« Ernest Hemingway a
écrit : « Le monde est un bel endroit qui vaut la peine qu'on se batte pour lui
». Je suis d'accord avec la seconde partie. »
Réalisation : David Fincher
Scénario : Andrew Kevin Walker
Pays : Etats-Unis
Année : 1995
Genre : Thriller psychologique,
policier
Avec : Brad Pitt, Morgan Freeman,
Gwyneth Paltrow, Kevin Spacey, R. Lee Ermey.
Synopsis : Au sein d'une brigade
criminelle d'une grande ville américaine, l’inspecteur William Somerset voit
avec impatience sa retraite se profiler dans une semaine. Lui passant le relais,
il est contraint de faire équipe avec le jeune inspecteur David Mills, au
caractère imprévisible, diamétralement opposé au sien. Les deux hommes sont
chargés d’enquêter sur deux homicides particulièrement sauvages, visiblement
inspirés par les sept péchés capitaux. Somerset pense alors qu’il faut
s’attendre à cinq autres meurtres…
Pourquoi ? Alors là, y’a pas à tortiller, pour moi c’est Top 5 U.S
direct (avec Basic Instinct, Shining, JFK et Thelma & Louise) et même Top
3. Cela va bien au-delà de la « simple » (ce qui serait déjà
beaucoup) « Madeleine de Proust » (le bon temps des locations de VHS
chez Vidéo Futur avec mon pauvre padre). Il y a en effet ici tout ce que j’attends
d’un bon film policier : une intrigue qui tient en haleine, entrecoupée
d’une scène d’action, un climat, une atmosphère (obscurité, pluie omniprésente),
un criminel et un final (« moral » sans l’être) marquants. Le film
reprend la formule maintes fois usitée du « buddy movie », avec un duo
de flics aux personnalités très différentes l’une de l’autre (le « vieux
sage » et le « chien fou »), parfaitement interprétés par Morgan
Freeman et Brad Pitt. David Fincher s’affirme comme un réalisateur prometteur,
ce qu’il confirmera par la suite. Coup de chapeau aussi à l’excellent Kevin
Spacey qui, en cette année 1995, aura donc campé deux des criminels les plus
diaboliques de l’histoire du cinéma : Keyser Söze dans Usual Suspects et
John Doe ici même. Vraiment un sans-faute.
« Dans ce pays, il faut d’abord
faire le fric. Et quand tu as le pognon, tu as le pouvoir. Et quand tu as le
pouvoir, tu as toutes les bonnes femmes. »
« La seule chose dans ce
monde qui me donne des ordres, c'est le manche. Tu as le manche ? »
« Et qu’est-ce qui te
revient, à toi, Tony ? » - « Le monde, Chico. Et tout ce qu’il y
a dedans. »
Réalisation : Brian De Palma
Scénario : Oliver Stone, d'après
le scénario de Scarface écrit par Ben Hecht, lui-même adapté du roman du même
nom d'Armitage Trail
Pays : Etats-Unis
Année : 1983
Genre : drame, policier
Avec : Al Pacino, Steven Bauer, Michelle
Pfeiffer, Mary Elizabeth Mastrantonio, Robert Loggia, Paul Shenar, Harris Yulin.
Synopsis : Au début des années
80, gloire et déchéance d’Antonio dit « Tony » Montana, réfugié
cubain arrivé sans un sou aux Etats-Unis et qui gravira tous les échelons de la
mafia de la drogue.
Pourquoi ? Certes, ce remake du
film éponyme de Howard Hawks (1932) a des côtés détestables : jeu de Pacino et vulgarité parfois
excessifs, influence considérable – et risible – sur le hip-hop, mythe
du « self made man » et sa « morale » cynique typique des « années
fric » de la décennie Thatcher-Reagan. Mais il contient son lot de scènes
fortes, que ce soit dans le domaine de l’action ou des émotions (scène de la
tronçonneuse, fusillades finales…). Et puis le réal et le casting, quoi…
« Comme il n’y avait pas
d’autre cachette, il se l’ait mise dans l’cul. Fallait avoir du courage pour le
faire, se la mettre dans l’cul… »
Réalisation : Quentin Tarantino
Scénario : Quentin Tarantino et
Roger Avary
Pays : Etats-Unis
Année : 1994
Genre : comédie dramatique, policier
Avec : John Travolta, Samuel L.
Jackson, Bruce Willis, Uma Thurman, Ving Rhames, Harvey Keitel, Tim Roth, Amanda
Plummer, Maria de Medeiros, Eric Stoltz, Rosanna Arquette, Christopher Walken.
Synopsis : A Los Angeles, les
mésaventures d’un caïd, de sa femme, de ses deux hommes de main, d’un boxeur
minable et de divers petits malfrats.
Pourquoi ? Je n’aime pas
particulièrement Tarantino, son goût pour la violence et l’esthétisation de
celle-ci, comme chez Scorsese. Mais Pulp Fiction fût un choc générationnel, un
peu à la façon de Nirvana dans le domaine de la musique. Casting d’enfer, B.O « de
la mort qui tue » (notre homme connait la musique américaine – noire et
blanche, du passé et du présent – sur le bout des doigts, ça se sent),
réalisation, scénario et dialogues audacieux avec une structure non-chronologique
(trois histoires apparemment distinctes mais qui se rejoignent), rien n’est
laissé au hasard. Et l’histoire et ses personnages ! Vous y verrez des
truands récitant un verset de la Bible avant d’exécuter un pauvre escroc ou discutant
de choses aussi futiles et cocasses que les techniques de massage de pieds
féminins ou les « Big Mac », un caïd se faire… sodomiser par un
pervers dans les sous-sols d’un magasin, sa femme être sauvée in extrémis d’une
overdose grâce à une injection directement dans le cœur (!) ou encore un boxeur
bravant le danger afin de récupérer la montre que lui avait légué son père.
