« Je ne suis pas un
éléphant ! Je ne suis pas un animal ! Je suis un être humain !
Je suis un homme… »
Un éléphant, ça trompe
énormément…
C’est l’histoire d’un mec, John
(en réalité Joseph) Merrick (John Hurt), à la fin du 19ème siècle,
la Destinée lui a fait une tronche d’éléphant. Tout ça parce qu’à son quatrième
mois de grossesse, sa daronne a été bousculée par un pachyderme… Exposé tel un
phénomène de foire par un type sans vergogne (Freddie Jones), il est découvert
par un brillant médecin, le Docteur Frederick Treves (Anthony Hopkins). Celui-ci
« l’emprunte » contre une somme d’argent à son
« propriétaire » afin d’étudier son cas et l’héberge quelques jours
au sein de son hôpital. Entre le médecin et son « patient », une
amitié va naître.
C’est l’histoire d’un Lynch qu’on
comprend tout du début à la fin.
Là par contre, je m’incline bien
volontiers. Terriblement triste et émouvant, ça me fout par terre, ce genre de
films. Je prends les choses trop à cœur, parfois. Il renseigne bien sur la
salopardise du genre humain. Une ode à la tolérance et au respect de la
différence. C’est à l’aune du monde apocalyptique de 2026 qu’on se rend compte
que le cinéma (la musique, l’Art en général) ne le change pas, le monde. Le noir
et blanc ne gêne pas du tout, c’est au contraire parfaitement approprié, de même que la musique et l’interprétation
est nickel. Y’en a qu’ont vraiment pas de cul dans la vie, car ce Joseph
Merrick a véritablement existé. Son calvaire s’achèvera de façon accidentelle (tête
renversée vers l'arrière) à l’âge de 27 ans (ce n’était pourtant pas un
chanteur ni un musicien…). Pour l’anecdote, le fameux passage « I’m not an
animal ! I’m ahuman being ! » est samplé au début du (très bon)
morceau Psychiatric de Mylène Farmer (album L’autre…, 1991).
Avec : Richard Gere, Julia
Roberts, Ralph Bellamy, Jason Alexander, Héctor Elizondo, Laura San Giacomo.
Synopsis : Edward Lewis,
richissime homme d'affaires rachetant des sociétés en difficulté en vue de les
revendre après les avoir dépecées (un Tapie puissance 10 donc, puisque ricain…),
se perd sur Hollywood Boulevard après avoir quitté une soirée où il s’ennuyait
à mourir. Il demande alors son chemin à Vivian, une jeune prostituée.
Pourquoi ? Parce que c’est le
film qui révéla Julia « Big mouth » Roberts. Parce que Richard Gere
(et plutôt bien). Parce que si j’aime le cul, je peux aussi être « fleur
bleue » (d’ailleurs, je ne vois pas en quoi ce serait antinomique). Pour
l’irrésistible chanson éponyme de Roy Orbison. Et encore et toujours parce que
« Madeleine de Proust » (ça y est, je me remet à chialer sur mon insouciance
perdue…).
« Tu sais, c’était
vraiment un merveilleux pays, autrefois. Je comprends pas du tout ce qui a pu
se passer… »
L’Amérique, l’Amérique, je
veux l’avoir et je l’aurai…
C’est l’histoire de deux mecs (Peter
Fonda et Dennis Hopper), marginaux, qui partent sur les routes de l’Amérique à
bord de leurs choppers après avoir vendu une grosse quantité de drogue, tout ça
dans le but d’assister au carnaval de La Nouvelle-Orléans. Dans leur périple,
ils vont faire quelques plus ou moins bonnes rencontres. Enfin, surtout moins…
Et ils meurent, à la fin ? Vous verrez…
Et allez, encore un… Un
quoi ? Ben, un film « important » (à la bibliothèque du Congrès
américain depuis 1998) qui n’aura provoqué chez moi que bâillements… Il est
assez reconnu que cette importance est plus d’ordre culturel que purement
cinématographique. En effet, il ne se passe pas grand-chose : deux mecs
qui roulent (et donc polluent avec leurs bécanes !), fument des « oinjs »
et allument des feux de camp la nuit, tout en palabrant sur des questions
existentielles. L’Amérique suinte de partout. Les paysages, bien sûr, peut-être
le plus grand intérêt du film (bien qu’un peu désertiques) avec la prestation
du grand Jack (Nicholson), qui lui ouvrira les portes de la célébrité, mais
aussi les choppers, blousons et casques aux couleurs de la bannière étoilée. Et
évidemment, la B.O (Steppenwolf, The Byrds, Jimi Hendrix… Mouais, tout ça
commence quand même à sentir un peu la naphtaline). Je n’ai jamais compris la
