vendredi 30 janvier 2026

Speed (1994), de Jan de Bont

 

« Pouvez-vous conduire ce bus ? » - « Oui, c’est un caddie de supermarché en plus gros, quoi… »

Never Mind the Bullock…

Réalisation : Jan de Bont

Scénario : Graham Yost avec la participation non créditée de Joss Whedon

Pays : Etats-Unis

Année : 1994

Genre : Action, thriller

Avec : Keanu Reeves, Dennis Hopper, Sandra Bullock, Joe Morton, Jeff Daniels.

Synopsis : Howard Payne, un terroriste psychopathe et policier à la retraite, prend en otage un ascenseur dans un immeuble d'affaires à Los Angeles et réclame une rançon en menaçant de le faire sauter. Son projet échoue à cause de deux officiers, dont le jeune Jack Traven. Qu’à cela ne tienne, il récidive quelques temps plus tard en piégeant un bus : si sa vitesse passe en dessous de 50 miles/heure (soit 80 km/h) ou si quelqu'un essaie de descendre, il le fera sauter. Ayant prévenu Jack pour le mettre à l’épreuve et se venger, celui-ci parvient à monter à bord du bus. La course contre la montre commence… 

Pourquoi ? C’est bon, y’a tout : de l’action en veux-tu en voilà (oh les gars, à la fin, on voit bien que le métro, c’est une maquette…), une touche d’humour, glorification de la flicaille, de l’amûûûûûûr (hétérosexuel. Non parce qu’imaginez que ce ne soit pas Sandra Bullock qui soit emmenée à conduire l’engin mais Brad Pitt, on serait pas dans la merde…), du « one tooth for one eye » (le méchant est bien méchant alors il sera décapité, parce que l’arrêter et le faire croupir entre quatre murs, ce serait vraiment trop « soft »…) et de la « virilité » (« Eh mec, t’as pas inventé la poudre mais t’as deux couilles d’un kilo chacune ! »). Si on veut aller plus loin dans la lecture « idéologique », j’ai noté cette phrase de Bullock, aveu inconscient de l’interventionnisme U.S : « Alors, pourquoi il nous en veut, ce bonhomme ? On lui a bombardé sa terre natale ou quoi ? ». Le petit délinquant à bord du bus qui croit que Reeves est là pour le coffrer est chicano. Par contre, le terroriste expert en bombe, qui « en a dans la caboche », c’est bien un « white », un « blancos » (Dennis Hopper, en l’occurrence, qui cabotine à qui mieux mieux). Et les passagers du bus, une « masterclass woke » (ce terme mis à toutes les sauces…) avant l’heure ! La femme asiatique, le jeune, le vieux couple de noirs, le métis qui-travaille-dur-sur-les-chantiers-pour-nourrir-sa-famille (les « honnêtes gens », comme diraient avec beaucoup de paternalisme les membres des Républicains…), il ne manque que le gay. Y’a bien un mec pas très viril mais il n’est pas gay, la preuve, il branche Bullock au début. Bon, allez, le film « pop-corn » par excellence et pis Sandra Bullock, j’adore cette meuf…

[P.S : La « séquelle » trois ans plus tard, toujours avec l’actrice et De Bont derrière la caméra mais sans Reeves, est évidemment complètement bidon.]      

lundi 26 janvier 2026

Shining (1980), de Stanley Kubrick

 

« Redrum ! Redrum ! »

« All work and no play makes Jack a dull boy All work and no play makes Jack a dull boy All work and no play makes Jack a dull boy All work and no play makes Jack a dull boy… »

Réalisation : Stanley Kubrick, assisté de Brian W. Cook

Scénario : Stanley Kubrick et Diane Johnson, d'après le roman Shining, l'enfant lumière de Stephen King

Pays : Etats-Unis, Royaume-Uni

Année : 1980

Genre : Horreur, thriller

Avec : Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd, Scatman Crothers, Barry Nelson, Philip Stone, Joe Turkel.

Synopsis : Jack Torrance, ancien professeur, est engagé comme gardien de l'hôtel Overlook dans le Colorado le temps d’un hiver, non sans que son directeur l’ait averti que l’ancien titulaire du poste, rendu fou par la solitude et l’isolation extrême du lieu, a sauvagement assassiné sa femme et leurs deux filles jumelles à coups de hache avant de se suicider. Accompagné de son épouse Wendy et de leur jeune fils Danny, Jack espère trouver à cette occasion le temps et le cadre idéal pour y écrire un livre. Mais très vite, Danny est sujet à des hallucinations sanglantes annonciatrices d’un danger.  

Pourquoi ? Bien sûr, j’aurais pu écrire partout la fameuse phrase copiée des centaines de fois par Nicholson pour le livre qu’il est censé écrire, c’est-à-dire « All work and no play makes Jack a dull boy » (« Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » ?)… Mais cela a déjà été fait par Cinéphile Schizophrène et je lui ai déjà emprunté par le passé la structure narrative de ses chroniques (fait chier, lui, à toujours avoir des idées de génie avant les autres…). Et faut bien que je développe un peu, même si je ne vais pas être très original. Pour l’histoire, les décors (magnifiques labyrinthe et générique d’ouverture dans les montagnes Rocheuses…), la musique (Wendy Carlos inspiré par la Symphonie fantastique d'Hector Berlioz ; Rachel Elkind, Ligeti, Bartók et Penderecki, excusez du peu…) et bien sûr l’interprétation de Jack Nicholson (doublé par Jean-Louis Trintignant en VF), dans une veine très « Actors Studio » mais aussi celle de Shelley Duvall. Si le porno fût, de son propre aveu, le « service militaire » de Catherine Ringer, Shining fût celui de la pauvre Shelley, contrainte de répéter 40 à 50 fois ses scènes, ce qui questionne sur l’adage « la fin justifie les moyens ». Sinon, pour moi, Kubrick c’est « couci-couça ». Eyes wide shut, c’est bien mais pas au point de le conserver, Orange Mécanique idem, Full Metal Jacket et Barry Lyndon aussi mais manque de bol, j’ai horreur des films de guerre ou à costumes. Quant au fameux 2001, l'Odyssée de l'espace, je me suis rarement autant emmerdé devant un film. Deux cosmonautes aux prises pendant des plombes avec un ordinateur récalcitrant, désolé mais ça me fait pas mon « quatre heures » en termes d’émotions cinématographiques (sinon l’ennui). Le reste, c’est trop vieux mais je tenterai peut-être Lolita. Je vois déjà ronchonner les « Kubrickophiles », me rétorquant que Shining serait son « moins personnel » (puisque de Stephen King mais à voir), son « plus facile ». Fort possible, et alors ? C’est comme ça (la la la la la), je ne vais pas me forcer pour leur faire plaisir… Après tout, aux chiottes, les snobinards !

jeudi 22 janvier 2026

Seven (1995), de David Fincher

 

« Ernest Hemingway a écrit : « Le monde est un bel endroit qui vaut la peine qu'on se batte pour lui ». Je suis d'accord avec la seconde partie. »

Réalisation : David Fincher

Scénario : Andrew Kevin Walker

Pays : Etats-Unis

Année : 1995

Genre : Thriller psychologique, policier

Avec : Brad Pitt, Morgan Freeman, Gwyneth Paltrow, Kevin Spacey, R. Lee Ermey.

