jeudi 22 janvier 2026

Seven (1995), de David Fincher

 

« Ernest Hemingway a écrit : « Le monde est un bel endroit qui vaut la peine qu'on se batte pour lui ». Je suis d'accord avec la seconde partie. »

Réalisation : David Fincher

Scénario : Andrew Kevin Walker

Pays : Etats-Unis

Année : 1995

Genre : Thriller psychologique, policier

Avec : Brad Pitt, Morgan Freeman, Gwyneth Paltrow, Kevin Spacey, R. Lee Ermey.

Synopsis : Au sein d'une brigade criminelle d'une grande ville américaine, l’inspecteur William Somerset voit avec impatience sa retraite se profiler dans une semaine. Lui passant le relais, il est contraint de faire équipe avec le jeune inspecteur David Mills, au caractère imprévisible, diamétralement opposé au sien. Les deux hommes sont chargés d’enquêter sur deux homicides particulièrement sauvages, visiblement inspirés par les sept péchés capitaux. Somerset pense alors qu’il faut s’attendre à cinq autres meurtres…   

Pourquoi ? Alors là, y’a pas à tortiller, pour moi c’est Top 5 U.S direct (avec Basic Instinct, Shining, JFK et Thelma & Louise) et même Top 3. Cela va bien au-delà de la « simple » (ce qui serait déjà beaucoup) « Madeleine de Proust » (le bon temps des locations de VHS chez Vidéo Futur avec mon pauvre padre). Il y a en effet ici tout ce que j’attends d’un bon film policier : une intrigue qui tient en haleine, entrecoupée d’une scène d’action, un climat, une atmosphère (obscurité, pluie omniprésente), un criminel et un final (« moral » sans l’être) marquants. Le film reprend la formule maintes fois usitée du « buddy movie », avec un duo de flics aux personnalités très différentes l’une de l’autre (le « vieux sage » et le « chien fou »), parfaitement interprétés par Morgan Freeman et Brad Pitt. David Fincher s’affirme comme un réalisateur prometteur, ce qu’il confirmera par la suite. Coup de chapeau aussi à l’excellent Kevin Spacey qui, en cette année 1995, aura donc campé deux des criminels les plus diaboliques de l’histoire du cinéma : Keyser Söze dans Usual Suspects et John Doe ici même. Vraiment un sans-faute.

dimanche 18 janvier 2026

Scarface (1983), de Brian De Palma

 

« Dans ce pays, il faut d’abord faire le fric. Et quand tu as le pognon, tu as le pouvoir. Et quand tu as le pouvoir, tu as toutes les bonnes femmes. »

« La seule chose dans ce monde qui me donne des ordres, c'est le manche. Tu as le manche ? »

« Et qu’est-ce qui te revient, à toi, Tony ? » - « Le monde, Chico. Et tout ce qu’il y a dedans. »

Réalisation : Brian De Palma

Scénario : Oliver Stone, d'après le scénario de Scarface écrit par Ben Hecht, lui-même adapté du roman du même nom d'Armitage Trail

Pays : Etats-Unis

Année : 1983

Genre : drame, policier

Avec : Al Pacino, Steven Bauer, Michelle Pfeiffer, Mary Elizabeth Mastrantonio, Robert Loggia, Paul Shenar, Harris Yulin.

Synopsis : Au début des années 80, gloire et déchéance d’Antonio dit « Tony » Montana, réfugié cubain arrivé sans un sou aux Etats-Unis et qui gravira tous les échelons de la mafia de la drogue.

Pourquoi ? Certes, ce remake du film éponyme de Howard Hawks (1932) a des côtés détestables : jeu de Pacino et vulgarité parfois excessifs, influence considérable – et risible – sur le hip-hop, mythe du « self made man » et sa « morale » cynique typique des « années fric » de la décennie Thatcher-Reagan. Mais il contient son lot de scènes fortes, que ce soit dans le domaine de l’action ou des émotions (scène de la tronçonneuse, fusillades finales…). Et puis le réal et le casting, quoi…

jeudi 15 janvier 2026

Pulp Fiction (1994), de Quentin Tarantino

 

« Comme il n’y avait pas d’autre cachette, il se l’ait mise dans l’cul. Fallait avoir du courage pour le faire, se la mettre dans l’cul… »

Réalisation : Quentin Tarantino

Scénario : Quentin Tarantino et Roger Avary

Pays : Etats-Unis

Année : 1994

Genre : comédie dramatique, policier

Avec : John Travolta, Samuel L. Jackson, Bruce Willis, Uma Thurman, Ving Rhames, Harvey Keitel, Tim Roth, Amanda Plummer, Maria de Medeiros, Eric Stoltz, Rosanna Arquette, Christopher Walken.

Synopsis : A Los Angeles, les mésaventures d’un caïd, de sa femme, de ses deux hommes de main, d’un boxeur minable et de divers petits malfrats.

Pourquoi ? Je n’aime pas particulièrement Tarantino, son goût pour la violence et l’esthétisation de celle-ci, comme chez Scorsese. Mais Pulp Fiction fût un choc générationnel, un peu à la façon de Nirvana dans le domaine de la musique. Casting d’enfer, B.O « de la mort qui tue » (notre homme connait la musique américaine – noire et blanche, du passé et du présent – sur le bout des doigts, ça se sent), réalisation, scénario et dialogues audacieux avec une structure non-chronologique (trois histoires apparemment distinctes mais qui se rejoignent), rien n’est laissé au hasard. Et l’histoire et ses personnages ! Vous y verrez des truands récitant un verset de la Bible avant d’exécuter un pauvre escroc ou discutant de choses aussi futiles et cocasses que les techniques de massage de pieds féminins ou les « Big Mac », un caïd se faire… sodomiser par un pervers dans les sous-sols d’un magasin, sa femme être sauvée in extrémis d’une overdose grâce à une injection directement dans le cœur (!) ou encore un boxeur bravant le danger afin de récupérer la montre que lui avait légué son père. Bref, un pur délire narratif et visuel.

[P.S : autant je n’aime pas la violence (ici, ça reste supportable) et le tabac, autant je trouve la censure de la cigarette et du flingue sur la jaquette de certaines versions du film parfaitement détestable et ridicule.]

mercredi 14 janvier 2026

Présumé innocent (1990), d’Alan J. Pakula

 

« C’est fini de souffrir, ils sont sauvés. » - « Sauvés ? »

C’est l’histoire de Rusty Sabich (Harrison Ford), brillant procureur, qui va avoir besoin d’un bon avocat, en l’occurrence Sandy Stern (Raúl Juliá). Motif : sa collègue Carolyn Polhemus (Greta Scacchi), à qui il avait montré combien il était un as du… barreau, a été retrouvé assassinée chez elle et plusieurs indices l’accablent. Le tout sur fond d’élections du District Attorney où son supérieur Raymond Horgan (Brian Dennehy) brigue un nouveau mandat.

Que penser de cette production Warner, parfaitement calibrée pour un dimanche soir à la télé avant de retourner au chagrin le lendemain matin ? Eh bien qu’elle est façonnée par des pros en la matière avec Alan J. Pakula (Les hommes du président, L'Affaire Pélican) derrière la caméra, la star Harrison Ford et quelques « seconds couteaux » (voire troisièmes) d’Hollywood devant et mise en musique par John Williams (partition « hitchcockienne » pour le final). Et qu’elle appartient à cette catégorie de films dont l’intérêt majeur réside dans son « twist » final, qui vient dénouer les fils de cette ténébreuse affaire. Sans vouloir « spoiler » pour les âmes égarées qui n’auraient pas encore vu ce film, précisons malgré tout que des plans insistants sur un personnage à priori secondaire nous mettent sur la piste du criminel (j’espère n’en avoir pas trop dit). A part ça, la victime se les était tous « envoyés » et malgré l’absence de scènes d’action, l’enquête puis le procès se laissent suivre sans que l’ennui ne vienne pointer le bout de son nez. Efficace as always et gentiment immoral sur la fin, ne boudons pas notre plaisir.

mardi 13 janvier 2026

Podium (2004), de Yann Moix

 

« Je peux vous dire que Johnny Hallyday au Stade de France, à côté, c’est un Playmobil dans un évier, hein ! »

Un film à la Moix ?

C’est l’histoire de Bernard Frédéric (Benoît Poelvoorde), terne employé de banque animé d’une passion pour le chanteur Claude François, participant à des spectacles en tant que sosie de celui-ci. Son ami Jean-Baptiste Coussaud (Jean-Paul Rouve), dit « Couscous », quant à lui sosie de Michel Polnareff, l’encourage à s’inscrire à l’émission La Nuit des Sosies consacrée à son idole, au grand dam de son épouse Véro (Julie Depardieu).

C’est l’histoire d’un sosie d’un des pires chanteurs que la France ait enfanté, avec sa voix de porte qui grince et qui commençait à peine à s’améliorer (le doublé Alexandrie Alexandra / Magnolias for ever) juste avant de mourir par électrocution. Et oui, il est fortement déconseillé de toucher à une source électrique quand on est mouillé mais manifestement, il ne devait pas être au courant (ah ah ah !)…

Pour reprendre la citation de l’excellentissime Pierre Desproges à propos de Marguerite Duras, Yann Moix n’a pas dit ou écrit que des conneries (c’est vrai, en plus, comme sur Paris ou la Police française),… il en a aussi filmé. Comme ce finalement plutôt décevant Podium, qui fit évènement en 2004 avec ses 3,5 millions d’entrées. Le casting, déjà, c’est pas Byzance. Poelvoorde, je suis pas particulièrement fan et son personnage ici présent n’est pas des plus sympathiques (parfaitement raccord, ceci dit, avec « Cloclo », qui était humainement infect). Rouve, c’est le « faux acteur Canal+ » par excellence. De toutes façons, la plus douée en tant qu’actrice de cette troupe des Robins des Bois, c’est Marina Foïs, même si elle non plus, c’est pas folichon. Quant à Julie Depardieu, je l’ai déjà dit, elle n’a évidemment pas le talent et la carrière de son papa Gérard ni peut-être même ceux de son frangin (le précocement disparu Guillaume). L’histoire, ensuite. Alors certes, je fais un peu la fine bouche, il y a évidemment quelques séquences (notamment musicales) réussies et une poignée de répliques qui font mouche (celle sur Johnny citée plus haut ou le « Toi, avec le calamar sur la tête… » improvisé de Poelvoorde à l’attention de Mia Frye, chorégraphe du film et actrice en tant qu’aspirante au poste de « Bernadette », la troupe de danseuses du sosie) mais l’ensemble ne dépasse pas (ou de peu) le niveau d’une comédie française lambda. J’avais surtout été déçu par le final très « politiquement correct » (le retour aux responsabilités du ménage plutôt que la passion, la déconne et la liberté), tout juste compensé par un dernier « twist » en guise de clin d’œil (le bambin qui prend la relève du papa sous les ordres de « Couscous »). Un « 2 », plus centré sur Rouve / Polnareff, serait en préparation mais ça a l’air d’être une « Arlésienne ».