Rendez-vous (1985), d’André Téchiné

 

« Avec Paulot ? Il est gentil mais ça suffit pas. »

C’est l’histoire de la jeune Nina (Juliette Binoche), qui quitte la province pour s’installer à Paris en vue d’une carrière de comédienne. Elle trouve refuge chez Paulot (Wadeck Stanczak), modeste agent immobilier qui l’héberge avant de lui trouver un appartement. Ce dernier vit en colocation avec le ténébreux Quentin (Lambert Wilson), acteur dans des théâtres érotiques. Paulot aime Nina mais celle-ci est plus sensible au charme de Quentin, qui décède brutalement un soir en sortant de chez elle, écrasé par une voiture.

Vous l’aurez compris en jetant un simple coup d’œil sur la jaquette : il va beaucoup être question de cul, ici. La belle Juliette y lance quasiment sa (brillante) carrière, en cette féconde année 1985 (pas moins de six films où elle est à l’affiche sortis cette année-là !). Et elle le fait « corps et âme »… Le premier est inspecté sous toutes les coutures : deux scènes où elle montre ses seins, une où Wilson pose sa tête sur son ventre, avec sa chatte sous le nez et deux autres où elle est allongée sur le ventre, les fesses à l’air (dont une où Wilson lui glissera la main dans sa fente). Avec le recul de l’ère #MeToo, y’a comme qui dirait de l’abus... Autant se mater un bon boulard, au moins y’aurait pas d’ambiguïté. Pour ce qui est de l'« âme », elle sera amenée à chialer en deux ou trois occasions. Bon, donc en gros, l’histoire, c’est le gentil petit agent immobilier qui reste confiné dans la « friend zone ». Ben oui, mon Paulot, t’es trop lisse, il en faut plus pour les faire mouiller, ces grognasses. Elles préfèrent les « chads » ou les mecs « mystérieux », même s’ils sont suicidaires comme ici. Elles veulent « ressentir des émotions », quoi… Même mort, Wilson continue d’obséder Binoche mais le Paulot parviendra tout de même à ses fins en la baisant bien comme il faut (pauvre Juliette, elle se fait cracher deux fois au visage par Stanczak avant qu'il ne le lui léchouille...) dans l’arrière-boutique de son agence, à l’heure de la fermeture. Tout en prenant soin de la larguer juste après, comprenant qu’elle n’est pas pour lui. T’as bien fait, mon Paulot, elle t’en aurait fait voir de toutes les couleurs, cette nana-là et comme Patriiiiiiiiiick, t’en aurais eu marre…

Les chiens de paille (1971), de Sam Peckinpah

 

« Je n’sais plus du tout où j’habite. » - « Ca n’fait rien, moi non plus. »

C’est l’histoire du mathématicien américain David (Dustin Hoffman) qui s’installe dans un petit village des Cornouailles avec sa femme britannique Amy (Susan George) pour y travailler au calme. Ils vont malheureusement se trouver confrontés à l’hostilité d’un petit groupe d’autochtones, dont Charlie, ex-petit ami d'Amy.

Dans la foulée de la révolution sociétale de Mai 68, il souffle un vent de nouveauté sur le cinéma américain et européen. Macadam Cowboy, Orange Mécanique, MASH, La grande bouffe, Le dernier tango à Paris, Les valseuses… Violence, sexe et thèmes politiques s’invitent sur grand écran. Les chiens de paille fait partie de ces films ayant fait scandale à l’époque, pour sa violence et sa scène de (double) viol(s) controversée car jugée ambiguë (d’abord réticent, le personnage joué par Susan George semble ensuite plus bienveillant envers son agresseur). C’est sûr, passer d’un Téchiné ou d’un Tavernier à ça, « c’est pas la même philosophie, c’est pas la même démarche » (pour ceux qu’ont pas la « réf »…). Mais de l’eau a coulé sous les ponts et en termes de violence, le niveau ici atteint a depuis été dépassé. Il n’en reste pas moins que le film demeure toujours prenant et convaincant dans son traitement, avec une tension allant crescendo jusqu’au sanglant déferlement final où Hoffman et sa femme sont assiégés dans leur ferme par une bande à la recherche du demeuré qu’ils abritent, l’ayant accidentellement renversé une nuit de brouillard alors que les autres le tiennent pour responsable d’un meurtre. Hoffman est dans sa période faste, j’adore évidemment, même si on peut toujours « tiquer » sur la facilité consistant à incarner des personnages typés et hautement « oscarisables » (malade dans Macadam Cowboy, travesti dans Tootsie, autiste dans Rain Man…). Vu et approuvé.

Que la fête commence ! (1975), de Bertrand Tavernier

 

« Tu ne donnes jamais aux pauvres, toi ? » - « Non, y’en a trop. »

C’est l’histoire du Duc d'Orléans (Philippe Noiret), Régent libéral et libertin du 18ème siècle, de son Premier Ministre l’abbé Dubois (Jean Rochefort) et du Marquis de Pontcallec (Jean-Pierre Marielle), qui souhaite redonner l’indépendance à la Bretagne en renversant la Régence.