Synopsis : Au sein d'une brigade criminelle d'une grande ville américaine, l’inspecteur William Somerset voit avec impatience sa retraite se profiler dans une semaine. Lui passant le relais, il est contraint de faire équipe avec le jeune inspecteur David Mills, au caractère imprévisible, diamétralement opposé au sien. Les deux hommes sont chargés d’enquêter sur deux homicides particulièrement sauvages, visiblement inspirés par les sept péchés capitaux. Somerset pense alors qu’il faut s’attendre à cinq autres meurtres…   

Pourquoi ? Alors là, y’a pas à tortiller, pour moi c’est Top 5 U.S direct (avec Basic Instinct, Shining, JFK et Thelma & Louise) et même Top 3. Cela va bien au-delà de la « simple » (ce qui serait déjà beaucoup) « Madeleine de Proust » (le bon temps des locations de VHS chez Vidéo Futur avec mon pauvre padre). Il y a en effet ici tout ce que j’attends d’un bon film policier : une intrigue qui tient en haleine, entrecoupée d’une scène d’action, un climat, une atmosphère (obscurité, pluie omniprésente), un criminel et un final (« moral » sans l’être) marquants. Le film reprend la formule maintes fois usitée du « buddy movie », avec un duo de flics aux personnalités très différentes l’une de l’autre (le « vieux sage » et le « chien fou »), parfaitement interprétés par Morgan Freeman et Brad Pitt. David Fincher s’affirme comme un réalisateur prometteur, ce qu’il confirmera par la suite. Coup de chapeau aussi à l’excellent Kevin Spacey qui, en cette année 1995, aura donc campé deux des criminels les plus diaboliques de l’histoire du cinéma : Keyser Söze dans Usual Suspects et John Doe ici même. Vraiment un sans-faute.

dimanche 18 janvier 2026

Scarface (1983), de Brian De Palma

 

« Dans ce pays, il faut d’abord faire le fric. Et quand tu as le pognon, tu as le pouvoir. Et quand tu as le pouvoir, tu as toutes les bonnes femmes. »

« La seule chose dans ce monde qui me donne des ordres, c'est le manche. Tu as le manche ? »

« Et qu’est-ce qui te revient, à toi, Tony ? » - « Le monde, Chico. Et tout ce qu’il y a dedans. »

Réalisation : Brian De Palma

Scénario : Oliver Stone, d'après le scénario de Scarface écrit par Ben Hecht, lui-même adapté du roman du même nom d'Armitage Trail

Pays : Etats-Unis

Année : 1983

Genre : drame, policier

Avec : Al Pacino, Steven Bauer, Michelle Pfeiffer, Mary Elizabeth Mastrantonio, Robert Loggia, Paul Shenar, Harris Yulin.

Synopsis : Au début des années 80, gloire et déchéance d’Antonio dit « Tony » Montana, réfugié cubain arrivé sans un sou aux Etats-Unis et qui gravira tous les échelons de la mafia de la drogue.

Pourquoi ? Certes, ce remake du film éponyme de Howard Hawks (1932) a des côtés détestables : jeu de Pacino et vulgarité parfois excessifs, influence considérable – et risible – sur le hip-hop, mythe du « self made man » et sa « morale » cynique typique des « années fric » de la décennie Thatcher-Reagan. Mais il contient son lot de scènes fortes, que ce soit dans le domaine de l’action ou des émotions (scène de la tronçonneuse, fusillades finales…). Et puis le réal et le casting, quoi…

jeudi 15 janvier 2026

Pulp Fiction (1994), de Quentin Tarantino

 

« Comme il n’y avait pas d’autre cachette, il se l’ait mise dans l’cul. Fallait avoir du courage pour le faire, se la mettre dans l’cul… »

Réalisation : Quentin Tarantino

Scénario : Quentin Tarantino et Roger Avary

Pays : Etats-Unis

Année : 1994

Genre : comédie dramatique, policier

Avec : John Travolta, Samuel L. Jackson, Bruce Willis, Uma Thurman, Ving Rhames, Harvey Keitel, Tim Roth, Amanda Plummer, Maria de Medeiros, Eric Stoltz, Rosanna Arquette, Christopher Walken.

Synopsis : A Los Angeles, les mésaventures d’un caïd, de sa femme, de ses deux hommes de main, d’un boxeur minable et de divers petits malfrats.

Pourquoi ? Je n’aime pas particulièrement Tarantino, son goût pour la violence et l’esthétisation de celle-ci, comme chez Scorsese. Mais Pulp Fiction fût un choc générationnel, un peu à la façon de Nirvana dans le domaine de la musique. Casting d’enfer, B.O « de la mort qui tue » (notre homme connait la musique américaine – noire et blanche, du passé et du présent – sur le bout des doigts, ça se sent), réalisation, scénario et dialogues audacieux avec une structure non-chronologique (trois histoires apparemment distinctes mais qui se rejoignent), rien n’est laissé au hasard. Et l’histoire et ses personnages ! Vous y verrez des truands récitant un verset de la Bible avant d’exécuter un pauvre escroc ou discutant de choses aussi futiles et cocasses que les techniques de massage de pieds féminins ou les « Big Mac », un caïd se faire… sodomiser par un pervers dans les sous-sols d’un magasin, sa femme être sauvée in extrémis d’une overdose grâce à une injection directement dans le cœur (!) ou encore un boxeur bravant le danger afin de récupérer la montre que lui avait légué son père. Bref, un pur délire narratif et visuel.

[P.S : autant je n’aime pas la violence (ici, ça reste supportable) et le tabac, autant je trouve la censure de la cigarette et du flingue sur la jaquette de certaines versions du film parfaitement détestable et ridicule.]

mercredi 14 janvier 2026

Présumé innocent (1990), d’Alan J. Pakula

 

« C’est fini de souffrir, ils sont sauvés. » - « Sauvés ? »

C’est l’histoire de Rusty Sabich (Harrison Ford), brillant procureur, qui va avoir besoin d’un bon avocat, en l’occurrence Sandy Stern (Raúl Juliá). Motif : sa collègue Carolyn Polhemus (Greta Scacchi), à qui il avait montré combien il était un as du… barreau, a été retrouvé assassinée chez elle et plusieurs indices l’accablent. Le tout sur fond d’élections du District Attorney où son supérieur Raymond Horgan (Brian Dennehy) brigue un nouveau mandat.

Que penser de cette production Warner, parfaitement calibrée pour un dimanche soir à la télé avant de retourner au chagrin le lendemain matin ? Eh bien qu’elle est façonnée par des pros en la matière avec Alan J. Pakula (Les hommes du président, L'Affaire Pélican) derrière la caméra, la star Harrison Ford et quelques « seconds couteaux » (voire troisièmes) d’Hollywood devant et mise en musique par John Williams (partition « hitchcockienne » pour le final). Et qu’elle appartient à cette catégorie de films dont l’intérêt majeur réside dans son « twist » final, qui vient dénouer les fils de cette ténébreuse affaire. Sans vouloir « spoiler » pour les âmes égarées qui n’auraient pas encore vu ce film, précisons malgré tout que des plans insistants sur un personnage à priori secondaire nous mettent sur la piste du criminel (j’espère n’en avoir pas trop dit). A part ça, la victime se les était tous « envoyés » et malgré l’absence de scènes d’action, l’enquête puis le procès se laissent suivre sans que l’ennui ne vienne pointer le bout de son nez. Efficace as always et gentiment immoral sur la fin, ne boudons pas notre plaisir.

mardi 13 janvier 2026

Podium (2004), de Yann Moix

 

« Je peux vous dire que Johnny Hallyday au Stade de France, à côté, c’est un Playmobil dans un évier, hein ! »

Un film à la Moix ?

C’est l’histoire de Bernard Frédéric (Benoît Poelvoorde), terne employé de banque animé d’une passion pour le chanteur Claude François, participant à des spectacles en tant que sosie de celui-ci. Son ami Jean-Baptiste Coussaud (Jean-Paul Rouve), dit « Couscous », quant à lui sosie de Michel Polnareff, l’encourage à s’inscrire à l’émission La Nuit des Sosies consacrée à son idole, au grand dam de son épouse Véro (Julie Depardieu).

C’est l’histoire d’un sosie d’un des pires chanteurs que la France ait enfanté, avec sa voix de porte qui grince et qui commençait à peine à s’améliorer (le doublé Alexandrie Alexandra / Magnolias for ever) juste avant de mourir par électrocution. Et oui, il est fortement déconseillé de toucher à une source électrique quand on est mouillé mais manifestement, il ne devait pas être au courant (ah ah ah !)…

Pour reprendre la citation de l’excellentissime Pierre Desproges à propos de Marguerite Duras, Yann Moix n’a pas dit ou écrit que des conneries (c’est vrai, en plus, comme sur Paris ou la Police française),… il en a aussi filmé. Comme ce finalement plutôt décevant Podium, qui fit évènement en 2004 avec ses 3,5 millions d’entrées. Le casting, déjà, c’est pas Byzance. Poelvoorde, je suis pas particulièrement fan et son personnage ici présent n’est pas des plus sympathiques (parfaitement raccord, ceci dit, avec « Cloclo », qui était humainement infect). Rouve, c’est le « faux acteur Canal+ » par excellence. De toutes façons, la plus douée en tant qu’actrice de cette troupe des Robins des Bois, c’est Marina Foïs, même si elle non plus, c’est pas folichon. Quant à Julie Depardieu, je l’ai déjà dit, elle n’a évidemment pas le talent et la carrière de son papa Gérard ni peut-être même ceux de son frangin (le précocement disparu Guillaume). L’histoire, ensuite. Alors certes, je fais un peu la fine bouche, il y a évidemment quelques séquences (notamment musicales) réussies et une poignée de répliques qui font mouche (celle sur Johnny citée plus haut ou le « Toi, avec le calamar sur la tête… » improvisé de Poelvoorde à l’attention de Mia Frye, chorégraphe du film et actrice en tant qu’aspirante au poste de « Bernadette », la troupe de danseuses du sosie) mais l’ensemble ne dépasse pas (ou de peu) le niveau d’une comédie française lambda. J’avais surtout été déçu par le final très « politiquement correct » (le retour aux responsabilités du ménage plutôt que la passion, la déconne et la liberté), tout juste compensé par un dernier « twist » en guise de clin d’œil (le bambin qui prend la relève du papa sous les ordres de « Couscous »). Un « 2 », plus centré sur Rouve / Polnareff, serait en préparation mais ça a l’air d’être une « Arlésienne ».       

dimanche 11 janvier 2026

Psychose (1960), d’Alfred Hitchcock

 

« D’ailleurs, on ne peut pas échapper à quoi que ce soit… »

Réalisation : Alfred Hitchcock

Scénario : Joseph Stefano, adapté du roman éponyme de Robert Bloch, inspiré de faits réels liés au tueur en série Ed Gein

Pays : Etats-Unis

Année : 1960

Genre : thriller, horreur

Avec : Anthony Perkins, Janet Leigh, Vera Miles, John Gavin, Martin Balsam.

Synopsis : Marion Crane, amante d’un homme divorcé en difficulté financière et secrétaire, est chargée par son patron de déposer à la banque 40 000 dollars. Au lieu de cela, elle fait ses valises et part rejoindre son compagnon avec la somme dérobée. Le soir du deuxième jour de route, alors que s’abat un puissant orage, elle est contrainte de s’arrêter à un motel isolé pour y passer la nuit.

Pourquoi ? Ouah hé, l’autre, « pourquoi ? », il est marrant, lui… Parce que c’est l’un des Hitchcock les plus « évidents ». Parce que la mythique scène de la douche est la matrice des « slashers » et leurs « jump scare » à venir. Pour la musique de Bernard Herrmann. Et parce que classique absolu.

vendredi 9 janvier 2026

Conversation secrète (1974), de Francis Ford Coppola

 

Là où il y a Gene, il n’y a pas d’plaisir ?

