vendredi 27 février 2026

Anatomie d’une chute (2023), de Justine Triet

 

« Etre un couple, c’est ne faire qu’un. Mais lequel ? » (Oscar Wilde)

C’est l’histoire d’un couple, vivant depuis environ deux ans dans un chalet isolé près de Grenoble. Tous deux écrivains : lui, Samuel (Samuel Theis), français ; elle, Sandra (Sandra Hüller), allemande. Un jour, leur fils malvoyant Daniel (Milo Machado-Graner), accompagné de son chien guide Snoop, découvre le corps sans vie de son père sous la fenêtre du grenier, où celui-ci écoutait de la musique à un fort volume, ce qui contraint sa compagne d’écourter un entretien avec une étudiante venue l'interviewer. Très vite, Sandra est inculpée pour meurtre. Elle fait appel à son ami et avocat Vincent Renzi (Swann Arlaud).

Elle est fatigante, cette époque, hein ? Les problématiques, les pseudo-polémiques (Victor. Qu’est-ce qui n’est pas « polémique », de nos jours ?), les tensions et les manipulations sont exacerbées par les incroyables caisses de résonnance que constituent les chaines info en boucle d’une part et les réseaux dits « sociaux » d’autre part (deux véritables cancers modernes). Ces derniers sont devenus le réceptacle de haines recuites, empreintes de hargne revancharde. Parmi les marottes dont nous sommes inlassablement abreuvés, outre l’incontournable triumvirat insécurité - immigration - Islam ou les thématiques de « genre », la fameuse litanie « c’est avec nos impôts » (dans un pays où 50% de la population n’en paie pas, dont, parait-il, même certains millionnaires) figure en bonne place. Il en va ainsi du cinéma français, qui serait un outil de propagande (si c’est le cas, ça n’a pas l’air très efficace…) et un gouffre financier car souvent non-rentable. Alors que c’est faux : non, le cinéma n’est pas financé par « nos impôts ». La réalisatrice Justine Triet, lors de la remise de sa Palme d’Or à Cannes, s’en était alors pris « plein la gueule » pour l’avoir ouverte, à mon sens à bon escient, afin de s’opposer à la réforme des retraites de 2023 et de défendre « l’exception culturelle » française (effectivement à chérir, à l’instar de notre modèle social), fragilisée selon elle par la politique gouvernementale. Ben oui, c’est tellement plus confortable pour tout le monde (et surtout pour nos dirigeants), un(e) cinéaste qui « fait où on lui dit de faire », se contentant de venir récupérer son prix et débiter son discours convenu à base de remerciements…


Ceci posé, il nous faut parler du film puisqu’il convient, dans un sens ou dans l’autre et selon la formule consacrée, de « séparer l’homme – ou ici en l’occurrence, la femme – de l’artiste » (enfin, pour Cantat, par exemple, c’est un peu plus difficile…). Alors honnêtement, je m’attendais à pire. Le film est plutôt prenant, limite oppressant par moments et met mal à l’aise. Bon, déjà, la perte du père, j’ai connu ça il y a bientôt quatre ans donc évidemment, ça renvoie à mon histoire personnelle. J’ai surtout été marqué par les séquences de procès. Avocat et procureur sont de « drôles » de métiers. Harceler, pousser l’accusé ou les appelés à la barre à la faute pour influencer un jury… La machine judiciaire peut vite s’avérer implacable, un rouleau compresseur auquel il sera très difficile de résister. Autant être très solide et préparé pour éviter d’être broyé. Sans compter les regards suspicieux ou inquisiteurs du public présent dans le prétoire (les tribunaux populaires, la pression de « l’opinion publique », j’ai horreur de ça…). C’est ainsi toute la vie du couple qui est mise à nu, ses jalousies (elle a du succès, pas lui et elle lui a piqué l’idée d’un de ses bouquins non achevés pour le sien), ses non-dits, tout ça aux yeux (sic) et aux oreilles du fils, assistant au procès malgré les réserves de la juge d’instruction. C’est d’ailleurs le véritable sujet du film, l’enquête policière n’étant qu’un prétexte. Tout est bien reconstitué, c’est très réaliste. La musique au piano est aussi très bien (le morceau Asturias d'Isaac Albéniz). Néanmoins, si je n’ai rien à objecter au scénario et à l’interprétation, cela me semble tout de même un peu « léger » pour tant de récompenses (Palme d’Or, un Oscar et six Césars – dont les principaux –, entre autres), en comparaison d’un Parasite de Bong Joon-ho, pour prendre un exemple récent de film multi-primé. Formellement, c’est très classique. Je ne suis pas loin de penser comme le cinéaste kazakh Darejan Omirbaev, qui estime que ce film prouve que « l'art cinématographique est déjà mort. C'est filmé comme une série ». Mais son succès me réjouit pour la France et si ça emmerde la « majorité » présidentielle, c’est encore mieux. Et puis ce genre de films, c’est un bonheur pour les célibataires endurcis tels votre Serviteur : avoir une nana comme ça à la maison, caractérielle voire hystérique, toujours dans nos pattes, juste pour des moments de tendresse ou de gaudriole qu’on n’est en plus même pas sûr d’avoir, ça fait franchement pas envie ! 😄

mardi 24 février 2026

Les Visiteurs (1993), de Jean-Marie Poiré

 

« Cousin Hubert ! Qu'est-ce que c'est qu'ce bin's ? »

« C’est Okaaaaaaaaay ! »

« Merci, la gueuse. Tu es un laideron mais tu es bien bonne. »

Réalisation : Jean-Marie Poiré

Scénario : Jean-Marie Poiré et Christian Clavier

Pays : France

Année : 1993

Genre : Comédie, fantastique

Avec : Christian Clavier, Jean Reno, Valérie Lemercier, Marie-Anne Chazel, Christian Bujeau, Isabelle Nanty.

Synopsis : An de grâce 1123. Victime d’hallucinations après avoir malencontreusement ingurgité la potion d’une sorcière, le Comte Godefroy de Montmirail tue le père de sa promise Frénégonde de Pouille, qu’il a pris pour un ours. Du coup, Frénégonde refuse le mariage. Le mage Eusæbius propose alors à Godefroy une potion pour remonter le temps afin d'en changer le cours et d'éviter cet accident. Celui-ci, ainsi que son fidèle écuyer Jacquouille la Fripouille, boivent ce breuvage pendant que le mage récite la formule magique. Mais ce dernier a oublié un ingrédient et les deux hommes sont envoyés au XXe siècle…

Pourquoi ? Alors là j’avoue, on est en plein dans le « plaisir coupable » du « plus c’est con, plus c’est bon ». Oui, le côté potache « on est les mecs les plus puissants du cinéma français mais on aime faire les cons », ça me botte. Clavier entame ici sa carrière de « nouveau De Funès ». Mais bizarrement, je crois que c’est le personnage de Chazel, dans une variante de celui de « Zézette » du Père Noël, qui me fait le plus marrer. Top 5 des plus gros succès au box-office français, cultissime et c’est pas pour rien, même si ça a inévitablement un poil vieilli.

[P.S : difficile de ne pas voir dans le massacre en règle de la Renault 4L de La Poste par nos deux « visiteurs » une métaphore inconsciente de celui du service public postal, fragilisé par l’ouverture à la concurrence décidée par l’infame Traité de Maastricht, ratifié en 1992…]

lundi 23 février 2026

Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance (2017), de Martin McDonagh


C’est l’histoire d’une nana (Frances McDormand), elle a perdu sa fille, violée et assassinée (violons…). Mais sept mois après, l’enquête est toujours au point mort. Comme elle a remarqué trois panneaux publicitaires vierges dans son patelin, elle les loue et y fait inscrire : « VIOLÉE ENCORE AGONISANTE », « ET TOUJOURS PAS D'ARRESTATION ? » et « POURQUOI, CHEF WILLOUGHBY ? ». Willoughby (Woody Harrelson), c’est le chef de la police locale, papa de deux chérubines et atteint d’un cancer en phase terminale (violons…). Il a sous ses ordres Dixon (Sam Rockwell), un policier raciste et brutal (bingo, j’en étais sûr !).

Bardé de récompenses (meilleur scénario à la Mostra de Venise, 4 Golden Globes, 2 Oscars, dont meilleure actrice pour Frances McDormand, que je préférais malgré tout en flic enceinte dans Fargo ou se grattant les fesses dans Short Cuts…), Three Billboards… est pourtant un empilement de clichés et de caricatures. Plus on avance dans le film, plus on « coche de cases » et on en arrive à un « strike » : le flic raciste, l’allusion aux prêtres pédophiles, la « mère courage » battante qui s’est forgée une carapace et qui du coup manque d’empathie et se montre rude envers autrui… Sans oublier la rédemption (z’adorent ça, les Ricains…) : il a suffi de deux lettres posthumes de Willoughby pour que le « mec bien, ‘achement humain » qui sommeillait dans le beauf brutal se réveille enfin et pour que la revêche endurcie (re)devienne plus humaine. Le film a subi les foudres des « droitardés mentaux », qui y ont vu un énième film de propagande « woke » ourdi par les « illuminatis mondialistes maçonniques Démoncrates » (sic), ce qui aurait dû contribuer à me le rendre sympathique. Mais le fait est qu’il utilise de trop grosses ficelles pour susciter l’émotion et s’avère assez prévisible dans son déroulé.    

dimanche 22 février 2026

Lost Highway (1997), de David Lynch

 

« Cet enfoiré voit plus de chattes qu’une lunette de chiotte… »

C’est l’histoire… euh, faisons « simple », d’un mec, saxophoniste (Bill Pullman, inquiétant) et de sa meuf (Patricia Arquette, quel… « morceau »). Ils reçoivent des cassettes vidéo anonymes de leur domicile (oui, comme dans le postérieur Caché d’Haneke…), aussi bien vu de l’extérieur que de l’intérieur. Ce qui subodore donc que quelqu’un s’est introduit chez eux. Ils font appel à la police, qui ne leur est d’aucun secours. C’est alors qu’un matin, le type découvre sa femme morte. Il est inculpé et condamné à mort.

Bon, ben voilà… Il y a des films dont les minutes paraissent (par instants) des heures. Lost Highway est de ceux-là. Si je vous dis que j’ai rien pigé, vous ne trouverez pas ça très original étant donné que personne n’a pigé quoi que ce soit à cette histoire. A part les quarante-cinq premières minutes (les meilleures), qui suivent le synopsis décrit plus haut. Après, on largue les amarres vers le surnaturel. Mais vous me direz : doit-on nécessairement piger ? C’est vrai ça, après tout, on peut aussi simplement se laisser porter par l’ambiance et les images. Et là, indéniablement, Lynch sait y faire pour ce qui est d’installer un climat et une esthétique de film noir, avec ses personnages déjantés et/ou mystérieux, agrémentés d’une musique ad hoc (plutôt rock : David Bowie, Marilyn Manson, Rammstein, Nine Inch Nails, The Smashing Pumpkins). Et parce qu’il en faut toujours en pareil cas, un peu de violence et de cul (ah, Patricia, des rondeurs juste ce qu’il faut là où il faut, miam miam…), comme dans Blue Velvet et Sailor et Lula. Plus un exercice de style et une « expérience », on va dire, comme Mulholland Drive quelques années plus tard. Toutefois pas vraiment ma tasse de thé…   

jeudi 19 février 2026

Théorème (1968), de Pier Paolo Pasolini

 

C’est l’histoire d’un mec, le « Visiteur » (Terence Stamp, rien à voir avec Clavier et Reno…), qui débarque dans une famille bourgeoise de Milan. Il va susciter chez tous les membres de cette famille (le fils sensible, la mère sexuellement refoulée, la fille timide et le père, un industriel tourmenté) mais aussi sur leur bonne (Laura Betti) une forte attraction sexuelle et aura des rapports avec chacun(e). Mais un jour, il doit les quitter aussi précipitamment et mystérieusement qu’il est apparu, les laissant dans un profond désarroi.

Allez, encore un film indissociable du contexte soci(ét)al dans lequel il a vu le jour (1968, on ne peut pas se tromper…) et plus important (selon moi) d’un point de vue historique qu’à proprement parler artistique. Enfin, non, disons plus justement que je n’ai pas les codes et la « formation » pour apprécier pleinement ce genre d’œuvres. Celle-ci est signée Pier Paolo Pasolini, grand cinéaste italien, communiste, homosexuel et chrétien, disparu à seulement 53 ans dans des circonstances aussi troubles que dramatiques (roué de coups puis écrasé par sa propre voiture en 1975, très probablement un « contrat » de la Mafia car notre homme savait visiblement beaucoup de choses). Bon, à vrai dire, j’ai somnolé vers la moitié du film. Rien ne tient debout, il y a très peu de dialogues (tant mieux, le DVD ne propose que la VOST) et comme souvent à cette époque, il s’agissait de « titiller » l’Eglise et la bourgeoisie par le cul. Aucune scène scabreuse ou véritablement osée mais à l’époque, faut croire que de simples suggestions suffisaient à offusquer la « bonne morale ». Après le départ de Stamp, toute la smala « part en couille » sévère, la mère (Silvana Mangano) « s’envoie » des jeunes mais reste insatisfaite, le père (Massimo Girotti) cède son usine à ses ouvriers, se fout à poil et se retrouve dans un désert (?). Quant à la bonne (Laura Betti), elle se fait enterrer vivante (!), seuls ses yeux restant à découvert. Complètement chtarbés…  

mercredi 18 février 2026

Le Village (2004), de M. Night Shyamalan

 

« C’est extraordinaire comme l’amour peut susciter les unions les plus étranges. Il n’obéit à aucune loi. »

« Mais l’argent est la pire chose qui soit, il corrompt le cœur des hommes, même celui des meilleurs d’entre eux. » (***)

Réalisation : M. Night Shyamalan

Scénario : M. Night Shyamalan

Pays : Etats-Unis

Année : 2004

Genre : Fantastique, thriller, drame

Avec : Bryce Dallas Howard, Joaquin Phoenix, Adrien Brody, William Hurt, Sigourney Weaver, Brendan Gleeson.

Synopsis : Dans les bois de Covington, au cœur de la Pennsylvanie, au XIXe siècle, vit une communauté en parfaites harmonie et autonomie, sous l’autorité du Conseil présidé par Edward Walker. Ils respectent des règles bien précises : ils ne doivent jamais franchir les limites du village car la forêt est habitée par de mystérieuses créatures et la couleur rouge est interdite. L'une des filles de Walker, Ivy, aveugle, est amoureuse d'un garçon, Lucius Hunt, un jeune homme réservé mais plein de bravoure. Ils envisagent le mariage. Mais leur ami Noah, attardé mental et jaloux, tente alors d'assassiner Lucius à coups de couteau. La seule solution pour le sauver est de se rendre en ville pour obtenir des soins médicaux…

Pourquoi ? En dépit de quelques passages empreints de bigoterie et de naïveté (la force de l’Amour, ce genre de choses…), ce quatrième opus de Shyamalan est selon moi son meilleur, parmi la demi-douzaine que j’ai pu voir. Réalisation et interprétation de premier ordre, scénario original, scène dans les bois prenante et « twist » final inattendu (la « trademark » Shyamalan) en sont les atouts phares.

(*** : ‘tain, on dirait du Renaud ou du Mitterrand circa campagne de 1981…)

lundi 16 février 2026

Usual Suspects (1995), de Bryan Singer

 

« Et bien moi je crois en Dieu et la seule chose dont j’ai peur, c’est Keyser Söze. »

Réalisation : Bryan Singer

Scénario : Christopher McQuarrie

Pays : Etats-Unis

Année : 1995

Genre : Thriller, policier

Avec : Stephen Baldwin, Gabriel Byrne, Chazz Palminteri, Kevin Spacey, Kevin Pollak, Pete Postlethwaite, Suzy Amis, Benicio del Toro, Giancarlo Esposito, Dan Hedaya, Peter Greene.

Synopsis : Verbal Kint, infirme d’une main et d’une jambe, retrouve miraculeusement l’usage de ses membres après s'être confié à l'agent spécial des douanes Dave Kujan, grâce à un exercice consistant à inventer une histoire à partir d'éléments (noms, détails) trouvés dans le bureau de celui-ci (tableau d'affichage, objets...).

Pourquoi ? Grand succès public et critique, Usual Suspects fait coup double. C’est tout d’abord un formidable message d’espoir pour les éclopés qui, avec un peu de volonté et d’imagination, auront l’occasion de sortir de leur handicap. Et c’est aussi un hommage et un coup de projecteur pour nos valeureuses forces de l’ordre qui, contrairement à ce que pensent les gauchistes, ne sont pas constituées que de brutes épaisses suivant bêtement les ordres de leur hiérarchie pour faire appliquer la loi des puissants pour les puissants. Elles savent faire preuve de psychologie et d’empathie lorsque le besoin s’en fait sentir et cette histoire en est un parfait exemple. 

samedi 14 février 2026

Parasite (2019), de Bong Joon-ho

 

« S’il y avait un Oxford des faussaires, ta sœur serait major de promo. »

Groseille Vs. Le Quesnoy, on refait le match… en Corée…

C’est l’histoire des Kim, une famille sud-coréenne en galère (les parents, leur fille et leur fils), vivant dans un petit appartement insalubre en sous-sol et réduite, pour subsister, à plier des boites cartonnées pour une société de livraison de pizzas. Un jour, un ami étudiant du fils Ki-woo lui confie une mission : étant donné qu’il doit s’absenter pour un an, il lui propose de le remplacer comme prof d’anglais pour la petite fille d’une riche famille, les Park. Rapidement accepté, il profite de cette confiance pour progressivement faire embaucher par les Park toute sa famille, sa sœur devenant professeur de dessin pour leur jeune fils, son père chauffeur et sa mère gouvernante de maison, ce qui leur assure de bons revenus. Mais un grain de sable inattendu va venir perturber cette belle mécanique…

Ayant récemment vu une petite vidéo fustigeant le « bourgeois gaze » (« regard bourgeois ») du cinéma, notamment français (y’a aussi celle-là sur le sujet, pas mal du tout), et regrettant que les classes populaires, les rares fois où elles y étaient à l’honneur, l’étaient de façon misérabiliste ou caricaturale, celle-ci donnait cependant quelques contre-exemples comme le Rosetta des frères Dardenne, Ressources humaines de Laurent Cantet et deux récentes Palmes d’Or : Sans filtre (2022) et ce Parasite de 2019, par ailleurs récipiendaire de 4 Oscars (dont les principaux). ‘Tain, non contents de nous massacrer économiquement avec leur dumping social et environnemental, si en plus les « Chinetoques » (ouais, enfin, les « Asiats », quoi…) raflent aussi nos statuettes, que va-t-il nous rester ? J’ai donc sauté le pas, ayant déjà plutôt apprécié The Host, l’un des précédents films de ce décidément talentueux Bong Joon-ho. Et bien m’en a pris. On y retrouve les mêmes ingrédients, pour un résultat encore plus abouti : ingéniosité du scénario, maestria de la mise en scène, qualité de l’interprétation, mélange des genres (comédie, satire sociale, suspense) et message engagé. Ce qui frappe, entre autres, est cette capacité de nous faire passer de l’amusement au malaise ou à l’effroi en quelques plans. Cette famille de « losers » (dans un contexte capitaliste) suscite d’abord l’empathie, avant de voir son image écornée par son comportement vis-à-vis d’aussi miséreux qu’eux. Réaction classique d’absence de solidarité entre membres des classes défavorisées de la société dans un univers concurrentiel, que vient ainsi pointer du doigt Bong. Quant à la famille riche, elle ne m’inspire ni adhésion ni rejet viscéral, mais plutôt un sentiment neutre. A vrai dire, elle est quelque peu naïve (l’épouse) et ridicule (séquence surréaliste où le couple se masturbe mutuellement sur le canapé du salon. Et oui, le cul, c’est comme les chiottes et le capitalisme, c’est universel…). Difficile de ne rien « spoiler », sachez simplement qu’après une première partie plutôt légère et humoristique, on va de surprises en surprises et le film bascule dans une ambiance bien plus sombre. Pour déboucher sur un final aux relents de La cérémonie flirtant avec le grand-guignol sans s’y vautrer complètement. Et oui : on a beau maintenir le couvercle sur une cocotte-minute, à un moment donné, elle finit par exploser. Dernier point, quid de ce titre de « Parasite » (au singulier, notez) ? Si l’on considère que le « parasitage » induit le profit sans effort (« l’assistanat » donc, pour reprendre un terme cher à certains de nos politichiens, flattant les bas instincts pour en tirer un profit électoral à moindre frais…), alors j’appliquerai ce qualificatif au personnage central qui n’apparait qu’à la moitié environ du métrage plutôt qu’aux membres de la famille Kim, qui certes magouillent un petit peu mais néanmoins travaillent. Voire à la famille Park, incapable d’assurer les tâches ménagères et qui vit donc sur le labeur de leur personnel. Vu et approuvé. 

mercredi 11 février 2026

Les trois frères (1995), de Didier Bourdon et Bernard Campan

 

« Votre colin, avec ou sans patates ? » - « Cent patates ! »

« Le mec, il a peint l’Alaska, il est un peu… ? »

C’est l’histoire de… trois (demi) frères (Didier Bourdon, Pascal Légitimus et Bernard Campan) qui ne se connaissent pas et s’apprêtent à hériter d’une importante somme suite au décès de leur mère. Malheureusement pour eux, un codicille au testament (on aura au moins appris quelque chose…) les en prive, le délai étant dépassé de deux jours. Des difficultés financières les entrainent alors dans tout un tas de problèmes…

Après avoir triomphé sur scène et à la télévision (leur émission culte La télé des Inconnus), c’est tout naturellement que le trio passe à l’épreuve du grand écran. Et c’est à nouveau un succès avec 7 millions d’entrées dans le monde et un César du Meilleur premier film. A la revoyure, le bilan est malgré tout mitigé et bien inférieur à mon avis au Pari (de et avec Campan et Bourdon, sans Légitimus) sorti deux ans plus tard (la « séquelle » de 2014 est encore pire, cela va de soi). Ils recyclent certains de leurs sketchs (notamment celui de l’émission Millionnaire) et répliques culte (« Salut, tu vas bien ? »). Bon, ils font bien un peu pleurer dans les chaumières avec l’histoire du marmot mais ça fait un creux dans le film. Et puis y’a des trucs un peu poussifs et lourdingues (la scène de la rave ou celle du diner chez Légitimus avec Farcy), z’ont toujours été un poil « populistes » sur les bords, nos gars, ça fait partie de leur succès (le côté « poujadiste » anti-Etat, les allusions appuyées sur la couleur de peau de Légitimus, les « salope ! » à répétition lancés à la gent féminine). Mais les racistes et les pères qui fuient leurs responsabilités en prennent aussi pour leur grade alors on leur pardonne et tout le monde est content (on appelle ça « ratisser large » et « jouer sur tous les tableaux »). Comme tant de célébrités (comiques, chanteurs, acteurs…) ayant eu du succès dans les années 80 et 90, le passage au nouveau millénaire fût plus compliqué pour notre trio de choc. Campan (né un 4 avril comme moi et… Bruno Mégret), gagné par un « esprit de sérieux », prit un virage vers des rôles plus dramatiques et j’ai appris d’acteurs handicapés non-professionnels de la série Vestiaires que Légitimus y jouait un peu à la « star ». Quant à Bourdon, il enchaine cyniquement les comédies franchouillardes mises en boite par des tâcherons et est aussi omniprésent que ses deux compères se sont faits plus discrets. Parmi les visages connus dans la distribution, on retrouve : les Deschiens Bruno Lochet et Yolande Moreau ; l’humoriste (sic) Elie Semoun (mais sans « Dieudo », pourtant pas encore « persona non grata » dans le showbiz) ; Bernard Farcy, futur commissaire dans la franchise Taxi ; et Claude Berri, co-producteur, qui s’acquitte également du rôle du président du tribunal à la fin. 

lundi 9 février 2026

Total Recall (1990), de Paul Verhoeven

 

« Enfin, chéri, sois raisonnable. Après tout, nous sommes mariés. » - « Considère ça comme un divorce ! »

Réalisation : Paul Verhoeven

Scénario : Ronald Shusett, Dan O'Bannon et Gary Goldman sur l'histoire adaptée par Ronald Shusett, Dan O'Bannon et Jon Povill, d'après la nouvelle Souvenirs à vendre de Philip K. Dick

Pays : Etats-Unis

Année : 1990

Genre : Science-fiction, action

Avec : Arnold Schwarzenegger, Rachel Ticotin, Sharon Stone, Michael Ironside, Ronny Cox.

Synopsis : En 2084, Douglas Quaid mène une vie tranquille, entre son job d’ouvrier de chantier et Lori, sa superbe épouse. Obsédé par la planète Mars, dont il rêve fréquemment, il fait appel à la société Rekall qui propose à ses clients l'implant de souvenirs factices. Mais l’opération se passe mal et le voilà poursuivi par des individus qui cherchent à l’éliminer…

Pourquoi ? Autant j’ai trouvé que Terminator 2 n’avait pas vieilli, autant ce Total Recall, sorti pourtant seulement un an auparavant, me semble avoir pris un bon petit coup derrière la tête (certains décors en carton-pâte, la mutante aux trois seins…). Comme quoi, la technologie avance vite. Pas de quoi cependant nous gâcher le plaisir car pour le reste, c’est du classique : de l’action et une histoire où l’on ne comprend pas forcément tout mais on s’en fout puisque c’est de la science-fiction. Et surtout, nous avons là le premier rôle d’envergure d’une certaine Sharon Stone, dont la divine beauté du visage fût responsable de mes premiers émois adolescents (mais son corps tout entier ne me laissait pas indifférent non plus…). Cette prestation réussie convainquit Paul Verhoeven de l’engager pour le premier rôle de son film suivant, Basic Instinct (1992), qui la propulsera superstar d’Hollywood. Sa route était désormais pavée d’or.

Thelma & Louise (1991), de Ridley Scott (rework)

 

« Je crois que je suis devenue un peu dingue. » - « Tu as toujours été un peu dingue. C'est juste la première fois que tu as eu l'occasion de t'exprimer. »

Réalisation : Ridley Scott

Scénario : Callie Khouri

Pays : Etats-Unis

Année : 1991

Genre : Road movie, drame

Avec : Susan Sarandon, Geena Davis, Harvey Keitel, Michael Madsen, Brad Pitt, Christopher McDonald, Stephen Tobolowsky.

Synopsis : Thelma, femme au foyer bridée et brimée par son beauf de mari (toute la panoplie : la petite moustache, la gourmette, le marcel, le pack de bière devant le match télévisé de foot américain…) et son amie Louise, serveuse dans une cafétéria, décident de passer un week-end « entre filles ». Hélas pour elles, leur passage dans une boite de nuit tourne mal : Louise abat un homme qui s’apprêtait à violer Thelma. Dès lors, pas d’autre choix que la fuite à travers l’Amérique…

Pourquoi ? Rien que d’en parler, j’en ai les larmes aux yeux. Alors le fameux final, c’est carrément les « grandes eaux ». Mais bon, je chiale à tout, de toutes façons (un drame, un visage, une chanson au hasard, Back To Black d’Amy « Maison du vin » la bien nommée ou Heaven Or Las Vegas des Cocteau Twins – et même à l’occasion… une interview de Dominique De Villepin, c’est dire…). Ce n’est pas, je pense, faire injure à Susan Sarandon (une femme bien) que de dire que c’est Geena Davis, de dix ans sa cadette, qui porte littéralement le film sur ses épaules de bout en bout. Quelle expressivité, l’anti-Steven Seagal ! A l’exception notable de Madsen et Keitel, tous les mecs sont des connards finis et se font bien remettre à leur place (voire pire) par nos deux dames de choc (à part Pitt qui s’en sort en les bananant). Le film est bien sûr un puissant et précurseur manifeste féministe. Mais il y a 35 ans de ça (même si j’ai dû le voir quelques années après sa sortie), on ne se posait pas (encore) toutes ces questions. Femmes ou hommes, c’était juste un p*tain de bon film. Et ça le reste toujours. « Iconique », comme diraient les « Gen Z »…

[P.S : La B.O contient The Ballad of Lucy Jordan, la chanson la plus connue de Marianne Faithfull, disparue il y a un an, issue de son album de 1979 Broken English, que je conseille à tous.]

vendredi 6 février 2026

Terminator 2 : Le jugement dernier (1991), de James Cameron

 

« C’est dans votre nature de vous détruire vous-mêmes. »

« Dire qu’il n’est pas encore né… Quel bordel, dans nos têtes ! »

« Hasta la vista, baby ! »

Réalisation : James Cameron

Scénario : James Cameron et William Wisher Jr.

Pays : Etats-Unis

Année : 1991

Genre : Science-fiction, action

Avec : Arnold Schwarzenegger, Edward Furlong, Linda Hamilton, Robert Patrick, Joe Morton.

Synopsis : 2029 : les humains remportent la guerre contre les « machines » (robots doués d’intelligence), engagée après l’holocauste nucléaire du 29 août 1997. Afin de modifier cette issue, Skynet, l'ordinateur qui contrôle les machines, envoie un nouveau Terminator en 1995 pour éliminer John Connor, alors enfant et futur chef de la résistance humaine, après avoir échoué une première fois en 1984 sur sa mère Sarah Connor. Mais les humains envoient eux aussi leur propre cyborg à la même époque pour protéger John.

Pourquoi ? Six ans avant Titanic et ses 200 millions de dollars de budget, James Cameron affolait déjà les compteurs avec ce formidable Terminator 2 en ayant coûté « seulement » la moitié, ce qui en faisait déjà à l’époque le film le plus cher de l’histoire. C’est donc tout naturellement qu’on en aura « pour notre argent ». Nous y verrons comme il se doit des cascades, des bagarres, des courses-poursuites, des fusillades mais aussi et surtout des effets spéciaux révolutionnaires à l’époque (morphing, images de synthèse). Voilà pour la forme mais il y a même aussi un peu de « fond ». Au-delà de l’ancestrale lutte du Bien contre le Mal, la crainte visionnaire de voir la technologie « indomptée » et s’avérer néfaste pour nous autres pauvres « humains » (mais le sommes-nous encore… et d’ailleurs, l’avons-nous déjà véritablement été ?) résonne étrangement en ces temps « d’intelligence artificielle ». Le film nous tirera également quelques chaudes larmes, via des ressorts certes mièvres et bateau (les rapports mère-fils, l’ado qui sympathise avec « son » Terminator, l’adieu final). Contrairement (à mon sens) au premier volet de 1984, Terminator 2 n’a pas pris une ride. A noter la présence dans la B.O du titre You could be mine des Guns N’Roses, issu du deuxième volume de leur monumental diptyque Use Your Illusion sorti la même année que le film. Epoque bénie…


jeudi 5 février 2026

Taxi Driver (1976), de Martin Scorsese

 

« You talkin' to me ? »

« Quand on a ton âge, on tringle… De toutes façons, t’as pas l’choix, on est tous baisé. Enfin, plus ou moins… »

Réalisation : Martin Scorsese

Scénario : Paul Schrader

Pays : Etats-Unis

Année : 1976

Genre : Drame

Avec : Robert De Niro, Cybill Shepherd, Peter Boyle, Jodie Foster, Harvey Keitel, Leonard Harris, Albert Brooks.

Synopsis : Travis Bickle, ancien marine, est chauffeur de taxi de nuit à New York. Prostitution, drogue, délinquance, il y est le témoin de la dépravation humaine. Solitaire et insomniaque, un rayon de soleil apparaît dans sa vie à l’occasion de sa rencontre avec Betsy, une assistante du sénateur et candidat à la présidentielle Charles Palantine. Hélas, il perd sa confiance après avoir commis la bêtise de l’emmener voir un film pornographique, dont il est friand. Dès lors, notre homme va sombrer dans la folie et la violence.

Pourquoi ? Scorsese, je m’incline face à ses réalisations incroyablement rythmées et spectaculaires mais je suis rétif à sa complaisance envers la violence (le gerbatique final du par ailleurs grandiose Casino). Elle est présente ici aussi mais en toute fin et filmée avec des couleurs pastel, ce qui l’atténue quelque peu. Bon, la frustration, l’ennui, la solitude (et… le porno), ça me parle, forcément. A fortiori quand c’est filmé par Martin (qui joue aussi un petit rôle de client du taxi), interprété par Bobby, Jodie et Harvey et parcouru par les délicieuses effluves jazz de Bernard Herrmann. Palme d’Or 1976 et classique absolu du « Nouvel Hollywood ».    

mercredi 4 février 2026

Tandem (1987), de Patrice Leconte (rework)


« Ne vous excusez pas. Vous ne pouviez pas savoir que vous étiez invité au club des cons. »

« Alors, il s’ennuie, « l’homme au chronomètre », il a besoin d’une épaule ? »

« J’aime l’hiver parce qu’il m’épargne votre spectacle ! »

Réalisation : Patrice Leconte

Scénario : Patrick Dewolf et Patrice Leconte

Pays : France

Année : 1987

Genre : Comédie dramatique

Avec : Jean Rochefort, Gérard Jugnot, Sylvie Granotier, Julie Jézéquel, Jean-Claude Dreyfus, Ged Marlon.

Synopsis : Miguel… euh, Michel Mortez, « vieux beau » un peu pathétique et animateur de radio sur le retour, sillonne les routes de la « France profonde » en compagnie de Rivetot, son fidèle assistant et homme à tout faire, pour y présenter leur jeu radiophonique itinérant La langue au chat. Les petites villes de province, les candidats, les hôtels miteux, les repas chez les notables locaux… Tous les jours c’est pareil et tous les jours c’est différent. Un jour, Rivetot apprend que leur émission va être supprimée. Conscient qu’elle est pour ainsi dire la seule raison de vivre de Mortez, il décide de ne pas lui faire part de cette terrible nouvelle.

Pourquoi ? Dantesque. Le scénario, entre « road » et « buddy movie », est des plus originaux. Le casting est idéal : Jean Rochefort trouve en Mortez un rôle à sa (dé)mesure tandis que Gérard Jugnot, sans moustache mais avec moumoute, change de registre et apparait pour une fois plutôt sympathique. Une belle galerie de seconds rôles (Jean-Claude Dreyfus en notable, Julie Jézéquel en soubrette libérée ou encore Ged Marlon en candidat-surprise à très faible culture générale) les accompagne. Le film oscille avec bonheur entre moments comiques et d’autres plus émouvants. Des scènes mémorables, on en trouve à foison : Rochefort ivre au casino ou pris d’une crise d’angoisse dans sa chambre d’hôtel (« Les deux lits, la table de nuit au milieu, les appliques dorées, le cagibi – salle de bain, les couvre-lits synthétiques… ») ; le barman de l’hôtel, homo sous ses attraits bourrus (« J’te fais une petite pipe, Michel ? ») ; le repas chez les notables, où Rochefort est assailli par les questions incongrues d’un Jean-Claude Dreyfus exalté ; Julie Jézéquel glaçant Jugnot avec ses allusions salaces (« T’as déjà imaginé ton père en plein orgasme ? ») ; Ged Marlon, grignotant des chips et incapable de répondre à la moindre question (pourtant faciles : bacille de Koch, Statue de la Liberté…) lors du jeu improvisé, après s’être fait houspiller par un Rochefort excédé pour avoir pique-niqué trop près du bord de la route (« On devrait créer des brigades esthétiques et interdire le port du survêtement en dehors des enceintes des stades ! ») ; la scène intimiste entre Sylvie Granotier et Rochefort (« Excusez-moi, je ne voulais pas vous faire de mal » - « Et bien, c’est fait. Bonsoir »)… Ne reste plus qu’à ajouter Il mio rifugio, un poignant piano-voix chanté de sa voix rauque par le franco-italien Richard Cocciante, qui parcourt tout le film et le tour est joué. Cette première incursion de Patrice Leconte, jusque-là spécialiste de la comédie (un film d’action aussi, Les spécialistes), dans un registre plus grave (même si toujours drôle) est un coup de maître. Il récidivera deux ans plus tard avec Monsieur Hire. De façon plus personnelle, ce film a aussi une résonnance particulière pour moi dans la mesure où je l’ai vu de nombreuses fois dans mon adolescence en compagnie de mon défunt père, lui-même animateur d’une radio locale (bénévolement, dans le domaine culturel puis politique), un peu fantasque et portant le même prénom que le personnage principal.

lundi 2 février 2026

Stupeur et tremblements (2003), d’Alain Corneau

 

« Votre travail sera très simple, donc adapté à vos compétences. »

« Ah, Amélie San, c’est bien d’avoir un travail ! »

Réalisation : Alain Corneau

Scénario : Alain Corneau, d'après le roman éponyme d'Amélie Nothomb

Pays : France, Japon

Année : 2003

Genre : Comédie dramatique

Avec : Sylvie Testud, Kaori Tsuji, Tarō Suwa, Bison Katayama, Yasunari Kondō.

Synopsis : Amélie, jeune femme belge ayant vécu son enfance au Japon, est engagée comme interprète au sein d’une multinationale à Tokyo. Sous les ordres de sa hiérarchie, notamment sa supérieure directe Fubuki Mori, elle va vivre un enfer...  

Pourquoi ? L’une des rares « curiosités » de ma DVDthèque, parmi tous ces classiques. J’ai adoré ce film. Sylvie Testud, qui après un début de carrière prometteur (des Césars pour ce film et Les blessures assassines) a fini par faire de « l’alimentaire » comme tout le monde, est ici entourée d’acteurs nippons (ni mauvais). Au « pays du Soleil Levant », je serais un « hikikomori ». J’en suis déjà presque un en France, alors imaginez dans un pays aussi « compétitif » que le Japon, où la pression sociale est encore plus intense… Le film nous plonge donc dans l’univers de l’entreprise (une très grande), ses rigidités hiérarchiques et son exigence de performance, qui m’inspire une profonde aversion et dans lequel le personnage joué par Sylvie Testud éprouve les pires difficultés à s’intégrer, essentiellement en raison du décalage culturel. On navigue entre le rire lors de ses gaffes et incapacités à répétition (la scène des erreurs dans le reporting des factures, hilarante) et, sinon les larmes, du moins la peine empathique face aux humiliations que lui inflige sa hiérarchie. La mannequin Kaori Tsuji, qui incarne la supérieure hiérarchique de Testud, est d’une beauté foudroyante, bien que glaciale. A part ça, pour la petite histoire, j’ai lu deux bouquins dans ma vie (hors parcours scolaire) : le 99 francs de Beigbeder (né à Neuilly. J’ai aussi vu son adaptation cinématographique) et Métaphysique des tubes de Nothomb, successeur de ce Stupeur et tremblements. Ouais, je sais, c’est pas glorieux, c’est le niveau juste un peu au-dessus des Lévy et autres Musso mais que voulez-vous, on fait c’qu’on peut et… je suis une grosse « feignasse » (on y revient)…