« Là je ferme les yeux
mais en temps normal, il ne faudrait pas rouler à 125 dans le mauvais sens d’une
rue à sens unique… »
Réalisation : David Zucker
Scénario : Jerry Zucker, Jim
Abrahams, David Zucker et Pat Proft
Pays : Etats-Unis
Année : 1988
Genre : Comédie, policier,
parodie
Avec : Leslie Nielsen, Priscilla
Presley, Ricardo Montalban, George Kennedy, O. J. Simpson.
Synopsis : Frank Drebin est
policier dans la brigade spéciale de Los Angeles. Son meilleur ami et
partenaire Nordberg est gravement blessé et accusé de trafic de drogue. Dès
lors, Frank cherche à savoir qui a voulu le tuer. Son enquête l'amène sur les
traces de Vincent Ludwig, riche homme d'affaires à qui l'on vient de confier la
charge d'organiser la venue de la reine Elisabeth II. Frank fait la rencontre
de l'assistante de Ludwig, Jane Spencer, dont il va tomber amoureux.
Y a-t-il un flic pour sauver
le président ? (1991)
« C’est de l’histoire
ancienne, comme le Parti Démocrate. »
Réalisation : David Zucker
Scénario : David Zucker et Pat
Proft
Pays : Etats-Unis
Année : 1991
Genre : Comédie, policier,
parodie
Avec : Leslie Nielsen, Priscilla
Presley, George Kennedy, O. J. Simpson, Robert Goulet, Richard Griffiths, Anthony
James.
Synopsis : Trois ans après, Frank
et Jane sont séparés. Il la retrouve en tant qu'assistante du professeur
Meinheimer, qui doit prochainement prononcer un discours en faveur des énergies
renouvelables, ce qui n’est pas du goût des magnats du pétrole. Jane s'est
fiancée à Quentin Hapsburg, un homme d’affaires louche.
Y a-t-il un flic pour sauver
Hollywood ? (1994)
« Et puis… tu as tué
personne depuis 6 mois… » - « C’est vrai ! C’est toujours les
p’tites choses qui vous manquent. »
Réalisation : Peter Segal
Scénario : David Zucker, Pat
Proft et Robert LoCash
Pays : Etats-Unis
Année : 1994
Genre : Comédie, policier,
parodie
Avec : Leslie Nielsen, Priscilla
Presley, George Kennedy, Fred Ward, O. J. Simpson, Anna Nicole Smith.
Synopsis : L'inspecteur Frank Drebin est désormais à la retraite. Mais
ses anciens coéquipiers font à nouveau appel à lui. En effet, le criminel Rocco
Dillon prépare un attentat qui aura lieu pendant la cérémonie des Oscars.
Assurément l’une des « franchises » les
plus drôles de l’histoire et qui révéla le potentiel comique de l’acteur Leslie
Nielsen dans le rôle du policier gaffeur Frank Drebin. Les autres acteurs
récurrents de la série sont sa compagne Priscilla Presley (mais pas trop fort
quand même…) et ses coéquipiers George Kennedy et O. J. Simpson (oui, l’ancien
joueur de foot américain disparu en 2024 et ayant défrayé la chronique en 1994
pour le double meurtre de son ex-épouse et l’un de ses amis). Alors, quel volet
est le plus drôle et le plus réussi ? Instinctivement et par habitude, on aurait
tendance à dire le premier mais honnêtement, le trio ZAZ (Jerry Zucker, Jim
Abrahams et David Zucker, diversement impliqués dans les trois films) en avait
suffisamment « sous la semelle » pour nous offrir deux « séquelles »
fort réjouissantes et de qualité. Passons rapidement sur la séquence
introductive du premier volet, aux forts relents « néo-con » de
l’impérialisme yankee et ses croisades évangélistes contre les « forces du
Mal » (invariablement les communistes et les islamistes), où Drebin dézingue
Khomeini (déjà…), Gorbatchev, Yasser Arafat (mouais…), Kadhafi et Amin Dada. Il
doit ensuite faire échouer la tentative d’assassinat de la reine Elisabeth II
par un richissime notable (mémorable final au match de baseball). Autres scènes
marquantes : la course-poursuite à bord de l’auto-école ou
« l’agression à l’aide d’une verge de statue ». Dans le second opus,
Drebin est cette fois aux prises avec un autre businessman véreux, fiancé à Jane
