« Hé, Jolanda !
Regarde-moi ça, si maman te voyait dans cette tenue… Avec le cul à l’air devant
tout le monde… »
Ah, tiens, c’est bon, ça. Ces « ritals »
ont visiblement tout compris. Faire passer des messages, poser un regard lucide
sur leurs contemporains, livrer une analyse de la société, dans le contexte
historique et social de l’époque, le tout en évitant le manichéisme et le sentencieux
plombant (Bong Joon-ho a dû prendre des notes). Cet Argent de la vieille
bénéficie d’un pitch original et nous plonge dans l’univers des jeux de cartes,
plus précisément cette « scopa », une sorte de belote mettant aux
prises deux équipes de deux joueurs. Ces parties sont une allégorie de la lutte
des classes et du combat entre le capitalisme impérialiste américain, incarné
par « La vieille », et le (lumpen)prolétariat italien, qui prend les
traits du couple Sordi – Mangano. Ce dernier est soutenu, y compris
financièrement pour les mises de départ, par tout un bidonville, filmé sans
misérabilisme ni démagogie, avec tendresse et moquerie mais aussi par les domestiques
de la milliardaire. Il n’y a pas les gentils pauvres d’un côté et la méchante « vieille
peau » friquée de l’autre. Enfin, si mais c’est plus compliqué que ça. Si
les premiers veulent gagner par cupidité, la motivation de la seconde, bouffie
d’orgueil, est de démontrer sa supériorité. A l’arrivée, cette course effrénée
pour le profit et cet argent qui fait décidément tourner les têtes ne fait
aucun vainqueur mais que des vaincus, symbolisée par un « twist »
final inattendu (que les plus attentifs et astucieux auront peut-être deviné),
où le personnage de la fille ainée du couple de prolos, qu’on pensait
secondaire, révèle toute son importance. En dépit de quelques facilités (la
villa qui surplombe le bidonville, le contraste entre la Rolls-Royce de la
milliardaire et la mini-camionnette toute pourrie de Sordi, OK, on a compris
les images…) et d’une séquence un peu lourde et longuette où Sordi fait (à
nouveau) le « clebs » en suppliant Mangano de le pardonner d’avoir
foiré les parties de cartes, ce film est un très bon moment et un bel exemple
de « comédie à l’italienne » réussie.



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