Sexe, mensonges et vidéo (1989), de Steven Soderbergh

 

« Moi le sexe, je n’ai jamais trouvé ça… c’est-à-dire… j’aime bien ça et tout mais… vous comprenez...? Je trouve… je trouve qu’il n’y a pas de quoi en faire une montagne. C’est simple, je pourrais m’en passer, pour ainsi dire… »

Ce sont ceux qui en parlent le plus qui en font le moins…

C’est l’histoire d’une dépressive un peu coincée du derche (Andie MacDowell, superbe) et de son mari avocat (Peter Gallagher, goujat), qui « s’envoie » sa sœur (pas la sienne, celle de son épouse) barmaid (Laura San Giacomo, délurée). Un jour, un vieil ami du mari (James Spader, troublant) débarque en ville (Baton Rouge) et le couple l’héberge le temps qu’il trouve un appartement. Cet homme mystérieux va bouleverser la vie des trois protagonistes.

Coup d’essai et coup de maître pour Steven Soderbergh, qui devient à 26 ans le second réalisateur le plus jeune, après Louis Malle, à empocher une Palme d’or. Film que j’ai longtemps délaissé pour des a priori (titre et scénar peu engageants), c’était le bon moment pour franchir le pas. Le film vaut essentiellement (pour ne pas dire exclusivement) pour son quatuor d’acteurs (quasi uniques, seuls cinq autres rôles très secondaires étant recensés), tous très bons. En particulier James Spader, dans un rôle « spécial » (comme dans le Crash de Cronenberg), celui d’un type impuissant qui ne prend son pied qu’en matant ses vidéos d’interviews de femmes interrogées sur leur sexualité, et Andie MacDowell, les deux autres étant un peu en retrait. Quelle belle femme et bonne actrice, Andie… Il faut la voir se mettre à rougir en moins de temps qu’il ne faut pour le dire lorsque son psy lui demande si elle se masturbe. Sexe, mensonges et vidéo parle de sexe mais n’en montre jamais, ou si peu : aucune paire de fesses ou de nichons à l’horizon. Les peu de fois où ça baise, ça reste (plus ou moins) habillé (Gallagher et San Giacomo) ou c’est elliptique (Spader et MacDowell). Casting et décors réduits, prédominance des dialogues sur l’action… De fait, ça aurait pu être une pièce de théâtre. L’histoire du type mystérieux qui instaure le trouble (sexuel) au sein d’une cellule (couple, famille) renverra éventuellement au Théorème de Pasolini. Pas forcément déçu (je n’avais pas d’immenses attentes) mais le sujet est tout de même un peu mince, heureusement sauvé par les comédiens.   


Le topo de Justine Triet :

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire