mardi 17 mars 2026

Cycle Leslie Nielsen (2) : la trilogie Y a-t-il un flic…

 

Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? (1988)

« Là je ferme les yeux mais en temps normal, il ne faudrait pas rouler à 125 dans le mauvais sens d’une rue à sens unique… »

Réalisation : David Zucker

Scénario : Jerry Zucker, Jim Abrahams, David Zucker et Pat Proft

Pays : Etats-Unis

Année : 1988

Genre : Comédie, policier, parodie

Avec : Leslie Nielsen, Priscilla Presley, Ricardo Montalban, George Kennedy, O. J. Simpson.

Synopsis : Frank Drebin est policier dans la brigade spéciale de Los Angeles. Son meilleur ami et partenaire Nordberg est gravement blessé et accusé de trafic de drogue. Dès lors, Frank cherche à savoir qui a voulu le tuer. Son enquête l'amène sur les traces de Vincent Ludwig, riche homme d'affaires à qui l'on vient de confier la charge d'organiser la venue de la reine Elisabeth II. Frank fait la rencontre de l'assistante de Ludwig, Jane Spencer, dont il va tomber amoureux.


Y a-t-il un flic pour sauver le président ? (1991)

« C’est de l’histoire ancienne, comme le Parti Démocrate. »

Réalisation : David Zucker

Scénario : David Zucker et Pat Proft

Pays : Etats-Unis

Année : 1991

Genre : Comédie, policier, parodie

Avec : Leslie Nielsen, Priscilla Presley, George Kennedy, O. J. Simpson, Robert Goulet, Richard Griffiths, Anthony James.

Synopsis : Trois ans après, Frank et Jane sont séparés. Il la retrouve en tant qu'assistante du professeur Meinheimer, qui doit prochainement prononcer un discours en faveur des énergies renouvelables, ce qui n’est pas du goût des magnats du pétrole. Jane s'est fiancée à Quentin Hapsburg, un homme d’affaires louche.


Y a-t-il un flic pour sauver Hollywood ? (1994)

« Et puis… tu as tué personne depuis 6 mois… » - « C’est vrai ! C’est toujours les p’tites choses qui vous manquent. »

Réalisation : Peter Segal

Scénario : David Zucker, Pat Proft et Robert LoCash

Pays : Etats-Unis

Année : 1994

Genre : Comédie, policier, parodie

Avec : Leslie Nielsen, Priscilla Presley, George Kennedy, Fred Ward, O. J. Simpson, Anna Nicole Smith.

Synopsis : L'inspecteur Frank Drebin est désormais à la retraite. Mais ses anciens coéquipiers font à nouveau appel à lui. En effet, le criminel Rocco Dillon prépare un attentat qui aura lieu pendant la cérémonie des Oscars.


Assurément l’une des « franchises » les plus drôles de l’histoire et qui révéla le potentiel comique de l’acteur Leslie Nielsen dans le rôle du policier gaffeur Frank Drebin. Les autres acteurs récurrents de la série sont sa compagne Priscilla Presley (mais pas trop fort quand même…) et ses coéquipiers George Kennedy et O. J. Simpson (oui, l’ancien joueur de foot américain disparu en 2024 et ayant défrayé la chronique en 1994 pour le double meurtre de son ex-épouse et l’un de ses amis). Alors, quel volet est le plus drôle et le plus réussi ? Instinctivement et par habitude, on aurait tendance à dire le premier mais honnêtement, le trio ZAZ (Jerry Zucker, Jim Abrahams et David Zucker, diversement impliqués dans les trois films) en avait suffisamment « sous la semelle » pour nous offrir deux « séquelles » fort réjouissantes et de qualité. Passons rapidement sur la séquence introductive du premier volet, aux forts relents « néo-con » de l’impérialisme yankee et ses croisades évangélistes contre les « forces du Mal » (invariablement les communistes et les islamistes), où Drebin dézingue Khomeini (déjà…), Gorbatchev, Yasser Arafat (mouais…), Kadhafi et Amin Dada. Il doit ensuite faire échouer la tentative d’assassinat de la reine Elisabeth II par un richissime notable (mémorable final au match de baseball). Autres scènes marquantes : la course-poursuite à bord de l’auto-école ou « l’agression à l’aide d’une verge de statue ». Dans le second opus, Drebin est cette fois aux prises avec un autre businessman véreux, fiancé à Jane (Presley) et qui lui envisage de remplacer un professeur aux idéaux écologistes par un sosie bien plus favorable à l’industrie pétrolière. Après la reine d’Angleterre et les chefs d’Etat du précédent volet, on y retrouve d’autres sosies : cette vieille ganache de George Bush père et sa grognasse Barbara (scène introductive hilarante lors du diner à la Maison Blanche). Parmi les films parodiés ici : la scène de la douche de Psychose et celle de la poterie dans Ghost (réalisé par Jerry Zucker, une autocitation, donc). Quant au troisième volet, si l’intrigue policière y est moins élaborée que dans les deux premiers, les gags restent au niveau (la « banque du sperme », la prison, tout le final aux Oscars). Là encore, le film débute en fanfare : parodie de la scène de la gare des Incorruptibles, avec pas moins de quatre landaux (encore deux sosies : Bill Clinton et le pape Jean-Paul II). Poilant. Autres clins d’œil cinématographiques : Thelma & Louise, Jurassic Park et les films d’évasion (L'évadé d'Alcatraz, La grande évasion). Présence au casting d’Anna Nicole Smith, à la poitrine généreuse et au destin tragique (décès à 39 ans, un an après celui de son fils de 20 ans). Une trilogie culte à voir et à revoir pour de bons moments de franche rigolade.

dimanche 15 mars 2026

Cycle Leslie Nielsen (1) : Le détonateur (1998), de Pat Proft

 

« Je trouve que ce chien a un museau très surprenant. » - « C’est parce que vous regardez ses fesses… »

C’est l’histoire de Ryan Harrison (Leslie Nielsen), violoniste de renommée mondiale. Il est embarqué dans un complot où une admiratrice (Kelly LeBrock) lui fait porter la responsabilité du meurtre de son mari (Michael York), qui avait découvert qu’elle projetait d’assassiner le secrétaire général de l’ONU. Condamné à mort, Harrison parvient à s’échapper lors d’un transfert de prisonniers. Le lieutenant Fergus Hall (Richard Crenna) se lance à sa poursuite.

Faut wigoler ! Putain, t’as raison, surtout en ce moment où tous les voyants sont au rouge (Recherche bonnes nouvelles désespérément…). Et quoi de mieux pour cela qu’un film avec Leslie Nielsen, acteur canadien qui se révéla sur le tard dans un registre comique grâce à la série de films des Y a-t-il… ? La recette est connue : humour potache, régressif et nonsensique, parodies de films, gags en arrière-plan. Elle est réutilisée ici, avec plus ou moins de bonheur. Durant moins que les 90 minutes réglementaires et mis en boite par le néophyte Pat Proft (qui ne récidivera pas…), ça sent le truc bâclé. « L’intrigue » n’a aucun sens, le scénario ne s’embarrasse d’aucun souci de vraisemblance et n’est qu’un prétexte à l’enchainement de gags et de parodies de grands succès cinématographiques. On se délectera notamment de celles d’Usual Suspects, de Mission Impossible, de La mort aux trousses et du Fugitif, ce dernier fournissant la trame scénaristique du métrage, avec Richard Crenna dans le rôle du flic fûté incarné par Tommy Lee Jones dans l’original. La voix de doublage de Leslie Nielsen n’est malheureusement pas adéquate, son doubleur habituel Jean-Claude Michel n'étant pas disponible pour des raisons médicales (il décèdera d’ailleurs un an plus tard). Au final, un moment sympatoche mais clairement en deçà des Y a-t-il un flic (ou un pilote)     

mardi 10 mars 2026

Vol au-dessus d'un nid de coucou (1975), de Miloš Forman

 

« Mais de vous à moi, Docteur… euh… elle avait peut-être que quinze ans mais quand on est devant une belle fente bien rouge qu’on peut toucher, là, j’crois pas qu’il faut être cinglé pour… Et c’est bien votre avis aussi ? » - « Je vous entend parfaitement. »

Réalisation : Miloš Forman

Scénario : Bo Goldman et Lawrence Hauben, d’après le roman éponyme de Ken Kesey (1962)

Pays : Etats-Unis

Année : 1975

Genre : Drame

Avec : Jack Nicholson, Louise Fletcher, William Redfield, Brad Dourif, Will Sampson, Danny DeVito, Christopher Lloyd, Sydney Lassick, Scatman Crothers.

