 février 2026

Tandem (1987), de Patrice Leconte (rework)


« Ne vous excusez pas. Vous ne pouviez pas savoir que vous étiez invité au club des cons. »

« Alors, il s’ennuie, « l’homme au chronomètre », il a besoin d’une épaule ? »

« J’aime l’hiver parce qu’il m’épargne votre spectacle ! »

Réalisation : Patrice Leconte

Scénario : Patrick Dewolf et Patrice Leconte

Pays : France

Année : 1987

Genre : Comédie dramatique

Avec : Jean Rochefort, Gérard Jugnot, Sylvie Granotier, Julie Jézéquel, Jean-Claude Dreyfus, Ged Marlon.

Synopsis : Miguel… euh, Michel Mortez, « vieux beau » un peu pathétique et animateur de radio sur le retour, sillonne les routes de la « France profonde » en compagnie de Rivetot, son fidèle assistant et homme à tout faire, pour y présenter leur jeu radiophonique itinérant La langue au chat. Les petites villes de province, les candidats, les hôtels miteux, les repas chez les notables locaux… Tous les jours c’est pareil et tous les jours c’est différent. Un jour, Rivetot apprend que leur émission va être supprimée. Conscient qu’elle est pour ainsi dire la seule raison de vivre de Mortez, il décide de ne pas lui faire part de cette terrible nouvelle.

Pourquoi ? Dantesque. Le scénario, entre « road » et « buddy movie », est des plus originaux. Le casting est idéal : Jean Rochefort trouve en Mortez un rôle à sa (dé)mesure tandis que Gérard Jugnot, sans moustache mais avec moumoute, change de registre et apparait pour une fois plutôt sympathique. Une belle galerie de seconds rôles (Jean-Claude Dreyfus en notable, Julie Jézéquel en soubrette libérée ou encore Ged Marlon en candidat-surprise à très faible culture générale) les accompagne. Le film oscille avec bonheur entre moments comiques et d’autres plus émouvants. Des scènes mémorables, on en trouve à foison : Rochefort ivre au casino ou pris d’une crise d’angoisse dans sa chambre d’hôtel (« Les deux lits, la table de nuit au milieu, les appliques dorées, le cagibi – salle de bain, les couvre-lits synthétiques… ») ; le barman de l’hôtel, homo sous ses attraits bourrus (« J’te fais une petite pipe, Michel ? ») ; le repas chez les notables, où Rochefort est assailli par les questions incongrues d’un Jean-Claude Dreyfus exalté ; Julie Jézéquel glaçant Jugnot avec ses allusions salaces (« T’as déjà imaginé ton père en plein orgasme ? ») ; Ged Marlon, grignotant des chips et incapable de répondre à la moindre question (pourtant faciles : bacille de Koch, Statue de la Liberté…) lors du jeu improvisé, après s’être fait houspiller par un Rochefort excédé pour avoir pique-niqué trop près du bord de la route (« On devrait créer des brigades esthétiques et interdire le port du survêtement en dehors des enceintes des stades ! ») ; la scène intimiste entre Sylvie Granotier et Rochefort (« Excusez-moi, je ne voulais pas vous faire de mal » - « Et bien, c’est fait. Bonsoir »)… Ne reste plus qu’à ajouter Il mio rifugio, un poignant piano-voix chanté de sa voix rauque par le franco-italien Richard Cocciante, qui parcourt tout le film et le tour est joué. Cette première incursion de Patrice Leconte, jusque-là spécialiste de la comédie (un film d’action aussi, Les spécialistes), dans un registre plus grave (même si toujours drôle) est un coup de maître. Il récidivera deux ans plus tard avec Monsieur Hire. De façon plus personnelle, ce film a aussi une résonnance particulière pour moi dans la mesure où je l’ai vu de nombreuses fois dans mon adolescence en compagnie de mon défunt père, lui-même animateur d’une radio locale (bénévolement, dans le domaine culturel puis politique) un peu fantasque et portant le même prénom que le personnage principal.

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