fascination pour ce pays et son « rêve » (sic), berceau du
capitalisme le plus carnassier, aussi intrinsèquement violent, où la peine de
mort existe encore dans certains Etats et où les armes circulent librement,
auto-proclamé « maîtres du Monde » (soi-disant « libre »),
dont les dirigeants s’arrogent le droit d’envahir ou de déstabiliser un pays
(comme par hasard souvent riche en pétrole…), au motif qu’il serait dirigé par
un dictateur. Ce qui est certes exact mais aussi un jugement à géométrie
variable puisqu’ils fermèrent par contre les yeux sur les crimes du tout aussi (sinon
plus) sanguinaire Général Pinochet au Chili pendant plus d’une décennie. Ne
reste alors plus qu’à sauver son âme par une pirouette et un timide et bien
tardif « Ce n’est pas la page de l’histoire des Etats-Unis dont nous
sommes le plus fiers ». Et je pourrais ajouter le racisme, la malbouffe, le
puritanisme et la bigoterie, même s’il y a deux Amérique (comme il y a deux France…
et même trois). Alors oui, le rock, le jazz, la « black music », Hollywood,
c’est souvent grand et ça fait rêver, c’est certain. De toutes façons, hégémonie
oblige, on ne connait que ça, on a baigné là-dedans dès le berceau. Mais s’il
fallait comparer, je dirais que dans l’ensemble, nous autres Européens sommes
plus « profonds » et raffinés, plus « littéraires », là où
l’Oncle Sam joue davantage sur l’efficacité de « l’entertainment » (business
is business… Je ne suis pas sûr, par exemple, qu’il existe un équivalent ricain
à Léo Ferré… Dylan ?). Et quitte à prendre un modèle pour « guider le
monde », j’opterai pour les pays scandinaves ou notre bel Hexagone, son
patrimoine culturel, historique et géographique, sa cuisine, son système social
tant mis à mal par la mondialisation libérale. Pourquoi les
« States », alors ? Ah, j’y suis, la fameuse
« Liberté » dont ce pays est l’emblème et ce film un manifeste. Un
concept très flou et fluctuant, chacun en ayant sa propre définition (j’ai comme
l’impression qu’on veut beaucoup de liberté pour soi et ceux de sa catégorie et
moins pour les autres, c’est humain), entre les libéraux « classiques »,
les libertaires d’extrême-gauche et, à l’autre bout du spectre, les
libertariens à la Musk ou Bezos.
Mais revenons à nos moutons, en l’occurrence
à nos deux gugusses errant dans « l’Amérique profonde »… Film
générationnel, symbole du « flower power » hippie et l’un des
premiers jalons du « Nouvel Hollywood » (leur « Nouvelle Vague »
à eux, dont ils se sont d’ailleurs largement inspirés). Mais dur de se sentir
concerné quand cette culture (le rock originel, les bikers…) nous est
étrangère. Alors M. Hopper, bravo et merci pour votre contribution au combat
des « forces de Progrès » contre le camp de la Réaction mais je me
suis copieusement emmerdé (faut attendre la fin pour que ça bouge un peu)…
« Y’a trop de démocratie
dans ce pays. Faut les tabasser, ces communistes. Je m’en charge. »
Vous les femmes… Femmes, je vous
aime !
C’est l’histoire du premier film d’Almodóvar (donc
bien avant sa consécration puis son institutionnalisation), quasi amateur, monté
avec trois bouts de ficelle, financé par une collecte (aujourd’hui on dirait
« crowdfunding »…) auprès de connaissances à qui il avait montré ses
courts métrages et tourné en un an et demi… les week-ends (notre homme étant en
semaine un employé de la société nationale de téléphonie locale). Vu en VO car
pas de VF dispo, visiblement. La plupart des éléments constitutifs de son style
y sont déjà présents en germe : goût pour la provoc, couleurs criardes
(décors, vêtements), personnages féminins forts…
Carmen Maura est Pepi, une femme indépendante qui
cultive du cannabis sur son balcon. Un policier (Félix Rotaeta) l’a remarqué,
alors pour qu’il « ferme les yeux », elle lui propose qu’il la prenne
mais « par derrière » car elle souhaite garder sa virginité pour la
monnayer. Mais lui passe « côté face ». Pepi entreprend alors de se
venger de ce malotru, avec l’aide de Bom (María Olvido Gara, dite « Alaska »),
chanteuse rock lesbienne et dominatrice puis de Luci (Eva Siva), l’épouse
soumise, masochiste (et néanmoins « cochonne ») du flic en question.