C’est l’histoire d’un mec, Harry Caul (Gene Hackman), qui est un as de la filature. Pour l’un de ses commanditaires, il enregistre la conversation d'un jeune couple dans la foule à San Francisco. Il pressent que celui-ci est en danger, ce qui réveille en lui le trauma d’une mission précédente s'étant soldée par la mort d'une famille entière. Voilà notre homme en proie à la méfiance et aux scrupules…

Un peu déçu par cette Palme d’or 1974. En raison du parti pris du scénariste et réalisateur Coppola pour l’étude de caractère, en l’occurrence celui du personnage principal joué par Gene Hackman, disparu l’an dernier dans de bien tristes circonstances (la « Grande faucheuse » n’a malheureusement pas chômé en 2025 pour nos vedettes du 7ème art…). Donc ça traine en longueur pour bien souligner ses côtés secret et solitaire. Il faut attendre la dernière demi-heure pour qu’il y ait un peu d’action, de suspense et que se dénoue cette intrigue par ailleurs assez peu palpitante. Qui ne s’avère pas conforme aux prédictions d’Hackman. A noter dans le casting les apparitions d’Harrison Ford et Robert Duvall.  

jeudi 8 janvier 2026

Elephant Man (1980), de David Lynch

 

« Je ne suis pas un éléphant ! Je ne suis pas un animal ! Je suis un être humain ! Je suis un homme… »

Un éléphant, ça trompe énormément…

C’est l’histoire d’un mec, John (en réalité Joseph) Merrick (John Hurt), à la fin du 19ème siècle, la Destinée lui a fait une tronche d’éléphant. Tout ça parce qu’à son quatrième mois de grossesse, sa daronne a été bousculée par un pachyderme… Exposé tel un phénomène de foire par un type sans vergogne (Freddie Jones), il est découvert par un brillant médecin, le Docteur Frederick Treves (Anthony Hopkins). Celui-ci « l’emprunte » contre une somme d’argent à son « propriétaire » afin d’étudier son cas et l’héberge quelques jours au sein de son hôpital. Entre le médecin et son « patient », une amitié va naître.

C’est l’histoire d’un Lynch qu’on comprend tout du début à la fin.


Là par contre, je m’incline bien volontiers. Terriblement triste et émouvant, ça me fout par terre, ce genre de films. Je prends les choses trop à cœur, parfois. Il renseigne bien sur la salopardise du genre humain. Une ode à la tolérance et au respect de la différence. C’est à l’aune du monde apocalyptique de 2026 qu’on se rend compte que le cinéma (la musique, l’Art en général) ne le change pas, le monde. Le noir et blanc ne gêne pas du tout, c’est au contraire parfaitement approprié, de même que la musique et l’interprétation est nickel. Y’en a qu’ont vraiment pas de cul dans la vie, car ce Joseph Merrick a véritablement existé. Son calvaire s’achèvera de façon accidentelle (tête renversée vers l'arrière) à l’âge de 27 ans (ce n’était pourtant pas un chanteur ni un musicien…). Pour l’anecdote, le fameux passage « I’m not an animal ! I’m a human being ! » est samplé au début du (très bon) morceau Psychiatric de Mylène Farmer (album L’autre…, 1991). 

mardi 6 janvier 2026

Pretty Woman (1990), de Garry Marshall

 

« J’suis du tout cuit. »

Réalisation : Garry Marshall

Scénario : Jonathan Frederick Lawton

Pays : Etats-Unis

Année : 1990

Genre : romance

Avec : Richard Gere, Julia Roberts, Ralph Bellamy, Jason Alexander, Héctor Elizondo, Laura San Giacomo.

Synopsis : Edward Lewis, richissime homme d'affaires rachetant des sociétés en difficulté en vue de les revendre après les avoir dépecées (un Tapie puissance 10 donc, puisque ricain…), se perd sur Hollywood Boulevard après avoir quitté une soirée où il s’ennuyait à mourir. Il demande alors son chemin à Vivian, une jeune prostituée.

