« S’il y avait un Oxford
des faussaires, ta sœur serait major de promo. »
Groseille Vs. Le Quesnoy, on refait le match… en Corée…
C’est l’histoire des Kim, une
famille sud-coréenne en galère (les parents, leur fille et leur fils), vivant
dans un petit appartement insalubre en sous-sol et réduite, pour subsister, à plier
des boites cartonnées pour une société de livraison de pizzas. Un jour, un ami
étudiant du fils Ki-woo lui confie une mission : étant donné qu’il doit
s’absenter pour un an, il lui propose de le remplacer comme prof d’anglais pour
la petite fille d’une riche famille, les Park. Rapidement accepté, il profite
de cette confiance pour progressivement faire embaucher par les Park toute sa
famille, sa sœur devenant professeur de dessin pour leur jeune fils, son père
chauffeur et sa mère gouvernante de maison, ce qui leur assure de bons revenus.
Mais un grain de sable inattendu va venir perturber cette belle mécanique…
Ayant récemment vu une petite
vidéo fustigeant le « bourgeois gaze » (« regard
bourgeois ») du cinéma, notamment français (y’a aussi celle-là sur le
sujet, pas mal du tout), et regrettant que les classes populaires, les rares
fois où elles y étaient à l’honneur, l’étaient de façon misérabiliste ou
caricaturale, celle-ci donnait cependant quelques contre-exemples comme le
Rosetta des frères Dardenne, Ressources humaines de Laurent Cantet et deux
récentes Palmes d’Or : Sans filtre (2022) et ce Parasite de 2019, par
ailleurs récipiendaire de 4 Oscars (dont les principaux). ‘Tain, non contents
de nous massacrer économiquement avec leur dumping social et environnemental,
si en plus les « Chinetoques » (ouais, enfin, les
« Asiats », quoi…) raflent aussi nos statuettes, que va-t-il nous
rester ? J’ai donc sauté le pas, ayant déjà plutôt apprécié The Host, l’un
des précédents films de ce décidément talentueux Bong Joon-ho. Et bien m’en a
pris. On y retrouve les mêmes ingrédients, pour un résultat encore plus
abouti : ingéniosité du scénario, maestria de la mise en scène, qualité de
l’interprétation, mélange des genres (comédie, satire sociale, suspense) et message
engagé. Ce qui frappe, entre autres, est cette capacité de nous faire passer de
l’amusement au malaise ou à l’effroi en quelques plans. Cette famille de
« losers » (dans un contexte capitaliste) suscite d’abord l’empathie,
avant de voir son image écornée par son comportement vis-à-vis d’aussi miséreux
qu’eux. Réaction classique d’absence de solidarité entre membres des classes
défavorisées de la société dans un univers concurrentiel, que vient ainsi
pointer du doigt Bong. Quant à la famille riche, elle ne m’inspire ni adhésion
ni rejet viscéral, mais plutôt un sentiment neutre. A vrai dire, elle est quelque
peu naïve (l’épouse) et ridicule (séquence surréaliste où le couple se masturbe
mutuellement sur le canapé du salon. Et oui, le cul, c’est comme les chiottes
et le capitalisme, c’est universel…). Difficile de ne rien
« spoiler », sachez simplement qu’après une première partie plutôt légère
et humoristique, on va de surprises en surprises et le film bascule dans une
ambiance bien plus sombre. Pour déboucher sur un final aux relents de La cérémonie
flirtant avec le grand-guignol sans s’y vautrer complètement. Et oui : on
a beau maintenir le couvercle sur une cocotte-minute, à un moment donné, elle
finit par exploser. Dernier point, quid de ce titre de « Parasite »
(au singulier, notez) ? Si l’on considère que le « parasitage » induit
le profit sans effort (« l’assistanat » donc, pour reprendre un terme
cher à certains de nos politichiens, flattant les bas instincts pour en tirer
un profit électoral à moindre frais…), alors j’appliquerai ce qualificatif au
personnage central qui n’apparait qu’à la moitié environ du métrage plutôt
qu’aux membres de la famille Kim, qui certes magouillent un petit peu mais néanmoins
travaillent. Voire à la famille Park, incapable d’assurer les tâches ménagères
et qui vit donc sur le labeur de leur personnel. Vu et approuvé.



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