(Presley) et qui lui envisage de remplacer un professeur aux idéaux écologistes
par un sosie bien plus favorable à l’industrie pétrolière. Après la reine
d’Angleterre et les chefs d’Etat du précédent volet, on y retrouve d’autres
sosies : cette vieille ganache de George Bush père et sa grognasse Barbara
(scène introductive hilarante lors du diner à la Maison Blanche). Parmi les
films parodiés ici : la scène de la douche de Psychose et celle de la
poterie dans Ghost (réalisé par Jerry Zucker, une autocitation, donc). Quant au
troisième volet, si l’intrigue policière y est moins élaborée que dans les deux
premiers, les gags restent au niveau (la « banque du sperme », la
prison, tout le final aux Oscars). Là encore, le film débute en fanfare :
parodie de la scène de la gare des Incorruptibles, avec pas moins de quatre landaux
(encore deux sosies : Bill Clinton et le pape Jean-Paul II). Poilant. Autres
clins d’œil cinématographiques : Thelma & Louise, Jurassic Park et les
films d’évasion (L'évadé d'Alcatraz, La grande évasion). Présence au casting d’Anna
Nicole Smith, à la poitrine généreuse et au destin tragique (décès à 39 ans, un
an après celui de son fils de 20 ans). Une trilogie culte à voir et à revoir
pour de bons moments de franche rigolade.
« Je trouve que ce chien
a un museau très surprenant. » - « C’est parce que vous regardez ses
fesses… »
C’est l’histoire de Ryan Harrison
(Leslie Nielsen), violoniste de renommée mondiale. Il est embarqué dans un
complot où une admiratrice (Kelly LeBrock) lui fait porter la responsabilité du
meurtre de son mari (Michael York), qui avait découvert qu’elle projetait d’assassiner
le secrétaire général de l’ONU. Condamné à mort, Harrison parvient à s’échapper
lors d’un transfert de prisonniers. Le lieutenant Fergus Hall (Richard Crenna)
se lance à sa poursuite.
Faut wigoler ! Putain, t’as
raison, surtout en ce moment où tous les voyants sont au rouge (Recherche
bonnes nouvelles désespérément…). Et quoi de mieux pour cela qu’un film avec
Leslie Nielsen, acteur canadien qui se révéla sur le tard dans un registre
comique grâce à la série de films des Y a-t-il… ? La recette est connue :
humour potache, régressif et nonsensique, parodies de films, gags en arrière-plan.
Elle est réutilisée ici, avec plus ou moins de bonheur. Durant moins que les 90
minutes réglementaires et mis en boite par le néophyte Pat Proft (qui ne
récidivera pas…), ça sent le truc bâclé. « L’intrigue » n’a aucun
sens, le scénario ne s’embarrasse d’aucun souci de vraisemblance et n’est qu’un
prétexte à l’enchainement de gags et de parodies de grands succès cinématographiques.
On se délectera notamment de celles d’Usual Suspects, de Mission Impossible, de
La mort aux trousses et du Fugitif, ce dernier fournissant la trame scénaristique
du métrage, avec Richard Crenna dans le rôle du flic fûté incarné par Tommy Lee
Jones dans l’original. La voix de doublage de Leslie Nielsen n’est
malheureusement pas adéquate, son doubleur habituel Jean-Claude Michel n'étant pas
disponible pour des raisons médicales (il décèdera d’ailleurs un an plus tard).
Au final, un moment sympatoche mais clairement en deçà des Y a-t-il un flic (ou
un pilote)…
« Mais de vous à moi,
Docteur… euh… elle avait peut-être que quinze ans mais quand on est devant une
belle fente bien rouge qu’on peut toucher, là, j’crois pas qu’il faut être
cinglé pour… Et c’est bien votre avis aussi ? » - « Je vous
entend parfaitement. »
Réalisation : Miloš Forman
Scénario : Bo Goldman et Lawrence
Hauben, d’après le roman éponyme de Ken Kesey (1962)
Pays : Etats-Unis
Année : 1975
Genre : Drame
Avec : Jack Nicholson, Louise
Fletcher, William Redfield, Brad Dourif, Will Sampson, Danny DeVito, Christopher
Lloyd, Sydney Lassick, Scatman Crothers.