Synopsis : Condamné pour diverses agressions et un viol sur mineur, Randall Patrick McMurphy simule la folie pour échapper au pénitencier. Il intègre alors un hôpital psychiatrique afin qu'on évalue sa santé mentale. Les thérapies y sont dirigées d’une main de fer par l’infirmière en chef Miss Ratched, une femme autoritaire et impassible à laquelle McMurphy va très vite s’opposer…

Pourquoi ? J’ai donc revu ce film « bouleversifiant » d’humanité, qui a mon âge et dans lequel une poignée de malades mentaux sont aux prises avec une infirmière tyrannique, portant le sadisme et la cruauté sur son visage. Sous l’impulsion d’un sociopathe simulateur, ils vont progressivement braver ce système intransigeant et retrouver goût à la vie et à la liberté. Parfois drôle mais aussi poignant et (très) dur. Quelle justesse dans l’interprétation (Nicholson et ses colères homériques, Fletcher, Dourif, DeVito… tous !) et dans les situations ! Que voulez-vous que je vous dise de plus ? Grand chelem des cinq principaux Oscars mérité, chef-d’œuvre et pis c’est tout.   

dimanche 8 mars 2026

The Square (2017), de Ruben Östlund

 

C'est l'histoire d'un mec, Christian (Claes Bang), père divorcé et conservateur d'un musée d'art contemporain de Stockholm. Un bon bobo suédois, qui donne des pièces aux mendiants, roule en voiture électrique et tout et tout. Mais un jour, il est piégé : aidant une femme prétendant être attaquée, il se fait voler son portable, son portefeuille et ses boutons de manchette. Heureusement, grâce à la fonction de géolocalisation de son téléphone, il ne tarde pas à retrouver la trace du voleur : un immeuble dans une cité de banlieue. Avec l'aide d'un adjoint, il glisse alors une lettre de menaces anonyme dans chacune de ses boîtes aux lettres. Cette initiative va bouleverser sa vie alors que parallèlement, le vernissage d'une exposition intitulée The Square approche et que sa campagne de promotion est lancée.

Vous savez quoi, les gars ? J'ai l'impression que le cinoche a cessé de (vouloir) nous faire rêver. Entendons-nous bien : je ne suis pas partisan d'un cinéma exclusivement hollywoodien  « d'enter-tainment ». Mais pas davantage de l'évocation systématique de problématiques sociétales contemporaines, portées par des acteurs moyennement charismatiques. On a pourtant l'impression que c'est désormais devenu le critère n°1 pour espérer empocher une Palme d'Or. Celle-ci, obtenue en 2017, est la première du réalisateur suédois Ruben Östlund. Mais si Sans filtre (2022) m'avait séduit par ses moments jubilatoires et un message délivré sur le ton de l'humour (féroce), tout ici est plus pompeux et lourdingue. Déjà, rien ne tient debout. Franchement, le bobo pris de remords pour avoir fait des amalgames basés sur des idées reçues (habitants des cités = voleurs) ensuite prêt à tout pour se racheter une bonne conscience, qu'est-ce que c'est appuyé... Des scènes ridicules et interminables (le happening de « l'homme singe » qui terrifie les bourgeois attablés lors de la soirée de gala avant de se faire lyncher, Claes Bang et Elisabeth Moss qui se disputent la capote remplie de semence après avoir fait « crac-crac »...). Seule celle où un type atteint du syndrome de Gilles de La Tourette perturbe le bon déroulement de la conférence consacrée à un artiste en débitant des insanités m'aura arraché un sourire. Plus anecdotique, on notera qu'Östlund semble apprécier la « french touch » (une des musiques que j'aime le moins au monde) : avant le Lady de Modjo (pouark !) dans Sans filtre, il mettait ici à l'honneur le Genesis de Justice, ce qui est quand même nettement mieux. Une grosse déception.

lundi 2 mars 2026

Sans filtre (2022), de Ruben Östlund

 

« Et vous, vous travaillez dans quoi ? » - « Je suis dans la merde. » - « Vous… quoi ? » - « Je vends de la merde. »