Pourquoi ? Parce que c’est le film qui révéla Julia « Big mouth » Roberts. Parce que Richard Gere (et plutôt bien). Parce que si j’aime le cul, je peux aussi être « fleur bleue » (d’ailleurs, je ne vois pas en quoi ce serait antinomique). Pour l’irrésistible chanson éponyme de Roy Orbison. Et encore et toujours parce que « Madeleine de Proust » (ça y est, je me remet à chialer sur mon insouciance perdue…).

lundi 5 janvier 2026

Easy Rider (1969), de Dennis Hopper

 

« Tu sais, c’était vraiment un merveilleux pays, autrefois. Je comprends pas du tout ce qui a pu se passer… »

L’Amérique, l’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai…

C’est l’histoire de deux mecs (Peter Fonda et Dennis Hopper), marginaux, qui partent sur les routes de l’Amérique à bord de leurs choppers après avoir vendu une grosse quantité de drogue, tout ça dans le but d’assister au carnaval de La Nouvelle-Orléans. Dans leur périple, ils vont faire quelques plus ou moins bonnes rencontres. Enfin, surtout moins… Et ils meurent, à la fin ? Vous verrez…


Et allez, encore un… Un quoi ? Ben, un film « important » (à la bibliothèque du Congrès américain depuis 1998) qui n’aura provoqué chez moi que bâillements… Il est assez reconnu que cette importance est plus d’ordre culturel que purement cinématographique. En effet, il ne se passe pas grand-chose : deux mecs qui roulent (et donc polluent avec leurs bécanes !), fument des « oinjs » et allument des feux de camp la nuit, tout en palabrant sur des questions existentielles. L’Amérique suinte de partout. Les paysages, bien sûr, peut-être le plus grand intérêt du film (bien qu’un peu désertiques) avec la prestation du grand Jack (Nicholson), qui lui ouvrira les portes de la célébrité, mais aussi les choppers, blousons et casques aux couleurs de la bannière étoilée. Et évidemment, la B.O (Steppenwolf, The Byrds, Jimi Hendrix… Mouais, tout ça commence quand même à sentir un peu la naphtaline). Je n’ai jamais compris la fascination pour ce pays et son « rêve » (sic), berceau du capitalisme le plus carnassier, aussi intrinsèquement violent, où la peine de mort existe encore dans certains Etats et où les armes circulent librement, auto-proclamé « maîtres du Monde » (soi-disant « libre »), dont les dirigeants s’arrogent le droit d’envahir ou de déstabiliser un pays (comme par hasard souvent riche en pétrole…), au motif qu’il serait dirigé par un dictateur. Ce qui est certes exact mais aussi un jugement à géométrie variable puisqu’ils fermèrent par contre les yeux sur les crimes du tout aussi (sinon plus) sanguinaire Général Pinochet au Chili pendant plus d’une décennie. Ne reste alors plus qu’à sauver son âme par une pirouette et un timide et bien tardif « Ce n’est pas la page de l’histoire des Etats-Unis dont nous sommes le plus fiers ». Et je pourrais ajouter le racisme, la malbouffe, le puritanisme et la bigoterie, même s’il y a deux Amérique (comme il y a deux France… et même trois). Alors oui, le rock, le jazz, la « black music », Hollywood, c’est souvent grand et ça fait rêver, c’est certain. De toutes façons, hégémonie oblige, on ne connait que ça, on a baigné là-dedans dès le berceau. Mais s’il fallait comparer, je dirais que dans l’ensemble, nous autres Européens sommes plus « profonds » et raffinés, plus « littéraires », là où l’Oncle Sam joue davantage sur l’efficacité de « l’entertainment » (business is business… Je ne suis pas sûr, par exemple, qu’il existe un équivalent ricain à Léo Ferré… Dylan ?). Et quitte à prendre un modèle pour « guider le monde », j’opterai pour les pays scandinaves ou notre bel Hexagone, son patrimoine culturel, historique et géographique, sa cuisine, son système social tant mis à mal par la mondialisation libérale. Pourquoi les « States », alors ? Ah, j’y suis, la fameuse « Liberté » dont ce pays est l’emblème et ce film un manifeste. Un concept très flou et fluctuant, chacun en ayant sa propre définition (j’ai comme l’impression qu’on veut beaucoup de liberté pour soi et ceux de sa catégorie et moins pour les autres, c’est humain), entre les libéraux « classiques », les libertaires d’extrême-gauche et, à l’autre bout du spectre, les libertariens à la Musk ou Bezos.