Synopsis : Condamné pour diverses
agressions et un viol sur mineur, Randall Patrick McMurphy simule la folie pour
échapper au pénitencier. Il intègre alors un hôpital psychiatrique afin qu'on
évalue sa santé mentale. Les thérapies y sont dirigées d’une main de fer par l’infirmière
en chef Miss Ratched, une femme autoritaire et impassible à laquelle McMurphy
va très vite s’opposer…
Pourquoi ? J’ai donc revu ce film
« bouleversifiant » d’humanité, qui a mon âge et dans lequel une
poignée de malades mentaux sont aux prises avec une infirmière tyrannique,
portant le sadisme et la cruauté sur son visage. Sous l’impulsion d’un
sociopathe simulateur, ils vont progressivement braver ce système intransigeant
et retrouver goût à la vie et à la liberté. Parfois drôle mais aussi poignant
et (très) dur. Quelle justesse dans l’interprétation (Nicholson et ses colères
homériques, Fletcher, Dourif, DeVito… tous !) et dans les situations !
Que voulez-vous que je vous dise de plus ? Grand chelem des cinq
principaux Oscars mérité, chef-d’œuvre et pis c’est tout.
C'est l'histoire d'un mec, Christian (Claes Bang), père divorcé et conservateur d'un musée d'art contemporain de Stockholm. Un bon bobo suédois, qui donne des pièces aux mendiants, roule en voiture électrique et tout et tout. Mais un jour, il est piégé : aidant une femme prétendant être attaquée, il se fait voler son portable, son portefeuille et ses boutons de manchette. Heureusement, grâce à la fonction de géolocalisation de son téléphone, il ne tarde pas à retrouver la trace du voleur : un immeuble dans une cité de banlieue. Avec l'aide d'un adjoint, il glisse alors une lettre de menaces anonyme dans chacune de ses boîtes aux lettres. Cette initiative va bouleverser sa vie alors que parallèlement, le vernissage d'une exposition intitulée TheSquare approche et que sa campagne de promotion est lancée.
Vous savez quoi, les gars ? J'ai l'impression que le cinoche a cessé de (vouloir) nous faire rêver. Entendons-nous bien : je ne suis pas partisan d'un cinéma exclusivement hollywoodien «d'enter-tainment ». Mais pas davantage de l'évocation systématique de problématiques sociétales contemporaines, portées par des acteurs moyennement charismatiques. On a pourtant l'impression que c'est désormais devenu le critère n°1 pour espérer empocher une Palme d'Or. Celle-ci, obtenue en 2017, est la première du réalisateur suédois Ruben Östlund. Mais si Sans filtre (2022) m'avait séduit par ses moments jubilatoires et un message délivré sur le ton de l'humour (féroce), tout ici est plus pompeux et lourdingue. Déjà, rien ne tient debout. Franchement, le bobo pris de remords pour avoir fait des amalgames basés sur des idées reçues (habitants des cités = voleurs) ensuite prêt à tout pour se racheter une bonne conscience, qu'est-ce que c'est appuyé... Des scènes ridicules et interminables (le happening de «l'homme singe » qui terrifie les bourgeois attablés lors de la soirée de gala avant de se faire lyncher, Claes Bang et Elisabeth Moss qui se disputent la capote remplie de semence après avoir fait «crac-crac »...). Seule celle où un type atteint du syndrome de Gilles de La Tourette perturbe le bon déroulement de la conférence consacrée à un artiste en débitant des insanités m'aura arraché un sourire. Plus anecdotique, on notera qu'Östlund semble apprécier la «french touch » (une des musiques que j'aime le moins au monde) : avant le Lady de Modjo (pouark !) dans Sans filtre, il mettait ici à l'honneur le Genesis de Justice, ce qui est quand même nettement mieux. Une grosse déception.
« Et vous, vous
travaillez dans quoi ? » - « Je suis dans la merde. » -
« Vous… quoi ? » - « Je vends de la merde. »
« L’important, c’est tout
c’qu’ils affichent, les riches. » (Regarde les riches, Patricia Kaas,
1990)
C’est l’histoire de Carl (Harris
Dickinson) et de sa petite amie Yaya (Charlbi Dean, décédée à 32 ans d’une septicémie
peu après ce film, horrible…), tous deux mannequins et « influenceurs ».