Bref, un pur délire narratif et visuel.
[P.S : autant je n’aime pas
la violence (ici, ça reste supportable) et le tabac, autant je trouve la censure
de la cigarette et du flingue sur la jaquette de certaines versions du film parfaitement
détestable et ridicule.]
« C’est fini de souffrir,
ils sont sauvés. » - « Sauvés ? »
C’est l’histoire de Rusty Sabich
(Harrison Ford), brillant procureur, qui va avoir besoin d’un bon avocat, en l’occurrence
Sandy Stern (Raúl Juliá). Motif : sa collègue Carolyn Polhemus (Greta
Scacchi), à qui il avait montré combien il était un as du… barreau, a été
retrouvé assassinée chez elle et plusieurs indices l’accablent. Le tout sur
fond d’élections du District Attorney où son supérieur Raymond Horgan (Brian
Dennehy) brigue un nouveau mandat.
Que penser de cette production
Warner, parfaitement calibrée pour un dimanche soir à la télé avant de
retourner au chagrin le lendemain matin ? Eh bien qu’elle est façonnée par
des pros en la matière avec Alan J. Pakula (Les hommes du président, L'AffairePélican) derrière la caméra, la star Harrison Ford et quelques « seconds couteaux »
(voire troisièmes) d’Hollywood devant et mise en musique par John Williams
(partition « hitchcockienne » pour le final). Et qu’elle appartient à
cette catégorie de films dont l’intérêt majeur réside dans son « twist »
final, qui vient dénouer les fils de cette ténébreuse affaire. Sans vouloir « spoiler »
pour les âmes égarées qui n’auraient pas encore vu ce film, précisons malgré
tout que des plans insistants sur un personnage à priori secondaire nous mettent
sur la piste du criminel (j’espère n’en avoir pas trop dit). A part ça, la
victime se les était tous « envoyés » et malgré l’absence de scènes d’action,
l’enquête puis le procès se laissent suivre sans que l’ennui ne vienne pointer
le bout de son nez. Efficace as always et gentiment immoral sur la fin, ne
boudons pas notre plaisir.
« Je peux vous dire que Johnny
Hallyday au Stade de France, à côté, c’est un Playmobil dans un évier, hein ! »
Un film à la Moix ?
C’est l’histoire de Bernard
Frédéric (Benoît Poelvoorde), terne employé de banque animé d’une passion pour
le chanteur Claude François, participant à des spectacles en tant que sosie de
celui-ci. Son ami Jean-Baptiste Coussaud (Jean-Paul Rouve), dit « Couscous »,
quant à lui sosie de Michel Polnareff, l’encourage à s’inscrire à l’émission La
Nuit des Sosies consacrée à son idole, au grand dam de son épouse Véro (Julie
Depardieu).
C’est l’histoire d’un sosie d’un
des pires chanteurs que la France ait enfanté, avec sa voix de porte qui grince
et qui commençait à peine à s’améliorer (le doublé Alexandrie Alexandra / Magnolias
for ever) juste avant de mourir par électrocution. Et oui, il est fortement
déconseillé de toucher à une source électrique quand on est mouillé mais manifestement,
il ne devait pas être au courant (ah ah ah !)…
Pour reprendre la citation de
l’excellentissime Pierre Desproges à propos de Marguerite Duras, Yann Moix n’a
pas dit ou écrit que des conneries (c’est vrai, en plus, comme sur Paris ou la Police
française),… il en a aussi filmé. Comme ce finalement plutôt décevant Podium,
qui fit évènement en 2004 avec ses 3,5 millions d’entrées. Le casting, déjà,
c’est pas Byzance. Poelvoorde, je suis pas particulièrement fan et son
personnage ici présent n’est pas des plus sympathiques (parfaitement raccord, ceci
dit, avec « Cloclo », qui était humainement infect). Rouve, c’est le
« faux acteur Canal+ » par excellence. De toutes façons, la plus
douée en tant qu’actrice de cette troupe des Robins des Bois, c’est Marina
Foïs, même si elle non plus, c’est pas folichon. Quant à Julie Depardieu, je
l’ai déjà dit, elle n’a évidemment pas le talent et la carrière de son papa
Gérard ni peut-être même ceux de son frangin (le précocement disparu Guillaume).
L’histoire, ensuite. Alors certes, je fais un peu la fine bouche, il y a
évidemment quelques séquences (notamment musicales) réussies et une poignée de
répliques qui font mouche (celle sur Johnny citée plus haut ou le « Toi,
avec le calamar sur la tête… » improvisé de Poelvoorde à l’attention de Mia
Frye, chorégraphe du film et actrice en tant qu’aspirante au poste de « Bernadette »,
la troupe de danseuses du sosie) mais l’ensemble ne dépasse pas (ou de peu) le
niveau d’une comédie française lambda. J’avais surtout été déçu par le final très
« politiquement correct » (le retour aux responsabilités du ménage
plutôt que la passion, la déconne et la liberté), tout juste compensé par un
dernier « twist » en guise de clin d’œil (le bambin qui prend la
relève du papa sous les ordres de « Couscous »). Un « 2 »,
plus centré sur Rouve / Polnareff, serait en préparation mais ça a l’air d’être
une « Arlésienne ».