Le film est parfaitement représentatif du fameux mouvement (contre-)culturel
post-franquiste de la Movida, regroupant musiciens, cinéastes, dessinateurs ou
encore photographes (toutes ces disciplines sont ici mises à contribution) et
il agit telle une catharsis tant Almodóvar s’en donne à cœur joie dans les excès
et les comportements déviants. Car n’oublions pas que l’Espagne n’est plus une
dictature que depuis seulement cinquante ans ! Bref, ce mouvement fût un peu le
« mai 68 » (socio-culturel, pas politique) de nos amis ibères. Dès
lors, tout y passe : viol, drogues, marginaux, rapports sado-masos, travestis
et autres minorités sexuelles, « concours de bites » (animé par Pedro
himself), « femme à barbe »… Avec une appétence prononcée pour la
fellation et le scato (urine, pets). Ce sont donc les aventures de trois femmes
différentes mais éprises de liberté qui se lient d’amitié (et même d’amour), face
au flic qui représente symboliquement les nostalgiques du franquisme et l’autorité,
par ailleurs fort hypocrite, à abattre. J’ai plutôt apprécié ce maelström
libertaire à la fraicheur naïve, entre kitsch et punk, en dépit de quelques
passages de mauvais goût et dont les nombreux défauts, essentiellement liés au
manque de moyens et d’expérience, font tout le charme.
« A partir de demain,
nous n’aurons plus à chercher du travail. Et le travail n’aura plus à nous
chercher. Oscar Wilde. »
Réalisation : Charles Crichton
Scénario : John Cleese et Charles
Crichton
Pays : Royaume-Uni, États-Unis
Année : 1988
Genre : comédie
Avec : John Cleese, Jamie Lee
Curtis, Kevin Kline, Michael Palin, Maria Aitken, Tom Georgeson.
Synopsis : Quatre malfrats de
petite envergure font une attaque à main armée et dérobent des diamants :
le meneur de la bande George, sa compagne Wanda, Ken, bègue et ami des animaux
et Otto, limité intellectuellement et amant de Wanda mais se faisant passer
pour son frère. Le vol se déroule sans accroc mais ils manquent d’écraser une
vieille femme, qui voit alors le visage de George. Une fois le butin planqué, Wanda
et Otto dénoncent George à la police, qui l’incarcère. Allant récupérer les
diamants, les deux amants constatent que George, avec la complicité de Ken, les
a déplacés et cachés en lieu sûr.
Pourquoi ? Alors certes, il a
peut-être un peu vieilli mais on rigole toujours autant devant les aventures de
ces « pieds nickelés » hauts en couleur : les Monty Python John
Cleese en avocat guindé se dévergondant et Michael Palin en bègue ami des
animaux, Jamie Lee Curtis, usant de ses charmes et semblant n’atteindre le « septième
ciel » que lorsque son amant s’exprime en langue étrangère et enfin Kevin Kline,
ne supportant pas qu’on le traite de « débile » bien qu’il le soit. Il
y a quelques scènes qu’on pourrait qualifier de « dures » si tout
ceci n’était pas que pour rire : lorsque Palin échoue à maintes reprises dans
sa tentative d’éliminer la vieille femme, tuant à chaque fois accidentellement
l’un de ses chiens, avant de finalement parvenir à ses fins par crise cardiaque ;
et lorsque Kline interroge ce même Palin, ligoté et en pleurs, pour lui
soutirer l’endroit où George a caché les diamants et mange ses petits poissons
d’aquarium quand il n’obtient pas satisfaction. A mourir de rire (au sens propre pour un certain Ole Bentzen, orthophoniste danois, en 1989).
Je finis l’année sur cette
comédie culte, avant les fêtes que je vous souhaite bonnes et un
petit séjour à Genève. A 2026 !