Ces activités leurs permettent d’être invités à bord d’une croisière de luxe, où
ils côtoient des personnes plus riches qu’eux, comme un couple d’anglais ayant
fait fortune dans l’armement ou un oligarque russe (Zlatko Burić) s’étant
enrichi grâce à la vente d’engrais. Mais lors du repas du capitaine (Woody
Harrelson), une tempête fait virer la croisière de rêve au cauchemar…
Ah, ce foutu pognon, il nous en
fait faire… Soyons honnêtes, dans notre indépassable (?) monde capitaliste, nous
en sommes tous avides, que ce soit pour assurer notre subsistance, se payer un « extra »
(restau, sortie, voyage…), mener une vie confortable ou étaler notre « réussite »
et notre pseudo-supériorité sur autrui. Après Parasite en 2019, il semble que
la « lutte des classes » et la critique de la bourgeoisie (mais aussi
des classes plus défavorisées) soient dans l’air du temps et un atout
considérable pour l’obtention d’une Palme cannoise (la seconde du cinéaste
suédois Ruben Östlund, après The Square en 2017). Le film se divise en trois
parties. La seconde est de loin la meilleure et m’aura, chose très rare, occasionné
un fou rire. Mais avant cela, il faut se taper le prologue où nos deux
tourtereaux se « prennent la tête » (et la notre par la même occasion…)
pendant un quart d’heure à propos d’une foutue note de restaurant. En cause :
la meuf qui laisse payer son mec alors qu’elle gagne plus que lui et qu’il a
déjà payé la fois précédente, reproduisant les « stéréotypes de genre »,
ce que notre gars a du mal à supporter. Nous entrons ensuite enfin dans le vif
du sujet avec leur embarcation à bord d’un yacht rempli de « vieilles
peaux » ultra-friquées. Nous assistons alors lors d’une soirée à un
jubilatoire jeu de massacre : la tempête fait tanguer le navire, les
passagers vomissent leur repas à base de caviar et de poulpe caramélisé, les
chiottes débordent et le capitaine (génial Woody Harrelson) se livre à une
bataille de citations avec l’oligarque russe, lui citant Marx et le
milliardaire répliquant par des sentences du couple infernal Thatcher – Reagan.
Les deux hommes, ivres, s’enferment dans la cabine de pilotage et Harrelson
harangue les milliardaires, avec des phrases du genre « ne rêvez pas, nous
nenous dirigeons pas vers un paradis fiscal » ou « on sait que vos œuvres
de philanthropie,c’est pour défiscaliser et vous donner bonne conscience ». Dans une sorte de catharsis, Östlund nous venge quelque peu de ces individus néfastes à l'environnement et au Bien commun, même si montrés sous un jour pas forcément antipathique.
Et boum, Harrelson « pilonne » aussi les Etats-Unis et leurs guerres aux
quatre coins du monde pour y placer leurs hommes et en tirer un profit
économique. Faire passer un message (très bien senti) dans un contexte comique pour
qu’il ne soit pas trop lourd, voilà qui est habile. L’attaque terroriste du
yacht, traitée en ellipse, débouche sur la troisième partie, celle de l’île
déserte, où se retrouve une poignée de survivants : notre jeune couple, le
russe, deux autres passagers et trois membres de l’équipage, dont une préposée
aux WC qui va prendre les choses en main, étant la seule à savoir pécher et allumer
un feu. L’occasion donc d’un renversement de hiérarchie et d’une inversion des
statuts sociaux (et de genre). Après quelques péripéties et tensions au sein du
groupe, les derniers plans laissent libre cours à une fin « ouverte ».
Très intéressant objet filmique. Mais si Bong Joon-ho, avec Parasite, payait son
tribut à La Cérémonie de Chabrol, Östlund revisite ici La grande bouffe Ferrerienne
dans ses passages scatologiques, tant et si bien qu’on se demande si les œuvres
contemporaines de qualité ne seront pas désormais invariablement le fait de
petits malins connaissant leur histoire du cinéma sur le bout des doigts…