Mais revenons à nos moutons, en l’occurrence à nos deux gugusses errant dans « l’Amérique profonde »… Film générationnel, symbole du « flower power » hippie et l’un des premiers jalons du « Nouvel Hollywood » (leur « Nouvelle Vague » à eux, dont ils se sont d’ailleurs largement inspirés). Mais dur de se sentir concerné quand cette culture (le rock originel, les bikers…) nous est étrangère. Alors M. Hopper, bravo et merci pour votre contribution au combat des « forces de Progrès » contre le camp de la Réaction mais je me suis copieusement emmerdé (faut attendre la fin pour que ça bouge un peu)…

samedi 3 janvier 2026

Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier (1980), de Pedro Almodóvar

 

« Y’a trop de démocratie dans ce pays. Faut les tabasser, ces communistes. Je m’en charge. »

Vous les femmes… Femmes, je vous aime !

C’est l’histoire du premier film d’Almodóvar (donc bien avant sa consécration puis son institutionnalisation), quasi amateur, monté avec trois bouts de ficelle, financé par une collecte (aujourd’hui on dirait « crowdfunding »…) auprès de connaissances à qui il avait montré ses courts métrages et tourné en un an et demi… les week-ends (notre homme étant en semaine un employé de la société nationale de téléphonie locale). Vu en VO car pas de VF dispo, visiblement. La plupart des éléments constitutifs de son style y sont déjà présents en germe : goût pour la provoc, couleurs criardes (décors, vêtements), personnages féminins forts…

Carmen Maura est Pepi, une femme indépendante qui cultive du cannabis sur son balcon. Un policier (Félix Rotaeta) l’a remarqué, alors pour qu’il « ferme les yeux », elle lui propose qu’il la prenne mais « par derrière » car elle souhaite garder sa virginité pour la monnayer. Mais lui passe « côté face ». Pepi entreprend alors de se venger de ce malotru, avec l’aide de Bom (María Olvido Gara, dite « Alaska »), chanteuse rock lesbienne et dominatrice puis de Luci (Eva Siva), l’épouse soumise, masochiste (et néanmoins « cochonne ») du flic en question. Le film est parfaitement représentatif du fameux mouvement (contre-)culturel post-franquiste de la Movida, regroupant musiciens, cinéastes, dessinateurs ou encore photographes (toutes ces disciplines sont ici mises à contribution) et il agit telle une catharsis tant Almodóvar s’en donne à cœur joie dans les excès et les comportements déviants. Car n’oublions pas que l’Espagne n’est plus une dictature que depuis seulement cinquante ans ! Bref, ce mouvement fût un peu le « mai 68 » (socio-culturel, pas politique) de nos amis ibères. Dès lors, tout y passe : viol, drogues, marginaux, rapports sado-masos, travestis et autres minorités sexuelles, « concours de bites » (animé par Pedro himself), « femme à barbe »… Avec une appétence prononcée pour la fellation et le scato (urine, pets). Ce sont donc les aventures de trois femmes différentes mais éprises de liberté qui se lient d’amitié (et même d’amour), face au flic qui représente symboliquement les nostalgiques du franquisme et l’autorité, par ailleurs fort hypocrite, à abattre. J’ai plutôt apprécié ce maelström libertaire à la fraicheur naïve, entre kitsch et punk, en dépit de quelques passages de mauvais goût et dont les nombreux défauts, essentiellement liés au manque de moyens et d’expérience, font tout le charme.