« L’important, c’est tout c’qu’ils affichent, les riches. » (Regarde les riches, Patricia Kaas, 1990)

C’est l’histoire de Carl (Harris Dickinson) et de sa petite amie Yaya (Charlbi Dean, décédée à 32 ans d’une septicémie peu après ce film, horrible…), tous deux mannequins et « influenceurs ». Ces activités leurs permettent d’être invités à bord d’une croisière de luxe, où ils côtoient des personnes plus riches qu’eux, comme un couple d’anglais ayant fait fortune dans l’armement ou un oligarque russe (Zlatko Burić) s’étant enrichi grâce à la vente d’engrais. Mais lors du repas du capitaine (Woody Harrelson), une tempête fait virer la croisière de rêve au cauchemar…

Ah, ce foutu pognon, il nous en fait faire… Soyons honnêtes, dans notre indépassable (?) monde capitaliste, nous en sommes tous avides, que ce soit pour assurer notre subsistance, se payer un « extra » (restau, sortie, voyage…), mener une vie confortable ou étaler notre « réussite » et notre pseudo-supériorité sur autrui. Après Parasite en 2019, il semble que la « lutte des classes » et la critique de la bourgeoisie (mais aussi des classes plus défavorisées) soient dans l’air du temps et un atout considérable pour l’obtention d’une Palme cannoise (la seconde du cinéaste suédois Ruben Östlund, après The Square en 2017). Le film se divise en trois parties. La seconde est de loin la meilleure et m’aura, chose très rare, occasionné un fou rire. Mais avant cela, il faut se taper le prologue où nos deux tourtereaux se « prennent la tête » (et la notre par la même occasion…) pendant un quart d’heure à propos d’une foutue note de restaurant. En cause : la meuf qui laisse payer son mec alors qu’elle gagne plus que lui et qu’il a déjà payé la fois précédente, reproduisant les « stéréotypes de genre », ce que notre gars a du mal à supporter. Nous entrons ensuite enfin dans le vif du sujet avec leur embarcation à bord d’un yacht rempli de « vieilles peaux » ultra-friquées. Nous assistons alors lors d’une soirée à un jubilatoire jeu de massacre : la tempête fait tanguer le navire, les passagers vomissent leur repas à base de caviar et de poulpe caramélisé, les chiottes débordent et le capitaine (génial Woody Harrelson) se livre à une bataille de citations avec l’oligarque russe, lui citant Marx et le milliardaire répliquant par des sentences du couple infernal Thatcher – Reagan. Les deux hommes, ivres, s’enferment dans la cabine de pilotage et Harrelson harangue les milliardaires, avec des phrases du genre « ne rêvez pas, nous ne nous dirigeons pas vers un paradis fiscal » ou « on sait que vos œuvres de philanthropie, c’est pour défiscaliser et vous donner bonne conscience ». Dans une sorte de catharsis, Östlund nous venge quelque peu de ces individus néfastes à l'environnement et au Bien commun, même si montrés sous un jour pas forcément antipathique. Et boum, Harrelson « pilonne » aussi les Etats-Unis et leurs guerres aux quatre coins du monde pour y placer leurs hommes et en tirer un profit économique. Faire passer un message (très bien senti) dans un contexte comique pour qu’il ne soit pas trop lourd, voilà qui est habile. L’attaque terroriste du yacht, traitée en ellipse, débouche sur la troisième partie, celle de l’île déserte, où se retrouve une poignée de survivants : notre jeune couple, le russe, deux autres passagers et trois membres de l’équipage, dont une préposée aux WC qui va prendre les choses en main, étant la seule à savoir pécher et allumer un feu. L’occasion donc d’un renversement de hiérarchie et d’une inversion des statuts sociaux (et de genre). Après quelques péripéties et tensions au sein du groupe, les derniers plans laissent libre cours à une fin « ouverte ». Très intéressant objet filmique. Mais si Bong Joon-ho, avec Parasite, payait son tribut à La Cérémonie de Chabrol, Östlund revisite ici La grande bouffe Ferrerienne dans ses passages scatologiques, tant et si bien qu’on se demande si les œuvres contemporaines de qualité ne seront pas désormais invariablement le fait de petits malins connaissant leur histoire du cinéma sur le bout des doigts…