Memories of murder (2003), de Bong Joon-ho

 

« Vous vous compliquez la vie, pourquoi vous restez pas chez vous quand vous avez envie de vous branler ? » - « Parce qu’à la maison, y’a les enfants et dans les bois, l’air est meilleur… »

Le Seven coréen ? Encore du tout Bong…

C’est l’histoire de deux flics, l’un local (Song Kang-ho), aux méthodes expéditives et l’autre de Séoul (Kim Sang-kyeong), plus réfléchi, qui enquêtent sur le viol et le meurtre de deux femmes dont les corps ont été découverts dans une petite ville sud-coréenne en octobre 1986. Manque de preuves, méthodes inefficaces et tensions au sein de l’équipe policière font que l’enquête ne sera pas une partie de plaisir…

Ce que j’aime dans un film (ou dans un disque), c’est la perspective de faire un voyage, de passer par différents états, d’être surpris et à la fin de me dire « j’en ai vécu, des choses ». Avec le décidément doué Bong Joon-ho, je suis pour le moment servi de ce côté-là. « Après » (chronologiquement, c’est le premier des trois) The Host et Parasite, ce Memories of murder fonctionne encore parfaitement. Basé sur un fait divers non élucidé (ou plus précisément prescrit, même si le coupable fût néanmoins incarcéré pour un autre meurtre), soit le viol et le meurtre d’une dizaine de femmes survenus entre 1986 et 1991 aux alentours d’une petite ville sud-coréenne, le film est à nouveau l’occasion pour Bong Joon-ho d’étaler son savoir-faire dans le mélange des genres, avec toujours une forte dimension sociale en arrière-plan (en l’occurrence les manifestations populaires contre le régime autoritaire du pays lors de ces années-là). Un duo de flics fort différents aux trousses d’un serial-killer, le tout sous un temps souvent pluvieux, on songe donc immédiatement à Seven. Mais notre cinéaste prodige injecte comme à son habitude à cette enquête une bonne dose d’humour avec une équipe d’inspecteurs maladroits voire benêts (l’hilarant gag de la recherche de suspects glabres, le tueur ne laissant aucun poil sur les lieux, ils en déduisent que c’est peut-être qu’il n’en a pas…). Ils prennent aussi des cuites ou regardent la télé avec leur suspect comme les truands de Tarantino « tapent la discute » sur les tubes de Madonna (Reservoir Dogs) ou sur le massage des pieds féminins (Pulp Fiction). Bong n’hésite pas non plus à parler « cul » et à en montrer (un petit peu), ce qui surprend à première vue venant d’un asiatique mais moins quand on le subodore très « occidentalisé ». Au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête et face à son inexorable échec, les deux flics changeront diamétralement de caractère et d’attitude, avec comme point culminant l’âpre dénouement qui les verra s’opposer au suspect le plus sérieux à l’entrée du tunnel d'une voie ferrée, sous une pluie battante. Le talent de Song Kang-ho, acteur fétiche de Bong qui incarne le policier du cru, éclatera une dernière fois lors de la séquence finale, où, désormais homme d’affaires, il revient sur les lieux du premier crime plus de dix ans plus tard (superbe plan fixe sur son visage marqué par l’effroi).  

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire