« Vous vous compliquez la
vie, pourquoi vous restez pas chez vous quand vous avez envie de vous
branler ? » - « Parce qu’à la maison, y’a les enfants et dans
les bois, l’air est meilleur… »
Le Seven coréen ? Encore du tout Bong…
C’est l’histoire de deux flics,
l’un local (Song Kang-ho), aux méthodes expéditives et l’autre de Séoul (Kim
Sang-kyeong), plus réfléchi, qui enquêtent sur le viol et le meurtre de deux femmes
dont les corps ont été découverts dans une petite ville sud-coréenne en octobre
1986. Manque de preuves, méthodes inefficaces et tensions au sein de l’équipe
policière font que l’enquête ne sera pas une partie de plaisir…
Ce que j’aime dans un film (ou
dans un disque), c’est la perspective de faire un voyage, de passer par
différents états, d’être surpris et à la fin de me dire « j’en ai vécu,
des choses ». Avec le décidément doué Bong Joon-ho, je suis pour le moment
servi de ce côté-là. « Après » (chronologiquement, c’est le premier
des trois) The Host et Parasite, ce Memories of murder fonctionne encore
parfaitement. Basé sur un fait divers non élucidé (ou plus précisément
prescrit, même si le coupable fût néanmoins incarcéré pour un autre meurtre),
soit le viol et le meurtre d’une dizaine de femmes survenus entre 1986 et 1991
aux alentours d’une petite ville sud-coréenne, le film est à nouveau l’occasion
pour Bong Joon-ho d’étaler son savoir-faire dans le mélange des genres, avec
toujours une forte dimension sociale en arrière-plan (en l’occurrence les
manifestations populaires contre le régime autoritaire du pays lors de ces
années-là). Un duo de flics fort différents aux trousses d’un serial-killer, le
tout sous un temps souvent pluvieux, on songe donc immédiatement à Seven. Mais
notre cinéaste prodige injecte comme à son habitude à cette enquête une bonne
dose d’humour avec une équipe d’inspecteurs maladroits voire benêts (l’hilarant
gag de la recherche de suspects glabres, le tueur ne laissant aucun poil sur les
lieux, ils en déduisent que c’est peut-être qu’il n’en a pas…). Ils prennent
aussi des cuites ou regardent la télé avec leur suspect comme les truands de
Tarantino « tapent la discute » sur les tubes de Madonna (Reservoir Dogs)
ou sur le massage des pieds féminins (Pulp Fiction). Bong n’hésite pas non plus
à parler « cul » et à en montrer (un petit peu), ce qui surprend à
première vue venant d’un asiatique mais moins quand on le subodore très « occidentalisé ».
Au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête et face à son inexorable échec,
les deux flics changeront diamétralement de caractère et d’attitude, avec comme
point culminant l’âpre dénouement qui les verra s’opposer au suspect le plus
sérieux à l’entrée du tunnel d'une voie ferrée, sous une pluie battante. Le talent de Song
Kang-ho, acteur fétiche de Bong qui incarne le policier du cru, éclatera une
dernière fois lors de la séquence finale, où, désormais homme d’affaires, il
revient sur les lieux du premier crime plus de dix ans plus tard (superbe plan fixe
sur son visage marqué par l’effroi).



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