La « fête » ? Quelle « fête » ? Il n’y a rien de gai, ici. Noiret, Rochefort et Marielle sur une même affiche, ça ne se refuse pas (ils se retrouveront vingt-et-un ans plus tard dans Les grands ducs de Patrice Leconte). Mais le souci avec ce genre d’acteurs charismatiques et emblématiques, c’est le risque qu’ils ne s’effacent pas derrière leur personnage, qu’on peine à faire abstraction de leur personnalité. On les retrouve dans leur registre habituel : Marielle (qui n’a aucune scène avec ses deux camarades) et ses envolées lyriques, Noiret avec sa faconde et son côté dandy… C’est finalement Rochefort qui s’en sort le mieux, dans le rôle d’un abbé ambitieux et calculateur (César du meilleur second rôle). Rayon « détails amusants », le médecin du Régent se nomme Pierre... Chirac et une des femmes de la cour, « La Fillon »… Et la présence, dans de (tout) petits rôles, de têtes désormais connues, pour certaines au tout début de leur carrière : Jean Rougerie, Hélène Vincent, Nicole Garcia (future compagne de Rochefort) et quasiment tous les mecs du Splendid (Lhermitte, Blanc, Jugnot et Clavier). A part ça, il ne se passe pas grand-chose dans ce film. Y’a bien quelques paires de fesses et de nichons mais les orgies du Régent sont juste esquissées, suggérées. Tavernier n’est pas trop porté sur la gaudriole, c’est plus un réalisateur « politique ». Ici, il est surtout question d’un Duc aux idéaux progressistes mais désabusé face à l’inertie du système, plus rigide (et incarné par le personnage de Rochefort), auquel il appartient, même si le final laisse entrevoir un début de révolte. Rien de bien passionnant...

Les voleurs (1996), d'André Téchiné

 

C'est l'histoire de deux frères, que tout oppose et qui se détestent. Et pour cause : l'un, Alex (Daniel Auteuil), est flic tandis que l'autre, Ivan (Didier Bezace), est à la tête d'un gang de voleurs de voitures. Ils ont une liaison avec la même femme, Juliette (Laurence Côte), une jeune délinquante, qui entretient aussi une relation avec Marie (Catherine Deneuve), une prof de philo divorcée. Un soir, un vol organisé par la bande et auquel participe Juliette, contre l'avis de son frère et complice Jimmy (Benoît Magimel), tourne mal et Ivan est abattu. Alex, très mal vu dans sa famille, va mener l'enquête.

Boudiou, les Sarde (Alain à la production, quelques ennuis avec la Justice et Philippe à la musique), ils en ont fait une chiée, de films... Alors là, nous sommes dans la série des films « à quoi ça sert ? ». Pas vraiment de « message », juste une histoire pas trop mal troussée mais sans grand éclat. Laurence Côte baise avec tout le monde et nous montre sa touffe, à la pilosité fournie, ce n'est pourtant pas un sex-symbol... Auteuil, lui, nous montre son fessier (Magimel un peu aussi), après sa partie de jambes en l'air avec la susnommée (ils font ça dans une chambre d'hôtel fenêtres grandes ouvertes. Quand bien même les bâtiments alentours sont relativement lointains, cela se fait-il ?). Par contre, vous ne verrez évidemment pas la paire de loches de Miss Catherine, cachée par Côte lors de leur scène dans une baignoire. Bon, les chattes, les fesses, les seins, t'as rien d'autre à nous causer, ducon ? Ben, pas grand-chose, non. Le film comporte des flashbacks et adopte tantôt le point de vue (voix off) d'Auteuil, tantôt celui de Justin (un jeune d'une dizaine d'années et qui a la tronche de Mark Hollis, feu leader de Talk Talk : coupe au bol, air triste et oreilles décollées), le fils du trafiquant et frère d'Auteuil. Il y a un court passage dans ma ville de Marseille et c'est là où Téchiné voulait faire son film. Mais n'y ayant pas eu ce qu'il souhaitait, il s'est rabattu sur Lyon. C'est ce qu'on apprend, entre autres, dans la laborieuse interview « deux de tension » du réalisateur (des « euh » tous les trois mots...) en bonus du DVD. Bref, Téchiné, pour l'instant, c'est pas glorieux. J'espère avoir plus de chance avec Les Sœurs Brontë, Rendez-vous, J'embrasse pas, Ma saison préférée (Auteuil et Deneuve, encore) et Les roseaux sauvages...

12 hommes en colère (1957), de Sidney Lumet

 

« J’suis pas fort en suppositions, j’suis qu’un ouvrier, mon patron fait des suppositions pour moi. »

C’est l’histoire de… douze hommes, membres du jury d’une cour criminelle, qui sont amenés à délibérer et à rendre leur verdict à l’unanimité au procès d’un jeune homme suspecté d’avoir tué son père et que tout semble accuser. Lors d’un premier vote à main levée, onze d’entre eux jugent l’accusé coupable, seul le douzième (Henry Fonda) faisant part de ses doutes. S’engage alors un débat animé entre ces douze jurés aux profils, opinions et statuts différents.

Un autre de ces films jugés suffisamment importants pour intégrer la bibliothèque du Congrès des « Maîtres du Monde » (en 2007)… Son seul problème (mais de taille), c’est que son « twist » final est implicitement inclus dans son synopsis de départ, sinon il prendrait fin au bout d’un quart d’heure et ce serait un court métrage… Donc oui, comme vous vous en doutez, Fonda va retourner les onze autres jurés et les convertir un par un à sa cause (la non-culpabilité du suspect). La question ne sera donc pas « quoi ? » mais « comment ? ». Sauf que là aussi, on subodore tout assez vite (ah, du coup, ça fait deux problèmes…), ceux qui seront les plus durs à convaincre et donc les derniers à « rendre les armes », avec son lot de « passages obligés » : oppositions de caractères (en gros, les posés et réfléchis face aux « sanguins » et « bas du front »), d’opinions et de classes sociales, attitudes et regards réprobateurs (les types qui se lèvent l’un après l’autre et tournent le dos lors de la diatribe anti-jeunes issus de milieux défavorisés de l’un des jurés)… Mais bon, je chipote… C’est un peu gros (c’est du cinéma, quoi) mais c’est quand même bien et admirablement joué.